07: St Chély d’Aubrac à St Côme d’Olt

Des steppes de l’Aubrac à la végétation luxuriante du Lot

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, nous allons laisser l’Aubrac derrière nous, presque à regret. Mais le Chemin de Compostelle est si varié que d’autres horizons attendent le pèlerin. Le Lot n’en finira pas de tourner dans le centre de la France.

Nous sommes en Aveyron pour plusieurs jours. Et la direction demeure toujours sud-ouest. L’étape est entièrement en Haute Rouergue, la région Nord de l’Aveyron, coincé entre le Cantal du Massif central auvergnat et les causses du sud de l’Aveyron. Le chemin passe sur les hauts de la Boralde de St Chély, qui se jette dans le Lot près de St Côme d’Olt.

Nous sortons de l’Aubrac pour le pays d’Olt. Alors Olt ou Lot (il faut prononcer le t) est-ce la même chose? Vous imaginez ben que les étymologistes se sont penchés sur la question. Et pourtant, rien n’est bien clair. Car il faut remonter aux origines celtiques, gauloises, occitanes, et autres de ces pays que traverse la rivière. Certains experts penchent pour une origine gauloise/celte, ollo signifiant grand. Sous les romains, ollo va devenir oldo, puis olto. Et puis en ancien français olt. D’autres experts pensent plutôt que ollo ferait allusion à Ollodio, le dieu Jupiter, le plus grand. Quelle qu’en fût l’origine, Olt bascula un jour en Lot, par un phénomène connu en linguistique sous le beau terme de métathèse. Pour des questions de prononciation, on se met à inverser les lettres, le plus souvent les consonnes! Alors ne soyez pas surpris que la vallée du Lot s’appelle encore aujourd’hui Vallée d’Olt. Quoi qu’il en soit, si olt veut dire grand, on ne peut qu’abonder dans le sens des étymologistes, car la rivière et la vallée sont sans doute parmi les plus belles de France.
 

 

Dans ces régions, l’élevage (bovin et ovin) prédomine, dans un paysage géologiquement complexe, dans un réseau de petites rivières. C’est le pays des “boraldes”, de petites rivières ou torrents rapides qui coulent dans des vallons très encaissés. Ces petites rivières ont entaillé le socle de l’Aubrac, qui est ici formé de schistes et de gneiss, qui sont des roches transformées à partir du granite, le socle de base de l’Aubrac, qui lui est, en surface, recouvert de roches volcaniques basaltiques. La vallée du Lot forme nettement une frontière vers le Sud de l’Aveyron.

Les dénivelés aujourd’hui (+288 mètres/-711 mètres), sont importants, surtout en descente. L’étape n’est pas longue, même si de nombreux pèlerins poussent jusqu’à Espalion. Mais, il n’en demeure pas moins que, même raccourcie, c’est une étape difficile pour de nombreux pèlerins retraités ou peu sportifs. Le début de l’étape, c’est une montée raisonnable sur le haut plateau. Puis, l’étape est une longue descente vers la vallée du Lot sur des chemins caillouteux vers la végétation exubérante de la Boralde de Chély. Nous partons tout de même à plus de 800 mètres d’altitude à St Chély d’Aubrac pour arriver à la  fin de l’étape à moins de 400 mètres. En fin de parcours, attendez-vous à un petit effort quand vous devrez remonter à la Rozière. Certains esprits fâcheux diront, avec un léger parti pris, que ce n’est pas la plus belle étape du Chemin de Compostelle. Mais, les forêts ici sont belles et la végétation exubérante.

L’étape du jour est nettement à l’avantage des passages sur les chemins:

Goudron: 6.0 km

Chemins: 10.0 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, encore 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous “estimez” l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-st-chely-daubrac-a-st-come-dolt-par-le-gr65-51220823

Section 1: Le chemin remonte sur le haut plateau.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: quelques pentes sérieuses pour monter à Le Recours, puis montée assez raisonnable.

Ici, on sort rapidement du village pour descendre vers la rivière.

