08: St Côme-d’Olt à Estaing

Bonjour Monsieur le Président

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Les motivations des pèlerins divergent. Certains marchent la tête basse, soucieux de savoir où poser le pied sur des chemins souvent assez difficiles. D’autres marchent la tête haute, sensibles au charme ou à la banalité des paysages, s’extasiant devant les fleurs que la nature offre le long des chemins. Car le pèlerin marche toute la journée dans des régions assez diverses.

Nous sommes en Haute Rouergue, dans le nord de l’Aveyron, là où le Lot, l’axe central, a creusé d’étroites gorges, qui s’ouvrent parfois en de larges bassins. Le Lot s’enfuit, surplombé par des hauts plateaux parfois schisteux, parfois volcaniques, parfois calcaires. Aujourd’hui, il n’y a pas de grands champs à se mette sous la pupille. Ce seront surtout des forêts et des pâturages. Car, sur les versants au nord, c’est souvent les forêts de chênes, de hêtres et de vieux châtaigniers qui dominent. Quand on observe le Lot, on a parfois le sentiment que l’eau ne bouge pas. Et le Lot passe justement à Estaing, un nom qui vous rappellera sans doute quelqu’un de connu. Aujourd’hui, c’est la première fois que le chemin remonte vers le nord.

 

 

Puisque le chemin aujourd’hui traverse des zones assez diverses, disons un mot des particularités géologiques de la région.

Jusqu’ici, nous avons foulé des sols et des roches basaltiques volcaniques dans le Velay, puis le granite de la Margeride. L’Aubrac est déjà plus complexe. Le socle, c’est du granite, mais la surface, c’est plutôt du basalte. L’Aubrac est un massif volcanique relativement ancien par rapport aux grands volcans d’Auvergne, qui sont nettement plus récents. Mais ici, contrairement à l’Auvergne, les coulées de lave se sont éclatées et les volcans ont disparu, décimés par les érosions. Car les glaciers sont aussi venus ici, permettant la formation de moraines, de dépôts d’alluvions ou la présence de blocs de granite erratiques que l’on voit en masse sur le plateau de l’Aubrac.

En géologie, il en est presque toujours ainsi. Sous la pression, le granite se transforme en roches dites métamorphiques, que sont les schistes ou les gneiss. Ainsi, une partie du socle granitique de l’Aubrac s’est-il transformé en ce type de roches. Ceci se voit à la sortie de l’Aubrac, dans cette région qui descend de St Chély vers Espalion, dans le pays où les boraldes, de petits torrents ou rivières, ont entaillé les schistes et les gneiss. Plus en amont, vers Espalion et Estaing, dans la vallée du Lot, règnent les roches tendres que sont les grès et les calcaires, qui sont des dépôts marins, quand la mer arrivait jusqu’ici, bien après l’éclosion granitiques des montagnes. Alors ici, du granite est aussi apparu, mais pas charrié par les glaciers. Car le magma granitique, il y a 300 millions d’années, par endroits a réussi à percer le tapis de calcaires et de schistes.

Voici les roches principales que vous êtes appelé à rencontrer ces prochains jours. Le fait de les découvrir procurera peut-être une certaine émotion au curieux.

Les dénivelés aujourd’hui (+507 mètres/-549 mètres) laissent supposer une étape assez difficile, pour une étape courte de 20 kilomètres. Que voilà une étape assez casse-pattes. Évidemment, ce n’est pas insurmontable, mais le chemin monte et descend toute la journée. En fait, il n’y a que deux bosses, mais les deux sont difficiles, la montée à la Vierge de Vermus, à parfois 30% de pente, en début d’étape, et après St Pierre, une petite grimpette de plus de 25% de pente sur moins de 1 kilomètre. La descente sur Estaing, depuis Le Briffoul, peut aussi être difficile par temps pluvieux.

L’étape du jour est un mix de passages sur chemins ou de routes:

Goudron: 10.8 km

Chemins: 9.2 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-st-come-dolt-a-estaing-par-le-gr65-51268933

Section 1: Le GR65 retrouve le Lot, avant de gagner à nouveau les hauteurs.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours aisé le long du Lot, avant d’affronter les premiers lacets sévères dans la forêt vers la Vierge de Vermus.

