Etape 09: De Estaing à Golinhac par le GR65

Dans les forêts de l’Aveyron

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Nous sommes toujours en Haute Rouergue, dans le nord de l’Aveyron, là où le Lot, l’axe central, a creusé d’étroites gorges, qui s’ouvrent parfois en de larges bassins. Le Lot s’enfuit, surplombé par des hauts plateaux parfois schisteux, parfois volcaniques, parfois calcaires. Aujourd’hui, il n’y a pas de grands champs à se mette sous la pupille. Ce seront surtout des forêts et des pâturages. Car, sur les versants au nord, c’est souvent les forêts de chênes, de hêtres et de vieux châtaigniers qui dominent. Quand on observe le Lot, on a parfois le sentiment que l’eau ne bouge pas.

Aujourd’hui, nous sommes toujours en Aveyron et nous nous rapprochons de Conques. Cette étape est une étape magnifique, un vrai concentré de botanique pour la connaissance des arbres, surtout si vous avez la chance de passer ici un jour de beau temps. Par temps de pluie, les beaux paysages, hélas, s’estompent souvent.

 

A Estaing, il y a une alternative dans le chemin. Le pèlerin peut suivre le GR65, le Chemin de Compostelle en fait, qui file vers Massip et Golinhac. Mais, il peut aussi emprunter le GR6, qui passe par St-Geniès des Ers. Les deux chemins se rejoignent à Campagnac. Dans le village, on vous suggèrera peut-être de prendre plutôt le GR6, qui évite plus les routes asphaltées. L’usage du GR6 est très discret pour la très grande majorité des pèlerins qui ne voit pas d’un bon œil le fait d’abandonner le chemin suivi par leurs aïeux. Mais qui sait quel chemin nos aïeux ont-ils vraiment suivi?

Les dénivelés aujourd’hui (+548 mètres/-221 mètres) laissent supposer une étape assez difficile, pour une course de 14 kilomètres. Que voilà une étape casse-pattes, quelle que soit la variante que vous choisirez! Évidemment, ce n’est pas insurmontable, mais le chemin monte et descend toute la journée. Et même, le long du Lot, sur le GR65, c’est loin d’être plat. Cela se résume souvent en une course de côte, comme on les organise dans le monde cycliste.

Vive le goudron! Une manière de limiter les dégâts est de prendre le GR6 à partir de Estaing:

Goudron: 9.0 km

Chemins: 5.1 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-estaing-a-golinhac-par-le-gr65-51427939

Section 1: Le long du Lot.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: ne croyez pas naïvement qu’en suivant la rivière, ce sera plat. Le chemin joue à saute-mouton tout le temps avant de quitter la rivière. Il y a quelques tronçons à près de 15% de pente.


Quel que sera votre choix, le parcours repart au bout du pont, côté montagne. Tout droit c’est le GR6, à droite le GR65

Peu de pèlerins empruntent le GR6. Mais si vous voulez une option, préférez ce parcours à l’autre, à moins que vous ne vouliez arrêter à Golinhac, où le GR6 ne passe pas. Nous ne serons que très brefs sur le parcours qu’emprunte le GR6, car le propos du site reste le Chemin de Compostelle. Voici néanmoins le parcours jusqu’à Campagnac. On trouve à se restaurer et à se loger à peu de places sur le parcours. Alors, commentons très brièvement le parcours sur le GR6. Ce sont tout de même 20 kilomètres de marche pour gagner Campagnac. A la sortie d’Estaing, le chemin monte raide sur un chemin pierreux, en lacets qui s’éternisent jusqu’à atteindre une petite chapelle. De là-haut, la vue sur Estaing et sur le grand méandre, que fait le Lot ici, est magnifique.

La pente est sévère jusqu’à St Geniès des-Ers. Puis, le chemin monte et descend d’une colline à l’autre, d’un ruisseau à l’autre. Parfois, un petit hameau, où plus personne n’habite. Il n’y a ici plus aucune présence humaine, ni animale.

Un sentier étroit joue à saute-moutons en sous-bois, d’un petit ruisseau à l’autre, dans un environnement fort vallonné au milieu des feuillus et des fougères. Sur les hauts, la route goudronnée, raide et sans ombre, prend la relève, jusqu’à atteindre Campuac, le point culminant.
C’est assez interminable pour arriver à Campuac, et il n’y a pas de trace humaine sur des kilomètres. Mais, vous constaterez aussi tout à l’heure qu’il en va de même sur le GR65. A Campuac, le restaurant et l’épicerie sont sans doute définitivement fermés. La France profonde se meurt à petit feu. Heureusement, il y a de l’eau à la fontaine communale, car le pèlerin ne croisera pas grand monde dans cette région.

