Etape 17: De Cahors à Lascabannes par le GR65

Une première journée dans le Quercy Blanc

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Quercy Blanc est une sorte de plateau de basse altitude, creusé de petites vallées où coulent de petites rivières, guère plus larges que de gros ruisseaux, à la frontière du Lot et du Tarn et Garonne. La terre y est principalement calcaire, de couleur tirant sur le blanc, d’où son nom. Au départ de Cahors, c’est avant tout encore un pays de causse, où abondent les sous-bois et des embryons de cultures. Plus loin, on en aura terminé avec les causses et on pénétrera progressivement dans un pays de cultures agricoles.

Aujourd’hui, nous sommes encore dans le département du Lot. Le chemin file direction sud. Attention ici! C’est une étape où les logements ne sont pas en nombre. Réservez à l’avance. Attention aussi ici, on a modifié le GR récemment. Ces dernières années, quand on passait à la Rosière, le chemin continuait tout droit sur les Mathieux, où on pouvait y loger. Aujourd’hui, le chemin n’y va plus. A la Rosière, il suit une autre route, et par conséquent, toute la montée vers Labaside- Marnhac a été chamboulée. C’est devenu maintenant presque un tic de modifier le GR. Pourquoi donc?

 

A partir de Cahors, le chemin de Compostelle va laisser peu à peu derrière lui les contreforts du causse du Quercy pour le Quercy Blanc. Le Quercy Blanc est localisé sur la ligne de partage des eaux entre les bassins versants du Lot et de la Garonne. Au contact des causses, le Quercy blanc se reconnaît surtout à la blancheur du sol et des murs de ses maisons, d’où son nom. Le Quercy Blanc s’étend entre les départements du Lot et du Tarn-et-Garonne.

Les paysages du Quercy Blanc sont structurés par la superposition de diverses couches de calcaires et de marnes, sur un plateau entrecoupé d’éperons et d’amples vallons, où la terre alluvionnaire est riche. C’est  à cause de la présence de calcaires  blancs comme craie que ce paysage a pris le nom de Quercy Blanc. Mais parfois, la géologie a aussi façonné des argiles rouges riches en fer.

Un large réseau de petits ruisseaux parallèles, avec de nombreuses ramifications, irrigue l’ensemble du Quercy Blanc. L’aspect physique du pays rappelle celui des plateaux caussenards, mais les paysages sont plus ouverts et le bâti plus présent.  Aujourd’hui, les espaces naturels se présentent encore surtout sous la forme de prairies de fauche, de grands sous-bois couverts de chênes pubescents qui couronnent les plateaux. Le sentiment est que l’on n’a pas encore vraiment quitté les causses, et que l’élevage domine encore l’agriculture, du moins dans la première partie du voyage.  Vous constaterez demain qu’en descendant demain en aval les proportions s’inversent entre les coteaux agricoles et les collines boisées. Certains pèlerins qui n’apprécient pas les longuurs monotones diront que ce n’est pas,  disons-le ainsi,  une étape hors du commun.

Aujourd’hui, les dénivelés sont fort raisonnables (+493 mètres/-439 mètres). Certes, le parcours débute par une montée exigeante au-dessus de Cahors vers la Croix de Magne. Puis, la pente se calme et la suite de la journée n’est qu’une succession de montagnes russes que l’on traverse sans problème, avec toutefois une montée, parfois sévère sur le causse vers Labastide-Marnhac. C’est une étape facile seulement dans sa dernière partie.

C’est une étape où les chemins de terre et d’herbe prennent l’ascendant sur le goudron, ce qui mérite aussi d’être signalé:

Goudron: 6.7 km

Chemins: 16.7 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-cahors-a-lascabannes-par-le-nouvau-gr65-53871606

Section 1: Une montée sévère au-dessus de Cahors à la Croix de Magne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: une sévère montée à la Croix de Magne après avoir traversé le Lot sur le Pont Valentré.

Si vous avez passé la nuit au centre du Cahors, où sont regroupé les logements, vous devez rejoindre le Pont de Valentré sur la rivière.
“Il y a deux choses dans un édifice: son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde” (Victor Hugo, 1825). Certains vont même jusqu’à prétendre que les ponts ont été construits pour permettre aux pèlerins de franchir les cours d’eau. De cette merveille, on n’en se lassera jamais.

