43: Puente la Reina à Estella

Sur le “Chemin des étoiles” mais aussi de l’Autoroute des Pèlerins

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Estella existait déjà au temps des romains sous le nom romain de Gebalda. La légende prétend que dans les années 1000, des bergers virent une pluie d’étoiles par ici et découvrirent la statue dite Notre-Dame-du-Puy. Alors, on donna au village le nom basque de Lizarra qui signifie étoile, puis le nom castillan de estella qui veut dire la même chose.

Au XIème siècle, s’établit ici une colonie de francs, les francos, ce peuple germanique à l’origine de la France, d’une partie de l’Allemagne, des Pays-Bas, mais aussi de colonies en Espagne. Le roi de Navarre et d’Aragon leur accorda des fueros, des privilèges. L’idée était d’amener ici des commerçants, des bourgeois. Ce sont ces derniers qui développèrent ici le Chemin de Compostelle, dont de nombreux francos venant du Puy-en-Velay ou de Tours, bâtissant de nombreux hospices. On vit apparaître bientôt d’autres communautés ici, dont les navarrais. A partir du XIIème siècle, la cité connut un grand essor, et on construisit de nombreuses églises, faisant de la cité le joyau roman de la Navarre. La ville devint rapidement l’escale phare du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, avec l’église de San Pedro de la Rúa, l’église de San Juan et plusieurs hôpitaux, assistés par des confréries.

La cité connut son apogée au XIIIème siècle. La ville s’enrichit en construisant plusieurs couvents et de nombreux hôpitaux et auberges pour accueillir les pèlerins. Un château et une forteresse furent ajoutés pour contenir les velléités de la Castille voisine. Puis, la cité tomba progressivement en décadence, suite aux nombreux conflits où se sont affrontés la France qui possédait la Basse Navarre, la Navarre et la Castille, au cours des XIVème et XVème siècles. La ville tomba aux mains de la Castille au début du XVIème siècle et on démolit alors le château et la forteresse. Puis, lors des guerres carlistes pour la succession du trône de Castille, le prétendant Carlos, avec l’appui des navarrais qui le soutenaient, installa sa cour à Estella et régna “en Navarre”, la ville devenant la capitale de l‘état carliste. Mais, la victoire finale des libéraux centralisateurs de Madrid, partisans légitimes du roi, va entraîner l’abolition du régime des fueros, à savoir des privilèges, et la Haute Navarre devint alors une simple province espagnole en 1841.

Aujourd’hui, c’est une belle balade, une des plus belles du Camino francés en Navarre. Les villages sont agréables, certains médiévaux, le chemin est large, peu caillouteux, ondulant sur de petites collines. Certes, mais les fâcheux diront que le chemin est bien près de l’autoroute. C’est vrai, mais elle ne dérange guère. D’abord, on n’est pas juste à côté, comme ce sera le cas plus tard sur le chemin. Ensuite, la circulation est faible, car nous ne traversons pas une région dense du pays. Et puis, on arrive dans une ville assez incroyable. Quel pèlerin qui n’est pas né en Espagne a déjà entendu parler d’Estella? Aucun, en toute vraisemblance. Estella est une cité mineure, mais c’est une ancienne capitale de Navarre, avec une richesse de monuments étourdissante. Il y a plus de monuments ici que dans de nombreuses grandes villes d’Espagne. Vous dire que c’est une ville importante, le train passe ici, alors qu’à Burgos, il faut sortir de la ville pour prendre le train.

 


Les dénivelés du jour (+388 mètres/-305 mètres) sont assez insignifiants. Il n’y a que deux passages où on vous demandera un léger effort, d’abord la montée vers l’autoroute peu après Puente la Reina, puis la montée vers le village d’Orca. Tout le reste n’est que du plaisir à marcher.

Dans cette étape, la grande partie du trajet se passe sur les chemins. Les passages sur la route ne sont que dans les villages et la ville. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés. Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins:

Goudron: 5.8 km

Chemins: 15.9 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-puente-de-la-reina-a-estella-lizarra-par-le-camino-frances-33648399

 

Section 1: Dans la plaine de l’Arga avant de monter vers l’autoroute.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: à plat, puis une montée soutenue entre 10% et 15% vers l’autoroute.