A la sortie de St Chély, un pont est jeté sur la petite rivière qui coule ici, la Boralde de St-Chély. Sur le pont, se dresse encore un vieux calvaire érigé il y a bien longtemps, au XVIème siècle, qui représente un pèlerin, une main posée sur son bâton, comme pour chasser les mécréants et les démons, l’autre maintenant un rosaire. La rivière paraît grasse et repue, aujourd’hui généreusement nourrie par les pluies et les neiges de l’hiver et du printemps.

On abandonne rapidement en contrebas la rivière pour grimper par des lacets serrés sur le chemin qui zèbre la colline au-dessus du village près du cimetière. Ici, les défunts peuvent jouir à l’aise du murmure de la rivière à leurs pieds, le long du sentier.

St Chély d’Aubrac est vraiment un beau village dans son uniforme gris et ses maisons de pierre.

Après le cimetière, le chemin devient un peu plus caillouteux, et grimpe, dans un rythme somnolent entre la pénombre et la grande lumière, à l’ombre bienveillante des grands arbres.
Ici, plus de pins majestueux, l’Aubrac est derrière nous. Dorénavant, il faudra s’y faire avec la verdeur des feuillus. Ici, les arbres sont aussi majestueux, et les grands frênes disputent l’espace aux hêtres, aux charmes et aux chênes rouvres. Pour l’instant, les châtaigniers sont plus discrets de ce côté de la montagne.
La forêt est belle ici, près des blocs de granite où s’insinue la mousse. Le chemin fait alors une pause au niveau d’une route. Attention ici, le chemin est mal indiqué. Il faut descendre quelques dizaines de mètres pour retrouver le sentier et non monter sur la route. Mais, si vous montez la route le long des hauts frênes, vous arriverez plus haut au même endroit que le chemin.
Or donc, le chemin continue à monter dans les cailloux au-dessus de la route. Ici, les charmes dominent nettement les autres espèces, le long des blocs de pierre, recouverts de mousse charnue. Une croix est plantée dans un amoncellement de cailloux qui incite à la rêverie, qui pourrait nous fait pénétrer dans le monde magique des lutins.
Encore une petite balade, avec une odeur de terre mouillée, sous les grands chênes, charmes, hêtres et frênes, et le chemin rejoint la route de tout à l’heure.
La première montée de la journée s’achève au hameau du Recours. Un peu de plat, comme une halte généreuse qui permet de recharger les batteries.
Au Recours, le GR65 part à plat sur le goudron. Des passages sur le goudron, il y en a tous les jours sur le chemin…
… avant de continuer sur la terre battue la montée dans la forêt de Grausmaurel vers Les Cambrassats.
Ici, le décor est souvent majestueux, dans une sorte de tunnel jeté sous les grands charmes et les hêtres, qui hésitent entre l’ombre et la lumière.
Le chemin gravit alors la colline sur des pentes plus douces dans cet univers de féerie. Les charmes, généreux ici, laissent parfois s’exprimer quelques rares chênes, bouleaux ou châtaigniers.
Comme le loup, le chemin sort progressivement du bois. En dessous, le village de St Chély d’Aubrac se noie dans le feuillage épais, avec au-dessus les plateaux dénudés de l’Aubrac.
Le chemin sort alors des broussailles, arrive sur un petit plateau, sur une route tranquille, le long des chênes et de hauts frênes avec un embryon de vie agricole. Les vaches, la plupart encore de la race d’Aubrac, paissent dans de petits champs. Ici et là, les paysans ont fauché l’herbe. Aussi loin que le regard s’étend, on n’aperçoit qu’une vague succession de dômes feuillus qui luisent au soleil.
A la sortie du sous-bois, le GR65 part presque à plat, sur le goudron, vers le hameau des Cambressats.
Certains (il y en a aussi) seront lassés un peu, il faut le dire, de tout ce vert, de cette douce anarchie que seule la nature sait réussir. Alors l’œil cherche autre chose à se mettre sous la rétine. Il s’arrête alors complaisamment sur les Cambressats, une poignée de maisons de pierres de taille, aux toits d’ardoises pentus, qui touchent parfois jusqu’à terre. Ici, on pourrait croire que ce sont des basaltes utilisés pour la construction. Ce sont des grès de diverses couleurs, car on est sorti du socle granitique.
Le GR65 quitte le hameau sur un petit sentier étroit qui longe la dernière maison du hameau.
Ici passait jadis une voie romaine. Il n’en reste pas grand chose. C’est ici plutôt un étroit sentier, rarement très caillouteux, assez doux, qui ondule sur la terre sombre, parfois le long des murets de pierre, à l’ombre des feuillus.
Une légère activité agricole est présente, mais ici le pays est plutôt vide, avec des habitants qui n’ont sans doute jamais été nombreux au cours des siècles.