Aujourd’hui, le Lot coule paisible et majestueux. À l’extrémité du pont Valentré, le GR65 va grimper en vingt minutes au sommet d’une des collines abruptes qui entourent la ville.

Pour un hors d’œuvre, c’est plutôt sec, d’abord sur de gros escaliers de béton, scellés au milieu des rochers, puis taillés dans la roche.

Sur les escaliers, la pente est souvent constante, raide.
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En montant, on voit progressivement disparaître le majestueux Pont de Valentré, qui illustre bien la puissance que devait posséder la ville au Moyen Âge, avec ses sept arches, ses trois tours pointues, ses parapets crénelés.

Au haut des escaliers, la pente s’adoucit sur les schistes. Ici poussent les chênes, mais aussi des châtaigniers, des frênes et des pins.
Plus haut, le chemin devient plus caillouteux, longe un peu la corniche où on aperçoit en dessous le Lot. Ici, parfois poussent aussi des chênes verts, ce qui est assez rare sur le Chemin de Compostelle français.
Ici, on découvre un des nombreux ponts qui passent à mi-hauteur pour éviter Cahors encaissé dans une boucle du Lot. Au sommet de la crête, le paysage s’ouvre sur une plus vaste lande dans une végétation moins abondante. Ici, la terre est presque du sable.
Le GR65 arrive alors au sommet de la crête, à 150 mètres de la croix de Magne.
Le détour par la croix de Magne mérite le détour, ce que ne font pas toujours les pèlerins, hantés par l’idée de ne pas respecter leur horaire de marche. La vue sur Cahors, prise dans la boucle bleue du Lot, y est magnifique. Le Pont de Valentré n’est plus qu’un nain jeté sur le fleuve, les coupoles de la cathédrale de petits bols pris dans les toits de la ville.
Hélas, sur le Chemin de Compostelle, le beau cède souvent rapidement sa place au banal. Une petite route goudronnée descend le long de petites villas, souvent sans grand caractère, en se tortillant de la Croix de Magne jusqu’à un carrefour.
Alors, on traverse une série de petites routes dans la campagne…
… avant de descendre résolument, toujours sur le goudron, de l’autre côté de la crête, longeant la départementale D820. Quand on arrive à Cahors par la route, on comprend vite que Cahors est au fond d’un vallon et qu’il faut y descendre.
La route descend alors longuement. Une bande de terre et d’herbe permet la marche sur une route qui n’est pas très fréquentée, ce qui n’est pas le cas sur la grande départementale.
Au bas de la descente, le GR65 traverse la départementale sous un tunnel.
Après le tunnel, une route monte vers la rosière pour transiter par un lieudit Sous Arbouis.

Section 2: Dans la campagne et les sous-bois de chênes.

Aperçu général des difficultés du parcours: sans difficulté, si ce ne sont quelques pentes du côté de la Rosière.

Pendant un bon kilomètre, le paysage ne change guère. La route avance en pente très douce le long des prés, au milieu des bosquets de chênes rouvres et de chênes verts. On ne voit que des prés, pas de champs cultivés.
La route monte jusqu’à trouver une maison au bord de la route.
Le chemin de Compostelle prend parfois pitié de la plante des pieds de ses adeptes. Alors, au lieu de suivre la route goudronnée, il offre une petite balade sur le flanc de la colline, vers La Rosière. Mais il n’est pas si généreux que cela! La pente est parfois sévère sur le large chemin caillouteux.
On a beau scruter les haies pour dénicher ici un arbre qui n’est pas un chêne. A part les buissons, de rares érables de Montpellier et les chamilles, c’est presque vain comme exercice. Quand on traverse le centre de la France, on s’aperçoit aisément que le chêne a pris le pouvoir et qu’il n’est pas disposé à laisse son trône à d’autres espèces. Seuls les châtaigniers, les érables, les frênes, et les hêtres, parfois entrent en concurrence.
Au sommet de la montée, une route goudronnée file à plat vers le village de La Rosière.

On est ici devant le changement du GR65. Jadis, il quittait le village, tout droit pour Les Mathieux. Seule reste la mention du gîte sur l’ancien GR. Maintenant, le GR65 tourne ici à angle droit. C’était le GR de jadis, qui a retrouvé sa vocation première.