A partir de Campuac, le chemin passe par des endroits plus ombragés, où les moutons sont légion. Au printemps, les champs sont envahis par le colza. Le chemin se traîne par monts et par vaux, avant de rejoindre le GR65, près de Campagnac. Deux logements sont disponibles au lieudit La Brévarie, où passe le chemin, et plus loin à Bressoles, quand le GR65 rejoint le GR6

Puisque nous sommes près de Campagnac, juste avant le point de jonction des deux GR, retournons à Estaing pour emprunter cette fois le GR65, le chemin principal qui passe par Golinhac. Ici, aussi, il faudra monter sur le plateau, après une ascension de plus de 300 mètres.

Au départ, c’est une marche de plus de 4 kilomètres sur la route près des méandres du Lot. Hélas! C’est du goudron.

La forêt est fournie ici en toutes sortes de feuillus. On y voit au milieu des chênes de magnifiques érables et de majestueux frênes. Les hêtres commencent à remplacer progressivement les charmes qui étaient parfois présents dans les étapes précédentes.
C’est loin d’être plat, pour dire qu’on longe une rivière. Cela monte et descend tout le temps. Du goudron, oui, on nous l’avait bien dit. Parfois la route se rapproche tout près de la rivière.
On voit maintenant de plus en plus de châtaigniers dans le paysage. Même si les panneaux indiquent que la pêche est interdite, il y a de nombreux pêcheurs ici. De nombreux français sont juste indisciplinés.
Même si c’est la route, l’œil peut se reposer de temps à autre sur les reflets que fait la rivière à travers les arbres. Les arbres se prosternent et leurs branches semblent heureuses de se tremper dans la rivière. Ici, les eaux rarement grondent, mais plutôt se tassent, comme muettes, mortes. Tout est grâce et harmonie ici sur la rivière, même si le Lot a perdu ici sa belle couleur habituellement bleue.

Au bout de quelques kilomètres de marche paisible, la route sort progressivement de la forêt. Même s’il fait beau, le brouillard traîne ici sur la rivière, où paissent quelques Aubrac.
Bien évidemment, les paysages ne sont que fonction des saisons et de la météo. Voici à quoi ressemble le paysage ici par temps clair.

Puis, la route rectiligne remonte vers la colline pour arriver au lieudit La Rouquette, là où une route mène à un barrage sur la rivière, sur une boucle du Lot.
A La Rouquette, le GR65 laisse le goudron pour un large chemin de terre battue qui remonte en pente soutenue dans les bois de denses feuillus.
Le chemin ici est agréable, sur le flanc de la colline, à l’ombre des grands hêtres, des chênes et des frênes, là où aussi les châtaigniers commencent à se faire un peu de place.
Le chemin musarde un peu, redescend même légèrement pour traverser le petit ruisseau de la Luzane, au fond d’un petit vallon. Là, le GR65 retrouve le goudron, et c’est ici que s’amorce vraiment la montée sur le plateau de Golinhac.

Section 2: Une très longue montée, entre raccourcis et goudron.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pour de la montée, c’est de la vraie montée, plus de 330 mètres de dénivelé sur 4 kilomètres, avec des pentes oscillant le plus souvent entre 10% et plus de 15%, parfois plus encore.

C’est une petite route, qui ne sert qu’aux rares locaux. Vous ne rencontrerez ici sans doute aucun véhicule. Rapidement, un premier raccourci se dessine.

C’est ici que commence le bal entre les raccourcis qui grimpent dans le sous-bois et les épingles que fait la route goudronnée. Ici, les versants ne se lancent pas résolument à pic, si bien que, ici et là, des bouts de forêts y pendent, comme autant de véritables asiles, hier pour les loups, aujourd’hui pour les sangliers et les chevreuils.

La pente est fort soutenue, souvent à plus de 25% sur le chemin étroit qui serpente dans les feuillus. Parfois les schistes et les calcaires affleurent sous les petits châtaigniers sauvages et les hêtraies.

Comme si vous y étiez, en automne…

C’est raide oui, mais magnifique. Quand la lumière pénètre un peu plus, alors les chênes, les hêtres et les châtaigniers gagnent en taille.

