Etape 18: De Lascabannes à Lauzerte par le GR65

D’une cité à l’autre, perchées sur les collines

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

La journée se passe encore dans le Quercy Blanc, ce vaste plateau, avec parfois des collines, ayant pour assise de larges bancs de calcaires et de marnes. Les sols, souvent faits de calcaires tendres, d’argile ou de sable, vont du blanc le plus soutenu au brun clair. La lumière flatte souvent les moellons calcaires blancs de maisons assez cossues. La végétation devient déjà presque méditerranéenne. Les petits chênes dominent encore le paysage, mais on voit aussi des érables, des châtaigniers, des buis touffus, et des herbes folles. Si, de Cahors à Lascabannes, les terres gagnées sur les sous-bois, étaient avant tout des prés, ici les espaces dévoués aux cultures surpassent les surfaces fourragères. La forêt disparaît grandement.

Aujourd’hui, le chemin se balade entre les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne. Le chemin file direction sud-ouest. Quelques petits vallons taillent un paysage assez horizontal. On se rapproche peu à peu des vastes champs de blé et de tournesol du département du Tarn-et-Garonne, que nous rejoignons en fin d’étape. Ici, encore les organisateurs se sont laissés aller à modifier le GR65. Cela va faire maintenant près de 5 étapes que le parcours a été changé ces dernières années. Bon, pas toujours de manière majeure, mais tout de même! Ici, aussi, contrairement à l’étape de Livinhac, on dira que le changement a été salutaire. Jadis, avant Montcuq, il fallait suivre la route départementale sur une grande distance. Maintenant, le parcours a été remplacé par un très beau gymkhana dans la nature sauvage. Merci.

La succession des plateaux et des vallées fait toute la richesse du paysage. Les coteaux présentent des courbes douces, mises en valeur par les sillons des labours. Dans les vallées humides, de nombreux peupliers, aulnes et platanes rivalisent avec les haies, les bouquets d’arbres autour des fermes, et les très nombreux bosquets de chênes. L’architecture des maisons et des fermes qui forment l’héritage rural du Quercy Blanc est caractérisée par des toits à faible pente couverts en tuiles canal, faites de moellons blancs équarris. Le paysage médiéval trouve confirmation dans la traversée des bourgs, avec leurs ruelles étroites, leurs petites bastides, leurs fenêtres ogivales. Ici, la blancheur du calcaire éclate encore, nuancée parfois de jaune, de rose, voire de bleu. De nombreux pigeonniers sont encore visibles.

Les pâturages apportent au paysage une note méditerranéenne et sauvage, implantés sur de petites collines hérissées de petits chênes dont la silhouette rabougrie se découpe sur fond de ciel, piquetée de genévriers et de genêts, qui au printemps ondulent sous le vent. Les paysages cumulent des horizons dégagés sur les plateaux, des passages ombragés dans les sous-bois, et de belles perspectives sur les vallons et les combes. En fait, les paysages des plateaux forment une sorte de toile de fond dans laquelle viennent s’inscrire les motifs des vallées. Le pays hésite entre une tradition de polyculture et d’élevage. La diversité et la richesse des sols favorisent une polyculture qui se décline en céréales et fourrage. Mais on voit aussi se développer les vergers où abondent les prunes. Agen n’est pas si éloignée que cela. Ailleurs, vignes, tunnels à melon, tabac complètent la panoplie agricole.

Les dénivelés du jour sont assez raisonnables (+538 mètres/-516 mètres). Au niveau des difficultés du parcours, c’est une journée tranquille. Il n’y a guère à signaler qu’une montée raide au débute de l’étape, puis une montée sévère et une descente rude près de Montlauzun, auxquelles il faut ajouter la montée pentue sur la colline de Lauzerte en fin de journée.

Les parcours sur chemins sont nettement à l’avantage:

Goudron: 6.6 km

Chemins: 18.2 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lascabannes-a-lauzerte-par-le-nouveau-gr65-54196085

Section 1: Jusqu’au bout du causse de Quercy.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: quelques pentes assez prononcées pour monter à la chapelle St Jean, puis parcours sans aucune difficulté.

