16: Vaylats à Cahors

La splendeur du Cami Ferrat

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

L’ensemble du réseau constituant les chemins de Saint-Jacques de Compostelle en France est reconnu par le patrimoine mondial. La décision d’inscription des chemins de Compostelle en France sur la liste du patrimoine date de 1998. Par cette inscription, l’Unesco aime à attirer l’attention sur la valeur universelle exceptionnelle de ce patrimoine. Pour ce faire, des monuments ou des sections de sentier ont été sélectionnés.

Le parcours se rapproche de Cahors, la plus grande ville sur la Via Podiensis, avec ses 22’000 habitants. Le trajet de Bach à Cahors, les 26 km du  Cami Ferrat sont classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il en est de même de la cathédrale St Etienne et du Pont Valentré à Cahors. Le trajet remonte vers le Nord et la plaine du Lot.

 

L’itinéraire traverse une zone où il n’y a pour ainsi dire aucun village. L’autoroute A20, l’occitane, de Limoges vers Toulouse, passe par ici. Nous sommes toujours dans le Département du Lot. A Cahors, nous serons presque à mi-chemin entre le Puy-en-Velay et St Jean-Pied-de Port. Que l’on vienne de Bach ou de Vaylats, on se retrouve rapidement en forêt sur le GR65 appelé ici Cami Ferrat. Cette voie évite les lieux d’implantation humaine, ce qui ajoute au mystère de cette partie doucement vallonnée du causse.

Chez les Romains, le chemin c’était la Via, une voie solide, fiable, le plus souvent droite, pour le passage des charrettes, des soldats et des chevaux. Ces voies étaient souvent “ferrées” (lou cami ferrât, en occitan, dur comme le fer), autrement dit renforcées d’un revêtement tassé et damé, empierrées le plus souvent. Quand on parle de voies romaines, le mot qui revient le plus souvent est “c’est tout droit”. Quand Jules César envahit la Gaule, il fit établir ces routes pour faire circuler ses troupes avec rapidité sur tout le territoire. A l’époque médiévale, le Cami Ferrat d’ici est une importante route de pèlerinage qui relie Rocamadour au Sud de la France, et au-delà, Rome et la Terre Sainte.

Le Cami Ferrat est avant tout un large chemin de terre peu caillouteux, mais il change parfois de structure sur le trajet, surtout quand les chênes se font un peu plus denses qu’en lisière de forêt et que les pierres prennent le dessus sur la terre.

Les dénivelés (+314 mètres/-470 mètres) sont faibles. Le profil de l’étape est aujourd’hui à l’avantage du marcheur. Il n’y a pas de grandes bosses, si ce n’est une à mi-parcours. Autrement, le parcours ondule doucement. Seule une descente sévère et impressionnante sur Cahors marque la fin de l’étape.


Étape remarquable pour le pèlerin, le Cami Ferrat, c’est avant tout de larges chemins. Peu de goudron, le rêve, non?:

Goudron: 3.1 km

Chemins: 20.9 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-outdoor/de-vaylats-a-cahors-par-le-gr65-30297634

Section 1: Depuis Vaylats, on rejoint le GR65 dans la forêt.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Quand on quitte Vaylats pour rejoindre le GR65 sur le Cami Ferrat, on se retrouve rapidement en forêt sur un large chemin de terre peu caillouteux.

Le chemin passe parfois en forêt le long des murets de pierre ou en clairière. On retrouve assez rapidement le Cami Ferrat qui vient de Bach.

Deux ânes se mettent à braire dans la forêt.

Le chemin monte un peu au début, puis redescend vers le ruisseau des Valses. Par temps sec, vous ne verrez jamais ici la moindre goutte d’eau. Il n’y a pas plus d’eau dans le ruisseau de Coubot, un peu plus loin. Une magnifique “gariotte” se cache ici dans les bois.

Ce qui marque les causses, ce sont les pierres au bord des chemins, parfois grises, parfois jaunes et ocre, sur lesquelles joue une lumière si particulière, dans un pays où alternent les chemins creux et des landes arides où règnent les genévriers, les buis et les petits chênes pubescents. Les chênes se blottissent les uns contre les autres, se baissent jusqu’à terre, font comme des haies d’honneur au marcheur qui passe. Les chênes se développent et étouffent les autres arbres et les arbustes de petite taille en les privant de lumière. Ici, vous ne verrez que rarement des pins, qui ont besoin de lumière pour se développer. Parfois quelques rares genêts frémissent.

