45: Los Arcos à Logroño

De la Navarre à la Rioja

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, le parcours s’en va vers la Rioja. Ce sont les derniers soubresauts de la Navarre, parfois sur de larges chemins traversant la Meseta, mais aussi dans de petits vallons, là où le chemin se plaît à suivre la route nationale qui mène à Logroño. Pas d’autoroute aujourd’hui, tant pis! Sur le trajet, le chemin croise deux très beaux villages médiévaux, Torres del Rio et Viana. Quand on fait le Camino francés, on comprend quand même mieux pourquoi l’Europe a fait de ce chemin un véritable chemin d’exception. Le patrimoine est vraiment d’une grande richesse dans le pays, unique, d’aspect presque médiéval, alors qu’en fait, les édifices ont été érigés la plupart du temps après le XVIème siècle. Mais le XVIème siècle, c’est assez vieux, non? En fin de parcours, le chemin quitte la Navarre pour la Rioja.

La Rioja n’a pas d’histoire propre. Pendant des siècles, le territoire a été au cœur de conflits incessants entre les royaumes de Navarre et de Castille, et ceci depuis le Xème siècle. Au XIIème siècle, elle est devenue de fait une partie de la Castille. Elle obtint un pseudo statut de province au XIVème siècle, se détachant des grosses provinces castillanes de Soria et de Burgos. I fallut attendre la “transition démocratique espagnole”, de 1975 à 1982, le processus ayant permis, à la mort de Franco, la mise en place d’une vraie démocratie en Espagne. Le statut d’autonomie de la Rioja date de 1982, lorsque la région s’est enfin détachée de la vielle Castille.

 


Les dénivelés aujourd’hui (+369 mètres/-411 mètres) sont faibles pour une étape de près de 28 kilomètres. Le Camino francés reste un parcours de faible dénivelé, même si on marche sur un haut plateau. Mais, n’en doutez pas, il y a tout de même parfois de jolies bosses. Le passage le plus tortueux est quand le chemin passe du côté de Sansol, puis après lorsqu’il fait des efforts pour éviter la route nationale le long des petites collines. Mais après Viana, c’est la plaine, même si le chemin fait encore un petit détour par les collines avant de gagner la ville.

Dans cette étape, il y a pas mal de route, car l’approche de la ville se passe sur la route le goudron. Mais, la grande partie du trajet se passe encore sur les chemins. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés. Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins:

Goudron: 7.2 km

Chemins: 20.4 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-los-arcos-a-logrono-par-le-camino-frances-33702244

 

Section 1: Une longueur sans fin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

 

De la place à arcades près de l’église Santa Maria, une porte du XVIIème siècle s’ouvre sur la sortie de la vielle cité de Los Arcos. Juste derrière la porte coule le Río Odrón, assez boueux, sous les peupliers noirs.
Le Camino quitte assez rapidement le village, passant devant l’auberge des pèlerins et montant sur la colline.
Un large chemin s’ouvre alors près d’une petite unité électrique et s’en va entre les champs de céréales et les vignes.
Il faudra vous y faire, vous n’avez guère le choix. C’est encore un avant-goût de ce que vous trouverez bientôt sur le Camino francés. Ici, ce ne sont que 7 kilomètres, presque en ligne droite, pour aller au village de Sansol que vous apercevez loin devant vous.
Ici, un petit accident de parcours sous la forme du discret ruisseau Valesca, et devant vous la file des pèlerins s’allonge. Les pèlerins, pour la grande majorité, avancent dans cette grande plaine sans maugréer. Personne ne les a forcés à venir ici. Mais il y a toujours les incorrigibles, qui trouvent critique à tout. Pourtant, le village de Sansol s’est un peu rapproché devant vous.

Section 2: En passant par le magnifique village de Torres del Río.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours plus difficile près de Sansol, mais rien de sérieux.

