46: Logroño à Nájera

 

Dans les vignes de la Rioja

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

En surface, le vignoble d’Espagne est le plus grand du monde. Le pays produit de nombreux vins de table, mais plusieurs régions émergent, en vins rouges, parmi les meilleurs vins du monde. Ce sont la Rioja, le Ribera del Duero, un peu plus au sud en Castille, le Priorat en Catalogne. Dans le nord, les vins de Galice sont avant tout des vins blancs.


Source : technorest.org

Les vins de la Rioja sont multiples, car ils proviennent de régions distinctes aux climats, aux altitudes et aux sols variés. Dans les régions plus basses, ils sont souvent fruités, à boire jeunes. Quand les vignes sont plus hautes et que les sols sont plus pauvres, les vins sont plus complexes, des vins de garde.

On divise habituellement la Rioja en trois régions.
• La Rioja Alta: région entre 400 et 500 mètres, moins chaude, avec une influence climatique atlantique, impliquant fraîcheur et humidité, ce qui est mieux pour les vins. Le cépage roi est le tempranillo (temprano veut dire “tôt” en castillan).
• La Roja Alavesa: climat semblable à la Rioja Alta, mais le sol est plus rocheux, donnant des vins aussi fins, mais plus ronds et plus denses qu’en Rioja Alta. Le cépage roi est encore le tempranillo.
• La Rioja Baja : vignoble plus chaud, descendant jusqu’à 300 mètres d’altitude à l’est de la région, avec un climat plutôt méditerranéen, avec un ensoleillement important, voire de la sécheresse. Les vins sont plus charpentés. Le cépage roi est le grenache.


Source : Cellartours.org

Allez, ce n’est pas faire injure à la Rioja Baja, mais les grands crûs, sont surtout dans les deux autres régions, et plus particulièrement dans les vignobles près de l’Ebre. Si les caves très connues Marqués de Riscal et Marqués de Murrieta sont situées non loin de Logroño, d’autres caves très connues, comme les caves Marqués de Cáseres, Muga, Lan, Roda sont en Rioja Alta, et Artadi en Rioja Alavesa.

Mais, ce n’est pas si évident que cela. Considérez par exemple un vin parmi les mieux notés, un vin de la cave appelée “Rioja Alta”, simplement. Ce domaine appartient à cinq familles depuis 1890. Ces gens-là ont 470 hectares dans la Rioja Alta, 65 hectares dans la Rioja Alavesa, 63 hectares dans la Rioja Baja, et même des vignes en Galice et dans le Ribeira del Duero. Ils ne vous diront pas facilement où est située la parcelle qui donne le meilleur vin.

On classe les vins, comme en de nombreuses autres régions d’Espagne en “Rioja” quand le vin passe au plus quelques mois en baril de chêne, en “Rioja Crianza”, quand il est vieilli au moins deux ans, dont au moins un an en fût de chêne, en “Rioja Reserva”, avec trois ans de vieillissement, dont un en fût de chêne, enfin en “Rioja Gran Reserva” avec au moins deux ans en fût de chêne et au moins trois ans en bouteille.

Aujourd’hui, malheureusement les vignes de la Roja Alta, où le chemin passe dans la partie sud du vignoble, il faudra les voir sous la pluie. Aujourd’hui les champs de céréales se font beaucoup plus discrets, et de vigne en vigne, le chemin arrive à Nájera, une ancienne capitale de la Navarre, devenue castillane pendant des siècles, avant de se trouver en Rioja depuis peu.


Les dénivelés aujourd’hui (+375 mètres/-274 mètres) sont faibles pour une étape de plus de 28 kilomètres. Le Camino francés reste un parcours de faible dénivelé, même si aujourd’hui, on ne marche pas vraiment sur le haut plateau, mais plutôt sur des collines. C’est plat jusqu’au parc de la Grajera, où alors le chemin monte de manière assez soutenue dans les vignes jusqu’à l’autoroute. Par la suite, le parcours est sage pendant longtemps, le plus souvent en très légère montée, avant de grimper un peu plus sous l’Alto de San Antón, après Ventosa. En fait, la difficulté majeure, c’est le mauvais temps qui rend les chemins très boueux. Puissiez-vous profiter des vignes par un jour de beau temps.