Aujourd’hui, le GR65 part de la place de l’église et prend la direction de St Géry/Sabatier.

C’est une petite route qui descend dans les prés, le tournesol et les céréales pour arriver à l’entrée du domaine de St Géry.

Les pèlerins ne vont pas au domaine. D’ailleurs qu’iraient-ils y faire avec leurs souliers crottés? Ils se contenteront de suivre la route qui rapidement se transforme en un chemin caillouteux qui se met à grimper sur la colline.
En contrebas s’étend le Domaine de St Géry, une auguste demeure de charme où se réfugient, à grande distance des paparazzi, les gens fortunés et les têtes couronnées. De loin, cela ressemble à un village, avec maison seigneuriale, grange et pigeonnier au-dessus d’un bijou de petit lac. De fait, les pèlerins ne doivent pas souvent s’arrêter ici, pour ne pas dire jamais. Ils préfèreront peut-être, par plaisir ou à contrecœur, les yourtes de Sabatier, presque en face.
Les pèlerins ne vont pas au domaine. La route monte sous les chênes et les frênes jusqu’au lieudit Sabatier, où on peut passer la nuit sous la yourte.
A partir d’ici, vous allez pouvoir goûter encore une fois aux délices des causses. Un chemin fort caillouteux va grimper à plus de 10% de pente.
Ici, on vous sert sur un plateau toute la panoplie, de la caillasse, des chênes en veux-tu en voilà, et l’inévitable “caselle” qui vous ouvre ses portes au bord du chemin. Tiens! Celles-là aussi, on les avait perdues de vue depuis belle lurette. Et il y a peu de chances d’en retrouver plus loin sur le chemin.
Alors, encore un dernier muret de mousse, et le chemin quitte définitivement le causse pour retrouver l’ingrat goudron.
La route monte alors en pente douce dans la campagne le long des chênes et des frênes jusqu’au sommet de la colline. Ici, une direction est indiquée pour Le Clos de Gamel, un logement en dehors du chemin. Il faut dire ici que souvent les pèlerins hésitent à faire des détours de plus de 800 mètres hors du chemin. Ils ne le font que s’ils n’ont pas trouvé de logement ailleurs. Miam Miam Dodo répertorie tous ces logements en dehors du chemin. L’autre direction est pour la chapelle de St Jean Le Froid, à deux pas.

La chapelle de St Jean Le Froid a été restaurée récemment. Pendant des siècles, les gens sont venus ici pour se frictionner ou boire l’eau d’une source proche. Les rhumatismes, disait-on, disparaissaient comme par enchantement. Peut-être que les pèlerins y trempent aussi leurs pieds pour soulager leurs cors aux pieds!

Dès que l’on quitte la chapelle, le paysage change, se métamorphose de manière spectaculaire. On laisse derrière soi les relents de causse, les bosquets de chênes pour les cultures sans fin du Quercy Blanc, au bout du département du Lot. Les horizons sont nettement moins découpés et le regard porte très loin, donnant la sensation d’un inatteignable infini. Le Chemin de Compostelle quitte définitivement les contreforts montagneux du Massif Central pour les collines, et ceci jusqu’à retrouver les Pyrénées, au bout du voyage.
Une large route de terre file tout droit dans les cultures. On a le sentiment de marcher sur le sable, tant la terre est blanche. Ne traverse-t-on pas le Quercy Blanc, non?
Depuis le Puy, le pèlerin a surtout connu les landes, les alpages, les rochers et les futaies, en bref la beauté de la nature “sauvage”, où il fait bon méditer, s’isoler, rêvasser au milieu des troupeaux paisibles. D’autres préféreront à cette anarchie la géométrie, les lignes droites, les perspectives, la belle ordonnance des vignes, des blés ou des vergers régulièrement alternés. Ceux-là trouveront leur Eden ici.

Des chênes ou des frênes solitaires hantent encore les champs. Peu après, une nouvelle direction est donnée pour le Clos de Gamel et à Escayrac chez les sœurs, en dehors du chemin.

