00 : Petite visite de Puy-en-Velay

Le Puy, capitale du Velay, avec ses 20’000 habitants. Très célèbre pour son pèlerinage à la Vierge noire, elle est en tous points charmante, sous ses toits de tuiles rouges, parfois orangées. De vieux édifices, souvent impassibles et massifs, longent les rues pavées, souvent tortueuses. Dans la vielle ville, les échoppes regorgent de dentelles, de verveine et de lentilles vertes. La rue des Tables, avec ses escaliers sur le haut, est le cœur de la vieille ville.

On vous propose ici d’aller faire un tour rapide de la vieille ville. On comprend tout de suite qu’il faut avoir la foi bien accrochée pour gravir les marches de la magnifique Rue des Tables qui monte vers la Cathédrale.

Ici, on a respecté la religiosité du lieu, et il n’y a pas, comme dans de grands lieux touristiques, vendu la rue aux marchands. Les commerces, et ils sont peu nombreux, sont cantonnés au bas de la rue, sur une place. On peut même acheter ici son équipement pour commencer son Chemin de Compostelle.

La cathédrale originale fut érigée au XIIème siècle, en style roman. L’influence byzantine est manifeste, par ses coupoles, ses coloris et ses mosaïques. Les pierres sont des pierres volcaniques polychromes, les mêmes que vous trouvez en abondance dans les anciennes maisons de la région. On construisit d’abord l’église sur le rocher, mais en raison de l’affluence des pèlerins, on ajouta des travées supplémentaires érigées sur le vide. Mais voilà! Vous aurez le sentiment de vous trouver devant un édifice d’origine. Il n’en est rien. L’édifice faillit tomber en ruines au début du XIXème siècle. Alors de 1844 à 1870, on démolit l’édifice presque dans sa totalité et on le reconstruisit, pierre par pierre presque à l’identique. On ne peut que souligner l’art et le soin avec lesquels cette restauration a eu lieu. Puisse-t-on en faire autant pour Notre-Dame à Paris.

Une fois en haut du large et long escalier en pierre de 134 marches, vous êtes devant le porche. La façade occidentale de la cathédrale comporte cinq étages, avec des arcs aux couleurs alternées et de nombreuses mosaïques. Si vous êtes allé à Vézelay, en France, ou à Aix-la Chapelle, en Allemagne, vous verrez rapidement la similitude de ce type d’architecture, avec des couleurs opposées. Si vous êtes amateur d’architecture byzantine, vous verrez aussi un air de famille avec la mosquée de Cordoue, en Espagne. Evidemment, ici, les pierres de couleurs différentes étaient toutes sur place. Quoiqu’il en soit, ici c’est du pur style roman.

L’édifice est d’une complexité redoutable. En plus de l’église se dressent d’autres édifices, dont le cloître, la Chapelle de Pénitents et le Baptistère St Jean. Ici, la visite de l’église est gratuite. C’est un véritable parcours du combattant, un parcours fléché pour la visite. On ne pénètre pas dans la nef de l’église par le grand escalier, mais en dessus par des couloirs et des escaliers supplémentaires pour arriver dans la grande nef.

http://lespassions.fr/le-puy-plan-de-la-cathedrale-44 https://fr.wikipedia.org/wiki/Cathédrale_Notre-Dame-de-l’Annonciation_du_Puy-en-Velay

L’église a une forme de croix latine et comprend une nef à 6 travées avec des travées supplémentaires, de nombreuses absides. Il faut venir ici avec un expert, car la structure est complexe, d’autant plus que, comme il n’y avait plus d’espace sur le rocher, les architectes ont construit une partie de l’église dans le vide, pour supporter les nouvelles travées. Les voûtes supportent de beaux dômes. C’est en arrière-plan, près de l’autel, que se dresse la Vierge Noire.

 

La statue de la Vierge Noire a une longue histoire. Mentionnée dès le XIème siècle, elle a toujours été l’attribut d’une grande vénération de la part des pèlerins, avant d’être détruite sous la Révolution. Mais, il faut remonter encore plus loin dans le temps, dans les légendes. Il devait y avoir ici un dolmen qui occupait l’emplacement actuel de la cathédrale. Il reste une trace, une partie de la pierre conservée dans une chapelle sous le nom de Pierre des Fièvres ou Pierre des Apparitions. C’est sur ce dolmen que serait apparue au IIIème siècle la Vierge à une dame du Puy souffrant d’une grande fièvre, lui promettant la guérison à condition de s’étendre sur la pierre. Ce qu’elle fit. La brave dame fit des démarches auprès de l’évêque local pour faire dresser un oratoire en ce lieu. Après plusieurs autres guérisons on se décida pour la construction d’une église. Ce rocher original où se trouvait le dolmen est le Rocher Corneille. Le mot Corneille tire peut-être son origine d’un cerf, Cernunnos, dieu gaulois, le site étant un ancien souvenir du culte de cette divinité. Le sanctuaire marial devient rapidement le siège d’un pèlerinage. Si l’origine du culte de Notre-Dame-de-l’Annonciation se trouve dans la Pierre aux Fièvres, le Moyen Âge et les temps modernes vénèrent surtout la Vierge noire.