La route monte dans les lotissements récents en haut du village. Et toujours ces belles croix dans les carrefours, toutes différentes, mais toutes similaires avec les vœux déposés par les pèlerins sur le chemin.
Après une petite halte, sans doute passagère et improvisée, la route monte jusqu’aux derniers lotissements avant le sous-bois.
A l’impasse de la route, un sentier très caillouteux plonge en très forte pente dans les buissons et les feuillus.
Sur la même pente sévère, il sort du bois et traverse les prés.
Le chemin descend et plus on descend plus la pente se fait moins soutenue. Tout autour, au delà des prés, ce ne sont que forêts touffues de feuillus. Au bas de la descente, le chemin rejoint une route qui vient de La Rosière.
Plus bas, la petite route rejoint la grande départementale D653, qui va de Cahors vers Montcuq.
Le GR65 longe alors pour un court moment la départementale. Ici, le ruisseau du Bartassec, qui coule dans le vallon, a été avalé par la route.

 

Section 3: En montée vers le plateau de Labastide-Marnhac.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: on prend tout de même près de 170 mètres de dénivelé sur 3 kilomètres, avec souvent de fortes pentes.

La traversée de la départementale ne pose aucun problème, car la circulation n’est pas effrénée sur l’axe. Un chemin passe alors sur la petite plaine.
Puis le GR65 s’engage sur la route qui conduit à Labastide-Marnhac. Mais attention ici, il quitte aussitôt la route pour monter dans le causse, à droite. Prêtez attention ici, car le chemin n’est pas signalé avec fanfare et trompettes. Si vous allez tout droit, vous n’aurez que le choix de suivre la route, ce qui n’est pas votre intention, non?
Rapidement, vous allez voir que vous avez retrouvé les causses et leur végétation fruste. La pente est raide et les cailloux roulent sous le pied.
Dans cette nature sauvage et d’une impitoyable beauté, les chênes verts et les chênes rouvres ont fondu. Il ne reste bientôt que de petits chênes pubescents, les seuls qui poussent sur ce sol ingrat. On trouve aussi, mais plus rarement, des châtaigniers, des érables de Montpellier.
Plus haut, il ne reste que de belles ruines d’une activité passée, mais qui gardent encore l’empreinte d’une page de l’histoire de la région. Que diable pouvait-on garder ici dans cette nature hostile?
Merci aux organisateurs d’avoir fait transité le GR dans cette partie du causse qui est plus beau, plus sauvage que là où passait le chemin ces dernières années. A voir la couleur que prend le calcaire ici, on comprend pourquoi nous voyageons dans le Quercy Blanc.
Un peu plus haut, le causse s’ouvre et le chemin va même descendre un peu. Très sèchement, pour vous faire croire que vous avez atteint le sommet du causse. Mais, ce n’est qu’illusion.
Car, aussitôt le chemin remonte. Devant vous, à la même hauteur, se découpe derrière les chênes Labastide-Marnhac.
Vous croyez y être arrivé. Absolument pas, car le chemin va redescendre dans une combe.
Alors un dernier coup de collier, loin des hommes, dans ces paysages où le silence et l’harmonie règnent, dans cette nature indomptable et éternelle qui se moque bien des randonneurs de passage que nous sommes.
Le chemin sort alors de cet extraordinaire causse et une route conduit aux Granges, les lotissements récents du haut du village.
Le GR65 arrive alors sur la route qui monte de la vallée, près d’une place de pique-nique.
Dans toute cette région, les villages ne sont pas de gros villages, et ils sont souvent assez éloignés les uns des autres. Ici, la pierre et la chaux avec leurs couleurs lumineuses, blanches ou grisâtres, signent l’identité des villages et des bourgs de la région. Dans le village on trouve à se restaurer et à loger.

Le GR65 sort de Labastide-Marnhac, où on voit même des vignes. Sur ces terrains plats, les grands crus ne doivent pas être légion. Ici, les croix de fer, où les pèlerins continuent de déverser leurs vœux sous forme de petites pierres, remplacent progressivement les croix de pierre que l’on observe sur le Chemin de Compostelle avant Cahors.

En quittant Labastide-Marnhac, le GR65 transite vers un giratoire d’où repart la départementale D7.

