Etape 10: De Golinhac à Conques par le GR65

Conques est encore plus beau quand le pèlerin y arrive à pied

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, c’est Conques, la belle étape attendue par tous les pèlerins, un peu comme St Jacques en Espagne. Le guide du pèlerin du XIIème siècle, écrit en latin, en narre déjà les vertus en ces mots : “Le très précieux corps de la bienheureuse Foy, vierge et martyre, fut enseveli ici, dans une vallée que l’on nomme Conques. On bâtit alors sur son corps une belle basilique dans laquelle, pour la gloire de Dieu, on observe la règle de Saint Benoît. De nombreuses grâces sont accordées aux gens bien portants et aux malades”. De nos jours, touristes, randonneurs et pèlerins se partagent Sainte Foy, dans un des plus beaux sites de France. De nombreux pèlerins français ne vont pas plus loin que Conques. Du moins, pour un premier aperçu du chemin de Compostelle.

Nous sommes toujours en Aveyron, longeant la vallée du Lot sur les hauteurs. L’étape du jour traverse un pays caractérisé avant tout par l’élevage. Il y a peu de cultures ici. Nous arrivons au bout de la première partie du voyage. Demain, nous pénétrerons plus avant dans le centre de la France, direction Cahors. Mais encore faut-il arriver à Conques, à travers routes asphaltées et chemins rocailleux. Le chemin a fini de remonter vers le nord et file plein ouest. Il faut d’abord descendre longuement de Golinhac à Espeyrac. On le sait après quelques étapes. Le chemin descend toujours au fond d’un vallon pour remonter sur la crête suivante. De Espeyrac à Conques, ce ne sont que 14 kilomètres.

Le paysage varie aujourd’hui grandement. Jusqu’à Espeyrac, ce sont les forêts que vous traversez, dans un vallon encaissé. Puis, depuis Espeyrac, c’est un peu comme si on changerait de pays. Ici l’univers s’ouvre sur de douces collines et des prairies, avant de plonger à nouveau dans le vallon sombre de Conques. Il y en a donc pour tous les goûts.

Les dénivelés aujourd’hui (+393 mètres/-716 mètres) sont raisonnables, surtout en montée, mais non légers. Au début de l’étape, ce ne sont que doux vallonnements jusqu’à rejoindre Campagnac où s’amorce une descente assez longue, certains diront ennuyeuse, sur le goudron vers Espeyrac. Depuis Espeyrac, Conques se mérite deux fois. D’abord par une grande montée de près de 300 mètres de dénivelé pour monter sur le plateau de Sénergues, suivie d’un long faux plat, et une descente très marquée, souvent pénible, vers Conques.

Les trajets sur les chemins sont de peu inférieurs aux passages sur les routes goudronnées:

Goudron: 11.9 km

Chemins: 8.6 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-golinhac-a-conques-par-le-gr65-29976431

Section 1: Par monts et par vaux sur le plateau de Golinhac.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Le GR65 longe, en forte pente sur un chemin très caillouteux, les petits chalets du Pôle Bellevue et ses ânes pour sortir de Golinhac.