A la sortie de St Côme d’Olt, les maisons sur le bord du Lot sont vraiment charmantes, avec la ville accrochée sur la colline au pied de l’eau.

Le GR65 traverse le Lot sur un ancien pont de pierre. Direction Espalion, à 6 kilomètres de St Côme d’Olt.
Le GR65 suit alors quelque temps le fleuve et ses grands arbres, sur une petite route goudronnée. Ici, on retrouve la panoplie totale des feuillus, surtout des aulnes, des chênes, des châtaigniers, quelques érables.
La route monte en pente douce dans les arbres. A mi-côte, le pèlerin a le choix de gagner les hauteurs pour passer sur le Puech de Vermus et sa Vierge qui domine la ville, ou de longer la rivière sur la route goudronnée. Le passage par la rive vous fera gagner au moins une heure, mais vous manquerez une partie du chemin classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Si vous allez tout droit sur la rive du Lot, vous marcherez à l’aise, jusqu’à gagner Espalion.
Ici, le choix est difficile, et dépend de beaucoup des conditions météorologiques. Regardez l’état du chemin, et la sagesse vous imposera le choix. Tout le monde le crie sur les toits et sur les panneaux : “Ne montez pas à la Vierge par temps humide, c’est “dangereux”. Allons! Ce n’est pas dangereux du tout. Soyons courageux et engageons-nous peut-être dans la boue en glissant sur les pierres et les racines au milieu des hêtres, des chênes, des châtaigniers, des noisetiers et des ronces. Voici le menu: des bosses, encore des bosses dans les sous-bois. Ici, la corniche surplombe le Lot. Par temps sec, c’est plus simple, mais le chemin grimpe tout de même. C’est tout de même plus de 200 mètres de grimpette pour aller à la Vierge de Vermus!

Vous comprenez vite votre bonheur en quittant la route goudronnée. Un mauvais petit chemin se faufile dans la pente raide dans un bois, où de petits arbustes et les herbes folles forment d’inextricables fourrés.

On remarque rapidement qu’il ne doit guère être praticable de ne pas glisser sur les grosses pierres après une grande pluie. La végétation se referme autour de l’eau qui se faufile entre les racines, les fourrés, les pierres délavées et les ronces. Les odeurs végétales, l’humus et le chèvrefeuille caressent les narines du pèlerin dont le souffle se fait plus court.

Il y a de rares espaces ouverts sur le chemin, mais la plupart du temps le chemin ressemble à un vrai parcours du combattant, en forte pente.

Quand ce ne sont pas les rocs, ce sont les racines qui entravent le chemin, et souvent les deux.
Après une forte montée entre terre glaise, gros cailloux glissants et racines tortueuses envahissant le chemin étroit, une clairière s’ouvre sur le petit plateau de Plagne, à mi-côte. Ici, la vue sur St Côme d’Olt est magnifique.


Un peu au-dessus, il faut même affronter la rigueur d’un escalier, à plus de 50% de déclivité, au milieu des châtaigniers.

La montée n’en est pas terminée pour autant, dans la jungle luxuriante. Le sous-bois se fait de plus en plus silencieux. Parfois, un mince filet d’eau jaillit des entrailles de la terre. Mais, ici la pente s’adoucit nettement.
Mais les bonnes choses ont toujours une fin. Il arrive forcément un moment où on ne peut monter plus haut! Alors, le chemin se met à dodeliner sur la crête.
Pourtant il y a quelque chose qui semble clocher. Nous avons effectué une belle grimpette et au sommet de la colline et on ne voit pas la Vierge de Vermus! Que des vaches sur l’herbe verte. Et voici maintenant que le chemin ondule doucement dans les haies.
Car le Chemin de Compostelle est facétieux, on vous l’a répété souvent. Il va redescendre jusqu’à une poignée de fermes, pour passer au-dessus du hameau de Combres. Ici, ce sont les chênes qui dominent le paysage.
Une petite route descend même encore plus bas, à près de 50 mètres de dénivelé négatif, traversant d’abord un sous-bois puis la campagne.

Section 2: La Vierge de Vermus est tout là-haut au-dessus d’Espalion.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: la vierge de Vermus se mérite, tant en montée qu’en descente.