 

Section 4: Presque à plat sur le causse.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Le GR65 ne reste pas sur la départementale D7. Il s’engage à nouveau sur un large chemin de terre qui part entre campagne et sous-bois.
Mais, voilà, ici ce n’est plus la majesté du causse de tout à l’heure. C’est plat, au milieu des bouquets de chênes que l’on renoncera à compter, et des champs de céréales. Ici, il n’y a bientôt plus que de l‘orge, de l’avoine et du triticale. Les blés nobles ne poussent pas sur cette terre ingrate.
Le paysage devient assez monotone pour ainsi dire, et le pèlerin se met souvent à rêvasser en chemin, à espérer une surprise qui pourrait émerger de cette uniformité de vert. Prêtera-t-il alors attention, chemin faisant, à une déviation qui permet de gagner Lhospitalet, où on trouve aussi à se loger? Il faut le signaler tant les logements sont rares sur l’étape. Devant soi se dresse une douce colline.
Le large chemin transite surtout en pleine campagne, où les prés dominent les champs. On baigne dans la mélancolie des prés de fauche, avec la nudité des croupes, où il ne demeure que quelques chênes au tremblant feuillage et parfois des érables de Montpellier qui osent pointer leur nez.
Le large chemin de terre descend très légèrement vers le ruisseau de Aygues Mortes, que l’on devine à peine par temps sec. Dans cette terre aride, il n’y a guère d’endroit pour se tremper les pieds.
Puis, le chemin hésite entre les bosquets et les clairières, frôle un tumulus peut-être dressé par les pèlerins, glisse sous l’ombre rafraichissante des grands chênes. Une belle maison, blottie sous les arbres, peut-être fermée pour l’éternité, distille encore un charme désuet.
Alors, le pèlerin, après une longue période de terne promenade, retrouve la majesté du causse et des arbres.
Peu après, le chemin se rapproche de Trigodina. Ici, nous sommes à 8 kilomètres de Lascabannes.
Au lieudit Trigodina, dans une belle et agréable ferme de pierre blanche, un logement et un petit bar sont disponibles.
Depuis Labastide Marnhac, le causse n’est pas le plus beau de la région. Alors ici, depuis Trigodina, il faudra vous y faire, suivre une route qui s’en va à plat, le long des prairies et des champs de céréales.
La route droite s’éternise jusqu’à rejoindre la ferme de Fabre. Pour certains pèlerins, les haies qui bordent la route et quelques rares prairies, tout cela leur paraîtra interminable.

 

Section 5: Retour à la nudité du causse.

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

A partir d’ici, départ pour un causse sans limites. On n’y voit point de rocs, de chaînes de montagne, que peu d’objets propres à inspirer l’étonnement. Les arbres sont plus bas, et le sous-bois envahi d’arbustes touffus le long de la route de terre, encore plus chaude sous le soleil. Pourtant, les hommes doivent venir ici de temps à autre pour cultiver une terre apparemment ingrate.
C’est toujours aussi plat, les paysages défilent, se succèdent, identiques aux précédents. La route de terre souvent se perd en d’interminables lignes droites. De ce morne causse, si bien dégagé de toute entrave en son isolement sur le plateau, l’horizon s’étend, solitaire, jusqu’à la voûte du ciel, tout au bout de la limite du regard. Sur le chemin, il n’y a que des lieudits, mais aucune maison, aucune présence humaine.
Parfois, des cailloux plus nombreux sur le chemin, parfois une flaque d’eau qui reste des anciennes pluies. A qui sert l’eau ici? A irriguer les chênes, ou les érables et les érables de Montpelier qui poussent aussi un peu par ici.
On ne saura tenir rigueur aux pèlerins qui se sont mortellement ennuyés sur ce causse. C’est comme pour le chemin qui traverse la Mesta espagnole, où pendant des centaines de kilomètres rien ne se passe, si ce ne sont les kilomètres accumulés. Tout est question de pont de vue personnel, de capacité à assimiler et à trouver du plaisir aux espaces creux. Ici aussi, le chemin semble ne conduire nulle part.
Très rarement, le chemin se rétrécit dans les chênes avant de s’élargir à nouveau. Où sont les moutons, les vaches que nous avons croisés auparavant sur les premières étapes du Chemin de Compostelle, en Aubrac et ailleurs? Que mangeraient-ils ici? Un peu d’herbe sèche ou des genévriers? Il n’y a aucune ferme ici. Le tenancier du gîte de Trigodina nous a dit qu’il n’y avait plus qu’un seul éleveur sur les causses et qu’il récupérait le foin des autres
Puis, soudain, voilà que la physionomie du paysage change. Non pas les arbres, qui sont toujours les mêmes. Mais, le terrain devient un peu plus accidenté et le sous-bois plus présent. Alors les organisateurs du chemin ont créé un petit chemin parallèle à la route de terre, pour vous donner l’illusion d’un changement drastique.
Alors, vous pouvez jouer à saute-mouton, manière de dire, il n’y en a pas, entre la sente forestière et la route de terre, si blanche qu’on dirait du sable.
Un peu plus loin, dans cette nature sauvage et inviolée, voici un petit signe des hommes. Ce que les pèlerins retiendront ici, pour la majorité, est qu’il leur reste 5 kilomètres pour gagner Lascabannes. Plus rares seront ceux qui regretteront de quitter le causse si tôt!
Et ce petit jeu de cache-cache le long de la steppe, d’un sous-bois à l’autre, de la route au petit chemin se perpétue. Allons! Pour faire taire les fâcheux, on dira que le causse est à nouveau magifiquement sauvage ici.
Plus loin, le causse s’ouvre sur les prairies. Alors, les gens d’ici ont planté une sorte d’aéroport improbable. On ne doit pas faire la queue ici au portillon pour prendre son vol.
Alors ici, le GR65 a fini de vous balader du petit sentier forestier à la route. C’est la route de terre, à nouveau large et rectiligne dans toute la largeur du causse.
Peu après, un panneau annonce Lascabannes à moins de 4 kilomètres. On va finir pas s’en sortir, non? diront certains esprits chagrins.