 

Au bout de la Calle Mayor, le Camino arrive sur le pont de Puente la Reina.
On a vu dans l’étape précédente l’importance de ce pont jeté sur les eaux tumultueuses de l’Arga.
Le Camino traverse la rivière. Un peu plus loin, la nationale traverse aussi la rivière sur un autre pont.
Le Camino quitte rapidement l’axe routier, passe à côté de l’église San Pedro. L’église est ouverte, mais à l’intérieur, il fait nuit. Est-ce pour dissuader d’éventuels personnes de voler encore une fois la vierge du Puy, dont on a raconté l’histoire dans l’étape précédente?
La route quitte le bourg, part sur un large chemin de terre, ne passe pas très loin de l’autoroute A12, appelée Autovia Del Camino de Santiago, car elle suit le chemin du pèlerinage. Elle relie Pampelune à León, passant par Logroño et Burgos. Si vous prenez cette autoroute en été, vous verrez défiler sous vos yeux les armées de pèlerins.
Ici, le chemin longe la rivière. Sur les talus se ressèment les coquelicots et le colza. On y voit des amandiers, mais surtout des peupliers noirs, ces arbres omniprésents en Navarre et Castille.
La promenade est très agréable. Puis, le chemin quitte la rivière. Ce sont les vacances de Pâques, et des familles d’espagnols avec enfants, font un bout de chemin. De manière générale, les enfants ont tendance à traîner les godasses, pas tous enthousiastes des vacances qu’on leur propose.
La terre hésite entre l’ocre et le rouge. Au bout de la plaine, un chemin commence à monter sous les arolles et les peupliers noirs.
Ici, l’effort est soutenu. C’est une montée de près d’un kilomètre, entre 10% et 15% de pente. Alors, souvent, vous entendez derrière vous des bruits de bâtons en saccades qui raclent la terre et se rapprochent vite. Ce sont des sportifs qui aiment à se faire un peu d’exercice. Rapidement, ils disparaissent de votre horizon.
En été, ce doit être l’extase ici. Les arolles, les peupliers et les chênes verts ne vous feront guère d’ombre. Au-dessus bourdonne l’autoroute.
Bientôt, le sommet de la montée s’annonce. Alors, vous aurez le privilège de faire quelques pas en compagnie de l‘autoroute. Vos premiers pas…

Section 2: En passant par le village médiéval de Cirauqui.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans grande difficulté.

Le chemin avance encore un peu le long de l’autoroute avant de repartir à travers champs.
Le chemin ondule alors un peu dans les genêts avant d’atteindre le village de Mañeru.
Dans ce village avec ses nombreuses maisons de pierre jointoyées, certains pèlerins font leur première pause. Dame! La montée a été rude. Il est temps de refaire le plein d’énergie à l’“albergue”. D’autres continuent. On ne va pas tout de même faire une pause tous les 5 kilomètres!
Le chemin sort du village, se dirige vers le cimetière, puis ondule sur de douces collines au milieu des céréales, des coquelicots, du colza, avec parfois quelques genêts en fleurs sur les talus.
Peu après, le chemin passe au lieudit Uberoeta, dans les arolles et les amandiers. On y aperçoit aussi de la vigne pour la première fois. Ici on annonce le village de Cirauqui, à 2 kilomètres, que l’on voit poindre sur une colline.
Le chemin va serpenter le long des haies et des murets dans une campagne diversifiée. En plus de la vigne, on voit aussi des oliviers. Pour de nombreux touristes, l’Espagne, ce sont des oliviers à perte de vue. Dans le centre et dans le sud, oui. Dans le nord, ils sont très rares, comme les taureaux d’ailleurs.

Les paysages ici sont bucoliques à souhait, avec le colza qui se ressème et qui fait des tâches de couleur dans les blés, avec à l’horizon un village si clair qu’on pourrait se croire au Maroc ou dans les îles grecques.

Le chemin, après une longue montée modérée, arrive au village.
Cirauqui est un très beau village médiéval, avec des maisons grimpant jusqu’à l’église San Roman au sommet de la colline. Les ruelles en pente sont étroites et les maisons arborent souvent des balcons sculptés ou des blasons sur les murs. Les espagnols ornent souvent le devant de leurs maisons de pots de fleurs, soit accrochés aux murs, soit à l’italienne, devant les portes ou les fenêtres. L’église gotique date du XIIème siècle, avec un fort aspect de forteresse. Dans le village, il y a une église plus modeste, Santa Catarina, dont les dernières transformations remontent au XVIème siècle.

