30: Miramont-Sensacq à Arzacq-Arraziguet

Les dernières collines des Landes avant d’entrer en Béarn

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Vous avez sans doute apprécié la traversée des champs de maïs de la veille. Ici, ce foisonnement d’épis jaunes se dissipe un peu, mais c’est loin d’être terminé, presque jusqu’à la frontière espagnole. Le paysage change progressivement dans l’étape. On retrouve les collines, les derniers contreforts des Landes avant les Pyrénées. En fin de parcours, après Pimbo, le parcours va quitter les Landes pour pénétrer en Béarn à Arzacq-Arraziguet, une étape de transhumance des troupeaux des vallées pyrénéennes vers les Landes voisines.

L’étape et très courte, parce que nous nous sommes arrêtés la veille à Miramont-Sensacq. Mais, comme on l‘a mentionné dans l’étape précédente, de nombreux pèlerins font les 35 kilomètres entre Aire-sur-Adour et Arzacq-Arraziguet en une fois. Avec près de 30 jours d’entraînement à la marche sur le chemin depuis le Puy, ce n’est pas insurmontable. La course du GR65 est toujours direction sud-ouest.


Les dénivelés (+247 mètres/-207 mètres) restent peu prononcés. Le parcours aujourd’hui ne présente aucune difficulté, sur de très légers vallonnements. Il y a cependant quelques belles côtes, comme à l’habitude, mais elles ne sont pas longues. C’est surtout le cas avant et après Pimbo du côté du Gabas.

Il y a juste un peu plus de routes goudronnées que de chemins:

Goudron: 8.7 km

Chemins: 7.0 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-miramont-sensacq-a-arzacq-arraziguet-par-le-gr65-30929641

Section 1: En pleine campagne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Une route goudronnée sort du village de Miramont-Sensacq dans un paysage essentiellement agricole, avec des fermes très soignées. Ici, pas de banlieue à traverser, on est directement dans le vif du sujet. Le parcours quitte Miramont-Sensacq sur la départementale D314 en direction de Pimbo.
Dans cette campagne, la construction de base est souvent ici faite de briques brutes. Il se dégage une certaine poésie de ces constructions simples.
L’élevage bovin et le canard se partagent ici le pays. Des vaches, tiens, cela faisait belle lurette qu’on en avait plus vues. Ici ce sont surtout de belles Blanches d’Aquitaine, les reines du Sud-Ouest, nées pour la viande. Les affiches font saliver plus d’un passant, amoureux du gras de canard.
Et les canards, où sont-ils ? On ne fait pas pousser le maïs uniquement pour supprimer les bosquets, déraciner les arbres, enlaidir les paysages. Puis soudain, comme pour nous faire mentir, voici enfin les beaux canards mulards tant espérés et attendus! Ce n’est que la deuxième fois, après toute la traversée du Gers, que nous en voyons, en chair et en os, si on ose le dire ainsi. Ils sont là par centaines à se reposer et à prospérer, mais assez éloignés des promeneurs. Ils ont environ 4 mois pour le faire avant de passer à la casserole. L’espérance de vie de certains canards est de près de 20 ans. Triste destin! Mais qui peut vraiment résister à la tentation devant un de ces merveilleux foies si moelleux? Même l’auteur de ces lignes y succombe parfois avec délectation, mais plus avec plaisir après avoir marché plusieurs fois dans le Sud-Ouest.

Pendant des kilomètres, le G65 se profile à plat sur le goudron de la petite départementale D314, au milieu des maïs et parfois du soja.

Ici, la présence humaine est un peu plus apparente le long de la route, et les cultures sont un peu plus diversifiées, mais si peu. Il n’y a pas que du maïs, il y a même parfois des vaches dans les prés.
Un peu plus loin, le GR65 quitte la départementale pour une plus petite route. Mais rien ne change. Vous pouvez bien sûr vous arrêter dans toutes ces fermes pour acheter des volailles ou des foies gras, mais la foule ne se presse vraiment pas par ici.
La route se rapproche progressivement de Lamagnagues, avec ci et là quelques vieilles maisons en pisé, dont on ne sait pas si elles sont encore fonctionnelles aujourd’hui.

Soudain, au détour de la route, on écarquille les yeux pour voir si on ne rêve pas. Un remonte-pente ici? Les éleveurs et gaveurs de la région doivent de temps à autre délaisser leurs volatiles pour surfer sur les pentes des Pyrénées toutes proches.

La route arrive alors au hameau de Lamagnaques. Ici, on aime le bétail et les Blanches d’Aquitaine. On se rapproche tout de même du Pays Basque.
D’ici, le parcours quitte le goudron, suivant un large chemin de terre qui descend vers le sous-bois de Pyphane pour traverser un des bras du ruisseau du Grand Bas. Ici, la pente est assez raide et la végétation fruste et touffue.