Section 2: Vers une petite halte à l’Estrade avant d’aborder une longue descente, souvent pentue.

Aperçu général des difficultés du parcours: sans difficulté jusqu’à L’Estrade, puis les pentes vont s’accentuer progressivement.

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Le sentier continue à longer la crête le long des haies dans la campagne ouverte. Jusqu’à l’Estrade, le paysage s’éclaircit alors sur de nombreux kilomètres, à plat ou en très légère descente. Ici sous les hêtres, les frênes et les chênes, dominent les prairies et le bétail. Parfois le chemin étroit joue les montagnes russes derrière les buissons et les fougères. Parfois, il s’élargit un peu.

Parfois, le regard se pose sur la faille où coule la Boralde de St Chély dans la végétation luxuriante.

Plus loin, le GR65 rejoint une route goudronnée.
Survient alors un long trajet en descente légère sur le goudron. Hélas, diront beaucoup de pèlerins. Oui, mais sur le goudron le pas est sûr et le pèlerin n’a pas à regarder où il pose ses semelles. Alors, il peut laisser errer son regard vers des horizons plus radieux, communier avec la nature dans cet émerveillement que procure la vision de tant de si beaux décors sculptés par le temps et l’eau. Qui dira le sentiment de plénitude qu’éprouvent tant de pèlerins sur le chemin, qu’ils entrent dans des forêts vieilles comme le monde ou alors dans la platitude feinte de la campagne? Pour certains d’entre eux, les yeux brillent comme ceux des petits enfants devant le sapin de Noël.
Par bonheur, diront d’autres, le GR65 se décide à retourner dans les sous-bois, où on retrouve les chênes, les frênes, les charmes, les hêtres, et dans les prairies, là où il s’exprime le mieux, c’est à dire sur de grands chemins de terre peu caillouteux.
Le chemin se promène alors le long des haies. Ici, les châtaigniers se font de plus en plus présents. Quand les haies s’ouvrent, l’œil se perd sur des groupes de fermes dispersées dans la campagne.
Ici, le chemin est large, aisé. Il y a même des merisiers au bord du chemin.
Le chemin se rapproche alors du hameau de L’Estrade. Et qui dit hameau dit aussi présence du bétail. Ici, les Aubrac et les Salers mélangent leurs belles cornes.
Ne vous attendez pas à trouver un bourg à L’Estrade. Ce ne sont quelques grandes maisons de blocs de grès et leurs superbes toits de lauzes. En Haute Rouergue, la géologie est différente de celle de l’Aubrac. Nous sommes dans des territoires géologiques complexes où subsistent encore parfois le granite et le basalte, mais où abondent les calcaires et les schistes. Cela se lit aisément sur les façades des maisons ou sur les pierres du chemin.
Mais, ici, il y a surtout une buvette, un ancien four à pain aménagé à l’usage des pèlerins. Pour une modique somme de 1 euro, que l’on glisse dans une boîte, on peut consommer une boisson chaude ou froide ou manger quelques biscuits. Il faut dire que c’est toujours un bonheur de trouver ces refuges sur le chemin.

A l’Estrade, nous sommes encore à 830 mètres d’altitude et 4 kilomètres plus loin, nous serons à moins de 500 mètres d’altitude. Le chemin va descendre sans discontinuer vers la vallée du Lot, sur un long promontoire entre la Boralde de Chély et un petit ruisseau, le Cancels. Après l’immensité des champs, la forêt se profile à nouveau, au milieu des feuillus. Au début, la pente est douce et la campagne encore présente, le bétail aussi, le long des haies de feuillus.
Mais au détour du chemin, on pressent que cela va changer et que la pente s’annonce. Comme hors-d’œuvre, voici un large chemin recouvert de pierres schisteuses cassantes.