Section 3: Ondulations sur une ancienne voie romaine ou de ce qu’il en reste.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours un peu plus casse-pattes, avec de fréquentes mais courtes pentes, surtout en descente.

Le Camino redescend les ruelles en pente de l’autre côté du village et arrive sur une ancienne chaussée romaine. Ici, les pèlerins ont remplacé les légionnaires de jadis sur les pierres éculées.
On dispose ici de peu de temps pour s’imprégner de la magie des vielles pierres, car il en reste un peu sur le chemin dallé et sur les rampes de l’ancien pont qui traverse ici un affluent du Rio Salado. D’autant plus que depuis les romains, l’autoroute passe par ici et que le Camino la franchit.
Un large chemin de terre va alors onduler sur le flanc de la colline, sur une version moins romaine du chemin. La végétation est assez fruste, avec parfois des genêts ou des chênes verts.

Dans un paysage où pousse parfois la vigne, une vieille dame coréenne s’est réfugiée dans son monde intérieur.

Le chemin qui serpente dans une sorte de steppe avec parfois de rares cultures, monte et descend sans cesse, avec parfois des pentes plus marquées.
En chemin, il y a une direction pour un dolmen près d’un site ésotérique caché sous les oliviers, dont, on vous l’avouera, nous n’avons pas bien compris la signification. On vous propose même un échange de livres, mais nous n’en avons trouvé aucun. Les pèlerins passent ici, tous interloqués.
Le chemin ondule ainsi, parfois sur de larges pierres, dont on se demande si elles font partie de la voie romaine, jusqu’à voir apparaître, au bout de la crête, l’autoroute en dessous. Ici, nous sommes à près de 3 kilomètres du village de Lorca.
Le chemin descend alors en très forte pente sur les dalles peut-être romaines, puis la pente s’adoucit progressivement sur un large chemin de terre.
Au bas de la descente dans les céréales, le chemin passe sous l’autoroute A12.
Après avoir traversé l’autoroute, le chemin longe un moment la NA-7171, la route nationale, puis la traverse en repassant aussi sous l’autoroute.

Le chemin longe alors à nouveau la route nationale en passant sous le magnifique aqueduc d’Alloz. Alloz est un barrage situé à quelques kilomètres au nord. Du temps de Franco, de grands projets ont été devisés pour irriguer le pays. Les ingénieurs espagnols ont détourné une partie de l’eau du Rio Salado pour la faire circuler dans ces aqueducs en béton des temps modernes, ouvrages aussi monstrueux qu’élégants.

Peu après, le chemin quitte la route pour se diriger vers le Rio Salado. Dans le guide du Pèlerin, de Aimery Picaud, ce qui n’est pas avéré, nous l’avons déjà dit, il est écrit : “en un lieu dit Lorca, vers l’est, coule un fleuve appelé le ruisseau salé; là, garde toi bien d’en approcher ta bouche ou d’y abreuver ton cheval, car ce fleuve donne la mort. Sur ses bords, tandis que nous allions à Saint-Jacques, nous trouvâmes deux Navarrais assis, aiguisant leurs couteaux : ils ont l’habitude d’enlever la peau des montures des pèlerins qui boivent cette eau et en meurent. A notre question ils répondirent de façon mensongère, disant que cette eau était bonne et potable ; nous en donnâmes donc à boire à nos chevaux et aussitôt deux d’entre eux moururent, que ces gens écorchèrent sur-le-champ”. (extrait donné par Wikipedia). Il s’agit sans doute du Rio Salado (ruisseau salé).

Un très beau pont de pierre passe sur la rivière. Ici, vous avez une image d’un type d’américain assez représentatif sur le chemin. Le pont est à lui. De là-haut, comme un coq sur son perchoir, il règle ses affaires à la cantonade, hurlant dans son téléphone, indifférent de tous les pèlerins qui franchissent la rivière.

Section 4: Un petit dialogue avec l’autoroute souvent voisine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: si ce n’est la montée vers Lorca, aucune difficulté.