Dans cette étape, il n’y a pas mal de route, ce qui n’est pas commun sur le Camino francés, même si la grande partie du trajet se passe encore sur les chemins. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés. Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins:

Goudron: 11.9 km

Chemins: 16.6 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-logrono-a-najera-par-le-camino-frances-37876911

 

Section 1: Le Camino sort de la ville.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

 

Aujourd’hui, il pleut sur la Rioja et les prévisions du temps pour la semaine sainte ne sont pas bonnes pour toute l’Espagne. Vent, pluie, froid, voilà les réjouissances annoncées, avec peut-être quelques éclaircies. Le Camino s’en va de la Plaza Alférez Provisional, où nous sommes arrivés la veille, et s’en va dans la ville neuve sur la longue Calle Marqués de Murieta, puis sur la Calle Duques de Nájera
Au bout de la rue, il arrive au parc de L’Europe sous les peupliers et là il traverse la voie de chemin de fer.
Au Parque de l’Europa succède le Parque San Miguel, avec d’agréables plans d’eau. On devine que le monde doit se presser dans ce parc agréable par beau temps. Mais aujourd’hui ne sera pas jour à promener les poussettes.
Le parc s’étend jusqu’à la grande banlieue, quand alors le Camino quitte la ville en passant sous la LO-20, l’autoroute de contournement.

Section 2: En passant par le beau parc de la Grajera.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: il faut attendre la sortie du parc pour devoir faire un léger effort en montant vers l’autoroute.

Une petite route s’en va alors dans la plaine. Ici, on retrouve la symbolique du Chemin de Compostelle sur les poteaux de granite, celle que l‘on avait trouvée en arrivant à Logroño. Maintenant, la pluie redouble, et le vent s’engouffre sous les pèlerines.
La route traverse les prés et les champs de céréales sous les peupliers. Ici, on a ajouté des peupliers blancs aux peupliers noirs. On y trouve aussi des érables et des amandiers.
Puis, la route rectiligne tourne à l’approche d’un bois de pins.
La route arrive alors au milieu des joggeurs, qui apparemment ne détestent pas le crachin, au parc de la Grajera.
C’est un très beau parc avec un grand plan d’eau. On imagine que sous le soleil le lac ne se teinte pas de cette couleur grise, sinistre. Mais, le mauvais temps ne doit pas déranger les poissons. Aujourd’hui seuls les pêcheurs sont actifs dans les alentours.
Le parc abrite une salle didactique et un observatoire d’oiseaux. Ce parc est magnifique, même sous la pluie. Un chemin sillonne la forêt de pins, où grimpent aussi jusqu’au ciel d’énormes peupliers noirs et des érables. Il y a même des eucalyptus par ici.
Puis, le chemin se fait plus large sous les pins, dans la grande douceur du parc, aujourd’hui grandement perturbée.
On arrive au bout du parc, et le ciel devient encore plus noir, couleur d’encre. La pluie se met à redoubler de violence, froide, et un vent terrible de face se joint aux réjouissances. L’eau ruissèle sur les pèlerines et goutte sur les fronts. Alors, un abri permet à certains de réajuster leur matériel de pluie. Mais, c’est peu de chose dans cette tourmente.
Une route vigneronne quitte alors le parc pour gagner les vignes de la Rioja alta.
Aujourd’hui, nous n’aurons pas envie d’aller voir si le tempranillo pousse à côté du monastrel, ou alors de consulter Internet pour savoir si Parker a distribué des notes au dessus de 90 dans cette région du vignoble. Mais, cette région, même si elle peut donner de bons vins, personne n’en doute, n’est pas la terre d’élection des plus grands crûs de l’appellation Rioja. Alors, la route commence à monter dans le vignoble.

Section 3: Des vignes et des autoroutes.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème, mais deux petits tronçons à forte pente, juste avant l’autoroute et puis pour monter à Navarrete.

