Etape 25: De Condom à Montréal-de-Gers par le GR65

Les pèlerins canadiens sont toujours très curieux de s’arrêter ici

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Nous sommes aujourd’hui entre Ténarèze et Bas Armagnac, et le chemin continue sa course en direction ouest.

Au premier coup d’œil, les paysages du Gers apparaissent assez homogènes, un pays où petites collines, vallons et coteaux et vallées alternent sans cesse avec des altitudes variant entre 80 et 250 mètres d’altitude. Ici, il n’y a aucune grande rupture, aucun changement brutal dans le paysage. Quel que soit le niveau d’horizon, ce n’est que la répétitivité des collines et des vallons que votre regard contemple. Tout l’espace n’est que campagne. Le Gers est avant tout un pays de paysans, un département profondément rural avec 70% des terres affectés encore à l’agriculture. Le Gers est un département peu peuplé, peu urbanisé, avec une industrie quasi aux oubliettes. Auch, la principale ville ne compte que 23’000 habitants. Les villages sont de taille modeste et l’habitat est très dispersé, composé en majorité de hameaux avec quelques fermes isolées. Dans l’ensemble, les terres restent réputées pour leur fertilité, avec la décomposition du calcaire mêlé à l’argile, donnant de magnifiques terres à blé. La pluviométrie faible ici ne favorise pas la culture des maïs. Pourtant, on y élève tout de même le canard.

Le pays compte peu de massifs boisés. Du bocage de jadis ne subsistent que bosquets et haies éparses. Le bocage et les chemins ont ainsi fondu, et fortement touchée par les remembrements parcellaires, la végétation s’accroche encore parfois sur les espaces délaissés par l’agriculture. C’est alors le royaume des chênes ou de rares landes. On y voit aussi se développer les érables, les frênes, le chèvrefeuille ou les charmes. L’étape du jour transite du Ténarèze et de ses champs de blé et de tournesol, au Bas Armagnac où les cultures changent. Ici, on cultive le haricot pour le cassoulet, mais aussi parfois le maïs. N’oublions pas que le Sud-Ouest est le pays du canard et du cassoulet. Il faut beaucoup de maïs pour le gavage. Mais le Bas Armagnac, c’est bien sûr aussi le lieu de l’Armagnac. Les vignes vont donc s’étendre sur une  partie du parcours.

Les dénivelés (+249 mètres/-212 mètres) sont doux. Au niveau du parcours, il n’y a aucune difficulté majeure sur de petites montagnes russes très légères. Les courageux ne s’arrêtent pas à Montréal-de-Gers, et poussent le bouchon jusqu’à Eauze. Mais alors, c’est 34 kilomètres de marche. Alors, faisons halte, comme les canadiens rencontrés sur le chemin le font, à Montréal-de- Gers, après 17 kilomètres de marche depuis Condom. Et, puisque l’étape est courte, profitons de faire un petit saut à la forteresse de Larressingle, une grande merveille à deux pas du GR65. Bien évidemment, on signale le détour, car le GR65 n’y va pas. Pourquoi?

Dans cette étape, le goudron est à nouveau un peu plus élevé que les passages par les chemins:

Goudron: 9.1 km

Chemins: 7.4 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-condom-a-montreal-de-gers-sr-le-gr65-55852265/

Section 1: Entre cassoulet, pain et vin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Si vous avez passé la nuit au centre-ville, il faut descendre à la rivière.

Le GR65 quitte Condom en traversant la Baïse. Le fleuve est là devant vous, presque majestueux, de toute manière apaisant et beau. Aujourd’hui, la rivière est calme et semble endormie. Mais à quoi rêve le beau moulin assis de l’autre côté de l’eau? Depuis longtemps, la rivière ne force plus sa meule à écraser les grains de blé. Alors, il sommeille au milieu des arbres et des pelouses du beau parc, et la rivière coule, tranquille, sans bruit, boueuse et sans contrainte.