Puis, rapidement il s’en va à plat sur le goudron dans la pleine campagne, sous les grands chênes, avant de trouver un chemin près d’une magnifique croix de pierre.
Le chemin se balade alors d’abord dans les prés, puis dans un bosquet de chênes et de châtaigniers. D’énormes chênes, sans doute plusieurs fois centenaires, encadrent le chemin, comme autant de piliers. Le seul contact avec ces géants exhale le sentiment de plénitude.
Du sous-bois, le chemin descend sur le lieudit Le Poteau. Le chemin de Estaing à Conques est émaillé de croix. Certaines portent un nom. Celle-ci se nomme l’Enseigne.
Mais rapidement, revoilà le goudron. Ici, au Poteau, lorsque le GR65 croise la route qui descend vers Entraygues, nous sommes à encore 9 kilomètres par la route de Espeyrac.
Le GR65 prend alors la direction du village des Albusquiès sur la route goudronnée où affleurent des bancs de granite dans les genêts et les pins.
L’étape d’aujourd’hui, si elle traverse il faut le dire de très beaux paysages, ne manque pas de goudron, même si les voitures sont quasi invisibles sur le parcours. Dommage! Pour le bonheur des pèlerins, il arrive aussi que le GR65 se jette en sous-bois sur de vrais sentiers. Ici, il va traverser en pente assez soutenue un bois d’épicéas.
Le chemin ressort assez vite du bois pour passer le long des haies sous les grands chênes et les châtaigniers.
Le chemin descend bientôt en pente douce vers le paisible hameau des Albusquiès.
Encore deux belles croix, une en métal, l’autre en pierre, dans un village où le granite épouse le grès.
Une petite route descend alors sous le village au milieu des chênes et des peupliers blancs.
Plus bas, la terre caillouteuse remplace le goudron et le chemin descend en pente soutenue, puis plus douce, dans les prés, le long des haies. Les cultures sont assez rares dans la région et les paysans vivent surtout d’élevage. Dans ces entonnoirs de verdure émeraude, on voit surtout s’épanouir les chênes. Mais vous y verrez aussi des bouleaux, des châtaigniers, des hêtres et de la charmille.
Plus loin, le chemin remonte un peu dans une hêtraie sombre.
Après avoir croisé un affluent dérisoire de la Daze, le chemin retrouve les prés et les haies de feuillus. Par temps de pluie, les chemins ici sont parfois de véritables champs de boue.
Mais le chemin de terre ne dure pas. Peu après, le GR65 retourne sur la route goudronnée et s’enfonce à nouveau dans un bois où dominent les bouleaux et les hêtres.
Dans le bois, près des blocs de granite couverts de mousse, vous trouverez une place de pique-nique et un WC à sec.
La route ressort alors de la forêt dans les pâturages, pour une montée jusqu’au sommet de la crête. Le désagréable de cette longue étape, ce sont les longs moments passés sur le goudron, quand on emprunte le GR65. Si vous aviez suivi le GR6 depuis Estaing la veille, vous auriez rencontré nettement plus de chemins forestiers.
Alors, le pays s’ouvre. La montée se fait en pente soutenue, parfois à près de 15% de pente, le long des haies de cynorhodons, avec par ci par là un chêne solitaire.

Section 2: Une longue descente vers Espeyrac.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: souvent en pente prononcée sur le goudron, avec des replats légers.

La route vous paraîtra sans doute longue pour atteindre le sommet de la crête. Ici, c’est un peu comme sur les routes qui montent, où les camions s’amoncellent. Les pèlerins se rangent et s’égrènent souvent en file indienne. Car si les pèlerins marchent souvent à des vitesses similaires à plat cela change quand le chemin monte ou descend.

Au sommet de la montée, peut-être rencontrez-vous des bufflonnes qui prennent le frais dans une campagne gigantesque de plus de 50 hectares. On compte plus de 50 mères bufflonnes. Nous sommes près de Bessoles. On trouve à se loger, environ 1 km plus bas, dans la ferme. C’est ici que se rejoignent le GR65 et le GR6.

Ici, il n’y a pas que des bufflonnes. Ce taureau-là, ne vaut-il pas mieux l’admirer derrière les barbelés?

A partir d’ici s’amorce une très longue descente sur Espeyrac. Hélas, presque exclusivement sur l’asphalte. Le pèlerin est là pour marcher, que cela lui plaise ou non, qu’il y trouve ou non son content de petits chemins de traverse dessinés avec amour dans les sous-bois. Le pèlerin doit obéir au chemin, c’est la loi. Sans maudire, sans murmurer de blasphèmes.

La route fait un premier crochet, à près de 15% de pente, entre les fermes dispersées de Campagnac.

La route va faire un grand S entre les prés et les sous-bois. Ici en plus des chênes, des châtaigniers et des hêtres, on voit de grands frênes. Dans ces pays à vaches, les paysans ont toujours planté des frênes, dont les fruits autrefois apportaient un surplus de nourriture au bétail.

Dans cette belle journée de début d’automne, le brouillard monte du fond du vallon et la route dessine une grande arabesque dans les prairies en dessous.

C’est alors le moment aujourd’hui de prendre un bain de brouillard à la hauteur des fermes perdues de Orsière. On pourrait se croire en Ecosse, dans ces instants envoûtants où le temps semble s’arrêter et qu’on attend que le soleil dissipe la brume, tout comme les fantômes disparaissent au lever du jour.