Le raccourci n’est pas très long, et bientôt le GR65 retrouve la petite route goudronnée, qui s’ouvre sur un espace plus ouvert. Tout autour, l’univers n’est que denses forêts de feuillus d’ou émergent parfois de rares conifères.

La route gagne alors Montégut le Bas. Il n’y a rien ici, si ce n’est un véhicule qui commence sa belle mort sous un auvent. Ces cimetières à voitures sont de véritables verrues fort présentes sur les routes de France, et souvent dans des endroits remplis de charme.

Le paysage est sillonné d’un véritable chemin de croix. Ce n’est pas le Calvaire avec les stations de la liturgie chrétienne. Ici, chaque croix porte un nom, accompagné d’un descriptif. On compte plus d’une trentaine de telles croix sur le chemin jusqu’à Espeyrac.

Un bref passage sur la route, et on retrouve le raccourci, la pente et les cailloux sur le chemin.

Dans ce deuxième raccourci, la pente est un peu moins élevée, mais tout de même à près de 10%-15%. Et toujours les grands arbres, les chênes, les frênes, les érables, les hêtres et les châtaigniers, grands pourvoyeurs d’ombre.

Et près d’une cabane de pierre abandonnée, vous pouvez même envisager une pause bienvenue sous les grands arbres.

Un peu au-dessus, le chemin caillouteux rejoint une petite route goudronnée qui mène à une maison isolée dans le bois.

Alors, un nouveau petit tour sur le goudron, avant de trouver une troisième et dernière fois le raccourci qui monte dans le bois.

Le sentier se faufile furtif, serpente et s’élève doucement vers la ligne de crête, dans les broussailles, les schistes lustrés où s’incrustent le lierre et la mousse, les cailloux du chemin, sous les grands feuillus. Il n’y a jamais trace d’une clairière dans cette forêt compacte. Les seuls espaces libres sont ceux que l’on a réservés à la route.

A Montegut Haut, le bal des raccourcis et des épingles s’achève.

Le goudron, hélas diront certains, va nous accompagner jusqu’au sommet de la crête, sur le plateau. La route défile lentement, déployant des deux côtés de la route de fortes haies vives et épaisses, garnies de nombreux arbustes qui lui donnent l’apparence d’un taillis. Ici, la forêt est claire. Ce sont de hauts arbres isolés, des châtaigniers, des chênes, des frênes pour la majorité. On voit aussi ici des cerisiers sauvages, des merisiers. Sous la futaie pousse un épais taillis d’arbustes, de petits arbres, d’herbes folles et de fougères.

La route passe alors au lieudit Riou del Prat. La pente est toujours soutenue, entre 10% et 15%, rarement un peu plus. Ici, ce ne sont pas des villages, ni même des hameaux, que de belles maisons de pierre, isolées au bord de la route.

A partir de Riou del Prat, la pente reste tout aussi soutenue, souvent à plus de 10%. On voit des érables, des châtaigniers qui accompagnent les autres feuillus. Depuis Estaing, c’est un véritable trésor pour des cours de botanique ici. Il y a même des conifères qui pointent leur nez.

Plus haut, le pays s’ouvre un peu, et la route atteint dans les prés un autre lieudit, celui de La Bernarderie, une ferme de pierre au bord de la route.

Plus haut encore, le GR65 passe près d’un WC à sec, et la route monte toujours passant près d’une forêt de pins, ce qui est rare ici.

Et toujours ces croix, de métal ou de pierre, où s’amoncellent les vœux des pèlerins, sur les tas de petits cailloux.

Nous approchons du plateau maintenant. Un peu plus haut, près d’un point d’eau, les descriptifs ne sont pas que sur les croix. La publicité est ouverte. Autrefois, il y avait un point d’eau ici, bienvenu que les pèlerins prenaient d’assaut. Ces lieux de rencontre sont un peu comme des églises où les pèlerins prennent ensemble la communion, devisent sur les bobos de leurs membres meurtris. Hélas, l’eau ne coule plus ici.

La route passe alors à La Sensaguerie, enfin presque un hameau, avec sa belle Rover parquée pour l’éternité. Y a-t-il aussi un paradis pour les belles anglaises?

Encore un dernier coup de collier dans la campagne bucolique, et nous arrivons au sommet du plateau. C’est d’ici que part une route pour un gîte à Fonteilles, à 300 mètres.

