Etape 21: De Auvillar à Miradoux par le GR65

Du Tarn-et-Garonne au Gers

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Brulhois, qui signifierait en ancien occitan “taillis, bouquet d’arbres, bois” se partage en 3 départements: le Lot-et-Garonne, au sud d’Agen, le nord du Gers, et la partie la plus occidentale du Tarn-et-Garonne. Autrefois, le pays du Brulhois était une contrée boisée. Les sables et les graviers qui se sont accumulées en terrasses le long de la Garonne donnaient de mauvaises terres favorables aux bois. Jadis, les bois formaient une bordure presque continue. Mais qui dit mauvaise terre, dit aussi terre de vigne. Au XIXe siècle, ces pays de grave ont été progressivement transformés en terre de vigne. Les vins du Brulhois possèdent aujourd’hui une appellation contrôlée.


Dans le parcours du jour, qui file toujours plein ouest, nous passons donc aujourd’hui du département du Tarn-et-Garonne au département du Gers. De nombreux pèlerins plus courageux vont en une journée d’Auvillar à Lectoure, mais c’est un petit voyage de 32 kilomètres. A Lectoure, on prétend cependant que les pèlerins arrivent ici sur les genoux, étant donné la longueur de l’étape et la dernière montée vers le bourg. Nous avons donc divisé l’étape en deux, en faisant halte à Miradoux, en Lomagne.


Nous n’irons pas aujourd’hui dans les vignes qui se trouvent près de la Garonne. Nous nous contenterons de frôler le Brulhois, sa campagne et ses bois du côté de St Antoine, avant de nous enfoncer plus avant en Lomagne gersoise, le territoire le plus au Nord du Gers. Le Gers est un pays où les cultures sont plus nombreuses que dans le Brulhois. C’est un paysage de grandes cultures, le règne du blé et du tournesol. Le maïs est globalement peu cultivé du fait des conditions agro-climatiques locales, notamment d’une pluviométrie relativement faible. On y trouve aussi des vergers, mais moins que dans le Tarn-et-Garonne, un peu de vigne, et des cultures plus spécifiques, comme celles de l’ail ou du melon. Anciennes terres d’élevage bovin, les pâturages se réfugient aujourd’hui sur quelques coteaux ou dans de rares fonds de vallée. Les prairies n’occupent plus que 8% de la surface agricole contre 35% il y a 30 ans. De ce fait L’élevage est marginal.

Les dénivelés du jour (+347mètres/-273 mètres) sont très raisonnables. L’étape du jour ne propose aucune grande difficulté de parcours. On ne dépassera guère les 200 mètres d’altitude, et seules quelques petites montées ou descentes au départ d’Auvillar, puis du côté de Flamarens et Miradoux, parfois à plus de 15% de pente, prévoient un peu de sueur. On traverse une grande campagne parsemée ci et là de petits bosquets.

Les parcours sur route goudronnée sont assez conséquents, d’autant plus que dans la région, de nombreux chemins ne sont en fait que des bandes d’herbe fauchées à côté du goudron, des deux côtés de la route:

Goudron: 11.3 km

Chemins: 5.5 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-auvillar-a-miradoux-par-le-gr65-55201684/

Section 1: Gymkhana en sortant d’Auvillar pour traverser l’autoroute.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pentes marquées autour d’Auvillar, en montée comme en descente vers l’autoroute. Puis, parcours sans aucune difficulté.

Le GR65 quitte Auvillar en montant sur une rue très en pente depuis le centre du bourg.

Il monte dans les lotissements plus récents du village jusqu’au lieudit Hautes Peyrières.

Au sommet de la crête, la pente s’atténue, et le GR65 suit encore la route jusqu’à trouver un chemin qui va descendre vers l’autoroute.

D’ici, on voit les ouvrages de l’autoroute au fond du vallon. Alors, le chemin de terre descend dans les sous-bois.