Un peu plus bas, la route fait une dernière grande boucle ici et repart entre lumière et obscurité. La vallée ici est très encaissée et, par endroits, le soleil ne pénètre guère au petit matin.

La petite route arrive bientôt au Soulié, où un accueil chrétien rempli de charme et de sérénité vous permet de vous loger et de vous restaurer.

Le Soulié, c’est une pleine poignée de grosses bâtisses de pierre faites pour résister au temps, sous leurs toits de lauzes.

Et la route continue de descendre. Depuis Le Soulié, la pente se fait moins sévère sur plus d’un kilomètre. Sur la route tortueuse, chaque virage nous conduit un peu plus bas dans l’étroitesse du vallon. Tout est exubérant, touffu, une éternité de mousses, de branchages perdus au milieu des chênes rabougris, des châtaigniers et des rejets de hêtres.

Dans cet univers de chlorophylle, la route hésite entre l’ombre et la lumière. Parfois quelques conifères, des épicéas surtout, se glissent au milieu des feuillus.

Plus bas, la route gagne le hameau de Carboniès, où les pots de fleur ont pris la clef des champs.

A partir du hameau, le GR65 offre aux pèlerins un chemin qui monte un peu dans les châtaigniers et les hêtres. Aucun pèlerin ne trouvera à redire.

C’est un petit chemin qui bientôt musarde dans les broussailles sous les grands feuillus.

Peu après, le chemin rejoint la route précédente, mais il n’y reste pas très longtemps. Ici, dans cet univers, tout est sombre, dans une forêt très compacte.

Alors, la pente se fait à nouveau plus soutenue au milieu des châtaigniers, des chênes et des hêtres.

Plus loin, la pente se fait encore plus sévère, à plus de 15% dans la végétation luxuriante, où on entend plus bas gargouiller un ruisseau.

Section 3: Le GR65 remonte sur le haut plateau.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: montagnes russes, avec des pentes plus prononcées à la sortie de Espeyrac, et surtout de Sénergues.

Le chemin gagne progressivement le ruisseau. Dans ces forêts les chênes et les châtaigniers sont dans l’ensemble de petite taille, serrés qu’ils sont les uns sur les autres. Ce n’est qu’à l’approche des clairières que ces arbres atteignent des tailles volumineuses et rivalisent alors avec les frênes que l’on ne voit d’habitude qu’en bordure de lisière. Rappelez-vous que la forêt est un organisme social et que les arbres sans cesse se passent des messages pour une organisation optimale de leur vie. La forêt n’es jamais anarchique, comme on pourrait le croire.

Au bas du petit vallon, où la mousse et le lichen s’incrustent partout dans les fougères humides, coule paisiblement un affluent de la Daze.

Un petit chemin étroit remonte du ruisseau sur la colline au-dessus d’Espeyrac.

Le chemin se retrouve alors rapidement à l’entrée du village, qui apparaît aujourd’hui comme un fantôme dans la brume.

Le GR65 descend sur la place de l’église où se trouve le gîte communal. Dans l’église fraîche, vous croiserez peut-être une dame du village avec une grosse clef. C’est elle qui ferme l’église le soir. Ici, c’est une messe, tous les 3 mois.

A Espeyrac (240 habitants), il y a l’épicerie et le restaurant hôtel. Il n’y a pas de boulangerie, ce qui est tout dire pour la France. Le dépôt de pain est à l’épicerie. Mais tous les pèlerins trouvent avec plaisir ces rares endroits sur le chemin où on trouve à se restaurer. Les ruelles sont très agréables, d’où émerge le granite.

A la sortie de Espeyrac, une petite route descend au bas du village pour traverser la Daze, la petite rivière qui coule dans la vallée.

Sitôt après avoir franchi la paisible rivière, un chemin riche en racines et grosses pierres monte raide de l’autre côté du vallon.

Pour votre plaisir…

Ici, les feuillus dominent le paysage, surtout des chênes, des châtaigniers et de petits hêtres.

En dessous, Espeyrac, uniforme dans ses habits gris, disparaît progressivement derrière les feuillages. Maintenant, le brouillard s’est dissipé.