Section 2: Dans les douces collines de Sensacq.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Le long du ruisseau, le sous-bois n’est pas très dense, assez humide, dans les feuillus, où abondent les châtaigniers, les chênes verts et les frênes.
A la sortie du sous-bois, le chemin passe près du lieudit Pyphane, au coin du bois.
Un large chemin de terre longe alors la clairière. Là-haut, au-dessus du bois de chênes verts grondent les canards.

Plus loin, le chemin s’élargit, descend un peu plus pour traverser le ruisseau du Grand Bas, caché dans les broussailles épaisses.

De l’autre côté du pont, on aperçoit l’église de Sensaq. Une petite route monte alors en pente assez soutenue vers l’église, enfouie dans les épis de maïs.

L’église romane de St Jacques datant du XIème siècle, remaniée depuis, possède un mur clocher original, percé de deux baies. Dans l’église sobre et lumineuse, la charpente en carène de bateau est remarquable.

Depuis l’église le GR65 redescend un peu sur le goudron, dans les maïs et les tournesols fatigués qui se brunissent de jour en jour.

Puis, il remonte en pente douce, hésitant entre le mauvais goudron et la terre battue.

Tout autour, ce ne sont que champs de maïs et on devine de nombreux hangars à canards, par bonheur assez éloignés du parcours. L’élevage se doit de rester discret, avec tous les problèmes moraux qu’il suscite.

La petite route se traîne dans les maïs jusqu’à rejoindre la petite départementale D111.

Le GR65 suit alors quelques instants la route jusqu’à une bifurcation, où une direction pour un logement en dehors du chemin est indiquée. Ici, si vous l’avez oublié, vous êtes toujours en Tursan, un de fleurons du foie gras.

Passée la bifurcation, le parcours change enfin, pour le bonheur de nombreux pèlerins. On va laisser quelque temps les maïs à leurs problèmes. Toute descente sur le Chemin de Compostelle dans les buissons et les broussailles annonce une rivière ou un ruisseau. Un chemin s’enfonce alors et descend dans le sous-bois.

Ici, on trouve une forêt plus mixte, avec bien sûr des chênes, mais aussi de très nombreux châtaigniers squelettiques et quelques érables tout aussi déplumés. Parfois, la pente est assez rude, dans cette descente assez longue vers le ruisseau. On devine bien que ce chemin peut être glissant en temps de pluie.

Le chemin descend jusqu’à traverser le Rau du Petit Bas. Le sol inégal a toujours la même direction de pente. Une brume vaporeuse enveloppe les châtaigniers dépouillés, dont on sait jamais vraiment déterminer l’âge, et qui offrent encore au ciel ce qui reste de leurs bras difformes.

Section 3: Pimbo, là-haut sur la colline.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: de la pente avant et après Pimbo; la seule partie du trajet un peu pénible.

Le chemin descend toujours. D’une ondulation à l’autre, dans les clairières, on aperçoit Pimbo au-dessus de la colline. On remarque aussi qu’ici, il y a même de grandes étendues de céréales, ce qui est nouveau pour la région.
Le chemin gagne bientôt le fond du vallon. Ici, la lumière ne pénètre guère dans les haies de feuillus.

Au fond du vallon, on aperçoit alors Pimbo perchée fièrement sur la colline. On salive déjà à l’idée qu’il faudra bien évidemment y monter.

Chemin faisant, se niche la jolie petite fontaine de Houngrosse, blottie dans les herbes folles à quelques pas du chemin. On n’irait pas jusqu’à boire de son eau.

 

C’est à partir d’ici que la pente se fait très raide sur un chemin assez caillouteux pour gagner Pimbo perchée là-haut sur la colline.

C’est bref, mais assez pentu…

Au sommet de la butte, le chemin arrive à Pimbo.
Toute peine mérite salaire. Les pèlerins le savent bien. Il y a une buvette cossue qui les attend sur la place du village. Lorsque vous aurez le sentiment de vous trouver seul sur le chemin, vous serez toujours surpris de constater la foule des pèlerins qui font halte dans ces lieux bénis.

Le village possède de belles maisons de pierre. On trouve à se loger et à se restaurer sur la place du village. L’auberge tient aussi lieu de gîte.

Le village est surtout connu pour l’église collégiale St Barthélémy, une église romane du XIème siècle, plusieurs fois détruite et restaurée. Elle montre un aspect assez militaire, notamment avec son chemin de ronde, près du mur en arcade portant deux cloches. Le monument est inscrit au Patrimoine Historique.