Le large chemin descend a plus de 10% de pente, jusqu’à rejoindre une petite route au fond du vallon. Ici coule le Profond, que l’on ne voit guère, mais qui porte bien son nom, dans les broussailles et la charmille, sous les chênes, les frênes et les érables. Il y a peu de châtaigniers par ici.

La route traverse le Profond, et monte sous les ouvrages de l’autoroute A62, reliant Toulouse à Bordeaux, qui, du moins à ces heures matinales, ne montre pas une grande activité.
Une petite bande de terre accompagne la route, qui sort progressivement du sous-bois dans une large campagne ouverte.
Sur le plateau, ce sont de longues rectilignes insipides et indigestes, dans les céréales ou les champs en jachère verte. Le pèlerin na pas toujours droit au sublime.
Mais, cela peut encore être plus difficile à avaler par mauvais temps, quand le crachin sale et poisseux, fin et pénétrant, qui dégouline sur votre pèlerine, rend les champs encore plus austères et silencieux, non?
De longueurs en éternité, la route se rapproche de Bardigues. Jusqu’au plus loin de l’horizon, le pays déroule ses champs et ses cultures à perte de vue.
Peu après, la route passe à l’entrée de Bardigues, en pays brulhois. Ici les appellations de village sont aussi soulignées en occitan. On ne supprime pas si facilement les usages locaux, enracinés dans les populations depuis des siècles.
Le GR65 ne passe pas dans le village, à l’écart de la route.
Il continue sa marche en avant sur la route rectiligne, en frôlant le village, sous les chênes et les frênes. Les véhicules circulent sans doute rarement ici, si ce ne sont les tracteurs.

Section 2: Par monts et par vaux dans le Bruhlois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté, si ce n’est la descente vers Le Moulin, avec près de 100 mètres de dénivelé.

A la sortie de Bardigues, le GR65 va quitter l’axe principal pour une plus petite route.
Dans la France dite profonde, chaque ferme isolée porte souvent un nom. Chaque hameau n’est pas une commune, mais tout le monde connaît le nombre invraisemblable de communes dans le pays.
La route goudronnée dodeline sous les feuillus, surtout des chênes, des frênes et des érables. Parfois, une ferme, qui ne transpire pas la richesse se blottit près de la route, comme ici au lieudit La Gravière.
Peu après, la route passe au Ritouret, grand aussi comme un mouchoir de poche, avec ses fermes et sa maison d’habitation en pierres de taille. Tout est grès et calcaire dans la région. Ici, les fermes sont souvent carrées ou rectangulaires, simples, avec leur toiture de tuiles canal. Les maisons d’habitation sont souvent séparées des fermes.
La route s’étire le long des haies de feuillus, dans une campagne plate comme une crêpe, où alternent les tournesols, les céréales ou les champs en jachère, recouverts d’engrais vert.
Un peu plus loin, c’est la ferme de Pessanton et sa vaste campagne.
Peu après, le GR65 va changer de registre, quitter le goudron pour un chemin forestier qui s’engage dans le sous-bois.
Le chemin ne fait pas long feu dans le sous-bois où abondent les châtaigniers au milieu des chênes et de la charmille. La pente est soutenue ici, à plus de15% de pente le plus souvent, et le chemin descend alors dans l’herbe le long de la lisière.
Ici, ce sont déjà des paysages que l’on rencontre dans le Gers voisin, avec des cultures qui se dispersent sur de petites collines.
Plus bas, le goudron remplace le chemin de terre et la campagne s’élargit. Ici, une très grande ferme présente une architecture typique de la Lomagne, avec sa toiture enveloppante à longs pans, qui protège d’un seul tenant l’habitation, la grange et l’étable. C’est un grand domaine avec des annexes.
Aujourd’hui s’étendent les champs de blé, demain, ce sera peut-être du tournesol, ou autre chose. Les paysans alternent sans cesse les cultures.
Au bas de la descente, le GR65 trouve une petite route transversale. Dans les champs poussent, mais rarement, des arbres fruitiers. Cela empêche de bien faire manœuvrer les tracteurs, alors on les a rasés en grande partie.
Le GR65 rejoint et traverse la petite départementale D88. Nous sommes à Le Moulin, tout près de St Antoine d’Arrats.
C’est une poignée de maisons dans les champs de tournesol, au bord de la rivière.