La pente est toujours aussi marquée, entre 15% et 20%, quand le chemin arrive sous les grands chênes près du hameau de La Vitanderie.

Là, le GR65 quitte la terre battue pour une petite route qui monte vers les quelques maisons dispersées du hameau. Bientôt, on aperçoit sur sa gauche la D42, la petite départementale qui va à Conques.

Plus haut, le GR65 quitte le goudron pour un chemin qui dodeline le long du sous-bois de chênes jusqu’à trouver le ruisseau de Tayrac.

Après avoir traversé le ruisseau, le GR65 rejoint la D42.

C’est alors une montée de près d’un kilomètre sur la route. Pour le confort des pèlerins, une bande de chemin a été aménagée.

Le GR65 suit la route jusqu’à atteindre le hameau de Célis.

C’est ici que s’amorce une dure montée de près d’un kilomètre sur Sénergues, au milieu des feuillus. Les hêtres et les chênes racés et élégants s’élancent, droits et superbes vers le ciel. Les châtaigniers prennent la place qu’ils peuvent, se frayant un passage dans l’espace libéré par leurs voisins géants.

Il y a des passages à près de 20% de pente et sur le haut, la pente diminue.

La délivrance, pour de nombreux pèlerins, sera sans doute lorsque le chemin atteint la route près du cimetière de Sénergues. Un cimetière, cela n’invite-il pas à se reposer, non?

Au premier coup d’œil, Sénergues se distingue par sa tour et le clocher de l’église. On ne dénombre pas moins d’une dizaine de vestiges de fortifications dans la région. La tour carrée date de la guerre de Cent ans, érigée pour se défendre contre les “anglais”, contre les mercenaires et les bandits de grand chemin, en fait.

L’église actuelle, lumineuse, avec de beaux vitraux modernes, date du XVIème siècle. Elle est dédiée au culte de St Martin.

Sur son éperon rocheux, Sénergues, avec ses 500 habitants, est un de ces villages paisibles, aux maisons massives articulées autour de la place de l’église. Ici, si les blocs de pierre sont encore présents dans les maisons, l’ouvrage est plus cimenté.

Le GR65 traverse alors un village où on trouve à se loger et à se restaurer.

Puis, le GR65 quitte la route et monte, en zigzaguant sur de petits chemins sur les hauts de Sénergues. Ici, la pente est raide, souvent à près de 20%.

Le chemin sillonne la colline, au milieu des maisons du haut du village pour atteindre un gîte aménagé pour les pèlerins. Ce genre de refuge, on en trouve de temps à autre sur le chemin. Forts utiles, ils disposent de toilettes et parfois d’eau. D’autres ne sont que des toilettes à sec. Mais, ces gîtes servent aussi parfois de refuge aux pèlerins désargentés pour y passer la nuit.

A partir du gîte, le chemin de terre reprend ses droits et continue à monter en pente sévère dans la forêt. On y voit toujours de beaux châtaigniers, des hêtres somptueux et de grands chênes. Mais on voit aussi poindre les conifères.

Bientôt la pente s’atténue nettement quand le chemin arrive sur le haut plateau, à l’orée du bois le long des haies de cynorhodons.

Section 4: Par monts et par vaux sur le haut plateau.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Ici, la montée est achevée et le GR65 va dodeliner sur la terre battue à la lisière de la forêt domaniale de Sénergues, le long des barbelés, ce qui suggère une certaine présence animale, même si à cette période de l‘année le bétail n’est pas présent en nombre, pour ne pas dire absent. D’ailleurs, les fermes ne sont pas légion dans la région.

Certaines croix sur le chemin sont plus rudimentaires, mais fortes de symboles. Le chemin de Compostelle, c’est aussi le chemin des petits cailloux au pied des croix et des statues. Cette tradition millénaire, que l’on retrouve aussi chez les musulmans qui vont à la Mecque, symbolise le fait que tous ensemble, les pèlerins ont la possibilité de déplacer des montagnes. Mais le symbole est sans doute l’effort et les sacrifices que le pèlerin est prêt à faire. Ainsi, il se charge de petits cailloux au Puy et les dispose sur le parcours, comme autant de grains de chapelet chargés de prières. La magie fait aussi parfois partie du discours. Les pierres vibrent et les croix sont placées dans des zones à fort pouvoir vibratoire. Dès lors, lorsque le pèlerin dépose sa pierre chargée de prières, il entre en communion avec les milliers de pèlerins qui ont aussi déposé leurs petits cailloux au pied de la croix. Et la prière qu’il a enregistrée dans sa pierre va vibrer avec l’univers.

