Etape 19: De Lauzerte à Moissac par le GR65

A travers la campagne du Tarn-et-Garonne pour aller admirer une autre merveille du Moyen-Âge religieux

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Tarn-et-Garonne est un département complexe, mêlant à la fois des influences de la Gascogne, du Quercy, du Causse, des collines et des larges plaines alluviales du Tarn et de la Garonne, dans un pays où la mer a abondamment déposé marnes et calcaires. Ici, se rencontrent trois grandes rivières: le Tarn et l’Aveyron qui descendent du Massif Central, et surtout la Garonne, le majestueux fleuve en provenance des Pyrénées. C’est de leur rencontre que sont nées ces immenses plaines alluviales.

L’étape du jour se déroule en Tarn-et-Garonne dans cette région du Bas-Quercy qui jouxte la Lomagne dans le Gers voisin.


créé par Wikigraphists du Laboratoire de Graphique, France , Wikipedia

Les collines font la ronde autour des plaines. Ce sont des collines de basse altitude, ne dépassant guère 300 mètres d’altitude dans le Bas Quercy que nous traversons aujourd’hui. Plus au Nord, les terres plus lourdes, plus argileuses, ont favorisé la présence des bosquets, des pâturages et de la culture du maïs. De hauts coteaux se sont développés sur les rives du Tarn. Les sols d’alluvions, formés de limons, de sables, d’argile et de gravier sont riches, permettent l’expansion des polycultures, céréales et vergers. Des vergers immenses ont été plantés au siècle passé, dépassant parfois 200 hectares. Pommiers, pruniers, poiriers, pêchers, cerisiers, kiwis y font bon ménage. Sur les coteaux, les sols plus pauvres ont permis le développement des vignes.

Dans les constructions, la brique est la reine. On prend plaisir à admirer le jeu infini qu’elle apporte aux maisons, aux églises, aux châteaux, dans les variations de sa couleur et de sa chaleur. Mais, le moellon calcaire n’est pas de reste. On voit souvent des mariages heureux, où la brique dessine les entourages des fenêtres et des portes. Les tuiles canal rouges sont les maîtres des toits. Les bastides étaient au Moyen-âge une particularité du Sud-Ouest. Dans ces agglomérations, les paysans étaient libres et travaillaient pour le seigneur ou l’abbé. Le point central était la halle à grains au centre du village. De nombreux villages ont conservé des traces de cette organisation. En fin d’étape, le chemin arrive à Moissac, une vraie petite ville, belle par surcroit.

Les dénivelés aujourd’hui (+501 mètres/-649 mètres) ne sont pas importants pour une si longue étape. Au niveau des difficultés du parcours, ce n’est pas toujours une journée tranquille, même si le parcours se déroule souvent sur de légères montagnes russes, ne dépassant que rarement 10 à 15% d’inclinaison positive ou négative. Mais, il y a 4 côtes un peu plus raides, celle qui mène au Chartron en début d’étape, le talus à grimper avant Aube Nouvelle, et deux côtes dans la forêt avant Moissac.

Aujourd’hui, hélas, il faudra beaucoup marcher sur les routes:

Goudron: 16.6 km

Chemins: 10.7 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lauzerte-a-moissac-par-le-nouveau-gr65-54402723

Section 1: Vers la belle chapelle de St Sernin du Bosc.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: en début, descente raide depuis la citadelle dans la plaine, et montée, parfois très en pente, parfois à près de 20% dans la forêt vers le Chartron.

La cité de Lauzerte est construite en étages successifs. Du sommet de la ville, en longeant la Grand Rue, il faut redescendre vers les bas étages.
Vous trouverez plus bas le Chemin du Pèlerin, où le chemin descend encore d’un étage.
Le chemin transite sur les hauts du cimetière. Il croise bientôt un de ces ouvrages à ferrer les bœufs que l’on a tant rencontrés sur le chemin. Ici, le bois a remplacé la pierre. Mais, il y a belle lurette que les bœufs ont disparu des travaux des champs.

Le GR65 zigzague alors sur les larges rues du bas du village, passe devant un bâtiment qui doit être un centre de loisirs et de culture, puis se rapproche d’un petit bois.