Ici un champ de seigle, là une prairie d’herbe maigre pour les moutons ou d’herbe à peine plus grasse pour les vaches. Mais en hiver, la vie est rude ici, pendant de longs et grands mois, quand l’hiver entasse neige sur neige et que les vents froids et fougueux giclent sur le haut plateau.

Dans la région, ce sont de petits hameaux de trois à quatre maisons, pas plus, dessinés le long de collines riantes, mais peu fécondes. Les pèlerins qui passent sous leurs croix sont la distraction des gens ici. On ne croisera plus ici Pépé Catusse qui aimait les pèlerins au-delà de tout. Pour les autres, le bétail est leur pain quotidien.

Une fois arrivé sur le plateau, vous pensez naïvement être au bout de l’effort de la journée. Que nenni! La route va redescendre pendant longtemps vers d’autres petits hameaux grands comme des mouchoirs de poche, des fermes isolées, au pied des croix toujours plus présentes. C’est un océan de forêts et de sous-bois qui ne se perdent qu’à l’horizon. Aucune colline digne de porter un nom ne se lève au-dessus de cette mer d’arbres.

Section 3: Des montagnes russes à la pelle dans les sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: un peu plus de douceur, moins de hauteur, dans une succession ininterrompue de montagnes russes sans trop de difficulté, mais il y a tout de même quelques bosses un peu plus sévères.

Toujours les mêmes arbres, des frênes, des hêtres, des chênes et des châtaigniers en pagaille. La route descend sèchement vers le hameau du Mas. Ce n’est pas vraiment un hameau, plutôt une grande entreprise de travaux, à première vue.

Encore du goudron, toujours du goudron, en descente, pendant plus de deux kilomètres. La pente est moins raide, plus conciliante dira-t-on. La route est comme un long serpent gris qui glisse sur la verdeur des sous-bois. La vallée s’abaisse en pente large et douce, s’enfonce et se creuse toujours un peu plus. De rares trouées mettent en évidence des maisons isolées en dessous. Tout au fond coule le Lot.

La forêt est belle depuis le début de l’étape. Encore et toujours ces belles croix qui signent un paysage où, à côté des feuillus, se dressent ici d’élégants pins.

Dans cette végétation exubérante, il y a parfois de petites routes qui mènent à des culs-de-sac vers de petits hameaux isolés, qui s’agrippent au-dessus du Lot. Puis, la route recommence à descendre un peu plus fort.

Nous sommes descendus d’un peu plus de 100 mètres depuis le plateau, même, si pour de nombreux pèlerins, la descente sera perçue comme éternelle. Le goudron n’arrange en rien les affaires. Pourtant ici, il ne faudra pas rater, enfin, le chemin qui repart dans le sous-bois, sous peine de se retrouver à barboter dans le Lot, bien en dessous.

Qui dira le plaisir de retrouver un vrai chemin sous les arbres? C’est alors que commence un véritable jeu de piste, agrémenté de douces montagnes russes. C’est un paysage adorablement mamelonné, parfois ouvert sur des clairières au vert cru, parfois refermé sur lui-même dans la forêt.

Le chemin dodeline, reprend un peu de hauteur, avec parfois des passages assez raides. Les châtaigniers s’épanouissent avec volupté. Les chênes et les hêtres rivalisent de hauteur. Ici, un rare ruisselet apporte un peu de fraicheur.

Sur la terre brune, parfois de gros cailloux jonchent le sol. Ailleurs, de petits murets de pierres recouverts de mousse bordent le chemin sous les allées de feuillus.

Un peu plus loin, le chemin rejoint une clairière. La traversée de ces horizons sauvages dégage une impression de grande solitude qu’agrémente parfois la vision au loin d’une ferme aux proportions harmonieuses ou celle d’un troupeau d’Aubrac broutant près des haies.

Puis, le chemin retourne en forêt. Ici, les hêtres ont pris le pouvoir sur le sol qui est presque du sable. L’œil se trouve le plus souvent confronté à l’anarchie des sous-bois ou à la géométrie des frondaisons de la canopée. Dans les forêts, il y a toujours la forêt du haut, la noble et belle canopée, celle de la vie, des couleurs, de la lumière. Puis, il y a la forêt du bas, celle de l’obscurité, des branches en décomposition, de l’humus et des broussailles.

Parfois de gros cailloux émaillent le chemin, mais c’est plus souvent l’humus qui est la règle, où le pied se pose avec plaisir, dans cette douce et magnifique forêt sous les arbres, rarement dans les buissons.