Bien évidemment, les paysages varient en fonction des saisons. Parfois, vous avez le sentiment de ne pas reconnaître des lieux qui vous étaient familiers sous un autre jour. Alors, on va se prêter à un petit exercice. Aujourd’hui, nous sommes au début de l’été, et les blés ont été récoltés en grande partie. Alors, le paysage devient plus terne. Alors passons ici à la fin du printemps. C’est différent, non? La terre est toujours aussi blanche, mais les genêts sont encore en fleurs, et les blés viennent de lever. Pour de nombreux randonneurs, les blés sont plus beaux quand ils sont verts et ondulent au vent.

Ici, les parcelles agricoles s’étendent à perte de vue, simplement ponctuées de bosquets, d’alignements d’arbres, qui donnent un paysage moins morcelé, presque linéaire. L’horizon est sans fin, donnant surtout sur des champs de céréales non encore récoltées, ou des champs en jachère ou en attente d’autres cultures. Au début juillet où nous passons ici, il ne reste plus que l’orge du printemps, l’avoine et le triticale à récolter. Les blés nobles d’hiver et du printemps ont déjà été glanés.
Peu après, le paysage devient plus vallonné. On dirait presque le retour des causses, avec des pins, des frênes, et même quelques charmes, rares dans la région, perdus au milieu des chênes.
Mais, le causse momentané se ferme à nouveau et c’est le retour dans les céréales.
Peu après, le chemin monte sur une petite butte, y trouve une petite route agricole qu’il suit très peu de temps avant de retrouver la terre battue.

Section 2: Dans les blés du Lot.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Et le jeu se perpétue longtemps ainsi le long de la crête, entre les haies et les champs de céréales…
…jusqu’à ce que le GR65 change de registre pour un petit chemin qui s’en va dans les herbes folles. Déjà ici, on a modifié le tracé du GR65. Jadis, il traversait les champs juste en dessus sur un large chemin de terre. Les organisateurs lui ont préféré un tracé plus direct dans les sous-bois sur un petit sentier. Mais, vous ne gagnerez que 200 mètres de marche sur l’étape.
Alors ici, dans le sous-bois, vous pouvez vous exercer à trier les feuillus, isoler les cornouillers, les érables de Montpellier, les charmes et les châtaigniers des grands chênes.
A la sortie du sous-bois, le sentier rejoint la départementale D4, près d’une déviation qui permet de rejoindre un gîte, en dehors du chemin.
Jadis, le chemin redescendait d’un peu plus haut, dans les champs de céréales, des blés surtout. C’était à perte de vue, à vous couper le souffle. Mais, est-ce que les paysans ont voulu faire dévier le chemin, car ils en avaient marre de voir les pèlerins défiler dans leurs champs? On ne le saura jamais. Mais, peu importe, car si les champs de céréales étaient majestueux, le chemin arrivait plus bas sur la départementale, qu’il fallait longer. Alors, les organisateurs ont devisé une alternative qui, si elle évite les champs, n’en comporte pas moins de charme.
Ici, maintenant, vous êtes au niveau de la déchetterie de Montcuq, sur la départementale D4 et un large chemin de terre s’en va à angle doit de la route.
La route de terre file à plat dans les prés. Il y a du frêne et du noyer par ici.
Puis, le chemin quitte la campagne pour le sous-bois.
Il pénètre alors dans un très beau sous-bois de feuillus à l’ombre épaisse, passe près d’un gros rocher de calcaire, creusé par les siècles comme une grotte.
La balade devient alors très agréable, à l’ombre des arbres. De large, le chemin se rétrécit dans les chênes, les châtaigniers, les charmes, les érables et les cornouillers. L’humidité est assez présente, ce qui est synonyme de présence d’eau.
Plus loin, le chemin croise une fontaine d’un autre temps, où l’eau suinte du rocher, une vraie oasis de paix et de bonheur, dans cette nature sauvage.