Un chemin descend alors dans le bois sombre de chênes et d’érables. Mine de rien, la descente est assez pentue, il faut le dire. On note presque 100 mètres de dénivelé depuis la citadelle pour rejoindre la plaine au-dessous.
A la sortie du sous-bois, le chemin descend encore pour traverser la départementale D953. Le chemin, en presque toutes occasions, sort des cités dans des nœuds routiers.
Le GR65 traverse la départementale et s’en va sur la route à travers la plaine.
Le Lendou est une petite rivière avec de nombreuses ramifications qui baigne la plaine cultivée au-dessous de Lauzerte sur sa colline. La route traverse un bassin de lagunage, l’ancêtre des systèmes modernes d’épuration, où la nature elle-même traite les eaux usées avant de les rejeter dans le milieu naturel.

En se retournant, on peut encore admirer la belle Lauzerte perchée sur sa colline.

Peu après, le GR65 trouve une petite route goudronnée qui transite près d’une douce pièce d’eau charmante, aux eaux verdâtres.
Un chemin s’en va alors dans l’herbe au-dessus du petit lac dans les arbres fruitiers.
Sur un refrain bien connu, dès qu’un sous-bois pointe son nez, un chemin se met à onduler et à monter. Ici, non plus, il n’y aura pas d’exception. Jusqu’au sommet de la colline.
Les cailloux abondent sur le sentier étroit dans la pente raide. Les chênes dominent les autres feuillus. Ici, on trouve quelques châtaigniers, des érables champêtres, et surtout de grands charmes, des arbres assez rares sur le Chemin de Compostelle en France.
Ce n’est pas à proprement parler une douce balade, une partie de plaisir ici, le chemin grimpant près de 100 mètres de dénivelés sur près d’un kilomètre. Mais, c’est le début de la journée et les muscles ne sont pas encore tétanisés. Que préférez-vous, la terre noire délavée ou les gros cailloux? Les deux, qu’importe, vous n’avez pas le choix.
Au sommet de la colline, le chemin rejoint une petite route. On peut alors jeter un dernier coup d’œil sur Lauzerte qui disparaît derrière les feuillages. Oui, Lauzerte est une belle ville.
Le GR65 suit alors en légère montée une longue route goudronnée presque rectiligne dans les arbres. Au bout de la ligne droite, nous arrivons au lieu-dit Le Charton.

Ici, se dresse un très beau pigeonnier. Ces édifices, rectangulaires ou polygonaux, comprenant parfois plusieurs étages, doivent être nombreux dans la région. De nombreux circuits de randonnée y sont dévolus. On dit qu’il y a fort longtemps, la construction de ces tours étaient règlementée à l’usage des nobles, puis qu’elle s’est démocratisée. Certes, on élevait du pigeon pour sa chair et pour l’engrais tiré des excréments, mais cela présentait surtout l’avantage de souligner le prestige des propriétaires.

Du Chartron un large chemin très caillouteux redescend dans le bois.
Vive les cailloux qui entrent dans les semelles des chaussures. La pente est aussi assez prononcée, entre 10% et 15%, mais les arbres vous font une ombre bienfaisante.
La pente reste soutenue jusqu’à la sortie du bois près d’une place de pique-nique, à côté de la chapelle, sous les chênes et les érables.
La tranquille chapelle de St Sernin du Bosc est nichée dans un vallon au joli nom de Combe du Miel. Cette chapelle romane est remarquable, avec son abside en cul de four, très peu modifiée au cours des siècles. Les croix qui recueillent les oboles symboliques des pèlerins ajoutent toujours une part de mystique à ces lieux de culte, un peu comme les pierres des temples japonais. La chapelle est classée monument historique. On y entre aujourd’hui côté cimetière.

Un petit clocher mur abrite deux cloches superposées.

De la chapelle, une large route de terre battue remonte du vallon, à la limite des bois.

Section 2: Dans les blés du Tarn-et-Garonne.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

La route prend un peu de hauteur, transitant au-dessus du petit lac de Martret, dans une symphonie de vert tendre. Cette eau doit peut-être utilisée pour irriguer les champs par forte canicule.

Il suffit parfois d’un détour de chemin pour que le décor bascule. Pour quelques kilomètres du moins, la traversée des bosquets de chênes est pour ainsi dire achevée. Qui aurait pu imaginer que derrière le bosquet allait s’ouvrir un pays presque aussi vaste que ceux que l’on traverse sur le chemin de Compostelle espagnol dans la Meseta. Mais, ce n’est tout de même pas le Middle-west américain. Vive la campagne du Tarn-et-Garonne avec ses champs de céréales, de tournesol et ses vergers.

