Etape 23: De Lectoure à La Romieu par le GR65

Dans la sérénité de l’abbatiale de La Romieu

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Vous aimez le canard ou l’oie. Vous savez donc à peu près situer le Gers. Vous êtes une fine lame, un émule de d’Artagnan ou des Mousquetaires. Vous vous souvenez aussi que ces gars étaient des gascons. Alors, la Gascogne, un département ou une autre affaire? Aujourd’hui, la Gascogne n’est plus une région administrative, mais une aire cultuelle et linguistique. C’est une ancienne province à cheval sur les départements du Gers, des Landes, et des Hautes Pyrénées, s’tendant même en partie vers la Gironde. C’est surtout son identité culturelle qui la caractérise, en particulier son langage, le gascon, un des dialectes de l’occitan. Le Gers est un de bastions de la Gascogne. Dans l’imaginaire d’Alexandre Dumas, c’est d’ci que les célèbres mousquetaires sont montés à Paris. Une statue récente les montre en action près de la cathédrale de Condom.

Nous traversons aujourd’hui la Lomagne, à cheval sur le Gers et le Tarn-et-Garonne, à l’extrémité nord-est de la Gascogne. Nous sommes plus particulièrement dans le Lectourois, groupé autour de Lectoure, la capitale historique et culturelle de la Lomagne. C’est une terre ronde, riche et calcaire, avec de larges vallées et des collines, un paysage ouvert dominé par l’uniformité de grandes étendues terreuses, avec peu de bosquets, où l’agriculture intensive tourne à plein régime. Les vaches ont presque disparu d’ici, et les petites parcelles cultivées deviennent de plus en plus rares.

Le chemin file plein ouest.

Le Gers est une très grande campagne. Le département comprend moins de 200’000 habitants. Si le Gers, à première vue, peut paraître assez uniforme, il comprend en fait plusieurs régions qui se distinguent surtout par les cultures que l’on développe.

Au nord, les céréales et les oléagineux dominent. Au sud, les vignes et le maïs prennent la relève. On y trouve surtout des céréales, des blés en particulier (45%). Les oléagineux couvrent 25% des territoires agricoles. Le Gers est le premier producteur de tournesol et de soja en France. Les vignes, dont le célèbre Armagnac, ne représentent que 5% de terres exploitées. Les prairies sont discrètes et l’élevage des bovins et ovins est assez restreint ici. Par contre, on élève 5 millions de canards gras (peu d’oies), le deuxième département en France après les Landes dans ce type particulier d’exploitation.

Le tronçon entre Lectoure et Condom est classé au patrimoine mondial de l’humanité tout comme la collégiale Saint-Pierre de La Romieu, un des fleurons du patrimoine. Le nom de La Romieu vient de roumieu qui désigne un pèlerin à Rome, et par extension tous les pèlerins. L’ensemble collégial St Pierre est un site incontournable, à la fois pour son église à nef unique, son cloître, ses deux tours dont l’une renferme un passage secret avec escalier à double révolution. Le village médiéval, construit en grande partie sur les reliques de l’abbaye est magnifique. Vous y rencontrerez aussi les fameux chats d’Angéline et de sa légende. Mais voilà! De nombreux pèlerins sautent l’étape de La Romieu pour aller directement à Condom, car l’étape de Lectoure à La Romieu et celle de La Romieu à Condom sont courtes. Ils gagnent un jour, mais passent à côté d’une grande merveille.

Au niveau des difficultés du parcours, c’est une journée tranquille, pour ainsi dire sans difficulté, avec des dénivelés faibles (+ 280 mètres/-279 mètres), presque une promenade sur des montagnes russes très légères. Il y a peu de choses à signaler, si ce ne sont la descente depuis Lectoure et quelques passages de ruisseaux un peu plus pentus.

Aujourd’hui, les parcours sur route goudronnée sont plus nombreux que les parcours sur les chemins, comme il est souvent la règle sur le Chemin de Compostelle:

Goudron: 9.7 km

Chemins: 7.9 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lectoure-a-la-romieu-par-le-nouveau-gr65-55420209/

Section 1: Dans la plaine où coule le Gers.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: descente pentue depuis la citadelle sur la plaine, puis sans aucune difficulté.