Le culte marial connaît son apogée au XIIIème siècle. La ville est dès lors dénommée Puy-Sainte-Marie ou Puy-Notre-Dame. Les pèlerins et les potentats affluent de tous les horizons, et les jubilés se succèdent lors des années saintes. Ces grandes fêtes se déroulent chaque fois que le Vendredi Saint, jour de la mort du Christ, coïncide avec le 25 mars, jour de l’Annonciation. Il y eu même des morts, coincés par des mouvements de foules ici. Aujourd’hui encore, le 15 août, jour de l’Assomption, la statue de la Vierge Marie est portée solennellement dans les rues, lors des processions.

La vierge noire actuelle, au fond de l’abside de la cathédrale, près du maître-autel, remplace depuis 1856 la statue médiévale qui fut brûlée à la Révolution. C’est une copie d’une statue du XVIIème siècle. Elle est revêtue d’un manteau dont la couleur change suivant les temps liturgiques. La statue de jadis était faite de bois de cèdre, contenant sans doute des reliques, avec des habits peints directement sur le bois. Mais, personne ne sait vraiment l’origine du noircissement du visage de la Vierge, dont on fait remonter l’origine au XVème siècle.

On sort de l’église par une porte dérobée en direction du Porche du For. Le porche, qui donne sur la place du même nom, au-dessus des toits de la vieille ville, date de la fin du XIIème siècle. Il est de style roman, mais avec des additions plus tardives. Le premier étage contient une chapelle du XVème siècle. Deux portes ouvrent sur ce porche. La plus petite, c’est la porte papale, est réservée au souverain pontife, mais utilisée par les compagnons bâtisseurs des cathédrales pour entrer dans le monument. L’autre, la grande, celle qui se remarque, est romane.

La Congrégation des Soeurs Apostoliques de Saint-Jean a été fondée en 1984 par un père dominicain. Ces religieuses sont, entre autres tâches, chargées de l’animation spirituelle de la cathédrale, de l’accueil des pèlerins. Pour le plaisir des visiteurs, une d’entre elles fait de la corde raide sur la place.

Le clocher, haut de 56 m, est une construction indépendante de l’église. Il comprend sept étages de même dessin, mais légèrement décalés. Il y a même des tombaux d’évêques au bas du clocher.

Le chemin balisé évite le corps du bâtiment, passe sous la tour d’où l’on peut voir l’empilement des étages. Ici, tout est baigné de pierres volcaniques sombres.

Le parcours passe près du Baptistère de St Jean. Ce magnifique édifice a été construit dès la fin du V-VIème siècles, sur ancien sanctuaire romain. Il y eut ici de grandes discussions et de travaux parmi les experts pour modifier un peu les structures, les baptistères comportant souvent des structures similaires en Europe. On sait qu’au cours du XIème siècle, il y avait des sculptures et des peintures. Puis, on a embelli le monument et on le restaura au XXème siècle. Ce monument est assez exceptionnel, tout empreint de religiosité et de ferveur.

Le cloître est juste à côté. Ce magnifique cloître, un des plus beaux cloîtres du monde, date du XIIème siècle, de style roman. Il a été restauré notamment par Viollet-le-Duc à la fin du XIXème siècle. N’ayant pas pu le visiter, nous ne pouvons qu’avoir recours à Internet pour vous en montrer la beauté. Ici éclatent les pierres volcaniques au milieu du grès blanc. Certains diront que l’on se croirait à la mosquée de Cordoue, en Espagne. Mais, ce type d’architecture “byzantine” précède celle mise en place par les musulmans. Les amateurs du paléochrétien du temps de Charlemagne pourront aller visiter la Chapelle palatine d’Aix-la-Chapelle pour s’en persuader.