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De là-haut, on aperçoit à l’horizon la forteresse de Calmont au-dessus d’Espalion. En revanche, aucune trace encore de la Vierge de Vermus! L’aurait-on dérobée à jamais?

La route descend encore jusqu’à une maison isolée avant qu’un chemin ne prenne le relais pour onduler sur la crête.
Au bout de la crête, le GR65 coupe à angle droit pour recommencer à grimper sur la colline, jusqu’à se retrouver en face d’une gravière.
Une Vierge, cela se mérite. Vu d’ici, on peut mesurer la sueur que l’on a versée pour arriver jusqu’ici, en se rappelant que l’on est monté encore plus haut qu’ici, avant de redescendre, et de remonter encore. Et on n’est pas encore au bout de l’effort.

En avant, marche!

La vierge est là-haut, un peu au-dessus de la carrière. Courage!

Il faudra encore traverser la gravière, escalader un chemin recouvert de grosses pierres basaltiques grises dans une pente extrême. Puissiez-vous passer ici sans affronter le mauvais temps!

Enfin, la voilà immense, grandiloquente! Derrière la carrière de basalte.

De là-haut, sur le cône volcanique qui porte la Vierge, la vue est belle sur St Côme d’Olt d’un côté et sur Espalion de l’autre. La Vierge, haute de 2 m 60, fut créée par le sculpteur Louis Castanié, citoyen d’Aveyron. Elle fut érigée en 1862. Les habitants de St Côme et d’Espalion désiraient que le regard de la Vierge fût tourné vers leur commune respective. On trancha le problème en dirigeant le regard de la Madone, à mi-chemin vers l’Aubrac, entre les deux communes.

D’ici, en direction d’Espalion, vous apercevez en contre-bas le cimetière de St Hilarian, où il vous faudra descendre.

Vous allez bien vous imaginer que descendre d’ici dans les broussailles ne sera pas une autoroute de plaisir. Il faudra vous coltiner les herbes folles, sur un mauvais petit chemin, très étroit et fort caillouteux, dans une pente souvent extrême, dans la forêt de chênes rabougris.

En avant, marche!

Plus bas, le chemin s’élargit et quitte les herbes folles et les buissons, dans une pente devenue enfin fort raisonnable.
Le GR65 alors gagne Espalion, en passant sous l’église de Perse, un sanctuaire très fréquenté par les pèlerins du Moyen-âge, dans leur course aux reliques. L’église daterait du XIème siècle, érigée sur un lieu où St Hilarien aurait été décapité par les Sarrazins. Fort longtemps église paroissiale d’Espalion, elle n’est aujourd’hui plus qu’une chapelle de cimetière. L’église est faire de grès rouge, sous son clocher à arcades.

Hilarian, né vers 760 dans un hameau près de St Côme d’Olt, devint prêtre de l’église de Perse. On dit qu’il traversait le Lot, entre le hameau où vivait sa mère et l’église qu’il desservait, sur son manteau, qui lui servait de barque. Un vrai miracle! Les Sarrazins, alors présents en Rouergue, s’emparèrent de lui et lui tranchèrent la tête. Hilarian prit alors sa tête dans ses mains et la rapporta à sa mère.

A partir du cimetière, vous avez plusieurs choix pour gagner le centre de la cité. Le plus simple est de descendre la petite route qui descend sous l’église.

Espalion, petite bourgade de 5’000 habitants, est la ville principale de l’Aveyron du Nord, encore aujourd’hui un lieu de passage et de marchés. C’est la première cité un peu importante rencontrée par le pèlerin depuis le Puy. La cité a toujours été comme un sourire du Sud pour les pèlerins venant du Nord par d’austères chemins. Autrefois, les tanneries plongeaient leurs dalles dans le Lot et on mouillait et tannait les peaux à même la rivière. De nombreuses maisons à encorbellement sont encore présentes. Il reste des traces des “calquières”, ces anciennes tanneries, dont les pierres plongeaient dans la rivière.

Espalion possédait autrefois une ligne ferroviaire. Celle-ci fut abandonnée définitivement en 1987. La ville est dominée par le Château de Calmont juché sur un piton basaltique dominant la vallée du Lot. Ce château, qui eut une grande importance au Moyen-âge est un des plus vieux châteaux de Rouergue. Les barons maîtres de la forteresse disparurent vers la fin du XVIIème siècle.