Nous n’irons pas sur le nouveau GR65 qui traverse la ville et qui descend sur le pont du Gers, et nous emprunterons une partie de l’ancien GR65, la très belle partie, que les organisateurs du nouveau chemin n’auraient jamais dû supprimer. Cela donnera, nous l’espérons, aux futurs pèlerins qui visitent notre site, l’idée qu’il serait bon de passer par ici.

Dans l’ancienne version, Le GR65 quittait Lectoure derrière l’Office de Tourisme et descendait de la citadelle le long des remparts. Les bâtiments sont somptueux ici, intégrés dans les fortifications.

La ville de Lectoure, sur son éperon rocheux, était au Moyen-Âge la capitale des comtes d’Armagnac. Déclarée ville royale au XVème siècle, la ville devient alors une place forte. C’est de ces périodes que datent les fortifications qui ceinturent la ville haute. L’antique forteresse s’étend vers le bas de la colline par un entrelacs de terrasses, de ruelles et d’escaliers le long des imposants remparts en pierres de taille.

A l’extrémité des remparts, au bas d’un escalier, entre des murs très élevés, on accède à un bassin couvert d’un arc en berceau, d’ogives, protégé par une grille de ferronnerie aux pointes en fleur de lys, reposant sur un chapiteau. C’est la belle fontaine de Diane, dédiée dès l’Antiquité à quelque divinité, peut-être à Diane peut-être à une autre divinité, qui sait? La fontaine est inscrite au registre des Monuments historiques. Son apparence actuelle date du XIIIe siècle. La fontaine est alimentée par une source abondante, qui a fourni en eau, jusqu’à l’installation des réseaux d’eau courante, les artisans du quartier, notamment les tanneurs situés en contrebas. L’eau s’écoule par deux gros robinets et le trop-plein du bassin s’évacue dans un abreuvoir sous les remparts.
Puis, le GR65 passe devant l’ancienne tannerie royale, juste en dessous. Tous les bâtiments signent l’opulence de la cité à une certaine époque.

Il descend encore plus bas jusqu’à un carrefour au pied de la citadelle, où on peut jeter un dernier coup d’œil à la ville perchée au-dessus de la citadelle. Jadis, le chemin croisait le carrefour est descendait dans la zone industrielle.
Ici, un panneau est signalé à l’usage des “pèlerins perdus”. Cela signifie tout de même que certains pèlerins s’égarent, non? Pour ces derniers, Il suffit de suivre la petite départementale D7 pour rejoindre le GR65 actuel au pont sur le Gers. En passant par ici, vous aurez fait un peu plus de distance que le chemin actuel, mais presque rien. Par contre, vous aurez vu un des plus beaux sites de la cité.
En passant par cette variante, vous passerez au-dessus de la zone industrielle et rejoindrez le GR au niveau de la voie ferrée.
Juste à côté coule le Gers dans ses eaux troubles, avec ses sautes de débit au cours des saisons. La rivière prend sa source sur les hauts plateaux des Hautes Pyrénées, pour se jeter plus loin dans la Garonne. Ce n’est pas un très grand fleuve, mais une rivière assez importante puisqu’elle donne son nom au département qu’elle traverse.
Puis rapidement, après le pont sur le Gers, le chemin oblique dans le sous-bois.
C’est un sentier sombre, où la végétation est dense, presque inextricable. Il y fait sombre et frais. C’est comme un morceau de forêt vierge, dans une zone marécageuse et inondable. Ici, coule de manière diffuse, le ruisseau de Garbeau.
Un vieux pont de pierre, dit le Petit-Pont-de-Pile, a été jeté ici pour enjamber le ruisseau capricieux qui serpente dans le marécage, près du Gers. Il faut dire que le pèlerin de jadis a dû subir les pires sévices pour traverser ce sous-bois hostile, et alors, sans doute dangereux.

De datation inconnue, on le nomme ainsi pour le différencier du grand pont qui enjambe le Gers, une centaine de mètres auparavant. On se perd en conjectures pour savoir où passait le chemin ici. Le pont de moellons calcaires a été muré depuis, et fondamentalement restauré, pour paraître presque neuf. Il a perdu tout le charme qu’il avait, il y a encore quelques années. Dommage!