Le beau chemin traverse alors un grand plateau, au milieu des prés. Ici, au milieu des feuillus de la région, on a planté de magnifiques Douglas, qui montent au ciel.

Plus loin, le chemin quitte la lisière des bois et arrive à un premier carrefour. Ici, il ne gagne pas le goudron, mais le large chemin de terre cède sa place à un chemin plus étroit, parfois herbeux, parfois plus caillouteux. Mais le paysage alentour ne varie pas. Les prairies succèdent à d’autres prairies. Les champs cultivés sont plus rares dans la région, mais il y en a. On ne saurait dire à cette période l’année ce que l’on cultive ici.

Le chemin sillonne alors la campagne, avec par ci par là un chêne rabougri…

… jusqu’à rejoindre la route qui va à Conques.

Ici, c’est un carrefour, où les routes sont nettement plus nombreuses que les pèlerins. Ici, il ne faut pas se tromper et prendre la bonne. En cas de doute, lorsque la signalisation du GR n’est pas évidente, il faut faire quelques dizaines ou centaines de mètres et guetter d’éventuelles marques de signalisation. S’il n’y en a pas, on s’est trompé de chemin. Alors, il faut impérativement rebrousser chemin et tenter une nouvelle direction. Au risque de se perdre!

On ne le dira jamais assez, le Chemin de Compostelle raffole du changement, surtout en ce qui concerne l’infrastructure routière. Non, ici il ne suit pas la petite départementale. Il s’engage plutôt sur une autre petite route vicinale. Le chemin va rejoindre un peu plus loin la dite départementale.

Pas âme qui vive dans le coin. Le pays est tout à fait dépeuplé. Seules quelques vaches vous regardent passer.

Peu après, le GR65 quitte la route pour un large chemin de terre et d’herbe qui revient longuement vers la départementale.

Plus loin, le chemin quitte la rase campagne pour descendre un peu dans une zone plus humide et boisée. Mais ce n’est pas la brousse.

Mais, il en ressort rapidement pour traverser une région faite de prairies et de steppe, au milieu des genêts et des fougères.

Bientôt, on voit à nouveau la route de Conques en dessous du chemin.

Alors, le chemin de terre retrouve la D42, qu’il va suivre des kilomètres durant. On comprend assez vite, lorsqu’on marche sur le Chemin de Compostelle, que de nombreux tronçons n’ont plus rien de commun avec les chemins du Moyen- Âge. L’homme moderne est passé par là, a goudronné par ci par là, créé de nouveaux chemins vicinaux pour faire transiter les tracteurs ou le bétail. Ce sont souvent sur ces derniers que progresse le pèlerin. Alors ici, le chemin vicinal ne va plus loin et les tracteurs retournent à leur point de départ sur le goudron. Nous aussi!

Alors, il n’y a plus qu’à glisser un pas après à l’autre sur le goudron ou sur la bande de terre et d’herbe. Les pèlerins sont partagés sur le sujet. Chacun selon ses goûts! Ce n’est pas que la circulation soit effrénée sur cet axe. Les touristes qui visitent Conques ne passent que rarement sur cet axe.

Comme le marcheur n’a pas besoin de porter une attention soutenue aux pierres du chemin, son regard peut alors se focaliser sur les croix le long de la route sur les magnifiques arbres qui poussent ici. La route croise bientôt le lieudit La Croix de Souquayrie. Il y avait ici au Moyen-âge une léproserie, un hôpital et une chapelle dédiée à St Roch. Il ne reste pas une seule pierre de ce haut lieu de pèlerinage.

Et la route défile à nouveau, longue, implacable. Même les belles Aubrac semblent nous plaindre.

Section 5: Encore quelques soubresauts avant la sévère descente sur Conques.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: Conques se mérite, non? Regardez le profil et les dénivelés.