Le GR65 descend alors dans les champs de blé et les tournesols vers la ferme de Parry. Ici, ce sont de bonnes terres à blé. Nous sommes au début juillet, et à cette période, les blés d’hiver ont déjà été récoltés. Les blés de printemps sont encore sur pied.
Alors, jetons un coup d’œil au même pays, au printemps. Par légère brise, les épis de blé verts s’agitent et ondulent en de charmantes houles. Les champs de céréales sont si énormes qu’on a tout le temps d’assister à ce délicieux manège, d’autant plus que la semelle des souliers ne fait que caresser l’herbe rase au pied des champs. Les coquelicots rouges, eux, semblent s’envoler au-dessus des champs. Depuis des temps immémoriaux, les coquelicots poussent à côté des blés, comme le font aussi le bleuet ou la nielle. En fait, un seul coquelicot peut produire jusqu’à 50’000 graines par saison. Ainsi, ses graines vont se mélanger aux grains de blé lors de la récolte et redonner des coquelicots aux prochaines semailles.

On l’a déjà dit, les paysages sont presque presque toujours plus flatteurs au printemps. Mais, on ne peut pas toujours choisir sa saison pour faire le chemin.

A la ferme de Parry, qui fait gîte et aussi buvette, on pratique aussi de l’élevage. Un grand chêne monte la garde devant les enclos, où gambadent les oies et où paissent quelques moutons, un peu perdus dans cet univers de céréales. Qu’il est rassurant de retrouver quelques formes, on dira plus vraies, dans l’austère majesté des champs, dans la rigueur géométrique et mathématique des alignements d’épis qui se courbent jusqu’à l’autre côté de la plaine.
Dans les champs de céréales, les chemins courent assez souvent entre terre et herbe. Ici, la marche se passe dorénavant sur le goudron. Ici, même le goudron de la route ne suffit pas à modifier l’impression d’espace et d’infini de ces grandes cultures. Au printemps, vous rencontrerez ici de très nombreux champs apparemment en jachère. Regardez de près, la plupart sont cultivés. Ce sont les immenses champs de tournesol et de soja que l’on sème d’avril à fin mai, selon les variétés. D’ailleurs les épouvantails sont là pour décourager les oiseaux. Aujourd’hui, au début de l’été, les blés sont mûrs et le tournesol a grandi.
Puis, au bas des champs, le GR65 rejoint la départementale D57 en traversant la Barguelonne, un petit filet d’eau qui descend vers la Garonne.
A partir de la rivière, voici le genre de parcours que les pèlerins n’apprécient guère. Plus de 2 km à plat sur le goudron de la départementale. Certes, la circulation n’est pas effrénée, car le pays est peu peuplé. C’est dans ces conditions, que le pèlerin constate rapidement qu’il n’est pas seul sur le chemin. La route est si longue, que l’on peut à loisir mesurer la densité des pèlerins qui s’égrènent sur le chemin, devant et derrière soi.
On n’aime guère voir les pèlerins utiliser les routes. Alors, certains paysans, plus généreux que d’autres, ont accepté de voir passer les pèlerins au bord de leurs champs de maïs, de blé ou de tournesol.
Beaucoup plus loin, un petit panneau planté dans l’herbe annonce la délivrance et le retour dans les champs. Aussitôt, un chemin se fraye un passage dans l’herbe pour gagner le flanc de la colline, où s’étendent d’autres champs de céréales, des sous-bois et quelques prairies.
Le chemin passe parfois en sous-bois, mais le plus souvent dans les champs de céréales et d’oléagineux. La pente devient un peu plus sévère pour gagner le lieudit Magaou. A l’horizon, on voit poindre les premiers arbres fruitiers du Tarn-et-Garonne. La présence humaine reste marginale.

 

Section 3: Dans les vergers du Tarn-et-Garonne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: légères montagnes russes, avec une petite rampe un peu plus pénible avant Aube Nouvelle.