Le GR65 descend alors du village sur le goudron, dans les châtaigniers, les chênes verts et les frênes.

Parfois la pente est assez rude, avec parfois à plus de 15%.

La route descend assez longuement jusqu’à rejoindre une assez grande plaine où coule le Gabas. Cette petite rivière qui sort des Pyrénées près de Lourdes passe à la limite du Tursan pour se jeter un peu plus haut dans l’Adour. Ce n’est pas une grande eau, mais elle doit avoir son lot de bonté pour les paysans du coin. C’est ici que nous quittons le département des Landes pour celui des Pyrénées Atlantiques, où s’achève le GR65.
De la rivière la route traverse d’abord doucement la campagne, dans les prairies et les maïs.
Mais, progressivement, la pente s’accentue. C’est la dernière bosse de la journée et elles n’ont pas été si nombreuses que cela.
La route passe devant une magnifique demeure en moellons et pisé, prise dans le lierre. N’aurait-ce pas été un endroit rêvé pour en faire un gîte? D’ailleurs, les gens d’ici sont aimables de vous rappeler qu’il ne reste que 1’000 kilomètres pour gagner Santiago.
La pente se fait alors encore plus sévère, entre les haies de maïs, à l’approche de la forêt.
La route longe mais ne pénètre guère la forêt de chênes verts. Une croix marque le carrefour au sommet de la crête lorsque le GR65 rejoint, près de Boucoue, la départementale D32 à Château-Lassale, demeure qui refuse d’être prise en photo.
Ici, nous avons atteint une sorte de haut plateau au milieu de la campagne. Il y a encore des champs de maïs, moins de canards. Mais, on voit poindre le nez de quelques vaches, des Blanches d’Aquitaine. Nous sommes maintenant en Béarn.

Section 4: A Arzacq-Arraziguet, au début du Béarn.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Alors, le GR65 ne part pas directement sur la départementale qui descend à Arzacq-Arraziguet. Il coupe le carrefour et s’en va tout droit dans les maïs et le soja longeant les maisons du hameau de Baucoue.
Sur le plateau, les champs de maïs sont à nouveau à perte de vue.
Un peu plus loin, la petite route rejoint la départementale D32, à deux pas de Arzacq-Arraziguet.
Une bande d’herbe a été dessinée au bord de la route. Un peu plus loin, le GR65 traverse le Louts, une autre petite rivière qui se jette aussi dans l’Adour.
Le GR65 se rapproche alors progressivement du village.

Ici, les canards sont à l’air libre. Vous voulez vous approcher du grillage pour les observer de plus près. Ne le faites pas! La barrière est électrisée. Il faut laisser en paix les canards pour qu’ils prennent du poids. Mais, toute cette électricité est sans doute plus à l’usage des canards que des pèlerins. Mais pourquoi ces derniers ne s’envolent-ils pas au-dessus de la barrière? Les canards mulards dont on extrait les foies gras ne savent pas voler. Hélas pour eux!

Vous n’avez sans doute pas assez goûté au maïs et aux silos à canards. Alors, le GR65 vous offre un tour supplémentaire sur un chemin de campagne.
Au bout du chemin sous les chênes, le GR65 rejoint le goudron à l’entrée du bourg.
Arzaq Arraziguet ne compte guère plus de 1’000 habitants.
La vie locale se concentre sur deux places. Sur la place du Mercadieu se concentrent les logements; sur la place de la République, sous les arcades, les commerces.
Arzaq Arraziguet est un petit bourg, où on trouve restaurants, épiceries et pharmacie. Cependant, les possibilités de logement sont assez minimales. Mais la capacité du gîte communal est grande (77 lits).

Gastronomie locale

La garbure est un plat caractéristique du Sud-Ouest. On la mange en Gascogne, dans les Landes et les Pyrénées orientales. Chaque région en réclame la paternité. C’est comme pour la fondue.

Une soupe, la garbure? “Pas du tout. C’est un plat complet, ancestral, multiforme” répondent les esthètes. Il y a des dizaines de recettes de garbure. En fait, c’est tout de même une soupe de légumes, avec des patates, des navets, des haricots, des oignons, de poireaux et des choux. Mais ce qui en fait la saveur c’est la graisse d’oie ou de canard pour préparer le plat. Certains y ajoutent en fin de cuisson de la viande. Mais ce qui fait l’essence du plat, c’est la présence de morceaux de canard, le plus souvent confis, sous diverse formes (cuisse, cou, ailes, côtes sèches appelées coustous). Pour dire la vénération de ce plat dans le Sud-Ouest, il existe même une garburade, une sorte de championnat du monde de la garbure.

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