Plus bas, un chemin de terre a été créé, à deux pas de la route. Mais, qu’on le veuille ou non, cet artifice ne supprime en aucun cas le sentiment que l’on voyage en fait sur la route.

Le chemin arrive bientôt au lieudit Fontromieu, là où le GR65 quitte enfin la départementale D42, qui descend vers Conques. Fontromieu signifie “fontaine des pèlerins“. Le “romieu”, terme désignant au départ un pèlerin allant à Rome, a été avec le temps assigné à tout pèlerin, quelle que soit sa destination. Ici, il n’y a plus rien non plus, pas même une goutte d’eau que l’on annonce plus loin sur le chemin.

Le GR65 ne quitte pas pour autant le goudron. Direction St Marcel, au-dessus de Conques. La route part tout droit dans les châtaigniers, les chênes et les frênes, transitant par la ferme de Le Perie.

La route monte encore un peu, rectiligne, en pleine campagne. Ici, on traverse des lieux dits à vocation totalement agricole. A Conques, la terre est souvent rougeâtre. Par temps de pluie, les fossés charrient souvent une terre sanguinolente, une sorte de pellicule de terre gluante. C’est le grès rouge qui en est responsable.

Au sommet de la montée, la route arrive à St Marcel.

C’est souvent ici que s’agglutinent les pèlerins avant de descendre sur Conques. Un point d’eau et des buvettes ambulantes agrémentent le lieu. Une telle concentration de pèlerins (parfois plus de 200 personnes) est souvent inhabituelle sur le Chemin de Compostelle français. Il y a raison à cela, bien sûr. Conques et à deux pas et aucun pèlerin ne veut décemment supprimer de son agenda une halte à Conques. Ailleurs sur le chemin, les pèlerins se diluent et tous ne s’arrêtent pas dans les mêmes endroits.

Alors, ici St Marcel bourdonne comme une ruche en pleine saison. Mais, si vous passez ici au début de l’automne, il n’y a presque plus personne. A mi-octobre, on ne compte guère plus de 30 pèlerins qui vont par jour à Conques.

Cependant, la descente sur Conques n’est pas encore agencée. La route goudronnée va encore un peu plus loin sur la crête, au milieu des noyers, abondants ici, et de plus rares châtaigniers. Ici, les châtaigniers ont déserté peu à peu la colline, trop froide pour eux, pour se réfugier dans la chaleur de la vallée profonde en dessous.

L’approche dure sur ce plateau quasi désert. En dessous se dessine le vaste amphithéâtre de Conques taillé dans les schistes, au pied des chênes et châtaigniers. Bruyères, genévriers et ajoncs s’accrochent sur les talus. Les orties dénoncent l’humidité de la région.

Encore quelques centaines de mètres sur la route…

…avant d’arriver près d’une grosse ferme au bout de la route, au lieudit la Croix Torte. Ici, on annonce le programme: Conques est à 30 minutes. Pas aussi certain pour les handicapés des rotules et des tendons. Et ils sont légion sur le Chemin de Compostelle au bout de quelques jours de marche.

300 mètres de dénivellation négative pour atteindre Conques. Au début, c’est une route à 20% d’inclinaison, mais large, qui descend jusqu’à rejoindre une maison.

Mais cela ne dure pas longtemps ainsi. Bientôt, un tout petit sentier pentu et rocailleux prend place. Pour votre bonheur, le sentier peut être sec, mais il peut aussi être recouvert de feuilles mortes très glissantes. Et puis, il n’y pas que les feuilles mortes, il y a aussi les ornières et les grosses pierres qui roulent sous vos pieds. Par temps de pluie, on vous conseillera de suivre la route qui descend vers Conques depuis La Croix Torte. Mais, ce conseil ne découragera pas la plupart des pèlerins, même les plus fragiles, d’affronter la terrible descente.

Comme si vous y étiez…

Ici, la nature est sauvage à souhait, intacte, redoutable. Par endroits, au début du chemin, la pente peut dépasser 30%.

C’est juste magique, hors du temps, éternel, dans cette cathédrale de verdure.