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Une route monte alors en pente douce le long des maisons dispersées de Mirabel. Ici, la terre se barre de grès rouge.
Pour gagner le sommet de la colline, il faudra encore user un peu plus sa musculature sur le goudron, car la pente s’accentue.
Au sommet de la rampe, le GR65 tourne à angle droit sur une autre route agricole quelques instants. Le sommet d’une colline annonce presque inévitablement une descente de l’autre côté du vallon.
Aussitôt, un chemin descend vers le ruisseau de Bonnet. Il croise une fontaine grise d’un autre âge, à l’eau trouble, dissimulée dans les roseaux et les herbes folles.
Alors le chemin plonge dans l’herbe au milieu des champs, avant de se retrouver vite au fond du vallon.
Au fond du vallon, le désordre des herbes hautes des prairies tranche avec la géométrie des champs alignés sur le coteau. Il en va presque toujours ainsi, lorsque le chemin descend, puis remonte du fond des vallons. Ici, vous allez traverser, sur votre droite, sur près d’un kilomètre, des plantations de noyers. Sur votre gauche, le long du ruisseau règnent les feuillus.
Plus loin, quand les noyers ont disparu, le chemin se rapproche du ruisseau dans les herbes folles. La présence d’un ruisseau est presque toujours synonyme d’humidité.
Après avoir traversé le ruisseau de Bonnet, où l’eau est à peine décelable, le paysage change drastiquement. Le chemin va grimper assez sèchement, à plus de 10% de pente, dans les herbes et les graminées de l’autre côté du vallon.
Ne vous fiez jamais aux espèces cultivées dans les champs pour vous repérer. Les paysans jouent l’alternance. Aujourd’hui, ce sont des blés qui viennent d’être récoltés. Une autre année, ce sera du tournesol ou de l’engrais vert sur les jachères. Une seule chose est constant ici, la pente.
Un autre paramètre, par contre est constant, à savoir les vergers. Car, au sommet de la colline, voici que la vie agricole organisée reprend ces droits. Le chemin touche le hameau de Bonnet, avec ses grands vergers où poussent les vignes de chasselas recouvertes de voile protectrice, les pruniers, les cerisiers et les abricotiers. Les vergers s’étendent à perte de vue sur des lignes infinies qui redescendent de l’autre côté de la colline
Le chemin traverse alors le village agricole. Juste à deux pas, le GR65 arrive au lieudit Aube Nouvelle, qui doit son nom à l’hôtel qui se dresse ici.
Une route monte alors au milieu des blés et des vergers vers Durfort-Lacapelette, à quelques encablures d’ici.
Les vergers se succèdent alors, toujours aussi élégants. On peut alors choisir une petite route vicinale ou suivre la route le long des fruitiers ou des grands érables sycomores. Quel que sera votre choix, vous arriverez au village.

 

Section 4: Entre vergers, et sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

La route goudronnée sort du village sous les peupliers, mais le pèlerin n’y cheminera pas longtemps. Nous sommes dans un pays de collines et de vallons. Vous imaginez bien que le Chemin de Compostelle vous permettra d’admirer à loisir un nouveau vallon et de remonter sur l’autre flanc. Aussitôt dit, aussitôt fait.
En dessous du village, vous allez retrouver les vergers. Jusqu’à l’horizon s’étendent les filets de protection sur les vergers, obstacle aux oiseaux et à la grêle. Attention ici, au bout du verger, le chemin n’est pas indiqué. Vous aurez la tentation de continuer tout droit. Non, le chemin tourne à angle droit derrière le verger pour descendre dans le vallon.
Le chemin plonge dans l’herbe, à la limite des sous-bois et dans les champs au fond du vallon. Plus on se rapproche du ruisseau, plus l’anarchie végétale augmente. C’est la vie que les paysans ont décidée pour ces endroits où ne passe pas le tracteur. Tant mieux pour le pèlerin peut-être, non?

Au fond du vallon, même si la zone est assez marécageuse, le chemin traverse le ruisseau de Lambenne et son joli petit lac. On ne soulignera jamais assez la présence réconfortante de ces plans d’eau sur le chemin, synonymes de plénitude pour le marcheur.

Un large chemin longe le lac et remonte dans l’herbe en pente soutenue de l’autre côté du vallon pour rejoindre les vergers.
Le chemin rejoint la route au lieudit Les Tours. A partir d’ici, la route goudronnée se profile à plat pendant de très nombreux kilomètres. Alors revoici les vergers alignés sur des kilomètres. L’homme a tendu ici ses toiles d’araignée pour piéger la gent volatile.
La route traverse les champs de céréales et les vergers, les uns alignés aux autres, puis coupe la départementale D16.
Depuis là, la route se traîne alors assez longtemps entre prés et champs dans la plaine, avant de rejoindre St Martin-de-Durfort. Les vergers disparaissent peu à peu au profit des champs de céréales, de tournesol ou des prairies. Les paysans ne cultivent pas leurs terres au hasard. La nature du sol et les divers essais tentés par leurs prédécesseurs dictent le choix. Dans le Tarn-et-Garonne, le sol est avant tout calcaire, mais certains sols sont plus lourds ou plus légers que d’autres. L’irrigation joue aussi un grand rôle.
Sur cette petite plaine, de nombreuses maisons longent la route et les prairies alentour. Le climat ne doit pas être trop rigoureux par ici, puisque même poussent les eucalyptus.
Et le jeu de l’alternance se passe jusqu’à atteindre le petit village de St Martin-de-Durfort et sa petite chapelle, construite de pierre et de brique, respectant l’agencement typique des vieux immeubles du département.