Plus haut, un chemin caillouteux, qui ravine progressivement, remplace le goudron et continue à monter dans le vignoble.

La pente est rude lorsque le chemin arrive à la hauteur de la LO-20, l’autoroute de contournement de Logroño. Aujourd’hui, c’est un véritable combat. Le vent est si violent qu’il s’engouffre sous les capes mal fermées, et la pluie gicle au visage.

Il fait presque nuit sur le chemin détrempé qui longe la bretelle. L’atmosphère y est sinistre, presque cauchemardesque. Puissiez-vous passer ici un jour de beau temps, même si l’autoroute sera toujours plus visible.
Dans cette zone industrielle, même le taureau perché sur la colline, l’emblème de l’Espagne que l’on retrouve souvent le long des autoroutes, ne donne le moins réconfort aux pèlerins qui maugréent sous leur cape. Nous n’avons guère rencontré de pèlerins dans cette étape qui disaient aimer l’Espagne.
Puis, la bretelle prend une autre direction et alors apparaît la N-120. Le pèlerin va entamer un petit bout de sérénade avec cette nationale. La N-120, certains francophones la baptisent “la haine sans vin” va devenir pour certains un véritable cauchemar pour un nombre infini de jours. Pour le plaisir, cette route va jusqu’à Vigo, au fond de la Galice, au bord de la mer. Mais rassurez-vous, on l’abandonnera en route.
Pourtant ici, le plaisir sur cette route sera bref, et rapidement on retrouve un chemin de terre, aujourd’hui embourbé à souhait, qui descend dans les vignes. La terre ici est rouge, avec ses gros galets calcaires, un terrain idéal pour le vignoble, non?
La route descend jusqu’à croiser l’autoroute vasco-aragonaise, pas très loin de Navarrete.
Après l’autoroute, le Camino emprunte une petite route qui passe devant les ruines d’un ancien hôpital de pèlerins, St Juan de Acre, fondé vers la fin du XIIème siècle pour héberger et prêter assistance aux pèlerins. Des fouilles ont permis de mettre à jour les murs principaux de l’ancien hôpital, d’une grande église et d’une tour, et de quelques sépultures.

Derrière l’édifice se dresse une grande cave. On ne veut pas faire de publicité, mais on dira qu’ici, le domaine de Don Jacobo, associé aussi au chemin de Compostelle, produit un des vins les plus célébrés de la Rioja.

La route se rapproche alors du village de Navarrette, agrippé à la colline.

Section 4: Un joli village, avant le retour dans les vignes.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

La route monte en pente soutenue vers le village et des escaliers mènent au bas du village. Les pèlerins hâtent le pas pour trouver à l’“albergue” un peu de réconfort pour éviter un instant la pluie. Dison-le franchement. Par temps de pluie, l’atmosphère est discrète, contenue dans les cafés. Tout le monde songe, hélas, au moment où il faudra à nouveau harnacher sa pèlerine.
L’église de Santa María de la Asunción est l’église paroissiale. Elle est de style Renaissance, du XVIIème siècle, avec un intérieur baroque. Il fait si sombre à l’intérieur de l’édifice que l’on voit à peine briller les ors et les bronzes de l’autel baroque dont on vante la beauté.

Organisera-t-on un jour des défilés de haute couture pour vanter les équipements de pèlerins sous la pluie? Si oui, ce dernier aurait sans doute eu la palme.

A la sortie du village, le Camino retrouve pour quelques hectomètres la N-120.
Le Camino passe devant le cimetière qui possède un très beau portail roman du XIIe siècle, avec des influences mudéjares, arabisantes. Il provient de l’ancien hôpital San Juan de Acre. Alors, le Camino part sur un chemin de terre et longe quelques moments la N-120.
Puis le chemin quitte la route pour les oliviers et les vignes, avec la joie incommensurable de patauger dans la boue. On se décrottera le soir à l’“albergue”.

Au détour du chemin, un pèlerin s’est glissé subrepticement sur une borne.