Pourtant, un peu plus loin le chemin, généreux, se met à se tortiller légèrement et le paysage devient un peu plus varié, mélangeant les champs de céréales, les vignes et même les oliviers. Sur le chemin, certains pèlerins mettent leur protection contre la pluie, pourtant il ne pleut plus depuis 5 jours, même s’il fait toujours froid.
Ici, la terre, variant entre le rouge et le gris sale, ne doit pas absorber l’eau facilement. On pressent que cela doit être pas mal boueux par ici par temps de pluie.
Sansol se rapproche de plus en plus et le chemin croise le ruisseau de San Pedro, pas plus en eau que le précédent.
Peu après le ruisseau, le Camino trouve une petite route départementale qui monte en pente douce vers le village. Comme le paysage n’est pas excitant pour tous, ce pèlerin profite de répondre à ces mails tout en marchant. Il n’y pas une minute à perdre sur le chemin. Mais pourquoi diable ne peut-on pas se passer de son téléphone portable?
Ici, un père avance avec un enfant. Là, une pèlerine prend un cliché de son amie pour fixer sur la pellicule ce souvenir inoubliable de la première “albergue” de Sansol.
Sansol est un village uniforme, avec ses maisons de pierre massives, certaines blasonnées, d’autres ressemblant à des demeures cossues baroques. Baroque aussi est l’église du XVIIème siècle.
Le Camino sort de Sansol sur la route et se dirige vers Torres del Río, appelée aussi autrefois Torres de Sansol, village dominé par l’église San Andrés de l’autre côté du petit vallon. Ces deux villages ont connu la même évolution historique que Los Arcos, ayant été longtemps rattachés à la Castille.
Un chemin dallé descend alors en pente raide dans le vallon entre les deux villages. Ces dalles feront sûrement encore râler notre ami italien qui clame qu’on a dénaturé le chemin.

Au fond du vallon, le chemin traverse le Rio Linares. Le village de Torres del Río apparaît alors, homogène, perché sur la colline, dominé par l‘église paroissiale de San Andrés, un édifice baroque du XVIème siècle.

Une pente assez rude conduit au sommet de ce magnifique village aux maisons massives, baroques et blasonnées pour la plupart. Le climat devait être rude pour en arriver à ériger ces demeures qui sont comme des forteresses de pierre.

Au détour d’une ruelle étroite apparaît alors l’église du Saint-Sépulcre (iglesia del Santo Sepulchro). C’est un monument historique, reposant notamment sur son agencement octogonal, sa belle coupole en étoile et sur les influences musulmanes mélangées à l’art roman. A l’origine, l’église remonte au XIIème siècle. Fermée bien entendu, nous n’avons pu profiter de son intérieur que l’on dit magnifique.

Il faut le dire, il est rare de trouver un village avec autant d’harmonie où aucun édifice ne vient dépareiller l’ensemble, comme un pou dans une somptueuse chevelure.

Section 3: De très beaux vallonnements dans la nature.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours assez casse-pattes avec des pentes parfois marquées.

Le chemin quitte les hauts du village de Torres del Río au milieu des oliviers. Vous ne verrez que rarement des oliviers dans cette partie de l’Espagne, un paradoxe, non?
Il passe près du cimetière et s’en va dans la nature, au milieu des céréales et de rares coquelicots ou des touffes de colza qui se ressème partout dans le pays.
Puis, le pays devient plus vallonné et le chemin va onduler dans les champs et les vignes. Il ne passe pas très loin de la nationale. On a tout de même de la peine à comprendre pourquoi dans un pays si vaste, on a fait passer le chemin si près des routes. Mais, moment de colère vite passé, on dira que la circulation, à de rares exceptions, est très marginale sur ces axes.
La nature est à nouveau belle ici, la terre rouge au milieu des vignes et des oliviers, avant que le chemin ne s’enfonce, en pente raide, un peu plus bas dans la nature sauvage.
On est descendu, il faut donc remonter, non? Le chemin remonte sur les dalles en paliers, jusqu’à rejoindre la route nationale qui passe au-dessus. Mais, il reste sagement sous la route passant sous les petits érables dans un sentier étroit.
Alors le chemin prend des teintes impressionnistes sur un petit sentier étroit qui monte en pente sévère d’abord sur la terre battue puis à nouveau sur les dalles.