Depuis le Rio Salado, où l’eau ne coule pas à grand flot, sans doute parce qu’on l’a amputée pour alimenter le canal, le chemin suit un peu le vallon…
…avant de jouer à nouveau avec l’autoroute en montant sur une pente assez rude un chemin bétonné dans les chênes verts et les herbes folles, et de repasser de l’autre côté de l’autoroute.
Puis, le chemin s’engage de l’autre côté de l’autoroute en descente douce dans les champs labourés et le sous-bois de chênes verts.
Mais la douceur du chemin ne se prolonge pas et la pente se fait à nuveau rude pour grimper au village de Lorca. Ici, au milieu des ronces, des genêts et des ronces poussent quelques rares oliviers et amandiers.
Le chemin traverse un village aux maisons cossues, parfois blasonnées, passe devant l’Église San Salvador, fermée, avec son chevet roman du XIIème siècle. Ici, il y avait au Moyen-âge un hôpital pour pèlerins.
Au bout du village, où de nombreux pèlerins font la pause à l’“albergue”, le Camino suit alors à nouveau la nationale.
Ici, ce n’est qu’un prélude à ce que sera bientôt votre lot quotidien, à savoir des kilomètres le long des routes nationales. Seul le paysage changera sous les peupliers noirs. Ici, se sont les vignes et les champs de céréales.
Un peu plus loin, le chemin quitte l’axe routier pour s’enfoncer un peu plus dans les champs de blé et d’orge. Quand on a parcouru de nombreux chemins de Compostelle en Europe, on a vu partout des fermes en dehors de villages. En Espagne, rien de cela. Vous ne verrez aucune ferme dans la campagne. Les paysans et leur matériel sont rangés dans les villages.
Sur les talus où passe le chemin, le colza se ressème au milieu des ronces, sous les chênes verts. Bientôt, on voit poindre Villatuerta à l’horizon.
Le printemps a été pluvieux et froid cette année, et les céréales n’ont pas vraiment poussé. Certains champs sont encore recouverts d’engrais vert, semés en automne. Les engrais verts exercent toutes sortes de fonction. Ils fournissent de l’azote, améliorent la structure du sol, maintiennent les sols libres de mauvaises herbes. En principe, la liste de plantes utilisées est sans fin. Ce sont le plus souvent des légumineuses (féveroles, pois, sainfoin, trèfles, lupins, vesces) qui ont la côte, mais aussi d’autres espèces comme le colza, le ray-grass, le sarrasin, le tournesol, l’orge et d’autres encore sont utilisées. Lorsque les fleurs arrivent en boutons, on fauche le tout, on le broie et on l’enfouit sous le sol, avant de planter.

Section 5: Villatuerta, un gros village dans la plaine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

C’est alors un long passage dans la plaine dans les céréales et les asperges.
Peu après, le chemin passe sous l’autoroute et se rapproche de Villatuerta.
Le chemin arrive alors au village de El Llano de Arriba et passe le petit ruisseau de Regacho.
Il n’y a aucune transition entre El Llano et Villatuerta. Le Camino traverse assez longtemps les deux villages. Dans la région, on trouve maintenant de nombreuses maisons construites en briques apparentes.
Villatuerta est divisée en deux parties séparées par le Rio Iranzu. Le Camino passe sur le pont médiéval roman du XIIème siècle en pierres irrégulières, jeté sur la rivière en dos de chameau.
De l’autre côté du pont, le Camino traverse le village vers l’église paroissiale. L’église de La Asunción est d’origine romane, mais elle fut incendiée et reconstruite en style gothique au XIVème siècle. Elle a été remaniée dans les siècles postérieurs, mais la tour-clocher de style roman appartient à la construction initiale. L’intérieur est chargé, gothique, avec ses ors et ses peintures murales. Dans les églises, quand elles sont ouvertes, on trouve toujours des personnes locales pour vous tamponner la “crédencial”. Ou vous pouvez le faire vous-même. Les pèlerins préfèrent arborer sur leur passeport du chemin le sceau d’une église que celui d’une auberge.
Ici, à la sortie du village, nous sommes à 2.4 kilomètres de la fin de l’étape. Le chemin repart alors dans les blés.

Chemin faisant se dresse sur la colline un ermitage. Mais voilà! il faut marcher plus de 200 mètres hors du chemin pour y aller! Alors, les pèlerins n’y vont pas. Mais pourquoi diable, parle-t-on encore de pèlerins? Le Camino francés ne voit passer bientôt plus que des métronomes, qui ne lèvent plus la tête, désireux de gagner les plus vite possible la fin de l’étape. Un jour, ce sera le Club Med ici ou encore les travaux forcés, c’est selon.