Section 5: Le long du ruisseau de Laujol, mais pas que…

 

Aperçu général des difficultés du parcours: pentes prononcées, parfois à plus de 15%, en descente comme en montée.

Depuis St Martin, le GR65 descend légèrement sur la route goudronnée durant plus d’un grand kilomètre, au milieu des champs de céréales et des prairies, en direction du lieudit La Baysse. C’est dans ce type de parcours, où le regard n’accroche rien de particulier, que le pèlerin attend que cela se passe.
Plus bas, la route descend alors un peu plus fortement au milieu des villas du lieudit La Baysse.
C’est au bas de la descente que la pente est la plus prononcée, avant de rejoindre la départementale D16, sous les platanes.
Là, le GR65 passe de l’autre côté de la départementale sur un petit chemin qui longe la route.
Rapidement, il traverse le ruisseau de Laujol, le petit ruisseau qui serpente dans le vallon et que vous retrouverez à l’entrée de Moissac, Ici, le chemin musarde un peu dans le sous-bois dense et touffu…

…jusqu’à trouver une petite route goudronnée qui semble n’aller nulle part, sauf pour les organisateurs du nouveau GR65. Ils ont créé de toutes pièces une farce, pour ne pas dire plus. Jadis le chemin continuait dans les sous-bois, le long du ruisseau, à plat, parallèle à la route. Certes, il y avait le bruit très discret des moteurs, mais cela n’entravait en rien la marche aisée. Alors, ils se sont dits que ce serait une bonne idée de donner un peu plus de piment au trajet. Pourquoi pas, si c’est bon pour l’exercice! Alors, allons-y. Nous vous donnerons notre avis sur l’affaire plus tard.

Aussitôt, un chemin se met à monter sèchement, parfois à plus de 20%, dans le sous-bois où se pressent les chênes, les châtaigniers, les érables et les grands charmes.
Il n’y a aucun doute ici, la forêt est magnifique. Le sol l’est parfois moins, sur la terre glaise.
Presque au sommet de la montée, vous apercevrez le hameau de Teyssières dans la clairière.
Encore un dernier coup de collier, et le chemin arrive sur un petit plateau à Teyssières.
Et c’est là que se fait le jeu de dupes. Car d’ici, il vous faudra redescendre, non pas sur un beau chemin, mais par la route sur près d’un demi-kilomètre pour rejoindre la départementale que vous aviez quitté il y a peu.
Au bas de la descente, vous retrouvez le Laujol et la route départementale. Vous avez fait un effort pour rien. Si vous aviez suivi l’ancien GR, vous seriez arrivé ici, sans efforts, à plat, et sur un parcours nettement plus court. Réfléchissez bien quand vous passerez par ici, si vous êtes disposé à faire cet effort supplémentaire, qui n’ajoute rien au charme de l’étape. L’étape est déjà assez longue, sans cette gentille plaisanterie.
Alors, comme jadis, le GR65 repart sur le bas-côté de la départementale, jouant avec le ruisseau de Laujol, jusqu’à trouver le Chemin de la Fournaise.
Le GR65 emprunte sur quelques centaines de mètres la route, après avoir traversé encore une fois le ruisseau, puis s’en va dans les prés.
Il longe les haies touffues dans les prés. Regardez comment la nature sait se défendre. Il y a cinq ans fleurissait ici un parc automobile. De tous temps certains paysans, mais pas qu’eux, ont utilisé les abords des ruisseaux pour y ranger leurs déchets. Voir ainsi la nature insinuer son feuillage à travers les portières des véhicules est une juste vengeance. Aujourd’hui, les véhicules ont été mangés. Gageons que d’ici plusieurs siècles, les archéologues décriront ici un site assez exceptionnel.
Le chemin se rapproche progressivement de la forêt et entame une montée à nouveau assez rude.
Le chemin est peu caillouteux, mais la pente est rude sous les chênes et les châtaigniers qui peuplent ici la forêt.