Le GR65 traverse alors l’Arrats, une rivière importante ici, qui serpente dans tout le pays. Sans doute que la rivière est souvent boueuse, nous l’avons toujours vue ainsi, par mauvais temps comme dans le beau temps. Il en est souvent ainsi des rivières qui coulent dans la terre calcaire qui se lessive avec délice.

Devant vos yeux se développe alors la plaine de St Antoine. Rapidement, le GR65 se trouve un chemin dans l’herbe qui monte, parallèle à la route sur la collinette. Dans le Tarn-et-Garonne et le Gers, le Chemin de Compostelle a dessiné, dans sa générosité, des bandes d’herbes fauchées sur les bas-côtés des routes goudronnées, qui parfois s’écartent un peu plus de la route pour paraître de vrais chemins.
Ici, vous marcherez sur la pelouse rase d’une grande ferme, qui s’étend des deux côtés de la route, au milieu des fleurs et des arbres exotiques. La ferme produit entre autres du maraichage et des arbres fruitiers. Ici, tout pousse: le blé, le maïs, le tournesol, les semences de graines (betteraves, carottes, oignons), mais aussi l’ail, le melon et le tabac. Même si on est en pays brulhois, les vignes ne sont pas présentes ici.
Après la ferme, le chemin continue sa légère ascension dans l’herbe au milieu des champs.
Il rejoint la route à l’entrée de St Antoine.
La route arrive alors à St Antoine en pays brulhois (206 habitants), petit village médiéval pittoresque, fondé par les moines Antonins, dont le centre était St Antoine-L’Abbaye, en Isère, où passe aussi un Chemin de Compostelle vers le Puy. Dans cet ancien hospice, on y pénètre par un vénérable porche.
Les Antonins bâtissaient des abbayes et des hôpitaux, au XIIème siècle, pour lutter contre le “feu de St Antoine”, maladie provoquée par l’ergot du seigle. Les moines restèrent ici jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. L’église est inscrite au Patrimoine des Monuments historiques. Des peintures murales des XIV et XVème siècles ont été mises à jour récemment dans l’église. La porte fortifiée à l’entrée de la cité date probablement du XIIIème siècle.
Rien n’a changé ici depuis des siècles, dans la rue centrale du village et ses maisons de pierre, avec parfois des colombages. Jadis, de nombreux pèlerins faisaient étape ici. Mais aujourd’hui, le logement est plus restreint. Il subsiste toutefois l’auberge du village, où pèlerins et touristes de passage se pressent encore.

Section 3: Par monts et par vaux dans les blés et les tournesols.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: montée en pente légère, et une descente intermédiaire un peu plus prononcée vers la Teulère.

De St Antoine, la route s’en va dans les champs de tournesol le long des maisons un peu plus récentes du village.
Le GR65 bifurque assez rapidement sur une petite route goudronnée qui monte dans le sous-bois, à la hauteur du ruisseau de Corneille.
La pente est assez douce sur le bitume sous les grands feuillus, des chênes bien évidemment, mais aussi de somptueux érables sycomores et des frênes qui grimpent sans fin.
Plus haut, à la sortie du bois, le pays s’ouvre sur de grandes prairies, quelques blés et des champs de tournesol sans fin. Ci et là, une boîte à lettres au bord de la route, ou un panneau de direction improbable, des petites fermées isolées vraisemblablement.
Encore un autre lieudit sur le bord de la route, et le GR65 passe devant la ferme de Villeneuve, où on trouve à se loger.