Une des images traditionnelles de la ville est le palais Renaissance du XVIème siècle, à l’architecture complexe et avec sa tour “en poivrière ”collé à la muraille, qui se dresse au-dessus du Pont-Vieux et de la ville.

Mais l’image la plus célèbre reste tout de même celle du Pont-Vieux, en grès rose à quatre arches, qui date du Moyen Âge, et qui est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.
 Hélas, le nouveau pont, juste à côté, en défigure un peu le charme.
Nous quittons Espalion et les rives du Lot, par le magnifique Pont Vieux, ce magnifique pont de grès rose piétonnier. Ici, ce n’est pas folichon, car il faut d’abord franchir la banlieue assez insignifiante du bourg.
Certes, le chemin s’ouvre assez vite sur la campagne. Il faut tout de même longer les prés que le voisinage de la ville a gonflés de maisons neuves, tourner son regard vers le château de Calmont, très loin là-haut sur la colline.

Section 3: Une grande aventure vous attend potentiellement ici.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: aucun problème jusqu’à St Pierre avant d’affronter la montée vers Briffoul, mais à partir de là, cela grimpe sérieusement.

Ici, le GR65 dessine de grandes lignes à angle doit, d’abord sur le goudron, puis sur la terre battue, au milieu des villas. Progressivement, vous allez abandonner le château qui est souvent présent devant vos yeux sur la colline. Très peu nombreux doivent être les randonneurs qui montent là-haut.

Plus loin, il y a un petit chemin très caillouteux pour vous faire croire que vous avez quitté la civilisation, mais ce n’est pas le cas.

Le chemin de terre gagne bientôt une route goudronnée.

Il faut suivre assez longtemps la petite route goudronnée. Certes, ce n’est pas la départementale qui mène de Espalion à Estaing, mais les véhicules circulent de manière constante.

Le supplice, si on ose le dire ici, dure jusqu’à un petit carrefour qui permet de gagner St Pierre de Bessuéjouls, une ancienne seigneurie, dont le château est aujourd’hui en ruine. Ici, la publicité fait un ménage curieux avec les signes religieux. Après une longue dose de bitume, c’est toujours un plaisir de retrouver un passage qui offre à nouveau la récréation des sous-bois et de la campagne.

Le GR65 monte sur la route en pente légère vers l’église du village.

Le grès rose de l’église St-Pierre donne une touche subtile dans un très beau site verdoyant. Il faut monter au clocher, si on n’est pas trop claustrophobe, pour voir la chapelle aérienne, suivre un escalier étroit aux marches élimées, pour aller s’agenouiller sur la dalle au pied des statues de St Gabriel et St Michel.

Non loin de l’église, des bâtiments rénovés constituent le domaine d’Armagac, autrefois un couvent tenu par des sœurs pour l’éducation des jeunes filles pauvres. Aujourd’hui rénové, l’édifice est un logement remarquable.

Un pèlerin de fer, au pied d’un grand frêne dans le jardin de la mairie, garde les lieux, faisant face à l’église au pied du grand séquoia.

Le GR65 sort sur la route de St Pierre et suit le ruisseau de Rémenous, aussi coloré en rouge que la colline.

Mais voilà, la première bosse de la journée, et celle-là elle en vaut la peine. Vous avez sans doute apprécié à sa juste valeur la montée d’Escluzels, au-dessus-de Monistrol d’Allier. Celle-ci ne lui cède en rien. Elle est presque aussi exigeante:150 mètres de dénivellation sur 800 mètres de parcours.

Pourtant, dans les premiers virages, le jeu est relativement aisé. Un large chemin quitte la route et monte dans le sous-bois. Ici, dans ces forêts, les châtaigniers disputent l’espace aux frênes, aux érables, aux hêtres et aux chênes.

Le chemin gagne alors quelques belles fermes de pierre dans une clairière.

Dans ce vallon boisé et vert, il est temps maintenant d’attaquer une pente assez raide. Parfois, la terre est ocre, tirant même sur le rouge. Parfois, de petits bancs de rochers affleurent.