Un large chemin de terre battue suit les bords du fleuve, le long des platanes qui s’inclinent doucement jusqu’à la surface de l’eau. Ici, on dépasse ou suit les pèlerins chargés de leurs sacs pesants ou, en fonction de l’heure,  les mamans baladant leurs poussettes, à l’ombre des arbres.
Sur le bord de la rivière, les branches de majestueux platanes plongent dans l’eau où volètent les canards. De charmantes maisonnettes ont dû pousser ici il y a fort longtemps. Elles forment comme de précieux îlots de pierre, tassées au bas du chemin, comme pour se tenir chaud.
Un peu plus loin, le chemin croise l’église Saint Jacques. La rivière, d’ordinaire paisible, peut se montrer terrible. Une crue détruisit l’église primitive du XIIIème siècle, qui jouxtait un hôpital pour pèlerins. On reconstruisit sur ses fondations une nouvelle église au XVIIIème siècle.
Quelques centaines de mètres plus loin, un escalier descend au bord de la rivière et mène au gîte de Gabarre, une majestueuse bâtisse de pierre nichée dans un grand parc. Alors, au bout de la promenade le long du fleuve, le GR65 quitte la rivière en traversant la départementale D931 pour s’engager en sous-bois.
Le GR65 traverse alors la banlieue de Condom, d’abord sur un sentier, puis sur le goudron, en virevoltant dans de petites rues. C’est une banlieue comme tant d’autres, une de ces banalités courantes de l’urbanisme, avec ses maisons semblables aux autres, et quelques carrés de verdure pour apporter un peu de respiration.
Puis, il passe dans le faubourg, au quartier de Teste, où on trouve un gîte donativo, à l’intention des pèlerins. C’est ici que Bernard reçoit des pèlerins dans une initiative tournée vers les autres à la suite d’un drame funeste où son jeune fils Jean perdit la vie dans un accident de la circulation.

Le GR65 arrive alors près d’un grand carrefour, près du complexe sportif. C’est ici qu’il faut être très attentif, car aujourd’hui il y a un autre parcours qui peut vous embrouiller sérieusement. Il s’agit de la Voie Verte d’Armagnac, sur l’ancienne voie de chemin de fer qui reliait Condom à Eauze.

Nous avons croisé une gentille dame à vélo et on lui a demandé si la voie passait à Larressingle et au Pont de Lartigue. Elle nous a dit que oui. Alors, nous nous sommes embarqués sur cette voie. Mais, elle ne passe pas aux deux lieux précités, mais à distance. Il faut donc faire un peu de gymnastique pour retrouver le GR65. A vélo, c’est aisé, à pied, c’est différent. N’y allez pas.

Nous vous décrivons alors le parcours du GR65 jusqu’à Larressingle, entrepris à une autre période de l’année, au mois de juin. Ici, il faut donc impérativement trouver le signe du GR65. Ce dernier monte sur l’asphalte d’abord en sous-bois puis dans les tournesols, qui ont poussé maintenant un peu plus (nous sommes fin juin), vers la ferme de Le Gay.
Puis, il redescend d’abord dans les vignes, puis dans les céréales surtout vers le lieu-dit L’Inquiétude. Quel poète a-t-il pu baptiser un lieu ainsi?
Ici, la route est rectiligne, avec à droite les vignes, à gauche les blés. Ce sont les collines qui vibrent de l’activité des hommes. La route avance à travers de riches cultures, où les tracteurs bourdonnent autour des rares fermes, traînant les machines agricoles au bout des champs de blés ou de haricots qui fuient jusqu’à l’horizon.
Peu après, la route passe à Rieutort, une grande ferme en fait.

Section 2: Larresingle mérite un détour, c’est sûr.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

La pente se fait alors un peu plus soutenue jusqu’à une autre ferme, la ferme de Vignau.

Le lieudit port bien son nom. Des rangées de ceps s’offrent au regard sur des collines qui s’étendent sur un mamelon parfois ponctué de quelques chênes solitaires. Cela fleure déjà bon le vieil Armagnac Hors d’Age!

Ah, le beau mois de juin! Les tournesols s’étirent de plus en plus vers le soleil et dressent leur tige, d’où éclosent les premiers boutons, avides de chaque perle de rosée du matin.

Au sommet de la petite crête, le GR65 lâche le goudron pour un chemin qui part vers les sous-bois et les tournesols. Le chemin de terre progresse à plat dans le sous-bois ou à l’orée des arbres jusqu’à atteindre une bifurcation qui va à Larressingle.