 

Section 6: Presque à l’extrémité des causses du Quercy.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Pourtant, le paysage ne change guère. Un large chemin de terre s’en va encore presque à plat à travers les bosquets de chênes et de rares prés. La terre est blanche, les cailloux aussi pour la majorité. Nous sommes dans le Quercy Blanc.
Un peu plus loin, voici un signe vague de la présence des humains sous la forme d’une cabane sur la colline. Mais, tout reste dépouillé sur la longue route de terre qui chemine, longue, monotone, apparemment sans fin et sans surprises.
Puis, soudain quelque chose frémit. Un grand parc, une aire de pique-nique, même une maison d’habitation. Se rapprocherait-on de Lascabannes?
Absolument pas. La longue route de terre poursuit sa course immuable, le long des sous-bois ou des prairies.
Le sol, c’est du sable, de la craie. Que voulez-vous faire pousser ici, si ce n’est du chêne?
Bientôt, nous touchons au but, non? Lascabannes est à moins de deux kilomètres et Baffalie presque à une portée de fusil.
Alors, le causse s’ouvre un peu sur les prairies.
Plus loin, la topologie des lieux change enfin. La route de terre commence à descendre vers la plaine qui s’ouvre en-dessous.
Le chemin passe alors à Baffalie, avec ses solides maisons de pierre, près des humains, enfin manière de dire.
Nous touchons au but. Le GR65 descend alors vers la plaine, au milieu des prés et de quelques rares cultures.
Au bas de la descente, le chemin file dans les prés le long d’une haie où coule un ruisseau.
Bientôt, le chemin herbeux rejoint une petite route qui mène à Lascabannes.
Vous croiserez, au bord de la route, une maison de maître blottie dans un beau parc. Mais, ce n’est pas ici que vous passerez la nuit.
La route longe les murs de la belle demeure, puis croise le Verdanson, le petit ruisseau qui court dans le vallon
Lascabannes est un magnifique village tranquille, avec ses charmantes et uniformes maisons de pierre blanche, comptant moins de 200 habitants. C’est depuis le Moyen-âge un village étape des pèlerins de Compostelle.
L’église est au-dessus du village dans un large parc. Le presbytère, annexe de l’église Saint Georges, sert aujourd’hui de gîte et de petite épicerie. Comme les possibilités de logement ne sont pas nombreuses, de nombreux pèlerins continuent le chemin jusqu’à Montcuq, 11 kilomètres plus loin, ou avant, au Clos de Gamel, ou encore à Escayrac, en dehors du chemin, chez les sœurs.

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