Aimez-vous les schistes cassants?

Au début, la forêt n’est pas très dense, et le chemin hésite parfois entre l’argile et les schistes. Sur ces chemins, où parfois les pierres abondent, on est si concentré sur le sol que l’on perd de vue que l’on traverse ici des forêts riches en châtaigniers sauvages.

 

Section 3: Une très longue descente vers la rivière.

Aperçu général des difficultés du parcours: descente raide et pénible, entre 10% et 20% de pente, souvent sur les cailloux vers le ruisseau de Cancels.

Il est des tronçons sur le Chemin de Compostelle qui vous paraissent interminables. Celui-ci en fait partie. Certains pèlerins adorent, d’autres détestent. Le chemin va faire de gros virages en spirales, dans un décor caillouteux envahi par une végétation rampante, des sous-bois de feuillus. Et la pente n’est pas de la revue.

Souvent, le chemin progresse dans la forêt assez clairsemée, avec parfois de petites clairières.

Ici, au milieu des hêtres et des chênes, ce sont maintenant les châtaigniers qui dominent, eux qui étaient presque silencieux de l’autre côté de la colline. Certains, peut-être plusieurs fois centenaires, encadrent le chemin, comme autant de piliers, on dira ici comme autant de bornes kilométriques d’un chemin qui n’en finit pas. Parfois, les arbres noueux se mêlent en une grande arche griffue au-dessus des têtes. Au pied de ces arbres, de frêles noisetiers et de la charmille, enchevêtrent leurs maigres branches en un fouillis de broussaille ébouriffée.

Plus bas, le chemin se décide à aller plus profondément dans la forêt…

…pour en ressortir peu après. A mi- descente, on aperçoit en dessous la vallée du Lot. Mais, elle est encore très éloignée. Alors, le chemin frôle à nouveau les prairies, avec leurs clôtures de barbelés.

Parfois, sur le chemin, des pommes de pin signalent la présence de conifères, assez rares ici. Plus bas, le chemin s’enfonce résolument dans la forêt et l’humidité progresse en conséquence.

Vous croyez toujours en venir à bout. Mais non! Un virage annonce encore un prochain virage. Par endroits, la forêt devient très dense, très humide. Le sol aussi, argileux et sablonneux, se teinte de chlorophylle. Il est comme une éponge, se ravine ou gonfle en période de fortes pluies. Les fougères se couchent sur le talus, au pied des troncs de noisetiers et de châtaigniers recouverts d’une épaisse couche de mousse cotonneuse, comme de petites algues vertes et brunes. D’autres mousses, plus filamenteuses pendent ainsi que des chevelures poisseuses de gorgones.

Au bas du chemin, sous la voûte sombre des arbres qui fait comme un tunnel de ténèbres, on entend gronder un ruisseau. C’est aussi que l’on rejoint le Cancels, un petit ruisseau assez tumultueux et sauvage. Les torrents de l’Aubrac, les boraldes, nées du ruissellement de l’eau des prairies, ont quitté la paix du haut plateau, pour se jeter par de profondes déchirures, le long de talus oppressants sur la plaine du Lot.


Avant d’aller vous tremper les pieds dans le ruisseau.

 

Au fond du vallon, le chemin traverse le ruisseau sur un vieux pont construit à l’époque de François I, retapé depuis, pour ses chasses en Aubrac. Un peu de visite des monastères, mais surtout beaucoup de sangliers, tel était le programme des monarques du temps jadis.

Dans le bois de Cave Combe, la luxuriance est telle que parfois on a de la difficulté à suivre le chemin quand il quitte l’asphalte pour le sous-bois. Sincèrement ici, on n’a envie que d’en sortir. Ici, la végétation est abondante. Les vipères aussi, ouvrez l’œil! Depuis le pont, le GR65 fait un petit peu de route.

A un moment, on vous proposera de suivre la route pour rejoindre St Côme d’Olt. Allez-y gaiement! Le GR65, lui, aime à faire des détours, jouer les filles de l’air, remonter franchement vers La Rozière, où se niche dans les schistes un point d’eau. La décision se prend un peu plus loin, après le pont sur la Boralde de St Chély.