Ici un choix s’impose, car Laressingle mérite le détour. Certains pèlerins n’y vont pas et descendent directement au Pont de Lartigue. Mais Larressingle n’est qu’à 10 minutes et on peut rejoindre aisément le GR65 après la visite.

En descendant vers le village, le chemin croise un de ces magnifiques pigeonniers, que l’on trouve partout dans le sud de la France. Il en existe une grande variété, certains montés sur arcades ou sur piliers, ou même à pied-de-mulet, lorsqu’ils sont adossés à une façade. Celui-ci est de forme circulaire, dit aussi pigeonnier ou colombier “à pied”, en grande partie réservé à la noblesse. Les autres types de pigeonniers étaient plus souvent propriété des roturiers.


Vous voici alors rapidement face à la forteresse de Larresingle.

C’est sous le règne de St Louis, au XIIIème siècle, que la cité se transforma en un ouvrage de défense dans une Gascogne disputée entre français et anglais. La cité devint bientôt un évêché, par décision des papes d’Avignon. Mais la vie fut calme ici, les anglais et les protestants cléments. La cité garda son intégrité jusqu’à la Révolution, quand elle devint un bien national. Hélas le dernier évêque, propriétaire de lieux, avait passablement saccagé les toitures et le murailles pour s’agrandir. La cité tombait progressivement en ruines.

Par bonheur, au début du XXème siècle, des mécènes éclairés se sont mis à l’œuvre pur sauvegarder cette cité exceptionnelle, un “petit Carcassonne” en quelque sorte, comme on aime à le dire ici. Alors franchissez le pont de pierre et les deux arches qui enjambent les douves, puis prenez votre plaisir à visiter les courtines, les fossés, l’église St Sigismond, le château fortifié et les maisons médiévales accolées aux murailles.

Vous pouvez vous restaurer et loger dans la cité médiévale, et même dans la périphérie très voisine.

Quel que sera votre choix, de passer à Larressingle ou d’éviter le bourg, vous rejoindrez rapidement le chemin qui descend au Pont de Lartigue sur l’Osse. Alors, retour au début juillet, à la bifurcation de Larressingle sur le GR65. Ici, un chemin descend dans le vallon, dans les sous-bois de chênes, où sont très présents la charmille et les cornouillers.

La pente est assez marquée ici, très souvent à près de 15%. Le sol est très embourbé, même par beau temps, car le petit ruisseau de Marian coule ici. Chemin faisant, on peut rejoindre le gîte du Tollet, à deux pas d’ici.

Parfois, le chemin évite la boue, passe dans l’herbe, et dans les clairières poussent toujours les frênes. Les érables, que nous avons croisés régulièrement ces derniers jours sont devenus moins courants.

Plus bas, on a planté dans les hautes herbes un panneau de direction pour que les pèlerins n’aillent pas se perdre dans la jungle luxuriante du petit étang où passe le ruisseau de Marian.

Plus bas encore, vers le fond du vallon, la pente se fait plus douce dans le sous-bois dense, sous les grands feuillus, où on note parfois aussi quelques châtaigniers.

Au bas de la descente, le GR65 trouve une petite route, sous les frênes et les érables. Nous arrivons au célèbre Pont de Lartigue. On conçoit bien, en étant descendu le chemin, combien cette région, qui devait être un vrai marécage autrefois, était difficilement franchissable par les pèlerins du Moyen-âge.

Ce pont roman fut construit entre les XIIème et le XIIIème siècle pour permettre le passage des pèlerins. Le pont est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Un hôpital, une église et une commanderie, dépendant de l’ordre des chevaliers de St Jean de Jérusalem, étaient présents ici. Rien ne subsiste aujourd’hui.

Les crues violentes de l’Osse ont mis à mal le pont et le font encore aujourd’hui. Le pont en pierres de taille, où alternent les grandes et les petites arches, tel qu’il existe aujourd’hui, a été reconstruit au cours des siècles, d’abord au XVIIème siècle, au XIXème siècle, puis tout récemment.

Sitôt franchies les eaux boueuses de l’Osse, le GR65 s’en va un instant sur la route le long d’une large plaine où la culture majeure est le haricot. Personne n’est présent ici pour nous dire s’il est question de haricot tarbais, une des grandes spécialités du Sud-Ouest, avec sa peau fine, son fondant incomparable, sa quasi absence de flatulence, qui en font le délice et la saveur des garbures et des cassoulets.