La route passe le plus souvent devant de grands champs de tournesol. Étant passés par ici plusieurs fois, nous n’avons jamais vu rien d’autre que du tournesol, et un peu de soja. Pour nous, mais aussi pour de nombreux autres marcheurs, ces champs de tournesols, qui ne sont beaux que lorsque les fleurs s’épanouissent au soleil déclinant, sont charmants au début. Mais avec leur répétition inlassable, l’ennui prend du grade. De plus, selon la saison, vous traverserez de vraies jachères au début du printemps ou alors presque des cimetières en automne. Van Gogh a composé son bouquet avec des fleurs à tous les stades de leur évolution, en boutons, épanouies ou fanées. Il avait le choix de la saison. Si vous passez ici dans l’arrière automne, les fleurs fanées, recroquevillées sur elles-mêmes, n’exalteront plus les lumières chaudes du soleil, mais célébreront la morosité et la tristesse.

Plus haut, sur une route qui monte à peine, le GR65 continue tout droit après un carrefour.
Puis, la route se cache un peu à la limite des sous-bois. Ici on a planté des érables. On applaudit des deux mains des paysans qui songent à replanter des arbres.
Bientôt, la route arrive au sommet de la côte au lieudit Coilong, où peut même voir des arbres fruitiers. Ici, nous arrivons au bout du département de Tarn-et-Garonne que nous allons quitter pour le département du Gers. La limite est juste en dessous au niveau du ruisseau de la Teulère
D’ici, un chemin va plonger dans le sous-bois, à des pentes souvent supérieures à 15%.
C’est un chemin assez large, qui descend à l’ombre des feuillus, où on remarque ici de nombreux châtaigniers au milieu des chênes, des érables et des petits charmes.
La descente n’est pas longue pour arriver au bas du vallon près du ruisseau de la Teulère, que l’on ne remarque pas plus que la frontière entre les deux départements.
Sitôt le ruisseau franchi, le chemin remonte sur l’autre versant de la colline dans la campagne ouverte. Si vous ne connaissez pas le Gers, vous aurez le temps d’apprendre à le connaître. Certains pèlerins l’adorent, d’autres nettement moins.
Le Gers est une très bonne terre à blé. Aussi, dans la région, on favorisera les blés nobles par rapport aux autres variétés de céréales. Vous ne verrez que peu de triticale, d’orge ou d’avoine. Dans la région, les paysans ont créé de très nombreuses réserves d’eau, qui sont comme de petits lacs utilisés pour l’irrigation des champs.

N’est-ce pas un spectacle doux et serein celui qui se déroule derrière le petit charme perdu au milieu des champs?

Nous sommes aujourd’hui au début de l’été. Mais voilà, chaque fois que le regard se promène avec bonheur sur la nature, on se dit qu’il est mieux de passer ici au printemps, si on le peut, lorsque le blé se dandine, que les tournesols, peut-être les sojas aussi, lèvent doucement sur le coteau. Imaginez de tels paysages en automne, après le déclin des cultures.

Lorsque l’on fait le Chemin de Compostelle d’une traite, on n’hérite pas du temps qu’il fait. Interrogez les pèlerins. Certains vous diront qu’ils ont fait la grande partie du chemin sous la pluie. Nous aussi. Mais, alors, il devient très difficile de sortir sa caméra de dessous la pèlerine pour prendre quelques photos non embuées. Mais, si on refait le chemin plusieurs fois, on peut prévoir des périodes de climat plus propice, sans grand risque de pluie, comme au début de l’été ou de l’automne. Alors voici, pour donner un peu de contraste quelques images de la région prises au printemps, dans un jour très contrasté. Cela change, non?