Plus on monte, plus le chemin se fait étroit, et plus la pente augmente.

Bien sûr, certains sportifs trépigneront d’impatience ici à avaler cette pente, à contourner les rochers couverts de mousse plantés au coin du chemin, à progresser ainsi, agiles comme de véritables bouquetins. Mais, les retraités qui font le chemin, et ils sont nombreux, attendront plutôt que l’aventure se termine le plus rapidement possible.

Si vous passez ici par un temps pluvieux, la montée sera très pénible. Il vous sera impossible d’éviter la boue. Il faudra vous accrocher parfois aux buissons et aux arbustes pour ne pas glisser sur un terrain, où le caillou roule sans cesse sous le pied jusqu’ à atteindre le plateau au-dessus. Les racines, parfois énormes, s’entrecroisent, presque jusqu’à barrer le chemin. Les rochers sont parfois pris par des lianes comme dans une étreinte mortelle. Du vrai fun, pour sûr. Nous sommes passé ici une fois, un jour de beau temps, mais après une période exécrable où le sol était grandement dégradé. On peut vous assurer qu’alors c’est peut-être le passage le plus pénible de tout le chemin de Compostelle. Puissiez-vous passer ici par un jour de beau temps.

Comme si vous y étiez, ou presque…

Mais reprenons notre course du jour. Et, il reste encore quelques jolis passages pour les retraités.

Dans les dernières centaines de mètres, la pente se fait moins sévère. Le chemin ocre sort progressivement du bois pour gagner une sorte de maquis où poussent aussi quelques pins chétifs dans les buissons.

D’ici, on voit encore le château de Calmont au-dessus d’Espalion.

Section 4: La descente est presque aussi fun que la montée, par mauvais temps.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: une fois arrivé à Le Briffoul, le chemin caracole, souvent aussi avec des pentes à plus de 20%, sur les cailloux, vers Beauregard.

Le GR65 rejoint alors un plateau sur la route. Pour de nombreux pèlerins, le plateau de Briffoul, dominant le Lot, est accueilli comme une délivrance.

La route conduit alors à Le Briffoul et à ses fermes. Une gigantesque ferme domine le plateau.

Le Briffoul, avec ses belles maisons taillées dans le calcaire brut, est à quelques encablures. Ici, c’est la campagne dans toute sa grandeur.

A la sortie de Briffoul, le chemin se promène un instant sur la terre ocre du plateau. La colline se déroule avec la monotonie de grandes ondulations vagues, le long des prairies et de quelques petits champs cultivés. L’horizon s’étend solitaire, jusqu’à la voûte du ciel, tout au bout de l’horizon.

Plus loin, le large chemin arrive bientôt au bout du plateau, à l’orée de la forêt.

Comme on est monté, il faut redescendre. Voilà le programme du Chemin de Compostelle. Le chemin dégringole du plateau. La descente est non moins vertigineuse que la montée, le plus souvent dans un chemin étroit.

Le chemin s’enfonce dans les sous-bois touffus, au milieu desquels on reconnaît des érables, des chênes et des châtaigniers, mais où le soleil ne pénètre guère. Ici, les hêtres ont remplacé les charmes. Par beau temps, à part la pente, ce trajet ne pose aucun problème. Mais, par mauvais temps, c’est tout autre chose. Le chemin devient torrent et le pied glisse sur les pierres mouillées. Vous n’aurez qu’envie d’en sortir. Le château de Beauregard, en dessous, sera là comme une délivrance, à la sortie du bois.

La pente parfois diminue un peu, mais le plus souvent on est entre 10% et 20%. Ici la terre, sous les gros cailloux, est presque noire. Vers le fond de la descente, sous les frênes, on aperçoit l’église de Trédou en-dessous.

Le chemin débouche à la sortie de la forêt près du château de Beauregard. Si la demeure est peut-être inhabitée, le domaine fait du vin, une des appellations des vins d’Estaing.

Dans un paysage agreste, où on voit des châtaigniers et de nombreux frênes, le GR65 gagne alors le plateau sur le goudron près de l’église de Trédou.