Comme si vous y étiez…

Un peu plus bas, la pente devient peu de temps un peu moins rude, mais toujours à plus de 15%, et le chemin traverse une zone plus lascive, au milieu des buissons et de la charmille. Mais, les schistes glissants recouvrent parfois le sol. Tout se passe toujours au milieu d’une végétation très dense, au milieu des fougères et du lierre, le long des mousses sur les murets. Le sous-bois suinte d’humidité dans un univers inextricable. Le sensuel naît de la façon dont les plantes se serrent les unes contre les autres avec volupté.

Certains penseront être sortis du purgatoire sans grands mal. Que nenni! Le bas de la descente est un vrai toboggan à 35% de pente sur des gros schistes qui barrent le chemin.

Au bas de la descente, le GR65 sort de la forêt et rejoint le goudron sur les hauteurs de Conques.

Comme si vous y étiez…

Est-il encore possible de dire quelque chose de neuf sur Conques? Sans doute, pas. La première fois que l’on y va, c’est un choc. Mais, la magie demeure, même si on y retourne souvent. Et surtout, en y venant à pieds !

Le village est situé au-dessus du Dourdou, la petite rivière qui coule dans la vallée. L’Ouche n’est pas loin, et la région forme une sorte de coquille, concha, en latin, conca en occitan, qui aurait donné le nom au village. Les maisons accrochées à mi pente semblent comme autant de forteresses placées là comme sentinelles pour garder le joyau qu’est l’abbatiale. Vous ne verrez que rarement Conques ainsi, désert. Les touristes sont encore rares, et se concentrent surtout autour de l’abbatiale. Si vous passez ici en saison, le nombre de touristes est considérable.

Conques, c’est avant tout l’abbatiale Sainte-Foy. Le lien établi entre le pèlerinage à Compostelle a valu à Conques son classement au Patrimoine mondial de l’humanité. Il en est ainsi de l’abbatiale et du pont romain sur le Dourdou.

Un peu d’histoire pour situer Conques. On dit que Charlemagne aurait eu beaucoup d’affection pour cette région, où il aurait fait construire un petit oratoire. Mais l’histoire débute vraiment avec l’abbé Dadon qui y fonde un monastère et qui adopte la règle de Saint Benoît en 819. Quelques dizaines d’années plus tard, un moine de Conques, Ariviscus, vole les reliques de Sainte Foy dans une abbatiale près d’Agen. Foy avait subi le martyre à l’âge de 12 ans, en 303. Ce vol pieux, pratique courante à l’époque, aurait immédiatement déclenché des miracles, et les pèlerins accoururent en masse à Conques. L’abbaye atteint son apogée au Moyen-âge, puis progressivement décline, pour être abandonnée à la Révolution française. Conques est redécouverte en 1837 par Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments historiques. Le trésor et le grand portail avaient été conservés par les habitants des lieux, mais l’église avait subi de nombreux dégâts. En 1873, l’abbatiale est cédée à l’ordre des Prémontrés. Les cloches de l’abbatiale se remettent à sonner, ce qu’elles font encore aujourd’hui.

L’abbatiale fut commencée au XIème siècle, et personne ne connaît vraiment la date de fin de la construction. C’est une église romane avec son déambulatoire et ses chapelles rayonnantes. Le plan en croix est classique, si ce n’est que le transept est plus long que la nef, à cause de la configuration du terrain. Les tours de la façade sont plus récentes, ayant été refaites au XIXème siècle. L’intérieur est d’une sobriété remarquable, comme le sont généralement les églises romanes. La voûte culmine à plus de 20 mètres du sol. Le déambulatoire permet aux fidèles de se recueillir sur les reliques de Sainte Foy d’Agen. A remarquer les magnifiques nouveaux vitraux de Pierre Soulages et Jean-Dominique Fleury, réalisés à la fin du siècle passé, qui ajoutent une atmosphère dépouillée, géométrique et contemporaine à l’ensemble.

Le portail de l’église est surmonté d’un tympan décrivant le Jugement dernier, d’après l’Évangile de St Mathieu. Il y a plus de 100 personnages, dont au centre le Christ majestueux, avec, à sa droite, les élus, et à sa gauche, les damnés de l’Enfer. Mais on y reconnaît aussi Charlemagne le bienfaiteur, l’abbé Dadon, fondateur de l’abbaye, quelques anges, un ivrogne pendu par les pieds, Satan et ses péchés capitaux, traités en allégorie.