Mais, quel que sera votre choix, il vous faudra déjà affronter un chemin qui se perd dans les hautes herbes, dans la chlorophylle épaisse du bas du vallon.

Alors peu après, le GR65 retrouve la route pour croiser la Boralde de St Chély.

Le long de la route, l’humidité est si présente et le vallon si encaissé que les arbres se haussent sur leurs racines pour trouver la lumière et le soleil. Les frênes sont gigantesques, dépassant de plusieurs coudées les chênes, les hêtres, les charmes et les châtaigniers. Chalara fraxinea, ce méchant champignon venu de l’Est, qui pénètre par les feuilles et le collet de l’arbre et tue les frênes n’a par chance pas encore atterri dans ces lieux.

Depuis la rivière, le GR65 monte encore sur la route dans la végétation exubérante jusqu’au moment de croiser un chemin qui grimpe dans la forêt. Alors arrive l’heure du choix, ou continuer sur la route vers St Côme d’Olt, ou se résoudre à monter vers La Rozière.

Section 4: Un parcours casse-pattes jusqu’à St Côme d’Olt.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: montagnes russes souvent très prononcées, à moins que l’on se décide à suivre la route.

Pour ceux qui préfèrent la facilité, la route sort rapidement de la forêt après quelques virages dans le sous-bois.

Elle passe par les villages de Martillergues et de la Ragaldie, avec de belles maisons de pierre, avant de gagner l’entrée de St Côme d’Olt. C’est quasi plat sur le parcours.

Mais bien évidemment, vous êtes un vrai pèlerin, et ce n’est pas la petite montée vers la Rozière qui saura vous effrayer. La montée s’amorce, assez raide, dans un chemin creux sous les grands arbres et les noisetiers.

Assez longtemps, le chemin hésite entre la forêt et les clairières. Parfois le chemin est lisse sur la terre battue ocre, parfois orné de grosses pierres. On voit de temps à autre poindre des épicéas et des pins.

Dans cette nature sauvage dense et verte, les fougères touffues s’élèvent si haut que l’on dirait presque des arbustes. Et toujours et encore, les châtaigniers, les hêtres, les charmes, les chênes et les frênes qui nous montrent le chemin.

Bientôt, la montée prend fin quand le chemin arrive à la Rozière, que l’on devine à peine, tant le hameau est enfoui sous la végétation.

La Rozière est un hameau remarquable, fait de vieilles demeures, aux larges pierres de calcaire et de schiste, ployées par le poids des ans. Plus personne ne doit habiter ici, en toute vraisemblance. Un paysan, un peu plus bas, nous a dit qu’ils n’étaient plus que deux à vivre d’un peu d’élevage et de ne subsister que grâce aux maigres subsides européens. De nombreux pèlerins feront sans doute halte ici le long de ce mur d’où jaillit un robinet d’eau fraîche.

Ici, le facteur ne doit pas passer tous les jours. Nous sommes à 3. 5 kilomètres de St Côme d’Olt.

Un chemin assez pierreux redescend alors dans un sous-bois très ombragé pour aller franchir un petit affluent de la Boralde de St Chély. A partir d’ici, ce sont les chênes qui dominent le paysage.

Puis, le chemin remonte sur de gros cailloux de l’autre côté du ruisseau, toujours dans l’exubérante végétation des feuillus et des hautes herbes.

La montée n’est pas longue et le chemin passe devant quelques maisons isolées.

Nous avons alors atteint un petit plateau et le chemin court dans les prés sous les antennes et la ligne à haute tension.

Peu après, le chemin commence à redescendre vers la plaine, le long des haies dans la campagne. Dans la région, il n’y a que des prés, aucune culture.

Bientôt, à l’approche du village de Cinqpeyres, on voit le village de St Côme d’Olt et le clocher effilé de l’église en contre-bas. Ici, poussent des noyers et des arbres fruitiers.

Sous les frênes et les noyers, près d’une belle croix se niche en dessous le village de La Rigaldie, là où passe la route pour les gens qui n’ont pas voulu faire le crochet de La Rozière.