L’église, avec son curieux clocher, qui paraît en dehors de l’église, est un ancien prieuré mentionné depuis le XVIème siècle, qui a connu des rénovations tout au long de son histoire, les derniers travaux remontant à une dizaine d’années. L’église est fermée, mais quand vous faites le tour, vous avez l’impression que des gens habitent ici.

Depuis l’église, une route descend dans la campagne sous les grands arbres, passe près de quelques belles maisons de pierre au hameau des Camps.

Au bas d’une courte descente, l’univers s’ouvre sur une petite route goudronnée qui vous semble filer vers l’infini. Le bonheur, quoi!

Section 5: En route pour le beau village d’Estaing.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: du plat, puis des montagnes russes sans difficulté.

Non, ici ce n’est pas la morne plaine de Victor Hugo, mais quelque chose qui lui ressemble, d’interminables bouts droits, d’abord sur le goudron, puis sur le gravier, à travers champs. Le pèlerin, comme le soldat, ne le dira-t-on jamais assez, n’est pas un vrai touriste. Il n’a aucun droit d’exiger en permanence le sublime. Tout au plus ne musardera-t-il pas en route et accélérera le pas pour abréger cette promenade fastidieuse qui lui paraît si longue.

Beaucoup plus loin, le GR65 arrive sur le goudron à Verrières, presque au bord du Lot.

Le village comprend de remarquables maisons en pierres de taille. C’est un village tout en douceur de vivre, qui est aussi une appellation des vins de la région.

Le GR65 franchit bientôt le petit ruisseau de Magrane pour rejoindre la D100, une petite départementale qui longe le Lot.

Il suit un moment la route peu fréquentée sur le bord de la chaussée. Mais le GR65 déteste les routes départementales. Il n’y va que lorsqu’il est obligé. Dès que l’occasion se présente de jouer les filles de l’air, il repart avec volupté dans la forêt sur un étroit chemin caillouteux.

Avant d’arriver à Estaing, juste une petite bosse pour le plaisir dans les bois. Ici la forêt est dense, au milieu des érables, des hêtres, des chênes et des châtaigniers.

Le chemin se rétrécit vite, et en descendant, on voit en dessous une route qui longe une des boucles du Lot.

Le chemin rejoint la route qui longe le Lot. Ici, la vallée est encaissée, sombre.

Estaing est à deux pas sur la route.

Estaing est un petit bourg, avec guère plus de 600 habitants. Estaing doit son nom au latin stagnum, qui veut dire étang. La bourgade, sur son piton rocheux, au bord du Lot, date de l’époque gallo-romaine. L’emblème de Estaing est sans conteste le château, l’imposante demeure des comtes d’Estaing.

Les Estaing sont une illustre famille de Rouergue, qui a donné de la France de très nombreux militaires et religieux : un cardinal, de nombreux évêques, des amiraux, et même un président de la République française. Les premières pierres du château furent posées au XIème siècle, et le château fut remanié de nombreuses fois. Promu bien national à la Révolution française, il fut repris par les religieuses de St-Joseph, pour devenir leur maison mère. En 2000, il passa à la commune d’Estaing. En 2005, la Fondation Valéry Giscard d’Estaing racheta le château.

La boulangère du coin nous dit que Giscard vient parfois acheter le pain chez elle, y allant de ses célèbres “Bonjour, Madame”. Mais, il ne vient pas toutes les semaines. Loin de là! Estaing est tout de même assez perdu, au milieu de la France. Mais, il vient chaque année à la Fête de St Fleuret, où, avec sa femme, il fait visiter le château.

Pour les touristes, Estaing se résume au château et à la grand rue où se trouvent les hôtels et les commerces. L’église paroissiale de St Fleuret, construite sur une crypte, construite au XVème siècle récemment rénovée, est un peu sur la hauteur dans un village au caractère moyenâgeux, où les schistes dominent. Un très beau bâtiment du XVIème siècle abrite un Office du Tourisme rajeuni dans une très belle cave voûtée.

Mais Estaing, c’est aussi le majestueux pont gothique, classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Il porte en son centre la croix d’Estaing, qui symbolise à elle seule l’Aveyron. Un peu plus loin sur le pont, la statue de François Estaing, l’évêque de Rodez.

De nombreuses possibilités de logement sont offertes ici. D’ailleurs de nombreux pèlerins font étape à Estaing.

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