Ici, on ne rencontre personne, si ce ne sont les pèlerins chargés de leurs lourds sacs. Parfois, la forêt de chênes s’ouvre un peu pour laisser apparaître quelques rares signes de présence humaine. Pour apercevoir des cultures, il faut écarquiller les yeux.

Sur cet incroyable chemin dessiné par les romains, vous vous sentirez parfois perdu, seul au milieu de la nature sauvage. Parfois encore, le sous-bois s’efface au profit de la lande, sur la terre ocre où poussent les genêts, quelques rares buis ou genévriers.

Section 2: A plat, sur le Cami Ferrat.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.


Dans ces entonnoirs de verdure, la forêt peut parfois laisser place à une sorte de maquis, ou alors à des plantations de chênes truffiers, dont on peut deviner la présence potentielle de champignons à la trace ronde de terre qui se dessine autour des arbres. On sait que les truffes poussent dans les sols pauvres, dans des terrains calcaires et filtrants. Il faut un sol dans laquelle la matière organique se décompose vite. Le mycélium de la truffe vit en association avec les racines des arbres truffiers, des chênes pubescents ou des noisetiers. Mais attention, tous ces arbres ne sont pas truffiers!

Ne croyez pas que toutes les truffes viennent naturellement. Les truffières, c’est un vrai travail. On débroussaille, laboure le terrain favorable à la truffe. Pendant l’hiver, on plante alors de jeunes chênes porteurs du mycélium de la truffe. Il faut attendre 3 à 6 ans d’entretien de ces arbres pour espérer voir apparaître le “brûlés”, cette zone sans herbe autour de l’arbre, synonyme de grands espoirs.

Au lieudit Fontanilles, le chemin se rapproche de Mas de Vers.

Il croise une petite route goudronnée et continue, large à souhait, dans la beauté et la majesté du causse. Jusqu’à Mas de Vers, le trajet est presque plat, dans les clairières ou les sous-bois de chênes.

Que dire de plus? Rien, écouter le silence. C’est juste grandiose, hors du temps.

On retrouve un semblant de civilisation près de Mas-de-Vers, hameau que le chemin évite. Ici encore, comme entre Faycelles et Cajarc, L’Unesco s’est fait plaisir à classer des chemins perdus, loin des hommes.

Quittant Mas-de-Vers, un raccourci conduit à un gîte, le gîte de Poudally, qu’il faut signaler, tant les logements font défaut avant Cahors. L’Unesco a-t-elle encore frappé pour le malheur des logeurs? Car, il faut aussi le dire. Un kilomètre de plus décourage parfois le pèlerin. Dans cet univers de sécheresse, parfois une ferme abandonnée surgit derrière les buis et les chênes. Dans les bois, les chênes sont omniprésents, mais parfois aussi des érables champêtres et de Montpellier, des arbres très courants dans tous les causses du Quercy.

Et le chemin avance, paisible, presque monotone dans sa beauté naturelle. L’œil se perd dans des paysages souvent sublimes. Parfois, la terre battue est si lisse qu’on pourrait jouer à la pétanque.

Section 3: Quelques frémissements de vallonnements sur le Cami Ferrat.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.


Si les chênes sont les maîtres des forêts des causses, les buis n’en sont pas pour autant les valets. Le buis est l’arbuste le plus envahissant des causses. Presque éternel, il conserve son feuillage vert toute l’année. Exposé au soleil, le feuillage prend une couleur orangée, ce qui donne une symphonie de couleurs assez impressionniste le long des routes. Pourquoi trouve-t-on autant de buis dans les causses ? Les bergers vous diront que c’est parce que les moutons détestent leurs feuilles coriaces. La nature du sol pauvre en est sans doute la meilleure explication. Espèce peu exigeante, supportant les grandes variations de température, elle n’a guère de concurrent ici, si ce ne sont les genévriers.

Sur le chemin, il y a parfois une petite éclaircie dans la forêt. Le regard se pose alors sur la campagne, sur les truffières en labour ou sur les murets de pierre couverts de mousse du Cami Ferrat. On ne dira jamais assez la beauté de ces murets qui jalonnent les sentiers. La mousse et le lichen, dans les causses, s’insinuent partout, sur les cailloux, sur les arbres, vivants ou morts, tissant l’espace d’épais rideaux.