Alors, le chemin s’enfonce toujours plus dans la forêt dense, où l’ombre éteint la lumière, monte un peu le long de la discrète barre rocheuse.
Puis, la pente se fait plus rude et le sous-bois encore plus épais. On a même récemment dévié le chemin ici.
Au sommet de la rampe, le chemin passe devant les maisons de pierre du Bousquet.
Le chemin contourne alors le village, le long des ouvrages de pierre. Alors, une route s’en va rejoindre la campagne.

 

Section 3: Par monts et par vaux aux alentours de Montcuq.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours vallonné, avec des pentes marquées à la sortie de Montcuq, souvent plus de 15% dans le sous-bois, quand le chemin remonte sur la colline.

A partir d’ici, le GR65 s’en va rejoindre l’ancien tracé du GR. Par rapport à l’ancien tracé, ce n’est guère qu’un kilomètre de plus. Rapidement, le goudron cède à nouveau sa place à la terre battue.
Puis, à l’approche de la départementale, c’est à nouveau du goudron.

La route ici longe une grande campagne, plate comme la main, avec des fermes. Nous sommes maintenant loin des causses, dans les dernières campagnes du Lot.

On rejoint alors la départementale D4, à près de 2 kilomètres de Montcuq, sur l’ancien GR. Les organisateurs d’aujourd’hui ont de plus en plus prévu de créer une bande de chemin le long des routes départementales, même s’il faut le dire qu’ici ce n’est pas la circulation routière qui est exubérante.
Le GR65 suit alors quelque temps la départementale avant de s’engager sur une plus petite route, le Chemin du Rouquet.
Alors ici, vous êtes parti pour deux kilomètres de mélancolie. Sur ces trajets, où rien en se passe, vous n’avez qu’à mettre un pied devant l’autre, jeter de temps en temps un coup d’œil sur les arbres, si vous trouvez de l’intérêt, ou observer les champs qui ont été déjà récoltés des autres. Il faut bien meubler un espace vide, enfin pas vide pour tout le monde, pour les paysans du moins.
Dans cette partie du pays, l’espace se divise en pairies et en cultures. A cette période de l’année, il ne reste guère plus que les céréales moins nobles à récolter. Mais, bien sûr, il devient de plus en plus délicat d’identifier les céréales pour un œil non averti. Il y a plus d’une dizaine de variétés de blés, aujourd’hui, panifiables ou non, qui poussent à des hauteurs diverses, que les paysans plantent pour avoir, en sus, de la paille ou non. De toutes les céréales, c’est souvent l’avoine qui se récolte en dernier.
Au bout du pensum pour de nombreux pèlerins, le chemin de terre amorce sa descente vers Montcuq.
Le chemin arrive sur les hauteurs de Montcuq, dont le vieux bourg grimpe jusqu’au sommet d’une colline. Au bas de la descente se dresse l’église St Privat, un édifice du XVIIème siècle, sans caractère d’exception, dirons-nous.
Le GR65 ne passe pas dans la vielle ville. Mais, la cité mérite un détour. Montcuq est un petit bourg de moins de 2’000 habitants. Ses ruelles à l’aspect très moyenâgeux grimpent à l’assaut de l’église et du château.

Montcuq s’est fait connaître aux francophones par un sketch télévisé demeuré fameux, diffusé en 1976 dans Le Petit Rapporteur, une émission humoristique animée par Jacques Martin. Daniel Prévost joue avec grivoiserie, mais avec élégance aussi, sur la consonance ambiguë du mot “Montcuq”. La ville, pas rancunière, a baptisé la première rue qui monte dans la cité de Rue du Petit Rapporteur. Les logements sont assez présents dans la petite cité.