Il pleut maintenant si fort que parfois le chemin se transforme en vrai lac et les galets luisent dans les vignes. Le petit jeu se perpétue jusqu’à approcher du domaine vinicole de Sotes.
Ici, un petit tronçon de route goudronnée. Alors, on voit les pèlerins se frotter les chaussures dans l’herbe, puis avancer sur le goudron salvateur.

Section 5: Un petit bout d’autoroute pour varier le plaisir, puis à nouveau les vignes.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: juste un petit effort après Ventosa.

Mais, cela ne dure pas et, pour nous aujourd’hui, la boue reprend ses droits peu à près, lorsque le Camino arrive près de l‘autoroute A-12, la grande autoroute du nord qui descend de la France vers Burgos. C’est l’Autovia del Camino, l’autoroute du chemin de Compostelle, celle, où quand vous passerez peut-être en été, vous verrez défiler une armée de pèlerins sous la canicule.
Ici, vous en avez pour près de 2 kilomètres à cheminer entre les vignes et l’autoroute. Ici, nous ne sommes pas en Allemagne, où les camions avancent en file. La circulation est discrète. En Espagne, il n’y a pour ainsi dire pas de villages ou si peu entre les villes. Dès lors, les gens ne sortent pas souvent de leur périmètre d’activité.
Au bout d’une ligne droite sans fin, le chemin quitte l’autoroute et on voit apparaître des champs de céréales au milieu des vignes. Ici, le Camino repart sur une route goudronnée direction Ventosa. Autrefois, un chemin continuait le long de l’autoroute. A-t-on eu pitié des pèlerins en détournant le chemin vers le village? Ou était-ce pour donner un peu plus de pouvoir d’achat au village ?
La route mène assez rapidement au village de Ventosa.
Dans ce village de vignerons, des indications de chemins dont on n’a pas compris la signification. Mais enfin, il suffit de suivre les coquilles pour ne pas se perdre!
Un chemin repart du village dans les vignes. On n’y voit goutte aujourd’hui dans la pluie qui redouble et le brouillard qui se traîne.
Puis, le Camino vous fait un petit plaisir vous donnant la possibilité de vous réchauffer. Il quitte momentanément le vignoble pour monter assez longtemps dans les broussailles, les gros cailloux et les chênes verts pour passer sous l’Alto de San Antón.

Section 6: Encore et toujours dans les vignes de la Rioja.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: de la descente avant tout, sans difficulté, même si la pente est parfois plus importante.

Un peu plus loin le chemin quitte le maquis et monte encore un peu, retrouvant le vignoble.
Le chemin redescend alors dans les vignes pour passer de l’autre côté de la N-120 sous les peupliers noirs. La route nationale chemine ici pas très loin de l‘autoroute A12. Par bonheur pour nous, maintenant il a cessé de pleuvoir et le brouillard s’est dissipé.
Le chemin va alors longer la nationale dans le vignoble. En été, cela doit être coton par ici. Pas un arbre pour se protéger, ou si peu.

Des systèmes d’irrigation courent dans les vignes. Ici, on protège les nouveaux ceps. Y a-t-il des animaux qui errent dans la région?

Peu après, le chemin quitte la nationale pour s’enfoncer un peu plus dans les vignes. Là-bas, devant vous, l’antenne de télévision sur la colline va devenir votre point de repère pour quelques dizaines de minutes.
C’est long, très long jusqu’à l’antenne. On ne dira jamais assez l’utilité des points de repère dans les longueurs du chemin. Le fait de s’en rapprocher encourage de nombreux pèlerins à mettre un pas devant l’autre. Au bas de la colline, une zone industrielle se dessine là où passe la N-120.

Section 7: En route pour la citadelle de Nájera.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: de la descente avant tout, sans difficulté, même si la pente est parfois plus importante.