Et pourtant, ils ont tort de ne pas faire le détour. L’ermitage de San Miguel Arcángel fut l’église d’un monastère aujourd’hui disparu. On dit que c’est l’église la plus vieille et la mieux conservée de toute la Navarre, remontant à l’origine au XIème siècle, à laquelle on a apporté quelques rénovations durant les siècles. On a longtemps fermé cette chapelle qui était devenue un refuge de vagabonds. Mais aujourd’hui, elle est ouverte, alors allez-y.
Depuis l’ermitage, le chemin redescend de la colline dans les buissons, les oliviers et les peupliers noirs pour aller traverser une route nationale.

Section 6: Vers Estella, une ancienne capitale de la Navarre.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

Le chemin descend alors en pente soutenue dans la garrigue dense vers le Rio Ega.
Ici, pas de pont médiéval en pierres, mais un simple pont de bois pour traverser la rivière sous les aulnes et les peupliers noirs, une assez large rivière, l’affluent majeur de l’Èbre.
De la rivière, un large chemin de terre remonte en pente douce.
Puis, le chemin progresse assez longtemps à plat, dans les feuillus denses, au milieu des chênes verts, des peupliers et des frênes chétifs.
A l’approche de la ville, le goudron remplace la terre battue.
Bientôt, Estella-Lizzara apparaît, blottie au fond du vallon, le long de du Rio Ega. A voir les panneaux à l’entrée de la ville, les pèlerins n’auront pas de difficulté à trouver un logement ici.

Section 7: Une visite de Estella.

 

Dans le célébré guide du Pèlerin, il est dit: “ le pain est bon, le vin excellent, la viande et le poisson abondants, et qui regorge de tous délices”. Il est aussi ajouté à propos de la rivière: “ une rivière d’eau douce, saine et extraordinaire”. (texte extrait de Wikipedia). Dans cette ville que les pèlerins appelaient “Estella la bella” au Moyen-âge, il existait six hôpitaux. Aujourd’hui, la ville reste une assez grande cité, avec 14’000 habitants. Les monuments sont en nombre ici. C’est quand on traverse ces hauts lieux du Camino francés, qu’on réalise vraiment l’impact que le Chemin de Compostelle a créé au Moyen-âge. Il n’y aurait jamais eu l’explosion de ces édifices dans toutes les villes et les villages du nord de l‘Espagne sans les pèlerins. On comprend aussi pourquoi seul le Camino francés a eu l’honneur d’être nommé chemin universel et européen, n’en déplaise à tous les autres pays d’Europe, ou le chemin passe tout de même.

https://guiailustradadenavarra.com/que-ver-en-estella/

Le premier monument devant lequel le Camino passe est l’église del Santo Sepulcro, siège de la confrérie du même nom depuis le XIIème siècle. L’église est à l’extrémité de l’ancienne Rúa de los Peregrinos, aujourd’hui la rue des Tanneurs. C’est un édifice grandiose et monumental, de style roman cistercien de la fin du XIIème siècle, avec des additions gothiques des XIIIème et XIVème siècles. De l’église originale, il reste la nef et l’abside. Tout est massif ici, dans cette église qui ressemble à une forteresse. On accède à l’intérieur (quand c’est ouvert!) par un grandiose portail gothique du XIVème siècle.
Le Couvent Santo Domingo est juste au-dessus de l’église du Saint Sépulcre. Cet imposant bâtiment, qui ressemble à un château-fort, date du XIIIème siècle. Il a appartenu aux bénédictins jusqu’en 1839. Aujourd’hui il est intégré dans un asile pour personnes âgées. Ces deux édifices froment un grand complexe sur les hauts de la cité, là où se dressaient aussi autrefois le château et la forteresse.
Peu après, vous pouvez traverser la rivière sur Le Puente de la Cárcel (pont de la Prison). Ce pont, d’un seul tenant, est récent. Il remplace à l’identique un pont médiéval du XIIème siècle, qui fut détruit au XVIIIème siècle lors des guerres carlistes, les guerres de succession au trône d’Espagne. Si vous traversez la rivière, vous arriverez au centre-ville, car la grande partie de la ville est située de ce côté-là du fleuve.
Mais, si vous suivez le Camino sur l’ancienne Rúa de los Peregrinos, vous arriverez au centre historique de la ville, à la Plaza San Martin, qui était le centre de la ville où étaient venus s’établir des Francs venant du Nord. C’est ici que se trouvent l’Office du tourisme, l’ancien palais des rois de Navarre, et l’église de San Pedro de la Rúa.
Dans ce quartier qui a gardé un caractère médiéval, se dresse au-dessus l’église de San Pedro de la Rúa, sur les contreforts de la falaise où se trouvait le château. L’église se dresse face au Palais des rois de Navarre. C’est dans cette église que les rois de Navarre avaient leurs offices, juraient les fueros. Cette église est mentionnée comme église paroissiale depuis la fin du XIIème siècle, devenant l’église majeure de la cité. On y accède par un escalier monumental qui s’ouvre sur un portique, richement décoré où se marient les influences romanes cisterciennes, puis mauresques. La construction de l’édifice débuta dans le dernier quart du XIIème siècle, vraisemblablement sur les fondations d’une église plus ancienne. L’intérieur présente encore des parties de la première église du XIIème siècle, notamment le chevet. Les nefs sont du XIIIème siècle, de style gothique. Le reste de l’édifice se divise entre les XVIème et XVIIème siècle. C’est donc un édifice fort composite.