Section 6: Entre vergers et sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Nous sommes arrivés au sommet de la dure montée et une large route de terre battue s’en va sur la crête, à l’ombre des chênes et des frênes.
La route paisible passe parfois dans une semi-campagne, mais le plus souvent en sous-bois. Attention, au bout de la route de terre battue, il y a un piège possible quand vous rejoignez la route goudronnée. Le panneau de direction est mal situé, et vous aurez la tentation de continuer tout droit. Non, ici, le GR65 fait un virage à 180 degrés dans l’autre direction.
La route se tortille alors longuement en direction de l’Eglise d’Epsis. Il n’y a aucun effort à fournir ici.
Il y a parfois des pins qui font la nique aux feuillus. Mais, voilà qu’il se met à pleuvoir. Alors, les pèlerins enfilent leurs scaphandres qui ressemblent à des épouvantails flottant au vent.
Plus loin, la route monte un peu plus, passe devant le gîte équestre de Moissac. Pour les gens qui préfèrent la bande d’herbe étroite, le Chemin de Compostelle est aussi généreux, réservant un tel espace des deux côtés de la route.
Au sommet de la légère côte, la route passe près des lotissements récents d’Epsis.
A l‘approche de l’église, la pente diminue encore. Revoici alors les beaux vergers et les vignes de chasselas dans la pleine campagne.
L’église Notre Dame des Pins d’Epsis se dresse juste à côté de la route, classée dans la rubrique des Monuments Historiques, remontant à l’origine au XIème siècle. Il y a souvent un miracle près des églises. L’orage est passé et le soleil resplendit sur le magnifique mur-clocher de l’église. Il y a souvent aussi une autre raison pour laquelle les pèlerins font halte près des églises, à part pour des raisons religieuses. Il y a souvent un robinet d’eau pour arroser les fleurs du cimetière, ce qui est le cas ici.
La route se balade encore un peu sur le plateau d’Epsis…
… avant d’aborder la descente sur Moissac. Mais, ce n’est pas de la descente continue. Parfois, la route remonte même un peu. Et autant en descente qu’en montée, les pentes peuvent être marquées.
La route descend le long des vergers et des lotissements. Il est fort à parier que la terre ici doit être meilleure qu’ailleurs, permettant l’éclosion des fruits. Ici, les vignes donnant le célèbre raisin blanc de table, le chasselas de Moissac, sont encore largement absentes. Le raisin préfère les dorer au soleil au bord du Tarn. Le Tarn, on voit briller ses eaux à l’horizon dans la plaine.
La route se rapproche de Moissac. Un peu plus bas, dans une terre peut-être plus ingrate, les champs de tournesol et de soja prennent le relais dans le désordre des villas. Mais, dans la plaine en dessous on voit s’étaler les toiles des vergers et des maraîchers.

Section 7: En route pour Moissac, au bord du Tarn.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Nous touchons bientôt au but et la pente s’accentue, à plus de 10% sur la petite route qui descend vers Moissac.
La route croise les lotissements de la banlieue haute de la ville et se rapproche d’un sous-bois, le dernier de la journée.
On traverse alors les eaux boueuses du Laujol sur un petit pont. Les eaux semblent avoir pris du volume par rapport à plus haut. Peu après, vous arrivez dans les faubourgs de Moissac. Mais, vous n’êtes pas arrivé. Il faudra marcher près de deux kilomètres pour gagner le centre-ville.
La transition est soudain brusque entre la paix de la campagne et des sous-bois et l’agitation croissante dans les faubourgs de la ville. A l’entrée de Moissac, le chemin passe d’un rond-point à l’autre, en longeant la D957. On dira, sans trop biaiser les faits, que les décorations des ronds-points sont orientées en direction du Chemin de Compostelle.

Sur le chemin, on vous proposera une variante qui permet éviter de traverser la ville. Mais, pour ainsi dire, aucun pèlerin n’y va. Il se réjouit de voir plutôt un peu d’agitation, des magasins, des restaurants, de la vie quoi.