Dans ce bois où suinte l’eau sous la terre glaise, les chênes ne sont plus les rois de la forêt. On y voit surtout, dans une végétation dense et buissonnière des érables, des charmes et des frênes, et quelques châtaigniers. On a hâte ici que d’une chose, sortir en vitesse du bois, harcelés que nous sommes par une armée de moustiques efficaces.
A la sortie du sous-bois marécageux de la petite plaine où coule le Gers, le GR65 rejoint et traverse la route départementale.
Il reprend de l’air et de la hauteur en montant sur une route goudronnée cabossée dan les champs de tournesols et les champs de céréales.
Au sommet d’une assez longue montée, mais légère, la route arrive au hameau de Hausset et ses rares maisons fleuries.
Ici, le GR65 abandonne le goudron pour un chemin qui s’en va vers le haut d’une colline dans l’herbe.

Il passe près d’un petit lac à l’eau verdâtre. Vous ne savez jamais si ces petits lacs sont naturels ou alors des réserves d’eau, façonnées par l’homme pour irriguer les champs.

Plus loin, la pente augmente dans le tournesol, le soja et les céréales, sous les peupliers et les frênes, nombreux dans la région. Au printemps et au début de l’été, lorsque la vie se réveille, que les bourgeons éclatent et que les premières tendres feuilles naissent et s’allongent, la nature paraît parfois un peu maigre, vide, voire ingrate. A cette toison naissante, certains leur préféreront les orgueilleux tournesols qui défient le soleil ou les fleurs fatiguées qui penchent leur tête lourde de graines en automne.
Plus haut, après un passage dans les haies denses, le GR65 rejoint une route de terre battue. Ces routes, souvent en impasse, mènent à des fermes isolées.

Section 2: Dans les blés et les tournesols sur la colline.

Aperçu général des difficultés du parcours: sans aucune difficulté, avec une pente un peu plus soutenue près d’Espazot et de Marides.

La route monte alors en pente soutenue sous les chênes et les érables vers le hameau de Espazot.
Dans ces maisons, aux gros moellons de calcaire clair, où la vie semble avoir sérieusement fondu pour ne pas dire disparu, parfois les volets s’ouvrent pour offrir l’hospitalité. Ne s’arrêterait-on pas ici pour faire boire son âne ou trouver un gîte pour la nuit, non?
D’ici, une route monte en pente douce à travers champs.
La route longue, parfois presque rectiligne, traverse des champs à perte de vue habités seulement par la solitude. Alors, le pèlerin a le temps de rêvasser ou de détailler les cultures qu’il croise sur son chemin. Ce sont avant tout des céréales, du tournesol et du soja. Mais parfois poussent aussi des betteraves ou des fèves, pour l’alimentation du bétail. Le maïs est peu répandu dans la région. Chemin faisant, la route croise la ferme de Marides où on peut loger.

Plus haut, la pente s’atténue encore, et à l’horizon vous voyez Masrsolan et la tour de l’église qui pointe.

Parfois même, mais c’est rare ici, la vigne pousse sous les chênes. Mais, vous verrez avant tout de grands champs de céréales et de tournesol.
Le GR65 arrive alors à un carrefour, la bifurcation de Verduzan, et ici la route redescend en pente douce dans les champs.
Mais, la descente est courte, et la route repart à plat dans les champs. Ici, les tournesols ont déjà montré leur tête. Les a-t-on plantés plus tôt ou sommes nous plus au sud?

A ce carrefour, la route continue tout droit vers Marsolan. Mais, les organisateurs ont prévu un autre chemin pour vous. A La Croix de la Justice, près de la magnifique croix de pierre, nous ne sommes pas très éloignés de Marsolan. On ne sait quel St Louis local, assis sous un chêne, rendait justice ici, mais le site sert aussi de place de pique-nique.

Le GR65 repart alors sur un chemin d’herbe et de terre à travers champs, longeant la haie de frênes et de chênes. Les tournesols disputent toujours l’espace aux céréales. Ici, les blés ont été coupés et il ne reste que de gigantesques camps d’avoine.
Le chemin passe devant un grand complexe de fermes et de hangars où s’épanouissent les tournesols. Parfois, le chemin coupe un petit sous-bois, mais c’est pout ressortir aussitôt dans l’infinité des champs.