Au sommet de la colline se dresse Saint Hilaire et son clocher octogonal. L’église originale date du XIIème siècle. Au XVIème siècle, durant les Guerres de Religion, les protestants l’incendièrent, ne laissant que le chevet, le chœur et les absides. Elle fut complétée depuis. L’actuel clocher porche date du XIXème siècle. Juste à côté, sur un dôme rocheux, se dresse encore le donjon de La Roque, culminant à 24 mètres de haut, le seul vestige d’un puissant château fort.
Le GR65 quitte Montcuq, en descendant au bas du village, en direction de Rouillac.
Le GR65 descend de Montcuq pour traverser le petit ruisseau de Nègue Vieille. Ici, finie l’alternance monotone des champs de blés. On va retrouver le mystère des futaies bordant les prairies.
Rapidement, un petit chemin caillouteux grimpe alors assez sèchement sur le flanc de la colline, au milieu des érables, des chênes rabougris, des châtaigniers chétifs et de la charmille. Nous allons faire un bon bout de chemin en compagnie d’un Golden qui nous a pris en charge à Montcuq. Cette race est une grande habituée des escapades en présence des pèlerins.
Le chemin étroit est un vrai régal pour les pèlerins sportifs, moins pour les retraités fatigués, avec des cailloux pour le plaisir, avec une pente souvent dépassant les 10% pour près d’un demi-kilomètre, parfois de petits murets couverts de mousse. Il ne manque que les champignons. Presque le bonheur quoi!

Section 4: En passant par la belle église de Rouillac.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème, mais avec toutefois une montée assez rude vers Bonal.

Au sommet de la montée, la végétation se fait plus rampante, au milieu des buissons, des graminées et des genêts.
Au sommet de la colline, la pente se fait plus conciliante et le GR65 gagne les prairies sur un petit plateau.
Le GR65 part alors à plat à travers les prés sur une route goudronnée. Il en va souvent ainsi sur le Chemin de Compostelle. Les sous-bois dans les collines appartiennent au pèlerin, mais les plateaux appartiennent aux paysans. Alors les petits cailloux et la terre cèdent le pas au goudron. Les tracteurs s’embourbent moins ainsi. Dès lors ici, il n’y aura pas d’exception. Vous marcherez sur le goudron dans la campagne et sur les chemins de terre dans les sous-bois. Il n’y a pas de doute, notre chien de compagnie sait où va le chemin de Compostelle.
A la bifurcation qui va vers le hameau de Charry, le GR65 quitte la route pour un petit chemin qui se met à serpenter dans les prés, le long des sous-bois, puis dans la forêt plus dense.

Nous avons régulièrement signalé la présence de l’érable de Montpellier. En voici un spécimen. A la différence des grands érables, le sycomore ou l’érable champêtre, sa feuille est moins découpée. Elle n’est pas comme celle du drapeau canadien, elle est simple et trilobée. C’est souvent un arbuste à la ramure dense, mais qui peut aussi parfois dépasser 15 m dans des conditions favorables. C’est un arbre peu exigeant et rustique, qui supporte très bien les sols calcaires et arides. C’est pourquoi, il est abondant dans les causses.

Parfois le chemin se rapproche un peu plus près des fermes, comme pour nous prouver qu’il n’y a pas que des sous-bois et des prés sans fin dans la région. Une grande ferme à l’orée des bois abrite des chevaux derrière son grand portail de fer forgé. C’est ce que doit détecter celui qui est venu désormais notre ami pour la vie.
D’ailleurs, souvent il se retourne. “N’as-tu pas autre chose à faire que de t’arrêter pour prendre des photos sans grand intérêt?”, doit-il penser.
Plus loin, le sentier devient raide, à près de 20% de pente, sur les pierres qui roulent. Le passage est court et atterrit sur la route au lieudit Roux. Un chien méchant ici, en tout cas pas le nôtre. D’ci, on aperçoit Rouillac de l’autre côté de la route.
Après un court passage sur la route qui remonte, le GR65 descend dans un sous-bois bucolique à souhait. Ici poussent des arbres majestueux qui ne sont pas ceux des causses, de grands érables sycomores et des charmes.

Un charme de cette taille, aussi majestueux, vous n’aurez pas l’occasion d’en rencontrer souvent sur le Chemin de Compostelle, ou le plus souvent ce n’est que de la basse charmille.