La route se balade alors un peu entre cultures et prairies sous les grands frênes.

Alors, un peu d’histoire pour illustrer le propos. Le haricot est arrivé du Mexique en Gascogne avec le maïs aux alentours du XVIIème siècle, trouvant près de Tarbes, mais aussi jusque dans le Gers et le Béarn des conditions météorologiques parfaites pour des plantes équatoriales. Jadis, on faisait pousser une variété de maïs pour tutorer les plants de haricots grimpants, créant ainsi cette association de haricot-maïs, si caractéristique du haricot tarbais. Mais voilà le monde évolue, la génétique et la mécanique aussi. Alors, on a développé une nouvelle variété, l’Alaric type tarbais, qui pousse à hauteur moyenne et se contente de pousser sur un filet en plastique, permettant une mécanisation presque totale du produit. C’est peut-être bien celui-là qui pousse aujourd’hui près des eaux de l’Osse.

Ici, la plaine est vaste et il n’y pas que le haricot qui a droit de cité. Ici, poussent de grandes jachères de miscanthus, des graminées que l’on ramasse sèches, d’habitude vers la fin du printemps.

Section 3: Toujours dans les blés, les haricots et les vignes du Gers.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Un peu plus haut, à l’orée d’un sous-bois, un panneau indique que vous êtes en Ténazère, en pays gascon, si vous l’aviez oublié.

Ici, le chemin se balade sur une voie large, peu caillouteuse, sous les chênes et les frênes.

Une petite balade en sous-bois et vous passez sur les hauteurs du petit lac de Solle, dans la douce et reposante campagne, qui vous changera des taillis que vous avez connus avant le pont de Lartigue.

Et c’est alors une longue alternance de blés non encore moissonnés et de haricots, le plus souvent le long des haies de chênes. Ici, le haricot dispute encore sa place au blé.

Mais cela ne va pas durer, et alors on retrouve le Gers et ses tournesols, avec aussi du soja et du maïs, qui va se faire plus présent à partir d’ici. Le GR65 se rapproche alors d’une route goudronnée, sous les peupliers, rares dans la région.

La route monte alors sur la colline dans les énormes champs d’oléagineux.

Décidément, cette année dans le Gers, la priorité est donnée au tournesol. Dans notre dernier passage ici, tout était couvert de blés majestueux. Les haricots ont disparu. Ici, c’est du blé, en veux-tu en voilà! Les blés ondulent jusqu’à l’horizon, respirant la chaleur et la lumière. Le tournesol, quand il est sans fleurs, est d’une tristesse toute verte.

Il faut bien comprendre que les paysans alternent les cultures, mais il n’y a pas que leur volonté qui est en jeu. Ces paysans livrent leur marchandise à des sociétés, qui souvent dictent le choix des cultures à planter, en fonction du marché.

Au-dessus des tournesols se niche dans un sous-bois Routgès, une petite chapelle à flanc de colline, accolée au cimetière. Les pèlerins n’y vont sans doute pas.

Vers le sommet de la colline, des vignes viennent troubler la monotonie languissante des oléagineux. Ici, comme d’ailleurs dans d’autres parcelles de Ténarèze, on s’adonne à la culture des cépages blancs, dont l’ugni blanc, le colombard, le chenin, le sauvignon, le chardonnay et le gros manseng. Ces vins de pays, sous l’appellation Côtes de Gascogne, sont souvent des assemblages. Le Château Tariquet, à quelques kilomètres d’Eauze en est le fleuron.

Plus haut, la route s’en va à plat sur la crête.

Alors ici, plus de tournesols, les céréales alternent avec les vignes. Le Gers, on aime ou alors on est indifférent devant ces immenses espaces, sans vie. Les hameaux, quand ils existent, restent grands comme des mouchoirs de poche, comme à La Gavarre, et juste après à Barrigue, où la plupart du temps ce ne sont que des fermes isolées.

Section 4: Par monts et par vaux vers Montréal-de-Gers.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, avec quelques pentes aisées.