Les croix sont moins nombreuses ici que plus au nord sur le Chemin. Pourtant, Marsolan se distingue, car quelques centaines de mètres plus loin, une autre croix étend ses bras au milieu des blés et des tournesols. Où est-on allé chercher du granite, inexistant dans la région?

Parfois, les champs sont si vastes qu’ils disparaissent dans le ciel, comme dans la Meseta espagnole, où passe le chemin vers Santiago.
Nous sommes fin juin, et les blés ont déjà été récoltés. On ne doit pas manquer de pain dans la région.
Et au bout de cet univers infini de céréales, le chemin arrive près d’une petite route.

 

Section 3: Halte à Marsolan, petit village tranquille et de caractère.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: ici, il n’y a que la descente vers le ruisseau de l’Auchie qui soit vraiment pentue.

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Ici, vous attend une route rectiligne sur un plateau qui n’en finit pas, vers un lotissement de maisons récentes qui pointe à l’horizon.
Devant vous le clocher de l’église de Marsolan se rapproche peu à peu.
La route arrive rapidement au centre du village.
L’église Notre-Dame du Rosaire, se dresse au centre, une église reconstruire au XVIème siècle, et encore plus tard, avec un intérieur particulièrement rococo et un orgue fort célébré. Son clocher-tour, planté sur une petite butte au milieu des cèdres et des platanes, domine le village. A côté de l’église, une épicerie multi-services concentre les intérêts de la population locale et des pèlerins.

Comme dans tous les villages de la région, se cache la traditionnelle halle à grains, guère plus modeste qu’ailleurs.

Le GR65 traverse en descendant la petite rue du village, tout en pierres. Les maisons sont le plus souvent jointoyées. C’est aussi dans une de ces petites venelles que se niche un établissement de charme****, que peu de pèlerins pourraient s’offrir! On trouve aussi à se restaurer et à loger ici, dans des établissements plus modestes.
La pente se fait très rude, à plus de15% au bas du village, sur une route goudronnée désossée.
Plus bas, la route qui descend du village, qui plonge au fond d’un petit vallon, rejoint et traverse la départementale, sous les grands chênes, les gigantesques frênes et les érables. Ici on fait déjà de la publicité pour aller visiter La Romieu.
La route traverse alors le petit ruisseau de l’Auchie, qui coule doucement au bas du vallon. De l’autre côté du vallon, elle remonte. D’ici il est possible de rejoindre un logement en dehors du chemin.
Assez rapidement le GR65 joue l’alternance, comme il le fait tous les jours, lâche le goudron pour un chemin herbeux qui monte sur le flanc d’une colline.
Dans les haies poussent des pruniers sauvages et des noyers. En saison, ces fruits sont gratis. Pour les noix, c’est un peu tôt encore.
Puis, la pente s’accélère, à près de 15%, dans la monotonie des céréales et des oléagineux. Plus haut, le chemin monte sur des escaliers taillés à même le sol, dans les herbes folles.

Ici un petit lac se permet de couper la monotonie des tournesols. Les paysans n’ont pas toujours bouleversé les paysages naturels. Ils ont de tous temps respecté la présence de l’eau, vitale aussi pour eux. Peut-être on-il aussi ici créé cette réserve d’eau.

A la hauteur du lac, le chemin transite un peu dans du sable labouré sous les érables et les chênes…
…avant de ressortir peu après dans l’herbe au milieu des vastes étendues de céréales et de tournesol.
C’est vaste ici. Cela ressemble un peu à la Meseta sur le chemin espagnol. Il y a cependant une différence. Les paysans espagnols ont rasé leurs arbres, les français ont laissé les chênes et les frênes survivre au bord de leurs propriétés.
Au sommet de la crête, le GR65 rejoint le goudron pour transiter près du petit hameau de Cauboue, dans un paysage qui ne change pas d’un iota. Il faudra vous y faire. Le blé, le tournesol, et plus loin le maïs deviendront votre passe-temps favori pendant une bonne dizaine de jours.
Après un court passage sur la route goudronnée, le GR65 retrouve un large chemin qui part dans l’herbe en pleine campagne. Ici, aussi, on a plantés de jeunes érables pour marquer le chemin.
La campagne est toujours aussi vaste, aussi généreuse, dans les champs d’avoine non encore moissonnés. Plus loin le chemin commence à descendre en douce pente vers un sous-bois.
Le chemin dodeline sous les haies de chênes le long des champs. Ici, les tournesols ont mis leur habit d’apparat. Pas besoin de sortir sa boussole pour voir où est le couchant. En dessous, on a planté du soja dans un énorme champ. De coutume, le soja est le dernier à être planté. Ici, il lève à peine.