Juste en-dessous, notre ami renoncera à aller se tremper dans le bijou de petit étang. Il se contentera d’aller guigner une éventuelle présence dans la fontaine tumulus d’un autre âge. C’est vraiment plein de grâce par ici.
Ici, nous sommes au fond d’un petit vallon boisé. Le chemin remonte alors vers le hameau de Rouillac.
Le site ici est aussi remarquable. Rouillac est une halte bienvenue, pour son point d’eau mais surtout pour les magnifiques fresques de son église. C’est une très belle église romane, datant du XIIème siècle, arborant de magnifiques peintures murales aux teintes vives, véritables écritures du passé.

Le GR65 quitte en descente le coquet hameau, où les moellons blancs des maisons cossues rappellent que nous sommes dans le Quercy Blanc. La pente est raide, à plus de 10% sur la route qui plonge vers la plaine en-dessous.
Au bas de la descente, c’est une route goudronnée qui vous attend qui file à plat entre prairies et céréales.
Mais, notre ami a le compas dans l’œil. Il connaît le chemin par cœur et nous indique l’endroit où le GR65 quitte l’axe routier pour la campagne où coule un peu plus loin le ruisseau de Tartuguié. Il doit aimer venir barboter ici dans le ruisseau.

Le GR65 par alors dans les hautes herbes le long des haies et commence à escalader la colline.
A mi-montée, il frôle une étendue d’eau perdue dans les hautes herbes.

Section 5: Du département du Lot à celui de Tarn-et-Garonne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours pénible, pour passer d’un département à l’autre, avec des pentes souvent voisines de 35% en montée, mais la montée n’est pas éternelle.

La pente se fait alors plus rude, à près de 15%, au-dessus du petit lac pour rejoindre dans les feuillus et les noyers la ferme de Bonal au sommet de la colline.
De Bonal, une route descend dans la campagne le long des sous-bois. Ici, il y a toute la palette des feuillus, même parfois des tilleuls. Les frênes abondent, à leur habitude, le long des routes. Le chien nous accompagne toujours.

Plus bas, la route passe près du petit lac du Sorbier, une véritable symphonie de verts chaleureux, tout en nuances et en reflets.

Au bas de la descente, la route traverse les champs de tournesol et de soja. Nous n’avons pas croisé de nombreux champs d’oléagineux dans le Lot. Ce sera pour le Tarn-et-Garonne, à deux pas d’ici.
Au bord de la route voici une ferme et une buvette sous les tilleuls. Dans ces endroits bénis, peu de pèlerins continuent tout droit. Qu’elles soient des haltes répertoriées ou simplement passagères, c’est toujours un plaisir inénarrable d’y siroter un café ou un sirop ou d’y manger un en-cas. De plus, cette halte nous a été profitable pour une toute autre raison. C’est ici que nous avons laissé notre ami. Ces chiens, s’ils ont un collier, n’ont pas tous le numéro de téléphone du propriétaire. Celui-ci n’en avait pas. Alors, le propriétaire l’a rangé pour une petite heure. Selon lui, ces chiens, qui suivent les pèlerins, savent toujours rentrer au bercail. Il suffit de les relâcher plus tard. D’ailleurs, le chien, nous ne l’avons plus revu par la suite.
Bientôt, le clocher de Montlauzun se découpe sur une colline devant vous, et la route se dirige en pente douce vers elle.
Puis, la pente s’accentue progressivement, au milieu des céréales et des oléagineux.
Le denier tronçon pour monter sur la colline est très pentu. Jusqu’à 20% de pente. Mais ce n’est pas éternel.

Le chemin ne monte pas au sommet de la colline de Montlauzun. Cependant, la visite mérite le détour pour la sérénité du site, la perspective à 360 degrés sur le pays alentour, avec sa petite église plantée au milieu de la place. L’église St Jean, d’origine inconnue, a subi des transformations au cours des siècles pour adopter un style néo-gothique au XIXème siècle. D’autres s’y arrêteront pour loger à l’ancien presbytère.