Le GR65, lui, traverse le village de Cinqpeyres et se rapproche de la départementale qui va de Laguiole à Espalion.

Mais, le GR65 ne suit pas la route. Il s’engage dans un sentier étroit dans les murets et les hautes herbes.

C’est assez bref ici, et rapidement le GR65 retrouve le goudron en frôlant le hameau de la Rigaldie.

Rapidement, la petite route de campagne rejoint la départementale à l’entrée de St Come-d’Olt. C’est aussi ici qu’arrivent les gens qui ont suivi la route et évité la Rozière.

En arrivant au bourg, on voit sur sa gauche l’église St-Côme-et-St-Damien dont le clocher fin comme une aiguille monte dans l’azur. Devant soi, au nord du village, c’est la Chapelle des Pénitents.

Autrefois appelée Saint-Pierre de la Bouïsse, c’est le monument le plus ancien de la ville, datant à l’origine du XIème siècle. Il était près d’un hospice dédié à Saint Côme et Saint Damien, deux frères jumeaux, infirmiers, médecins et martyrs de la fin du IIIème siècle. L’hospice accueillait et soignait les pèlerins venant d’Aubrac. Il donnera aussi son nom au village, St Côme étant aussi devenu le saint patron des médecins. Puis, l’église restera église paroissiale jusqu’au XVIIIème siècle malgré l’existence de l’église concurrente. Alors, elle accueillera la Confrérie des Pénitents Blancs si bien que sa dénomination actuelle la désigne comme étant “La chapelle des Pénitents”.

St Côme-d’Olt (1’300 habitants) est un village quasi circulaire, avec un caractère profondément médiéval. Les anciens remparts sont aujourd’hui les façades extérieures des maisons qui donnent sur la rivière. Le centre-ville est une sorte de grand fer à fer à cheval, avec de petites places entourant l’église et le cœur de la cité médiévale.

Il existe encore des portes d’accès à la cité, la Porte de la Barrieyre, celle du Théron et celle de la Porte Neuve. St Côme d’Olt est un magnifique village, classé parmi les plus beaux villages de France, avec ses venelles, ses ruelles parfois tortueuses, ses placettes, ses maisons fleuries et ses élégantes demeures dont certaines remontent au XVIème siècle.

Au XIIème siècle, les seigneurs de Calmont d’Olt possédaient toute la région, avec leur château principal au-dessus d’Espalion. Ils avaient ici un manoir, maintes fois restauré. C’est aujourd’hui l’hôtel de ville, situé près de l’église.

Au XIVème siècle, le château des seigneurs de Calmont d’Olt avait aussi une chapelle ici. La chapelle devenue trop petite fut agrandie pour devenir l’église St Côme et St Damien d’aujourd’hui. Dans cette pittoresque petite cité médiévale, le clocher tordu de l’église gothique, de style flamboyant du XVIème siècle, émerge des toits de lauzes (pierres plates de schiste, d’ardoise, de gneiss ou de basalte), présents partout dans la ville. Les portes de l’église, sculptées dans le chêne portent des clous de fer forgé. L’église étant fermée, nous n’avons aucune impression de l’intérieur. Mais, ici dans le village, à quelque endroit que vous vous trouvez, vous avez toujours le clocher devant vous.

Et puis, il y a près de l’église cet incroyable et mythique gîte del Roumiou, avec ses fenêtres qui, comme des meurtrières, semblent emmurer de sombres secrets. Une des perles rares du Chemin de Compostelle en France. L’hébergement et les moyens de restauration sont modestes dans le bourg.

Gastronomie locale

 

Dans le Rouergue, l’aligot est encore un plat de tous les jours et plat de fête. Mais chaque terroir marque sa différence. On se rapproche très progressivement du canard, que l’on va trouver dorénavant, et ceci jusqu’à St Jean Pied-de-Port. Dans la vallée du Lot, vous allez pouvoir déguster de la charcuterie traditionnelle, basée sur le porc et le canard, que ce soit sous forme de saucisse, de saucisson, de jambon ou de pâtés.

Vous verrez aussi apparaître les premiers vins, qui viennent ici d’Entraygues sur la Truyère ou d’Estaing sur le Lot.

Logements