Le GR65 ne suit pas les grands axes pour entrer en ville. Il passe dans la banlieue pour trouver un peu plus loin le Chemin des Vignes, qui évite le centre-ville.
C’est une petite route qui traverse les quartiers d’habitation paisibles de la ville. Au bout du Chemin des Vignes, le GR65 arrive près de la voie de chemin de fer.
Le GR65 suit alors la voie de chemin de fer, avant de trouver une impasse, où il n’y a qu’une solution, à savoir traverser la voie de chemin de fer.
Ici, vous êtes à deux pas de l’abbatiale de Moissac.
Moissac (12’500 habitants) est une petite ville en tout point charmante, près de la confluence du Tarn et de la Garonne. C’est seulement la deuxième ville que le pèlerin croise après Cahors, depuis le Puy-en-Velay. Et encore, c’est une petite ville, traversée de part en part par le canal des Deux Mers, au bas de la ville.
Un peu plus bas, le magnifique Pont Napoléon enjambe le Tarn au bas de la ville. Ici on a de la difficulté à voir dans quel sens coule le Tarn, la Garonne remontant ses eaux dans la rivière. Cela peut ressembler à un vieux pont romain. Que nenni! Ce pont, construit à la demande de Napoléon I lors de son passage à Moissac fut achevé en 1826 sous Napoléon II. Le quartier abrite le vieux port d’où partaient les bateaux chargés de céréales et de vin vers l’Amérique. Les anciens hôtels particuliers sont massifs. Une plaque commémorative rappelle qu’ici de nombreux enfants juifs furent recueillis durant la dernière guerre.
Le portail de l’Eglise Saint-Pierre, une ancienne église abbatiale du XIIème siècle, remaniée avec le temps, est un chef d’œuvre de la sculpture romane. Le tympan a servi de décor au célèbre film “Le Roman de la Rose”, d’après le livre de Umberto Eco. Le clocher porche ressemble à une forteresse. Il faut lever sa tête dans le narthex à l’entrée de l’église pour prendre conscience de la hauteur de l’édifice. L’église, consacrée en 1063 par le pape Urbain II, a été modifiée dans l’esprit gothique de la région, avec ses ouvertures en arcs brisés.
Le cloître du XIème siècle, adjacent à l’église, est juste exceptionnel, un des mieux conservés en Occident. Il est surtout visité pour la finesse de ses 116 colonnettes de marbre et ses chapiteaux sculptés illustrant la Genèse, l’Enfance du Christ, ainsi que de nombreux thèmes floraux ou animaux.

Si vous n’êtes pas claustrophobe, ne vous privez pas de grimper l’escalier qui monte à la tour haute pour découvrir la ville et la vallée du Tarn. Bien évidemment, l’abbatiale ainsi que le cloître sont inscrits au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco depuis 1998.

Il faut avoir la curiosité de monter au-dessus de l’Ancien Carmel jusqu’au belvédère qui surplombe l’abbatiale et le cloître.
Le chemin grimpe sec, c’est sûr. Mais de là-haut, le grand cèdre du cloître, presque aussi haut que le clocher de la cathédrale, n’est qu’un gros buisson. Le panorama permet de se faire une idée de la plaine du Tarn au-delà du Pont Napoléon.

Gastronomie locale

Le chasselas de Moissac est une AOC depuis 1971. C’est un raisin blanc aux grains croquants, avec une pulpe rafraîchissante et un excellent goût sucré qui rappelle le miel. Selon la légende, Soliman le Magnifique offrit à François Ier des plants de chasselas, qui furent d’abord plantés au château de Fontainebleau. Ce raisin devint rapidement le dessert des rois. C’est en 1857 que la culture de chasselas démarre à Moissac. On venait ici faire des cures de raisin, ce qui valut à la ville un grand essor, où on construisit alors hôtels, restaurants et casino le long du Tarn.

Le nom chasselas vient de la commune bourguignonne de Chasselas, près de Mâcon en Saône-et-Loire, d’où est issu le cépage.
Aujourd’hui, 660 hectares ont droit à l’AOC, sur une zone qui s’étend du nord-ouest du Tarn-et-Garonne au sud du Lot, dans le Quercy. On compte aujourd’hui 328 producteurs de chasselas, pour 3 000 à 4 000 tonnes produites chaque année. Le chasselas de Moissac n’est qu’un raisin de table. Il n’est pas vinifié, ce qui n’est pas le cas du chasselas de la Vallée de la Loire qui donne une partie du Sancerre, et celui des cantons du Valais et de Vaud en Suisse, qui fournissent une majeure partie des vins blancs de ce pays.

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