Pour l’instant la pente est douce le long des grands champs de blé et de la réserve d’eau en dessous. Aujourd’hui, les blés d’hiver ont déjà été récoltés. Quand vous verrez encore des blés sur pied, ce sont surtout des blés plantés au printemps.
Un peu plus haut, près d’un emplacement de pique-nique qui ressemble à un campement indien, le GR65 quitte la douce herbe pour l’ingrat goudron.
Alors, il passe par un lieudit La Subsistance (quel curieux nom pour un hameau !).Il n’y a vraiment pas de quoi faire un plat. La pente va s’accroître. Au sommet de la colline pointe le village de Flamarens.
La pente commence à devenir plus sévère sur la route. En contrebas, les champs s’étendent à l’infini. Toujours plus grands! Dans le Gers, on fait nettement plus de farine que de volaille. Les canards sont absents de cette région.
La route se tortille encore un peu dans les grands champs de blé, avec des arbres isolés, qui sont souvent des frênes, que l’on utilisait jadis pour le fourrage d’hiver du bétail.

Section 4: De Flamarens, qui cherche à sortir de l’oubli, à Miradoux.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: montée assez rude vers Flamarens, puis vallonnements sans grande difficulté

Flamarens se rapproche dans les blés et les tournesols. La montée a été longue, près de deux kilomètres depuis le ruisseau de la Teulère.
Si la pente a été assez clémente tout au long de la montée de la colline, ici elle se fait sévère, à près de 20% sous le village.

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A l’entrée du village, une Vierge protège le village. C’est une coutume dans de nombreux villages de la région. Tout à côté trône un portique avec des colonnes ioniennes. Les vestiges d’une muraille qui devait fortifier le village, nous l’ignorons.
Sur la place du village, près d’une place de pique-nique s’élèvent l’église et le château. Et le village a bien raison de prier la vierge pour survivre, après tous les malheurs qui l’ont touché.

Flamarens a longtemps été une petite seigneurie appartenant à des vicomtes de Lomagne, qui ont fait construire une forteresse sur ce point culminant qui domine la vallée. La renommée du château et de sa région s’éteint en 1878, quand la grande famille de Grossoles disparaît. Le château est alors vendu, devenant propriété privée. Dans les années 1930, le château est abandonné, faute de moyens suffisants pour refaire la toiture qui prend l’eau. Puis, la foudre s’y mêle, en 1943, incendiant la toiture. On vend alors le château en pièces détachées. Depuis, une campagne de restauration est en action pour restaurer l’édifice.

Une association, Art-Terre 32, a pour objet de faire revivre le village. Elle organise dans la grande salle du château des soirées musicales haut de gamme, essaie de développer des actions culturelles en milieu rural, de redonner vie au village. Chapeau! Une de nos amies, cantatrice, est venu pousser du bel canto dans le château.

Mais si le château ne vit pas une vie dorée, l’église ne va pas mieux. L’église St Saturnin date du XVIème siècle. Elle est menacée d’effondrement. Mais tout n’est pas mort. On la restaure avec l’aide de fonds de bénévoles, et les travaux progressent à la force du poignet. Il y a encore des trous dans la façade, mais la charpente a été refaite depuis notre dernier passage dans le village. Félicitations!
On traverse le village en coup de vent, tant il est minuscule.
Le GR65 quitte Flamarens sur le goudron, au-dessus des rentions d’eau et descend dans la campagne. Il faut dire ici que dans le Gers il est possible de marcher sur l’herbe des deux côtés de la route, qui est toujours dégagée. De nombreux pèlerins préféreront l’herbe. D’autres marcheront plutôt sur le goudron, car parfois sur l’herbe la pose du pied est plus chaotique.
Une longue route presque rectiligne vous conduit à un lieudit La Patte d’Oie.
Là, pour éviter la route départementale qui va faire un grand virage, le GR65 emprunte une petite route secondaire….
…jusqu’à se retrouver assez rapidement dans l’herbe et redescendre vers la route départementale. Ici, les cultures font de véritables damiers. C’est toujours le blé qui domine.
Voici, dans un ciel sombre de printemps à quoi ressemblent ces paysages. On a le presque parfois le sentiment de passer dans un autre pays, non? Les blés, qu’ils soient vers ou alors des chaumes d’or, qui sont comme des tapis de soie et s’agitent comme une mer, au moindre vent, c’est beaucoup de magie et de sérénité qui s’expriment. Les tournesols n’ont que leur face rayonnante à vous remonter le moral.
Plus bas, le GR65 rejoint et longe la départementale sur une grande bande d’herbe, à la limite des cultures. Ici on a planté des haies d’érables champêtres. On devait être saturé de ne voir que des chênes proliférer dans la région.