Au sommet de la montée, qui rejoint la route qui s’est amusée à faire un grand virage, les coréens font la photo de famille. Ils le font le plus souvent au sommet es collines, comme s’ils gravissaient le Mont Halla, le plus haut sommet de leur pays, culminant à moins de 2’000 mètres de hauteur. Mais que diable vient faire ici ce peuple courtois et si poli d’Asie? On sait que 20% des coréens sont catholiques. Mais ceci n’explique pas tout. Ils ne fréquentent pas plus les églises que les autres pèlerins, c’est-à-dire si peu. Un jour futur, un sociologue se penchera peut-être pour essayer de comprendre comment on peut s’exiler ainsi pour un mois en dehors total de sa culture. “Buen camino” disent-ils encore, à notre passage. On leur rend le bonjour avec courtoisie et sympathie.

Le chemin passe de l’autre côté de la NA-100, la petite route nationale qui traverse cette région dépeuplée. Le chemin continue à monter dans les oliviers, les érables, puis dans les genêts. Nous sommes à moins de 500 mètres d’altitude. Ici les genêts servent-ils à autre chose qu’à faire des balais ou alors ne sont-ils pas là juste pour notre plaisir ? Le jaune éclate en étincelles dorées, mais qui ne sentent pas encore le miel, au milieu de la bruyère morte de la saison passée. Quand vous marcherez plus loin dans la Meseta, 100 mètres plus haut, vous ne verrez que les hampes fanées de cette grande merveille de la nature.
Juste en dessus, le chemin passe dans une forêt de pins où se dressent de beaux cairns. Notre dame coréenne, que l’on croise tous les jours et qui part aussi très tôt, qui marche seule, dans sa vie intérieure, avec ses écouteurs sur les oreilles, a peut-être apprécié les agencements de pierres sauvages qui rappellent un peu son pays. Mais, elle n’en dira pas mot, sans doute étrangère aux langues pratiquées sur le chemin. Mais, elle vous gratifiera d’un sourire. A la sortie du bois, le chemin passe devant l’ermitage del Poyo (Notre-Dame du Puy), reconstruit au XVIIIème siècle, mais fermé bien évidemment.
D’ici, le chemin redescend d’abord sur la terre battue, puis sur les dalles pour rejoindre la route nationale.
Le Camino suit alors un peu la route, puis part dans le maquis sur la terre battue, parfois ocre, parfois grise. Ici, la pente est à près de 15%.
Plus haut, au niveau de plantations d’oliviers, la pente s’adoucit et le chemin rejoint une petite route.
Le Camino ne reste pas longtemps sur le goudron. Rapidement, il s’en va sur un chemin de terre qui longe le flanc de la colline pelée, une sorte de maquis avec des buissons, de petits érables, des buis et parfois quelques pins ou quelques arolles.
Puis dans les tâches de genêts, le chemin commence à descendre un peu plus. Apparaissent alors des oliviers et des amandiers qui complètent la panoplie des arbres.

Section 4: Encore quelques ondulations sur les collines.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours avec quelques jolies bosses, pentues, mais courtes, en montée comme en descente.

Le chemin descend toujours. Il y a même des passages en pente très raide dans le maquis. Sur les coteaux de l’autre côté du vallon poussent les vignes. Plus bas, ce sont les oliviers et les amandiers qui se glissent au milieu des pins sur la terre aride.
Bientôt, le chemin atteint le fond du vallon et progresse le long de haies luxuriantes.
Peu après avoir franchi le discret ruisseau de Matamala, le chemin suit les vignes et les amandiers. Les vignes augmentent en nombre. Nous sommes toujours en Navarre, mais pas très loin de la Rioja.

Ici, on avance sans peine, mais devant vous se dresse un chemin où il faudra donner un coup de collier.

C’est raide dans les genêts, les buis et les pins, mais c’est court.

Le chemin passe alors au lieudit Corral de Cornava, perdu au milieu de nulle part. Nous sommes à près de 4 kilomètres du gros bourg de Viana et à 13 kilomètres de la fin de l’étape.

Mais aujourd’hui encore, nous aurons de la peine à nous défaire de la NA-1100, qui nous suit à la trace. Le chemin descend vers elle, traverse et continue. Vous dire que la circulation est calme ici, nous n’avons croisé aucun véhicule de la journée jusqu’à Viana.
Alors pour quelques centaines de mètres, le Camino nous balade dans les vignes, puis dans la nature vierge pour nous faire croire que l’on ne verra plus la route…
…mais, peine perdue, bientôt, elle revient à la charge. Mais, en Espagne, on peut aisément éviter le goudron et marcher sur le bas-côté. Dame! Le Camino francés est un chemin européen, presque entretenu à demeure par les jardiniers. Par temps sec, les pèlerins en grand nombre adopteront cette manière de faire. Par temps pluvieux, on utilisera plutôt le goudron, pour ne pas être englué dans la boue.
D’ailleurs, le chemin reprend rapidement ses droits au bord de la route.