Juste à côté, à la Chapelle des Pénitents, on a trouvé porte close.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Le_Puy-en-Velay. Auteur : Jean-Pol GRANDMONT, Wikipedia Commons

C’est ici que commence la file des touristes qui monte sur le Mont Anis pour faire coucou à Notre-Dame-de France. En fait, Mont Anis, Rocher de Corneille, c’est un peu la même histoire. Un temple gallo-romain était présent ici à la cité d’Anis, l’ancienne appellation du Puy- en-Velay, à l’emplacement de la cathédrale. En haut sur le rocher, en fait le rocher Corneille, les Romains avaient édifié une véritable acropole. Le temple fut dédié à Diane et devait y abriter le dolmen devenu plus tard la Pierre des Fièvres.

C’est un jésuite qui eut l’idée d’ériger une statue de la Sainte Vierge au sommet du rocher Corneille. Plus tard, en 1853, on lança un concours européen, destiné à choisir le modèle de la statue et une souscription. Plus de 50 maquettes furent proposées et exposées en ville. Le jury se décida pour le projet de Jean-Marie Bonnassieux.

Le chemin étroit et dallé monte sèchement le long du rocher. Rapidement, de belles perspectives s’ouvrent sur la cathédrale, dont on voit maintenant mieux la complexité de l’édifice, avec son église, sa coupole, son cloître, son clocher et les bâtiments annexes.

Le long de la rude montée sur des escaliers, les petites croix d’un chemin de croix stylisé sont rivées au basalte du rocher.

C’est plus rude ici que sur le Chemin de Compostelle. Il y a de nombreux touristes qui font des pauses en montant. La mairie de la ville est à 628 mètres d’altitude, la statue à 737 mètres. Pourtant de virage en virage, la statue grossit.

La première pierre fut posée en 1854. Puis arrivèrent les problèmes, le manque d’argent, de matériel. Alors, on partit plaider la cause auprès de Napoléon III, qui alloua une somme d’argent, et surtout la possibilité de fournir de la fonte pour la statue. L’empereur assura de fournir des de canons, si on pouvait les capturer au siège de Sébastopol, alors en cours. Sébastopol tomba, et les canons de marine russes prirent le chemin de la France. On fondit les canons près de Lyon, et la statue, en pièces détachées, rivetées, fut assemblée peu à peu au Puy. La statue fut achevée et bénie en 1860. C’était la plus grande statue au monde avant d’être détrônée quelques années plus tard par la Statue de la Liberté.

Sur son piédestal de grès rouge, aussi haut que la statue, la statue elle-même mesure 16 mètres de hauteur, pour un poids de 110 tonnes. La tête de l’enfant Jésus, avec un pourtour de 5 mètres, pèse tout de même une tonne.

Un escalier de pierre composé de 33 marches est aménagé dans le piédestal et permet d’accéder à l’intérieur de la statue creuse par un escalier tournant. Si vous n’êtes pas claustrophobe, allez-y. Mais, c’est comme monter 5 étages, et parfois cela coince! Heureusement, vous avez de petites lucarnes dans la statue pour respirer et regarder le paysage.

Mais que vous soyez en haut ou en bas de la statue, la vue sur la ville est la même, que ce soit sur la cathédrale ou sur le rocher d’Aiguilhe, qui paraît bien minuscule vu d’ici.

De retour près du cloître, le circuit fléché repart le long des murailles en direction du rocher d’Aiguilhe. Il passe devant le gigantesque complexe de l’Hôtel du Département, où on ne doit pas être à l’étroit dans les administrations.

Puis, par de petites ruelles étroites, on atteint le rocher.

La chapelle Saint-Clair d’Aiguilhe est au bas du piton volcanique sur lequel se dresse l’église St Mchel d’Aiguilhe. La chapelle, aussi couramment nommée Temple de Diane, a été édifiée au XIIème siècle. Elle devait faire partie de l’Hôpital des pauvres Saint-Nicolas d’Aiguilhe.

Ici encore, ce sont des pierres de taille volcaniques, mêlées à de l’arkose, du grès, comme pour la cathédrale. Des lauzes recouvrent le toit. Sur les arcs, l’influence byzantine est évidente. L’intérieur où règne l’harmonie est encore plus spirituel et beau que beau que l’extérieur. Devant la chapelle, se trouve la place du Carré magique, avec une fontaine.

Lors de travaux de réfection de la chapelle Saint-Michel au siècle dernier, on a trouvé sous l’embrasure d’une fenêtre un carré en plâtre, où restaient deux mots lisibles, rotas et opera. Ces deux mots, on les connaissait déjà. Ils font partie d’un carré magique,  le carré Sator. On a reproduit ce carré sur la place près de la chapelle.

http://www.bibleetnombres.online.fr/sator.htm https://code.energy/finding-magic-word-squares/

 

Des carrés magiques ont été retrouvés dans différents sites à travers le monde, le premier à Pompéi. Ils sont composés de cinq mots de cinq lettres (sator, rotas, tenet, opera, arepo) dont la particularité est de pouvoir se lire chacun quatre fois dans différents sens, de bas en haut ou de gauche à droite. Que signifient ces mots en latin? SATOR, c’est le semeur, TENET, c’est le fait de tenir, OPERA, c’est l’œuvre, ROTAS, c’est la rotation de la roue, mais aussi le cycle des saisons, AREPO n’est pas un mot latin, mais pourrait être araméen et signifier faucille ou moisson.