Ici, il n’y a qu’à avancer et jouir du silence.

Rien ne bouge, rien ne change le long des chênes, si ce n’est parfois un peu plus de pierres sur le chemin.

Un peu plus loin, le GR65 traverse la route qui conduit de Lalbenque à Laburgade. Parfois, un rare véhicule circule sur ces axes reculés de l’arrière-pays. Le chemin file alors à travers champs, à la limite des sous-bois. Ici la forêt laisse peu de place à la campagne. Seules quelques pauvres prairies permettent à de rares paysans de survivre en pratiquant un peu d’élevage.

Rarement vous trouverez au milieu de l’aridité rampante quelques vagues céréales qui ne s’expriment guère.

Puis, soudain, le paysage bascule, un peu comme si on avait changé de pays. De rectiligne, le chemin devient un peu plus tortueux, plus caillouteux dans le sous-bois. En chemin, un panneau signale la présence d’un gîte, hors du Cami Ferrat. La particularité de l’étape du jour est d’ignorer les hameaux. Jules César avait-il prévu cela? Curieux! Est-ce pour conserver l’attribution du tronçon Bach-Cahors au patrimoine de l’UNESCO que le Cami Ferrat se terre dans la forêt?

Parfois, les pèlerins, enclins à faire des haltes dans des endroits isolés s’y arrêtent, comme ici au Gascou.

C’est toujours un très beau chemin de terre entouré de murets de pierre qui conduit jusqu’à la fontaine d’Outriols. Ici, l’eau n’est pas potable. Il n’y a aucun point d’eau sur le parcours, si ce n’est à la buvette du Repose-Pieds. Songez à bien remplir vos gourdes avant le départ.

C’est vrai que le chemin change. Les cailloux augmentent nettement en nombre et en taille et il y a même parfois un peu de pente. Sur le chemin, les panneaux signalent toujours les gîtes présents en dehors du chemin.

Nous sommes maintenant à 1.8 km de Le Pech. Il nous faut alors abandonner le chemin de terre pour suivre la route goudronnée qui descend à la bifurcation qui mène à Le Pech/Laburgade. Ici, nous sommes à mi-parcours. Le GR65 ne va pas à Le Pech. Il faut faire un détour de 800 mètres pour gagner un gîte.

Section 4: Tous, à la buvette!

 

Aperçu général des difficultés du parcours: quelques pentes un peu plus marquées, mais rien de très sévère.

A la bifurcation de le Pech, nous sommes à environ 1 km de l’autoroute A20, l’Occitane. Le chemin de terre va longer le ruisseau du Cieurac. Ici, c’est un berceau de verdure où le petit ruisseau se perd, timide et presque invisible, sous le feuillage.

C’est en traversant une sorte de no man’s land, sur un petit sentier au milieu des herbes folles, que se fait l’approche de l’autoroute.

Quel choc de se trouver tout soudain au cœur de la civilisation bruyante, alors qu’on a côtoyé le silence des kilomètres durant. Le contournement de l’autoroute se fait dans un réseau complexe de routes qui se croisent. Le GR65 suit un moment la D6 goudronnée, et la pente s’accentue.

Chemin faisant, un propriétaire, sans doute lassé de voir les pèlerins venir sonner à sa porte pour réclamer de l’eau, a installé une fontaine et un robinet au bord de la route. Écrivez quelques mots en passant à ce généreux donateur.

Au lieudit Le Gariat, le GR65 abandonne le goudron et retourne dans le sous-bois. Sur le Chemin de Compostelle, goudron, terre et cailloux font bon ménage. Ils s’en accommodent, car si les chemins appartiennent au pèlerin, il faut bien que les gens d’ici puissent se déplacer tous les jours sans affronter les nids-de-poule et le cahot des sentiers.

Lassé de longer l’autoroute, ses vides alentours et son univers banal, le chemin reprend vie et s’enfonce à nouveau en sous-bois. Alors progressivement, les moteurs des voitures se taisent dans le bois. Quel silence! On entend presque le frémissement des arbres dans le vent léger. Le GR65 repart sur les cailloux et le chemin se monter à monter sérieusement. Cela change, non?

On annnonce ici le bonheur juste un peu plus haut.