Section 5: En passant chez César Borgia, par la belle cité médiévale de Viana.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, sauf sur la colline de Viana.

Le chemin folâtre alors un peu dans le maquis et les buissons…
… puis revient sur la nationale. Le Camino francés est si bien organisé qu’on signale deux fois le chemin. On avertit les pèlerins qu’ils vont croiser une route. On avertit aussi les automobilistes de la présence de pèlerins. A partir d’ici, comptez deux bons kilomètres pour rejoindre la cité de Viana.
A votre choix, prenez le goudron ou le sentier de terre, le long des amandiers et des vignes.
Puis, le chemin quitte la route pour les champs de céréales et les vignes.
On voit alors Viana grandir sur la colline.
A deux pas de la cité, le chemin traverse le minuscule ruisseau de Valdearas qui sillonne dans la plaine.
Le chemin traverse alors à nouveau la nationale et passe dans la partie basse de la cité, au milieu des HLM. On imagine qu’à Viana (4’500 habitants), cette partie de la cité doit être habitée par des pendulaires qui travaillent à Logroño.
Le Camino monte en pente marquée à l’entrée de la vieille cité. On y pénètre par une porte étroite. La cité est quadrillée comme une bastide, avec une grand rue. Toute la cité respire une atmosphère franchement médiévale. Cette cité, le dernier bastion de la Navarre, a connu la même histoire que les autres, avec ses relations difficiles avec la Castille. Comme les autres village de la région, elle connut le même essor grâce au Chemin de Compostelle. Elle comptait quatre hôpitaux pour les pèlerins au XVème siècle.
Le monument le plus célébré est l’église Santa Maria, un monument historique qui est comme une grande cathédrale trônant au milieu de la vieille ville. Cette imposante église remonte à la fin du XIIIème siècle, construite en style gothique. L’église est haute, avec une façade très ornée, de nombreuses chapelles, un intérieur chargé, baroque. Son magnifique portail, de style Renaissance, est plus tardif.

Ici sont enterrés les restes de César Borgia, condottiere et cardinal, qui passa sa courte vie entre L’Italie et l’Espagne, la famille étant originaire de Valence et ayant donné des papes, plus corrompus les uns que les autres. Lucrèce Borgia était sa sœur, qu’on a accusé sans doute à tort de tous les méfaits, notamment d’inceste avec son frère, d’empoisonneuse. Mais, ce n’était certes pas une famille simple, dans un siècle troublé. César Borgia, qui doit sa grande notoriété à Machiavel qui l’utilisa comme prototype dans son célèbre live Le Prince, fut assassiné ici, à Viana, en 1507, à l’âge de 31 ans.

Sur la place de Los Fueros, une place animée, centrale, se dresse l’hôtel de ville, un édifice de la fin du XVIIème siècle, avec ses deux tours et ses arcades. Dans toute cette cité harmonieuse, où les touristes se pressent, s’élèvent de beaux bâtiments blasonnés de style souvent baroque.
Plus loin, sur la rue centrale, le Camino passe devant l’église San Pedro, l’église la plus ancienne de la cité, datant du XIIème siècle. Cette église gothique, aujourd’hui désacralisée, et en partie en ruines. Bien qu’en ruines, son portail baroque du XVIIIème siècle est en excellent état. Tout à côté se dresse le palais Pujadas, un édifice baroque du XVIème siècle, transformé aujourd’hui en hôtel.

On quitte le centre médiéval, comme on est entré, par une porte faisant partie d’un complexe de murailles qui demeurent encore présentes dans le bas de la cité.