Le blé d’hiver ou blé d’automne, c’est le blé dur, généralement planté de septembre à novembre, pour germer et former de jeunes plants qui restent en phase végétative pendant l’hiver, avant de renouer avec la croissance au début du printemps. On le récolte généralement ici au début de l’été. Le blé d’hiver fournit habituellement des rendements plus élevés que le blé de printemps. Il est utilisé pour faire de la farine destinée à la fabrication des pâtes alimentaires et des semoules. Mais, si on le mélange au blé tendre, on produit une farine à tout faire, à l’usage d’une grande variété de produits de boulangerie.

Le blé tendre, ou blé de printemps, c’est le froment, cultivé pour faire de la farine panifiable, de la pâtisserie. Il n’a pas besoin de vernalisation, comme son cousin le blé dur. Il se récolte généralement après le blé d’hiver. Alors, dans cette région, au début de l’été, quand vous voyez du blé, il y a grande présomption que ce soit du blé de printemps.

Mais, cette distinction est plus complexe que cela. Il existe des dizaines, voire des centaines de variétés de blé, et parfois même les blés tendres se plantent aussi en automne. Si vous passez à la fin du printemps, quand les épis sont encore verts, il est plus facile de reconnaître les deux espèces. Les blés tendres sont plus bas, produiront moins de paille que les blés d’hiver, plus élevés. Mais, si dans cette région du Gers, on préfère les blés nobles, vous trouverez ailleurs encore d’autres blés, des blés de fourrage, comme le triticale, ou encore des variétés d’épeautre. Cela fait des siècles que l’on fait du pain.

Le chemin progresse ainsi longtemps le long de la route dans cet univers infini de céréales majestueuses.

Puis une colline se dresse devant vous. Le chemin monte en pente soutenue, à près de 15% de pente, entre les maïs et les sapins blancs que l’on a plantés, une espèce assez exotique il faut bien le dire, dans la région.
Au sommet de la colline, le chemin gagne un lotissement construit assez récemment sur les hauteurs de Miradoux.

De là-haut, derrière les tournesols, la vue est assez ébouriffante sur les douces collines du Gers et sur les cultures sans fin.

Une petite route descend alors dans les cultures le long des lotissements. Devant soi, on voit les premières maisons de Miradoux.
Plus bas, sous les frênes et les érables, le GR65 rejoint la route départementale qui passe au village.
Rapidement, on gagne un carrefour à la périphérie du village.
Miradoux (540 habitants) est une ancienne bastide. Comme, on est éloigné de tout dans cette partie dépeuplée du département, les locaux ont créé une zone autogérée de commerces, ouverts une partie de la journée, ce qui dispense les gens d’aller le faire leurs courses journalières à Lectoure, ou plus loin. C’est là que s’active la vie du village.
Le village est composé de rues assez étroites qui descendent au bas de la zone commerciale. Les maisons sont claires, assez belles dans leur uniformité, souvent taillées dans les moellons de calcaire.

Une belle halle à grains trône au milieu de ce beau village. C’est d’usage dans le pays de posséder une halle à grains pour le prestige.

De l’ancienne bastide dont il ne reste que des reliques du château, il ne demeure que le donjon, un escalier en colimaçon et quelques meurtrières. On l’a même transformé en clocher. Sur les ruines du château, on a reconstruit l’église au XIVème siècle, une église remaniée au cours des siècles, classée aussi monument historique. L’intérieur de l’église est un peu chargé.

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