Une route à plus de 10% de pente redescend de Montlauzun dans un petit vallon. C’est alors que le GR65 quitte le goudron pour monter dans les sous-bois.
Rapidement, la pente se fait sévère au début du chemin étroit, à plus de 10%. Est-ce que la forêt changerait-elle? On compte autant d’érables et de châtaigniers que de chênes.
Puis, la pente se fait très sévère sur un court tronçon, à plus de 20%, voire plus. Les rochers affleurent sur le sol.

Nous sommes déjà passés par ici. Jadis, Il y avait même une corde pour aider les plus faibles. Les organisateurs l’ont éliminée, jugeant sans doute qu’on n’escaladait pas les Alpes Allez! Imaginons tout de même que par mauvais temps, l’escalade est moins aisée.
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Plus haut, la végétation se fait plus dense, et le chemin croise une “caselle” démantelée par le temps.
En arrivant au sommet de la colline, la pente se fait conciliante dans la lande. C’est ici que nous quittons le Lot pour le Tarn-et-Garonne. Le chemin a traversé le département du Lot sur pratiquement toute sa largeur. Un panneau annonce ici les futures merveilles du Tarn-et-Garonne à se mettre sous la pupille: Lauzerte, Moissac, Auvillar.
Les frontières, tout le monde le sait bien, sont souvent artificielles, un mythe pratique. Les éléments naturels qui délimitent un territoire ne sont des limites parce que l’histoire ou la société les a imposés ainsi. La nature s’en fiche comme de sa première chemise. Les petits chênes continueront à proliférer, à défiler des kilomètres durant, jusqu’à atteindre Lespinasse.
C’est comme si les causses avaient migré jusqu’ici, se fichant des frontières des hommes.
Plus loin, le chemin fait place à une large route de terre battue qui se promène à plat entre les sous-bois et les champs d’avoine. C’est sans doute la seule céréale qui réussit à pousser sur cette terre aride.
Il y a parfois de minuscules routes de campagne qui mènent à des résidences au coin du bois. Sans doute pas des résidences secondaires, mais des maisons de paysans qui doivent vivoter par ici.

Section 6: Lauzerte, tout là-haut, perchée sur la colline.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: d’abord une descente raide, ici sur les escaliers, puis une montée lancinante au sommet de la colline à Lauzerte.

Puis, le large chemin se promène encore près d’un kilomètre dans ce paysage de causses, immuable.
Puis, miracle! Un premier verger, organisé comme un vrai verger avec de longues files d’arbres alignés comme pour partir à la guerre. Oui, mes amis! Depuis le Puy, nous n’avons pour ainsi dire jamais croisé autant d’arbres fruitiers perdus dans la nature, jamais une architecture si parfaite et une si grande profusion de bonheur en attente. Cette fois, nous arrivons en Tarn-et-Garonne, c’est sûr!
Alors, vous pourriez vous imaginer que le pays va basculer dans un autre univers. Absolument pas, la présence du verger ici n’est que passagère. Et le chemin continue sa progression à l’ombre des chênes.
Nous arrivons plus loin au lieudit Lespinasse. Ici, nous sortons de cette longue traversée de la crête et le chemin va descendre sérieusement.
La descente se fait en grande partie sur de gros escaliers de béton.

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Au bas de la descente le GR65 emprunte les prés d’un sous-bois à l’autre, à travers la campagne. La végétation est très touffue dans la région.
Quand on sort des sous-bois, c’est pour apercevoir le petit lac de Montjoie perdu dans les grands champs de tournesol.
Au sommet d’une côte assez pentue, le chemin arrive au hameau paysan de Montjoie, où un robinet d’eau a été généreusement mis à disposition des marcheurs.
Le chemin alterne alors entre tournesols et sous-bois touffus, où les chênes sont encore très présents, mais où on voit aussi apparaître les frênes en nombre.

Au détour d’un sous-bois, vous apercevrez à l’horizon Lauzerte perchée sur sa colline. Lauzerte semble près, à une portée de fusil, mais ce n’est qu’une illusion. C’est comme dans le désert, où derrière une dune, il y a toujours une deuxième dune.