Le Camino redescend alors les ruelles en pente de l’autre côté de la cité pour se retrouver rapidement dans la nature.
Dans les jardins potagers, le Camino retraverse le bras principal du Rio de Valdearas.
Après avoir croisé une petite route, le Camino s’en va, tantôt sur la terre battue, tantôt sur le goudron dans les champs.
Ici, la campagne est diversifiée, et l’on trouve côte-à-côte des terrains vagues, des jardinets, des vignes et de maigres champs de céréales, ce qui est rare, il faut le dire, en Espagne.
Peu après, le Camino, devenu chemin de terre, croise la N-111, la grande route nationale, la suit quelque peu, puis s’en va aussitôt sur une petite route goudronnée sous les peupliers noirs.

Section 6: De la Navarre à la Rioja.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

La route longe alors le ruisseau de Longar sous les peupliers noirs, le long des vignes. Ici une pèlerine traîne sa charrette à hautes roues. C’est quand même plus aisé de le faire sur le goudron.
Peu après, la route traverse le ruisseau.
Nous sommes à l’ermitage de la Virgen de Cuevas avec son aire de pique-nique sous les amandiers. L’église ici est documentée depuis le XIVème siècle, étant mentionnée dans le fameux codex Calixtinus.
Ici, nous sommes à 2.8 kilomètres de la Rioja. La Rioja n’est pas un village, ce qui pourrait porter à confusion sur le panneau, c’est une province espagnole. Nous sommes donc près de la frontière entre la Navarre la Rioja, Logroño étant dans la Rioja.
Mais que fait cette ferme ici, qui n’en est pas une? Un anachronisme, nous n’en avons pas vu une depuis une semaine. Le chemin part alors dans la plaine entre vignes et champs de céréales.
Les vins de Navarre ne sont pas aussi célébrés que les vins de la Rioja. Et pourtant, nous avons croisé de nombreux vignobles en Navarre, mais souvent discrets et plantés dans les plaines, ce qui n’est pas la meilleure manière de produire les grands crûs. Par contre, pour les grands champs de blé qui couvrent la plaine, il n’y a pas de problème, apparemment.
On arrive près de la frontière. Le chemin passe alors dans une forêt de pins.
Dans le bois, le chemin traverse la nationale. Ici, la circulation est un peu plus présente. Nous sommes tout de même à côté d’une ville de 150’000 habitants.
Le chemin longe alors la route, le plus souvent sous les pins.
A la sortie du bois de pins, le chemin arrive à Las Cañas, dans la banlieue industrielle, à 4 kilomètres de Logroño.

Section 7: Le Camino se rapproche progressivement de la ville.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

 

Le Camino pénètre alors dans la Rioja au niveau du Rio del Nabal.
Peu après, une petite route passe à nouveau sous la nationale et monte dans les talus sur le Camino Viejo de Viana, le vieux chemin de Viana.
La route monte en pente douce jusqu’à traverser une route sous un tunnel.
Le chemin continue à monter un peu dans les peupliers et les vignes jusqu’à un petit plateau bardé de poteaux de granite, symboliques du chemin. Alors, on aperçoit la ville en contre-bas.
Du plateau, la route descend vers la ville en pente douce entre prés et vignes.
Une dame locale tient négoce au bord de la route, tentant d’appâter les pèlerins avec ses tampons pour la “credencial”. En Espagne, les jardins sont souvent suspendus dans des pots sur les façades.
Au bas de la descente, dans un foisonnement de vert, où le colza se ressème partout, la route passe le Rio Grande, dont seul le nom est grand.
Le Camino arrive alors à deux pas de la ville, dans un grand parc le long de l’Ebre.
Il arrive alors au pont de pierre traversant l’Ebre. C’est un des 4 ponts qui amènent à la ville. Il est la clef du développement de la cité. Il y avait ici un pont du XIIème siècle, avec des tours de défense, qui aurait été érigé par San Juan de Ortega, le saint bâtisseur. Le pont actuel, le plus important de la ville, ne date que de la fin du XIXème siècle. Il s’appelé simplement “Puente de piedra” (pont de pierre), en opposition au pont de fer qui passe un peu plus loin. L’Ebre est le plus grand fleuve espagnol. Il s’étend sur près de 1’000 kilomètres, prenant sa source au nord en Cantabrie, traversant la Castille, la Rioja, la Navarre et l’Aragon pour se jeter en Catalogne, non loin de Tarragone.
Après le pont, il suffit de suivre les coquilles sur les pavés de la Rúa Vieja, une des plus anciennes rues de Logroño, puis de la Calle Barriocepo. Ces rues étaient autrefois le cœur de la ville, avec des blasons encore visibles sur les façades.
Au bout de ces ruelles étroites, très colorées, vous arriverez quelque part entre le Casco Antiguo et la ville neuve, près de la Calle Once de Junio et la Plaza Alférez Provisinal et son rond-point. Ici se trouve une statue que vous pourrez croire attribuée aux pèlerins, deux marcheurs, non? Pour une fois, ce n’est pas la question. C’est pour commémorer un petit péril de 63 kilomètres jusqu’au sanctuaire de Valvannerada, organisé chaque année par l’Association des donneurs de sang de La Rioja.