L’église est assez lumineuse, avec de nombreux retables, où, si vous appréciez le baroque et le rococo, vous trouverez votre bonheur.

Dans le cloître roman attenant à l’église, deux galeries ont disparu lorsqu’on a fait sauter le château voisin au XVIème siècle. Le cloître est magnifique, sobre, avec de beaux chapiteaux, et même quelques curieuses colonnes obliques.
Depuis le perron de l’église, vous voyez en dessous le Palais des rois de Navarre, un bâtiment roman construit dans la seconde moitié du XIIème siècle. L’édifice est percé d’arcades et de galeries avec des beaux chapiteaux.
De l’autre côté de la rivière se trouve le centre-ville. La cité compte de nombreuses petites places, la plupart avec des arcades. La plus grande est la Plaza de los Fueros, le centre commercial de la ville, là où se dresse l’église paroissiale de San Juan Bautista. Cette église, datant originalement du XIIème siècle a connu de nombreuses transformations au cours des siècles, mêlant le roman, le gothique et surtout le néo-classique, la façade actuelle datant du XIXème siècle.
La vielle ville est sillonnée de ruelles étroites, charmantes, avec caniveaux, désertées aux heures de midi, comme c’est l’usage en Espagne.
Il faut monter au-dessus de la Place des Fueros sur un escarpement rocheux qui servait aussi à la défense de la cité, pour trouver l’imposante église de San Miguel. Comme toutes les autres églises de la cité, elle date du XIIème siècle, lors de l’expansion de la ville causée par l’afflux des pèlerins de Compostelle. Comme toutes les autres aussi, elle a été transformée au cours des siècles, avec un peu de roman, mais surtout pas mal de gothique et de baroque. Il n’est pas difficile d’imaginer la compétition qui a dû se dérouler ici dans la construction de toutes ces églises entre des communautés différentes, des francs, des navarrais, des juifs, des deux côtés du fleuve.
L’église présente un aspect de forteresse. On y accède par deux portails. Côté Sud, le portail du XIIIème siècle est dépouillé, simple, avec des arcs nus soutenus par des chapiteaux décorés de végétaux. Le portail Nord est riche, couvert de scènes de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament, mélangeant le roman tardif, puis le baroque, ayant été révisé au XVIIème siècle.
L’intérieur de l’église est sombre, et on ne devine qu’à peine les statues. Le chevet, avec ses cinq absides, date de la fin de l’époque romane, avec des voûtes en berceau. Les trois nefs sont gothiques, ayant été remodelées au XVIème siècle.
En sortant du centre-ville, vous trouverez l’inévitable Plaza de Toros. Ici, il y a des emplacements réservés pour les autorités, le maire et les médecins, ces derniers étant là sans doute pour soigner les taureaux blessés.

Près de l’arène, se trouve la basilique de Notre-Dame Du Puy, l’actuelle basilique très récente remplaçant une ancienne église baroque. La basilique, fermée à notre passage, devrait posséder un tableau de la Vierge du Puy, patronne de la ville, couverte en argent, remontant au XIVème siècle.

Encore un petit mot de gastronomie pour terminer la visite. C’est ici que l’on mange le gorrín, le cochon de lait. On le pratique comme au Portugal voisin, en le faisant griller à la broche sur les braises. Il faut passer ici le week-end pour en trouver. Mais si vous avez de la chance, c’est un délice incomparable.

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