Section 4: Balade dans les champs.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Mais la campagne n’est pas toujours aussi généreuse. Une décharge à ciel ouvert coupe le chemin, où pourrissent les fagots de chaume et d’éteules, au milieu de dégoutants pneus de poids lourds qui finissent leur vie ici.

Guère plus élégantes sont les bennes à ordure et le parc agricole qui jouxte le chemin.

On retrouve alors des signes de la présence des hommes, que l’on n’avait plus vécue depuis longtemps. Mais, c’est un fait assez commun, on ne voit que rarement des gens sur le chemin, si ce ne sont les pèlerins. Ici le GR65 prend la route qui conduit à Castelnau-sur-L’Auvignon, un village que l’on retrouvera le lendemain.

La route passe bientôt au hameau de Batsurguère, près d’un petit étang.

A la sortie du hameau, le long de champs de maïs que nous avons rarement rencontrés au nord du Gers, la route arrive à une bifurcation où le chemin va changer de direction.

Nous sommes à la Chapelle d’Abrin. La chapelle, construite au XIème siècle, jouxtait une hôtellerie tenue par les Chevaliers de Malte sur la voie qui allait du Puy à Rocamadour. Restaurée à la fin du XXème siècle, désacralisée, elle est aujourd’hui propriété privée.

C‘est à la Chapelle d’Abrin qu’un choix s’impose: soit continuer tout droit sur la route vers Condom, soit bifurquer sur la droite vers La Romieu. On encourage d’ailleurs les pèlerins à gagner La Romieu, car aucun panneau n’indique la direction de Condom. Et pourtant, de nombreux pèlerins escamotent le voyage vers La Romieu. Pour gagner un jour, disent-ils! Mais un jour sur quoi? Sur l’infini, pressés qu’ils seraient d’arriver en avance à Santiago! Et alors qu’importe les vielles pierres que les anciennes générations nous ont offertes à La Romieu.

Sur le GR65, un large chemin de terre redescend doucement au fond d’un petit vallon, aujourd’hui dans le maïs et les blés moissonnés.

Deux bijoux de petits lacs agrémentent ici le bocage, sous les chênes, les érables et les frênes, reliés par le ruisseau de Perdeillan.

Puis, la large route de terre battue remonte en pente douce du fond du vallon, dans une profusion de tournesols.

Sur cette douce colline, aujourd’hui les céréales, moissonnées ou non, se mêlent aux champs de tournesol, de soja qui lève à peine, et des jachères.

Quand on marche dans le Gers, les paysages changent chaque année selon la loi de l’alternance, ce qui fait aussi le charme, mai aussi la surprise des gens qui cheminent ici régulièrement. Quand nous sommes passés ici, il y a quelques années, nous pensions que les paysans offraient toujours leurs meilleures terres pour les blés bénis. Pauvre tournesol, pauvre maïs, qui doivent se conter de si peu! Mais, ce n’est pas le cas. Pourtant, ne dira-t-on jamais assez la sérénité engendrée par ces lignes géométriques que dessinent les tracteurs lorsqu’ils sèment les graines au millimètre près? Qui dira la solitude de ces millions d’épis qui ondulent dans la paix des alizés? C’est plus beau à contempler que les champs en jachère, non? Si vous êtes un amoureux des blés, il faudrait passer dans le Gers à la fin du printemps. Si vous préférez les tournesols, passez plus tard.

La pente est assez soutenue ici, et le chemin passe de la terre battue à l’herbe, aujourd’hui au milieu de l’avoine et du tournesol.