Certains experts ont interprété ce message qui pourrait dire  “Le semeur qui laboure et moissonne au cycle des saisons, c’est l’œuvre (de Dieu)”. Certains ont alors interprété le carré comme un signe de reconnaissance utilisé par les premiers chrétiens pour se reconnaître entre eux en secret et éviter des répressions possibles. Car, sur la base des lettres du carré, on peut tirer l’anagramme, qui disposé en croix donne deux fois Pater noster, auquel on ajoute deux fois les lettres  A et O, ces dernières pouvant représenter “l’Alpha et l’Oméga” cité dans l’apocalypse de Saint Jean.

Mais dans ce monde secret de l’ésotérisme, il y a bien évidemment d’autres interprétations, certaines juives, d’autres même orientales. Il y a aussi des carrés magiques mathématiques, que certains ont fait entrer dans la symbolique religieuse. Aujourd’hui, on peut jouer avec le computer pour faire apparaître des significations même en utilisant la langue anglaise. Il reste un mystère total et bien malin celui qui un jour déchiffrera le code. A vous de vous creuser les méninges, comme dans le Da Vinci code.

Mais que la résolution de cette énigme ne vous empêche pas de grimper sur le rocher de St Michel d’Aiguilhe. Ici, vous devez payer l’entrée pour souffrir dans l’ascension. On trouve au départ un beau diaporama en 3D et quelques salles didactiques, où on voit notamment le minuscule caillou de basalte qu’est aujourd’hui le rocher par rapport au volcan de départ.

Vous n’aurez dans doute pas la même vision de petitesse en grimpant sur les flancs du rocher. Le rocher d’Aiguilhe, c’est 82 mètres de hauteur, par un escalier de 268 marches.

Une première chapelle fut érigée ici au Xème siècle. On dit que les pèlerins n’y montaient guère, mais de nombreux rois y sont montés. On dit aussi que des ermites ont trouvé refuge sur les flancs du rocher. Puis, on construisit une vraie chapelle au XIIème siècle, devant l’afflux des pèlerins. N’étant pas une paroisse, elle fut abandonnée à la Révolution, son existence alors menacée. Elle fut sauvée de l’oubli par Prosper Mérimée et d’autres qui confièrent l’édifice à l’état, en lui faisant bénéficier du statut de monument historique protégé en 1840. Depuis on ajouta à de nombreuses reprises quelques restaurations dans la chapelle.

La montée n’est pas périlleuse, mais pour les gens souffrant de vertiges, le trajet est difficile autant en montée qu’en descente.

Ici encore, c’est plus difficile que le Chemin de Compostelle pour arriver à bout du rocher.

Au sommet, il y a une promenade qui permet de faire le tour de l’édifice.

La façade de la chapelle, sculptée, polychrome, est magnifique. La porte est encadrée de deux colonnes avec des chapiteaux sculptés de feuilles d’acanthe, surmontée d’un tympan et d’arcs trilobés et de mosaïques. Ici, aussi on a tendance à se croire en pays musulman, comme partout au Puy, alors que ce style, en fait, est antérieur à celui des musulmans. En architecture, on ne sait jamais qui copie qui.

L’intérieur de la chapelle est d’une beauté redoutable. L’atmosphère vibre sous les chapiteaux romans et les peintures murales. Les photos avec flash étant interdites, nous reproduisons ici une image saisissante du lieu empruntée à Internet.

 

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Auteur :Torsade de Pointes, Wikimedia Commons

De là, la vue est magnifique sur le rocher de Corneille, un peu plus haut que le rocher d’Aiguilhe. En descendant, vous découvrirez le récent oratoire dédié à l’archange Gabriel, où l’évêque du Puy avait érigé le premier oratoire de San Gabriel au XVe siècle.

La ville du Puy-en-Velay compte 20’000 habitants, l’aire urbaine en comprenant 75’000 habitants. La vielle ville, coincée à l’intérieur d’un grand boulevard circulaire où s’écoule le flux de la circulation, est faite de petites rues pavées, avec de nombreux restaurants, de nombreuses boutiques, dont le fleuron reste la dentelle. Il y a aussi quelques places très fréquentées.

 

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