Section 8: Un petit tour à Logroño.

 

Voici à quoi ressemble la vielle ville de Logroño (150’000 habitants), le Casco antiguo.

http://centrodelaculturadelrioja.es/files/uploads/pdf/plano-turistico-logrono.pdf

Quand vous entrez dans la ville, à la Rúa Vieja, le premier monument que vous verrez est l’ermitage de San Gregorio. Il y avait ici un ermitage du XVIIème siècle, construit sur la maison où mourut le saint. Ce dernier est connu pour avoir fait le chemin avec un autre saint très connu dans le pays, Santo Domingo de la Calazada, chez lequel passe plus loin le chemin. En 1994, on démolit l’ermitage et on le reconstruisit avec les pierres originales.

A deux pas, se trouve l’église Santa María del Palacio, qui se nomme ainsi car elle fut érigée sur la base d’un palais donné par le roi de Castille. On l’appelle aussi “La Aguja” (la flèche). C’est une église du XIème siècle, reconstruite au XIIème siècle, puis agrandie au XVIème siècle. On dit que l’intérieur est gothique. On ne pout que le croire, car l’église était fermée à notre passage.

La Rúa Vieja aboutit à l’église de Santiago el Real, sur la façade conçue comme un arc de triomphe, dans laquelle s’inscrit une niche représentant Saint Jacques, la première le représentant en pèlerin, la seconde en guerrier à cheval. Cette église est la plus vieille église de la ville. A l’origine romane, elle fut détruite par un incendie. Elle fut donc reconstruite en style gothique au XVIème siècle et on y ajouta une tour. Si vous aimez les ors et les bronzes, vous trouverez votre bonheur à l’intérieur de ce monument classé comme monument historique, sans doute non à cause de son historicité , mais à cause de St Jacques et parce que c’est ici que se réunissait le conseil municipal de jadis. A l’époque où nous sommes passés, on préparait les offices de la Semaine Sainte. En Espagne c’est une vraie institution. Malheureusement, la semaine fut pourrie comme jamais. Alors, on a renoncé à exhiber partout en Espagne le patrimoine religieux. On comprend. Les espagnols ont pleuré de vraies larmes.
Comme pour toutes les villes de la région, la Castille a dominé longtemps l’histoire du pays. Et quand le roi de Castille attribua à ces cités les privilèges (fueros), avec le développement du Chemin de Compostelle, on construisit des églises, les unes après les autres. Santa Maria la Rotonda, était une église romane, mais située dans le faubourg, un peu à l’écart du chemin. Alors, on rasa l’église, jugée trop petite, et on construisit une cathédrale au début du XVIème siècle, une construction qui dura plusieurs siècles. L’église aujourd’hui s’ouvre sur la Plaza del Mercado. Sa façade principale est une forme de voûte, flanquée par deux hautes tours baroques très ornées, les jumelles. Les nefs sont gothiques, mais des adjonctions baroques sont présentes dans tout l’édifice. Autour des murs latéraux se trouvent des chapelles.
Il fait bon flâner le jour sur la Calle de San Nicolas ou sur la Calle Portales. Au bout de la rue vers le centre-ville, on passe devant le Parlement de la Rioja, qui ressemble à une grande église vitrée.
Il fait bon flâner le soir dans le quartier de la Calle Laurel, la rue des tapas, une rue populaire connue sous le nom de “sentier des éléphants”. Dans le Casco antiguo, peuvent apparaître à tout moment des choses insolites, comme la cheminée d’une usine tabac, un cow-boy ou une statue d’un autre temps.

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