Mais voilà que le paysage se modifie. Une forêt pointe son nez. Presque une révolution dans l’architecture paysagère de la région. Alors, le chemin alterne entre campagne et sous-bois, entre herbe et terre battue, avec toujours ces régiments d’érables que l’on a plantés dans la région au bord des chemins.

Le chemin pénètre alors dans le Bois de la Ville, une grande forêt plus dense, dominée, ici encore, par les chênes et les érables.

Les arbres sont particulièrement déplumés dans cette forêt, dont on ne voit guère que des fûts. Cela doit être plus pratique pour la chasse aux palombes, ces pigeons ramiers à chair succulente que l’on s’arrache. On compte plus de 100’000 chasseurs de cette espèce dans le sud-ouest. Ne croyez pas naïvement que les infrastructures que vous voyez ici sont faites pour observer les oiseaux par les ornithologues ou des abris de pèlerins au sol. Tout cette panoplie, c’est le dispositif de chasse, avec ces palombières, des miradors que l’on utilise pour attirer les oiseaux en vol, puis par divers stratagèmes, les attirer au sol où on les capture vivants dans des filets, ou on les tire au sol. Une palombe, c’est assez naïf, se fait bêtement attraper par des leurres. Une palombe vivante se vend plus cher qu’une palombe morte. C’est un vrai sport, pratiqué en équipe. Une autre technique, plus rudimentaire, est cette sorte d’abri, non pour les pèlerins mais pout les chasseurs, appelé talenquière, un abri fait de bois et de feuillages, installé à distance régulière. Les chasseurs dissimulés derrière attendent que le vol passe pour tirer les oiseaux . Mais, comme c’est un sport et une passion, il y a une certaine déontologie. Dans ce type de chasse, on ne peut utiliser de leurres.

A la sortie de la forêt, les arbres retrouvent leur plumage et la campagne ses céréales.

Le GR65 retrouve alors l’herbe et les haies de sous-bois jusqu’à l’intersection d’une petite route.

Section 5: Vers La Romieu, encore un beau cadeau du Moyen-âge.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

C’est alors une route que le pèlerin suit, à plat, dans la campagne, le long des sous-bois.

Bientôt, on voit apparaître des arbres fruitiers.

Le GR65 arrive alors près du lieudit Le Double, près de Moncade. A deux pas se trouve le magnifique gîte de Beausoleil. Si vous voulez voir des pruniers alignés comme pour partir à la guerre, arrêtez-vous ici, un peu en dehors du chemin. Ici, on cultive et on sèche les pruneaux, comme à Agen.

Un chemin de terre battue graveleux se dirige alors assez rapidement la Romieu à travers les vergers de pruniers et autres arbres fruitiers. Au loin, on voit poindre le clocher de l’abbatiale.

Puis, dans cette douce campagne arborisée, le chemin devient goudron, et passe devant l’arboretum des Jardins de Coursiana, très fréquenté par les touristes qui visitent le village.

Une large allée mène alors à La Romieu, sous les beaux charmes.

Deux beaux petits lacs égaient le paysage à l’entrée du village et l’abbatiale apparaît dans toute sa majesté.

La Romieu (570 habitants) c’est avant tout la magnifique collégiale St Pierre, datant du XIVème siècle, classée au titre des Monuments historiques, de construction gothique, avec sa longue et haute nef et son abside polygonale. Dans la tour de la Sacristie, de magnifiques fresques ornent le plafond.

L’église est flanquée de plusieurs tours, dont la Tour de la Sacristie et la Tour carrée. Dans cette dernière, un escalier conduit à la toiture de l’église. Cet escalier est très particulier, il est à double révolution, un axe pour la montée, un axe pour la descente.

Le cloître a été probablement construit après l’église et possédait à l’origine deux étages. Le cloître fût incendié en 1569 par les protestants et les étages en bois furent détruits. Les chapiteaux du cloître, moins précieux que ceux de Moissac, sont ornés de feuillages et de figurines. Les animaux s’associent souvent à un personnage ou à décor floral. On doit la collégiale et la citadelle à Arnaud d’Aux, natif du village, qui eut la charge des Templiers et devint cardinal. Il ajouta un palais à la collégiale, destiné à recevoir les appartements du cardinal et de sa suite. Le palais disparut progressivement au cours des siècles, durant les guerres que traversa le pays. Il fut acheté comme bien national à la Révolution Française, puis vendu en grande partie comme carrière de pierre. Les murs du palais servent encore aujourd’hui à certaines maisons d’habitations derrière la collégiale.