Depuis Barrigue, la route monte encore un peu dans les immenses champs. Tout est gigantesque, où rarement ici, le tournesol dispute l’espace au blé. Parfois l’étendue des champs donne le vertige et il faut de larges minutes pour les traverser de part en part. Au loin, un village qui semble plus habité que là où passe le chemin.

Les arbres, le plus souvent, on les a rasés. On n’a conservé que de petits bosquets pour donner un peu d’ombre aux demeures le long du chemin.

D’ailleurs, la route passe à Lasserre-de-Haut devant une telle demeure. C’est un gîte où de nombreux pèlerins s’arrêtent. Et pour cause, il y a une piscine.

De Lasserre, la route se prolonge un peu dans un pays moins cultivé, sous les chênes.

On va changer d’univers, c’est sûr. On oublie les grands champs cultivés pour un peu de maïs. Et le goudron se désosse pour laisser place à une route de terre près du lieudit Le Glézia.

Un large chemin, entre terre et herbe, descend alors en pente assez soutenue, dans un sous-bois épars.

Chemin faisant, il rencontre le petit ruisseau endormi de Répassat au fond d’un vallon. Puis, il remonte de l’autre côté, quelques instants sur une pente plus soutenue. Ici, réapparaissent les cultures.

Ici, réapparaissent les cultures, quand le chemin rejoint les rares maisons et fermes de Pagès.

Le chemin folâtre alors à nouveau dans les tournesols à la limite des sous-bois, passe devant une fontaine d’un autre âge, dont on n’en connaît pas l’usage. Par contre, les crapauds en connaissent l’utilité.

Il pénètre alors dans un sous-bois, à l’ombre des grands arbres.

Ici, chênes, charmes et châtaigniers rivalisent de grâce et de hauteur.

Au sommet de la crête se dresse le château de Lassalle Baqué derrière ses hauts murs. Enfin château, sans prêter ombrage au châtelain, on ne dira pas qu’on se balade dans les châteaux de la Loire.

Ici, on arrive à quelques encablures de Montréal-de-Gers, quand le GR65 rejoint la route au-dessus du village.

C’est alors que la route penche doucement, dans les vignes, sur un lotissement, que l’on dira particulier, à l’entrée de Montréal-du-Gers. Est-ce pour se remémorer les cabanes au Canada? D’ailleurs, tout pèlerin canadien se réjouira de passer ici, à Montréal.

Vous dire qu’ici aussi, la Vierge et l’Enfant président à la destine du village, ne vous surprendra plus guère.

La route passe alors près d’un magnifique lavoir et d’une place de pique-nique. Les lavoirs communaux font partie du patrimoine vernaculaire de ces régions. Ils sont disséminés partout, en en nombre, dans le sud-ouest, construits dans une époque préoccupée par le manque d’eau, l’hygiène et la salubrité publique. Ici, ils ne sont pas “à papillons”, comme dans les causses. Ils sont plus massifs, souvent couverts, mais leur usage était avant tout le fait des lavandières.

Jadis, on pratiquait la grande lessive deux fois par an, au printemps et en automne. La grande lessive durait trois jours. On tapait le linge à la maison dans le cuvier. Il fallait verser à de nombreuses reprises de l’eau chaude sur le linge et sur les cendres végétales qui faisaient office de savon. On évitait le chêne qui tachait, favorisait le peuplier, le sapin, les arbres fruitiers et les plantes odorantes. On frottait et rinçait au lavoir communal. Le linge mouillé était apporté au lavoir de bon matin. Le travail était long et fatigant à battre le linge, frotter, rincer, et souvent recommencer. Les femmes s’entraidaient. Aussi c’était le lieu de convivialité, de solidarité, de sociabilité et de commérage des femmes. Puis le savon remplaça les cendres au XIXème siècle, et longtemps après la machine à laver fit le nécessaire.

Sur son éperon rocheux, la bastide de Montréal (1’100 habitants), capitale de la Ténarèze, s’étire tout en longueur, avec quelques belles maisons à colombages.

La longue rue mène à la place centrale cerclée d’arcades et de maisons à pans de bois. C’est ici que s’articule la vie sociale et touristique, sur une charmante place, près de l’église et de la mairie.

L’église gothique du XIIIème siècle, à l’intérieur fort sombre, en partie fortifiée, fait encore partie des remparts qui ont grandement fondu.

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