La buvette du Repose-Pieds est une halte bienvenue et incontournable sur le parcours. C’est souvent ici que vous verrez les pèlerins s’agglutiner pour une pause méritée. Vous ferez de même. Le jovial tenancier de la buvette vous dira qu’il a rarement vu un pèlerin filer tout droit devant sa boutique.

De la buvette, le GR65 repart un peu à plat. Tout est encore sécheresse, malgré quelques maigres prairies qui pointent parfois le nez sur les collines.

Mais le plat ne dure pas. Une longue descente s’amorce alors sur le chemin très caillouteux. A plus de 10% de pente, vous pieds ne sont pas sûrs sur les cailloux qui roulent. Tout autour, les chênes, si maigres, vous feront peu d’ombre.

Section 5: Retour vers un peu plus de civilisation.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: vallonnements un peu plus prononcés, mais aucune pente n’est supérieure à 15%.

Et ce petit jeu sur le chemin caillouteux se perpétue dans les chênes et les taillis jusqu’à la bifurcation des Pradelles, juste avant Flaujac-Poujols. Ici encore, vous l’aurez deviné, le Cami Ferrat ignore le village.

Depuis les Pradelles, on reprend le même jeu. Une première ondulation est devant vous, mais on en devine d’autres, dans un horizon qui s’ouvre un peu. Le chemin se rapproche de Cahors, de combe en combe. Les cailloux roulent parfois sous le pied. Et si pour quelques moments de répit nous ignorions un peu les montagnes russes pour un peu plus de calme pour les genoux et les articulations, il n’y a qu’à demander. Ici une large avenue de terre battue vous dirige vers la Quintarde et La Marchande qu’on annonce au sommet de la colline.

Le chemin monte, au début un peu à côté d’une route où ne passe pour ainsi dire personne.

L’agrément, dans ces longues traversées solitaires en sous-bois, ou à leur limite comme ici, est qu’on devient à force sensible aux détails. D’autres n’en ont cure et laisseront plutôt leur esprit vagabonder. Mais pour tous les marcheurs, l’esprit s’accoutume à ces scènes tranquilles où la nature étale de simples beautés. Les terrassiers romains de l’époque n’ont eu qu’à collecter les pierres autour d’eux pour armer le chemin. Elles ne manquaient pas, et ne manqueront sans doute jamais. Et tant pis, si la topographie de la région était accidentée. Il n’y avait qu’à suivre les faux plats et les collines: monter, descendre, puis remonter et redescendre, le plus souvent à l’orée de la forêt. Jules César aimait sans doute à voir transiter ses troupes, à la limite des bois, pour pouvoir s’y réfugier au besoin.

Plus haut, les pierres sont de retour sur le chemin, la pente aussi.

Bientôt, voici le lieudit La Quintarde, où la pente se fait moins rude et où le goudron retrouve sa raison d’être.

Ici, l’horizon s’ouvre enfin sur une semi-campagne qui fait place au sous-bois.

La route tourne alors à angle droit en direction de La Marchande.

Entre la Quintarde et la Marchande, la route traverse à plat une zone de petites villas. La ville s’exporte à la campagne, comme partout. C’est le seul bout de chemin qui a modifié les plans de Jules César. Mais, sur le Chemin de Compostelle, dès qu’on trouve une alternative à la route, on y va à coup sûr.

Le chemin de la Marchande est un joli chemin qui musarde à l’ombre de chênes.

Au bout du chemin, c’est alors à nouveau le goudron, puis un carrefour de routes. La Marchande n’est pas un vrai village, plutôt une alignée de villas dispersées.

A la sortie de La Marchande, le GR65 suit encore quelques instants la route goudronnée. Un panneau annonce le Chemin de Cabridelle.

Ici le paysage bascule drastiquement. Le chemin de Cabridelle, terreux et caillouteux, se perd et ondule sur de petits faux-plats, sur une crête pelée grandiose, où la végétation est fruste, avec ses genévriers, ses herbes folles et ses broussailles.

Section 6: En descente toute, vers Cahors, bijou du Lot.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: descente sévère, à parfois plus de 25% de pente vers Cahors.

Sur la crête, grande est la réordonnance des lieux, de quelque côté qu’on se retourne. C’est le majestueux Pech de Fourques qui domine Cahors. Pas âme qui vive. Rien que la splendeur du silence interrompu parfois par les grillons. L’âme s’étend avec le regard.