Le chemin progresse alors en sous-bois ou le plus souvent à la lisière, le long des grands champs de céréales, de tournesols ou les jachères. Ici, à chaque virage du chemin, Lauzerte paraît plus proche.
N’en doutez pas, vous finirez tout de même par arriver à Lauzerte. Alors, une large route de terre battue se rapproche en descendant vers la cité.
Lauzerte apparaît alors enfin devant vos yeux au bas de la descente.
En suivant la route départementale, vous gagnerez Auléry, où est regroupée la zone commerciale de la cité.
Encore un petit effort et vous serez arrivés à bon port, car la cité est perchée tout là-haut sur la colline. Une route goudronnée monte d’abord vers le bourg, puis se transforme en petit chemin.
Lauzerte se mérite. La pente est très raide pour gagner la citadelle.
Plus haut, le chemin transite près du gîte des Figuiers, un haut lieu de regroupement des pèlerins ici.
Cependant, vous n’êtes pas encore au bout de l’effort. Il faudra encore grimper dans le sous-bois, avant de trouver la dernière rampe de goudron qui vous mène à la citadelle.
Lauzerte fait partie des plus beaux villages de France. Il n’y a aucun doute à ce propos. La cité le mérite en tous points. C’était autrefois un oppidum romain, du nom de Lucerna, lampe, étant visible de loin comme une lumière. Le pèlerin en sait quelque chose à son approche, hypnotisé à chaque détour du chemin par les remparts qui cachent le cité, toit là-haut sur son promontoire.

La cité qui a compté plus de 3’500 habitants aux siècles précédents a perdu progressivement ses habitants pour n’en posséder aujourd’hui moins de 1’500. D’autres encore vont déserter la cité, c’est presque écrit. A se promener dans les rues, on devine aisément que les anciennes demeures, de style gothique ou Renaissance, ont dû abriter une population prospère. La rue est magnifique avec ses maisons à colombage. Mais voilà, cette magnifique ville paraît souvent presque morte, avec de très belles bâtisses sans doute définitivement fermées. Il n’est que d’arpenter la magnifique Grand Rue, pour constater que les volets sont tirés, peut-être pour l’éternité. Les annonces “A vendre” fleurissent partout.

Au bas de la Grand Rue, il reste encore une tour des murailles de la cité.

Le pèlerin du Chemin de Compostelle, après plusieurs étapes passées dans ces magnifiques bourgs où la vie se meurt, n’est plus guère surpris de constater qu’il est presque seul le soir à se balader en ville, de fréquenter les auberges. Il ne peut que pleurer des difficultés que doit engendrer la vie des gens du lieu.

Pourtant, au milieu de cette ville éteinte, il est un quartier qui vit, celui situé autour de l’Église St Barthélemy et de la Place des Cornières, un vrai joyau. C’est un vrai bijou d’architecture. L’église, datant du XIVème siècle, a profondément été remaniée avec le temps. Elle possède un clocher carré très sobre. Sur la place, il reste encore des bâtiments d’un ancien monastère de moines mendiants, fondé au XIIème siècle, un ordre qui disparut à la Révolution française.

On parle fort et on y boit sur les terrasses, quand elles sont ouvertes. Il aurait fallu faire une enquête pour connaître les heures et les jours d’ouverture des restaurants de la place. Sont-ils eux aussi fermés? Ils l’étaient alors, sur cette place où le pavé se lève comme pour augurer un prochain essor.

Gastronomie locale

Le Tarn-et-Garonne produit à lui seul 85% des volumes de poire de la région Midi-Pyrénées. Les deux principales variétés cultivées sont la Williams et la Doyenné-du-Comice. Tout le monde connaît la williams, goûteuse, juteuse à souhait. Mais, la doyenné-du-comice, une poire de fin d’année aux qualités gustatives remarquables, mérite une attention toute particulière. Vous y dégusterez aussi en saison la beurré-hardy et passe-crassane. Et si vous êtes chanceux, vous y trouverez peut-être aussi la célèbre poire d’Auch, que l’on cultive un peu plus bas dans le Gers. Mentionnée dès le XVe siècle, elle se distingue par l’absence de pépins et sa saveur goûteuse.

Logements