Quelques rares trouées dans l’espace sont offertes sous forme de clairières. Il suffit d’un petit tronc pour que les pèlerins y dressent des cairns ou amoncellent les petites pierres. Mais le chemin retourne le plus souvent en forêt. Ici il frôle de gros blocs de granite. Ici, ce ne sont pas, comme souvent de gros blocs charriés par les glaciers lors des dernières glaciations. Ici, il y a plus de 300 millions d’années, le granit sous-jacent est remonté progressivement à la surface dans les calcaires et les schistes superficiels. Puis, ce matériau s’est érodé, laissant apparaître ici ou là ces beaux blocs de granite.

Section 4: Golinhac, là où s’achèvent les montagnes russes.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: toujours et encore une succession ininterrompue de montagnes russes, avec parfois quelques bosses un peu plus sévères.

Puis, pour notre grand plaisir, le chemin abandonne pour de courts instants les feuillus pour des épicéas, aussi majestueux que des Grands d’Espagne. Les a-t-on plantés ici? Sans doute pas, la nature sait tout faire.


Pourtant on pressent que le scénario va évoluer un peu. Il n’y avait personne dans la nature nue. Mais, dans une grande clairière, où on voit presque jusqu’au fond de la vallée où coule le Lot, des Aubrac paissent dans un pâturage l’herbe rase. Y aurait-il un village tout près?

En fait, le village est à deux pas d’ici, en suivant un chemin de terre un peu plus large qui doit laisser passer les tracteurs. Ici, il y a de très belles allées de chênes au bord du chemin. Mais pas que des chênes, bien sûr!

Au bout du chemin, c’est Massip, à l’orée du bois. Le village est en dessous. ici aussi on gère le bois. On trouve à se loger dans la magnifique maison de pierre au bord du chemin.

Depuis Massip, un petit chemin romantique à souhait, se tortille dans les genêts et les mousses dans une sorte de musée géologique à ciel ouvert, au milieu des blocs de granite.

Puis après le paradis, l’enfer, comme bien souvent. Le chemin rejoint une petite route et dévale, le mot n’est pas trop fort, pour un court laps de temps dans la forêt sombre. Un vrai régal pour les articulations fatiguées! Alors, le chemin rejoint à nouveau une petite route.

Ici, vous ne savez jamais où vont ces routes, qui sont souvent des culs-de-sac pour quelques maisons isolées. D’ailleurs ici, le GR65 quitte rapidement la route pour musarder dans une forêt enchanteresse.

Les hêtres élancés, les châtaigniers joufflus et les majestueux chênes rouvres se donnent la réplique, le long des murets de pierre, dans les fougères et les mousses. Ici, on pourrait y flâner des jours entiers. Même un petit âne, sur le talus, doit envier notre liberté.

Puis, les clairières se font plus présentes, le bétail aussi et le chemin passe près des premières maisons de Golinhac. Le chemin, comme s’il avait envie de nous faire pardonner son côté cahoteux, se prend des allures d’un gentil chemin vicinal.

Qui pourra passer indifférent devant cette croix de granit qui n’a plus d’âge, plantée pour notre bonheur sur ces magiques murets de pierre moussue, qui sont un des grands plaisirs des chemins de Compostelle, en de nombreuses régions de France?

Ici, peu avant le village se dressent de magnifiques maisons, faites de moellons de pierre, sous des toits en lauzes.

Le GR65 arrive à plat à Golinhac. Golinhac est le premier vrai village depuis Estaing. Il compte tout de même près de 400 habitants. A l’entrée du village, une croix de pierre du XVème siècle, dite “dels romieus” (des pèlerins) montre une Vierge aux pieds du Christ, ainsi qu’un pèlerin au centre, un petit chapeau dans sa main et qui tient une grande cloche. Cette croix est une copie de l’original qui se trouve dans l’église.

L’église dédiée à Saint-Martin, a une origine très ancienne, érigée avant l’an mille, bien que complètement modifiée au cours des siècles. C’est vrai que la croix des Romieux est très belle.

Dans le village, signes religieux et profanes font bon ménage.

Un peu plus haut que le village, le Puech de Regault offre un magnifique panorama sur la vallée d’Entraygues, les monts d’Aubrac et l’Auvergne. Surnommée aussi “la colline du regard”, elle permet de voir par beau temps le grand volcan du Plomb du Cantal en Auvergne. Encore faut-il avoir de la chance d’y être présent le jour adéquat!

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