Au bout de cette crête à vous combler de bonheur, le chemin pierreux aboutit sur une petite route goudronnée qui s’en va à plat pour quelques centaines de mètres.

Puis, l’horizon s’ouvre largement. La route commence à descendre sérieusement sur Cahors, où on voit au loin le pont de chemin de fer, et plus loin encore le pont de Valentré.


La descente est très raide avec une pente de plus de 25% par endroits. Des chênes, nous en avons croisés des dizaines de millions depuis une semaine. Ce seront les derniers chênes de la journée.

La route arrive au bas de la descente au Chemin du Pech de Fourques, près de la voie de chemin de fer, dans le quartier St Georges, banlieue de Cahors.

Le pèlerin pénètre alors au quartier St Georges, passe sous la voie ferrée, puis gagne le pont Louis Philippe. Il est à Cahors, au centre-ville. Le Lot est à ses pieds, calme, tranquille.

Section 7: A Cahors.

 

Cahors est la seule ville de moyenne importance qu’emprunte le chemin de Compostelle en France. La cité proprement dite contient 22’000 habitants, mais le grand Cahors près de 50’000. Notre intention n’est pas de décrire Cahors en détail. Disons simplement que la ville, enfermée dans une boucle du Lot, est coupée en deux par le Boulevard Gambetta, le grand axe qui traverse la ville, avec ses places gigantesques, ses commerces. C’est sur ce boulevard que Cahors grouille d’activité et de monde.

Léon Gambetta (1838-1882), grand homme politique français sous la Troisième République est natif de Cahors. La ville confia au sculpteur Alexandre Falguières d’ériger un monument à sa gloire, sitôt après le décès du grand homme. La statue de Gambetta trône sur une gigantesque place au-dessus d’une fontaine. Le petit square devant le palais de justice est nettement moins bruyant.

La vieille ville est coincée entre le boulevard et le Lot, sur un des côtés de la boucle du Lot. L’autre moitié est plus moderne, moins intéressante. Le vieux Cahors est constitué de ruelles étroites, quasi désertes, et de petites rues commerçantes.

Au niveau des monuments, dans la vieille ville, la cathédrale Saint-Étienne, édifiée entre le XIème et le XIIème siècle est remarquable pour ses coupoles. Elle abrite la Coiffe du Christ, rapportée de Terre Sainte. Mais, elle n’est pas la seule église dans le monde à disposer du divin couvre-chef! Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre des chemins de Compostelle en France. Dans le cloître attenant, de style gothique flamboyant, des sculptures représentent des coquillards, des ivrognes et des musiciens.

Jacques Duèze (1244-1334), né à Cahors, devint pape en Avignon en 1316, sous le nom de Jean XXII.
C’est le frère de ce dernier qui reconstruisit la maison paternelle pour en faire un palais. Ce dernier fut démoli pour la réparation du pont Neuf. Il en reste une magnifique tour, haute de cinq étages.

Mais Cahors, c’est avant tout le majestueux pont Valentré, aussi appelé pont du Diable, ou pont de Balandras, en occitan. Il fait bien évidemment partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Récemment, on lui a ajouté des vignes, pour bien marquer son appartenance au patrimoine viticole de la région, bien qu’il n’y ait aucune vigne, ou presque à Cahors.

Le pont est un dos-d’âne de plus de 100 mètres de long, avec 6 grandes arches ogivales, de style gothique. Il est flanqué de trois tours carrées à créneaux et mâchicoulis qui dominent le Lot, à 40 mètres de hauteur.

Une légende court à Cahors sur la construction du pont. Les travaux n’avançant guère, le maître d’œuvre signa un pacte avec le diable, donnant son âme en gage. Et bien évidemment, le pont s’éleva avec rapidité. Pour sauver son âme, le chef des travaux demanda au diable de se munir d’un crible pour aller puiser de l’eau à la source des Chartreux. Tout malin qu’il fût, le Diable échoua dans son entreprise. Pour se venger, il vint toutes les nuits desceller la dernière pierre de la tour centrale. Et le jeu dura des siècles…En 1879, lors de la restauration du pont, l’architecte fit apposer dans l’emplacement vide, une pierre sculptée à l’effigie du démon. Et depuis, le démon demeure désespérément accroché au faîte du pont.

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