Le cloître, de la même époque, a disparu en grande partie au début du XIXème siècle, ses matériaux servant de carrière aux habitants du village. L’écrivain Propser Mérimée arriva heureusement pour en sauver une toute petite partie, en particulier les arcades qui menaient au réfectoire des moines.

Mais Conques, c’est aussi de charmantes ruelles. Ici, le schiste règne en maître. Il fournit la pierre à bâtir, les pavés des ruelles et les lauzes des toits qui remplacent les conventionnelles ardoises. Parfois, le schiste cède sa place au grès, qui peut être gris ou rose. Toute cette ambiance de teinte ocre aux nuances rosées donne au village une harmonie indiscutable.

Ici, à Conques, les ruelles ne sont pas remplies de marchands du temple et de boutiques de souvenirs et de pacotille, ce qui est trop souvent le cas des belles cités moyenâgeuses. Une atmosphère de douce sérénité recouvre tout le village, du haut en bas, si ce n’est autour de l’église, un endroit un peu plus commercial. En été, la foule se presse autour de l’église.

Comme Conques est une étape incontournable, les logements y abondent. Si vous désirez loger à L’abbaye des Prémontrés, ce que presque les pèlerins aimeraient faire, il y a beaucoup de place, mais prenez vos dispositions à l’avance. Ce lieu, emprunt de sérénité et de grâce, fait aussi partie des grands lieux du Chemin de Compostelle. Mais comme Conques est aussi une place touristique, on trouve aussi des logements et des restaurants plus chers.

Voici comment se passe le séjour à l’Abbaye des Prémontrés, lorsque Conques fait le plein. L’accueil se passe sur le pas de la porte, au pied de la vénérable abside de l’abbatiale. Comme dans les aéroports, on vous met en file d’attente. Tellement il y a de monde, on contrôle votre réservation (il vaut mieux en avoir une!) et on vous assigne un numéro pour passer au guichet. Cela vous laisse beaucoup de temps pour empaqueter vos affaires dans des sacs en plastique spécialement traités contre les potentielles punaises de lit.

Dans la cour intérieure ouverte sur le ciel, les pèlerins s’affairent, aidés par une demi-douzaine de volontaires qui gèrent le logement. Les Frères Prémontrés, qui sont au nombre de 6 personnes, ne gèrent que le spirituel de l’affaire.

Les volontaires restent ici des jours, des semaines, voire des mois et des années. Ils viennent de tous les horizons, passent ici, puis continuent le chemin. Chez eux, tout est gentillesse et bienveillance. Leur aide est vitale pour ne pas se perdre dans les escaliers et les étages, pour trouver son lit. Le programme spirituel est copieux et se passe dans l’abbatiale. Quatre temps de prière rythment la journée: les laudes à 7h30, l’office du milieu du jour, les vêpres à18h00 et les complies à 20h30, suivie de la bénédiction des pèlerins. De nombreux pèlerins y assistent, les autres se contentant de flâner dans les ruelles du village.

Le repas a lieu à 19h00 dans le grand réfectoire.

Après le repas, les vêpres et la bénédiction, les pèlerins se rassemblent devant la porte de l’abbatiale et écoutent dans le silence de la nuit la description des détails des personnages gravés sur le tympan. Les étrangers qui ne comprennent pas le français se content de humer l’atmosphère. L’apothéose se passe à l’intérieur de l’église, lorsque les colonnes romanes vibrent aux sons issus de l’orgue joué par un des Frères Prémontrés. Le sentiment ici est que Conques n’appartient plus qu’aux pèlerins qui logent à l’Abbaye des Prémontrés. Les hordes de touristes ont disparu. Les autres pèlerins achèvent leur dîner dans les restaurants ou dorment déjà dans des hôtels plus confortables, ou alors dans les pierres du magnifique gîte communal, en gestion autonome. Pour les “malheureux”, on trouve bien évidemment d’autres logements à Conques. Il n’est pas difficile d’imaginer que plus de 150 pèlerins passent leur nuit à Conques, en saison. 96 d’entre eux sont déjà logés à l’Abbaye des Prémontrés.

On remet ses souliers et ses bâtons au râtelier. Bonne nuit les petits!

Logements