De tout cet édifice, Il subsiste heureusement de nombreux magnifiques vestiges, comme la Tour du Cardinal, aussi conservé comme monument historique.

La vie du village se concentre sur une petite place près de la collégiale. C’est ici aussi que vous rencontrerez les chats d’Adeline, qui selon la légende sauvèrent le village d’une grande famine. Alors voici la légende, telle qu’on la raconte ici (texte tiré de Office de Tourisme La Romieu):
“En l’an de grâce 1338, dans un village de Gascogne appelé LA ROMIEU, célèbre par sa belle collégiale édifiée depuis 20 ans, vivaient heureux Vincent et Mariette. Il était bûcheron, et sa femme l’accompagnait souvent dans la forêt pour faire les fagots. Ils travaillaient dur, mais avec les volailles, le cochon, les légumes et les fruits du jardin, la table était garnie. Ils étaient mariés depuis 3 ans, lorsque Mariette mit au monde une petite fille qu’ils appelèrent Angéline. Hélas Vincent fût écrasé par un arbre qu’il abattait. Mariette, inconsolable, se laissa dépérir et deux mois plus tard, elle fût trouvée morte, tenant Angéline dans ses bras.

La petite fût recueillie par une voisine, et grandit avec ses enfants comme leur sœur. Angéline montrait une grande attirance pour les chats. Il y en avait toujours 2 ou 3 autour d’elle qui, la nuit, dormaient dans son lit. Elle partageait souvent son écuelle avec eux. Angéline au fil des ans, devenait une solide jeune fille qui aidait bien ses parents adoptifs aux travaux des champs, toujours accompagnée de ses chats. L’an 1342 et les 2 années suivantes, l’hiver fut rude, et le printemps et l’été si pluvieux qu’il ne fut pas possible d’ensemencer les champs. Il s’ensuivit une grande disette et malgré la distribution par le seigneur Arnaud d’Aux des réserves de la Collégiale, les habitants de LA ROMIEU n’eurent bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Ils pensèrent alors aux chats, si nombreux dans le village, et en firent de la gibelotte.

Les parents d’Angéline, sachant combien elle aimait les siens, acceptèrent qu’elle garde un chat et une chatte, à condition de bien les cacher, car les voisins ne demandaient qu’à leur tordre le cou. Angéline enfermait donc le jour les 2 minous dans le grenier, et la nuit les laissait sortir pour chasser. Mais la famine s’accentuait et beaucoup de villageois mouraient. Angéline et ses parents subsistaient péniblement, en récoltant des racines dans les bois, quelquefois des champignons, mais c’était piètre pitance. Très amoindris, ils purent néanmoins, surmonter cette triste période et des temps plus cléments permirent enfin de récolter de quoi vivre.

Mais à LA ROMIEU, où les chats avaient disparu, les rats avaient proliféré au point de menacer les récoltes. Angéline, avec des précautions infinies, avait pu cacher ses chats et ils avaient eu plusieurs portées. C’était une vingtaine de greffiers qui s’ébattaient dans le grenier. Heureusement, la maison était isolée. Les villageois se lamentaient devant les dégâts causés par les rats. C’est alors qu’Angéline annonça qu’elle allait lâcher une vingtaine de chatons que les habitants pourraient adopter. Les rats disparurent rapidement et c’est ainsi qu’Angéline sauva LA ROMIEU d’un nouveau malheur. La légende dit aussi que le visage d’Angéline, au fil des ans, ressembla de plus en plus à un chat et que ses oreilles se transformèrent en oreilles de chat”.

C’est en écoutant une grand-mère raconter à ses petits-enfants la légende des chats d’Angéline, qu’un sculpteur d’Orléans, Maurice Serreau, eut l’idée de la faire revivre en déposant des sculptures de chats autour de la place. Ici, on conseille aux visiteurs de lever le nez pour répertorier le nombre de chats que le sculpteur a positionnés dans le bourg. En voici quelques échantillons.

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