 

Le chemin contourne alors la colline et son antenne et redescend de l’autre côté dans un large chemin, parfois en pente plus soutenue.
Au bas de la descente, le chemin arrive dans une zone industrielle. Pour le bonheur des pèlerins, aujourd’hui la pluie a cessé.
Le chemin débouche sur une petite route. Ici, il faut être attentif, le chemin n’est pas très bien indiqué. On voit de nombreux pèlerins qui se trompent. Il faut trouver le petit pont de bois qui traverse le Rio Yalde, et continuer sur le terrain vague, passer sous les piles d’un pont et retrouver juste derrière un petit parc de pique-nique.
L’approche de la cité n’est pas la plus élégante qui soit, dans les friches, la zone industrielle, près d’une grande fabrique de farines.
Peu après, le chemin traverse un canal et se dirige à nouveau vers la N-120.
Le chemin traverse la N-120 qui contourne la cité et arrive dans la banlieue neuve de la cité (8’000 habitants).
Nájera est divisée en deux parties séparées par le Rio Najerilla. Le Camino traverse d’abord la ville neuve que l’on dira, sans faire injure aux habitants de la ville, comme une partie sans grand intérêt.
Puis, le Camino arrive sur la rivière. Alors apparaît la vielle ville au pied des falaises rouges. Les arabes lui ont donné le nom de Náxara (lieu entre les rochers). Il y avait ici au XIIème siècle, un beau pont à sept arches construit par Santo Domingo de la Calzada et San Juan de Ortega, qui ont tant fait pour le chemin de Compostelle. Ce pont a disparu depuis longtemps, et l’actuel pont date de la fin du XIXème siècle.
Au début du XIème siècle, le roi de Navarre était maître des lieux, et accorda à la ville de Nájera des fueros, donnant à la ville une sorte d’autonomie, devenant un peu la capitale de la Navarre. Mais, comme on la dit dans les étapes précédentes, la Rioja a passé le plus clair de son histoire jusqu’à l’autonomie de 1982 sous la domination castillane.
Il ne reste pas grand chose de son rang d’ancienne capitale. Mais, la vielle ville est pleine de charme. Ici, vous n’avez pas besoin de plan détaillé pour circuler dans la cité. Il suffit de vous orienter par rapport à la Calle Mayor, la belle rue commerçante.
L’église Santa Cruz, l’église paroissiale était au XIIème siècle une chapelle dépendant du grand monastère de Santa Maria Real. Il fallut attendre le XVIème siècle pour qu’elle devienne indépendante. Cet édifice en pierre de taille mélange tous les styles, du gothique au néo-classique, mais se remarque surtout par sa coupole et sa lanterne, et son beau Christ. On préparait ici aussi, à notre passage, les statues pour les processions de la Semaine Sainte. Hélas, on sait qu’il faudra les ranger pour l’année prochaine, si le temps le permet à nouveau.
Mais, le monument de la ville, c’est le Monastère Santa Maria la Real, fondé par le roi de Navarre, le roi Don García de Nájera en hommage à la Vierge, dont il découvrit, ici à la chasse aux colombes, une statue dans une grotte. Érigée sur les restes d’une ancienne église romane, l’église gothique a été complètement refondée aux XVème et VIème siècle, où les styles gothique et Renaissance s’entremêlent. Vue de l’extérieur, elle apparaît sévère, comme une grande forteresse, avec une grande tour quadrangulaire. Mais, en fait, ce bâtiment austère est un panthéon royal. Les photos avec flash étant prohibées, nous ne pourrons vous montrer d’images de l’église, du cloître baroque, de la grotte et des tombeaux romans des têtes couronnées, décorés avec autant de grâce et de finesse. Mais, c’est magnifique, allez-y.
L’originalité est sans doute cette grande muraille de schistes argileux, de gros blocs rougeâtres contre laquelle est adossée la cité. C’est comme un décor de western planté dans la nature. Ces grosses parois, que sont la Mota et la Malpica en dessus de la ville, où volent les vautours et les cigognes, sont de véritables Gruyères, créés par les pluies qui attaquent avec plaisir ce matériel friable, un univers où se sont réfugiés durant des siècles les vagabonds. Mais le pèlerin n’a guère de temps pour la spéléologie. Et il a recommencé à pleuvoir. Le château de la Mota, l’Alcazar et le Malpica, peut-être reviendra-t-il faire une visite, se balader là-haut dans les anciennes forteresses et les châteaux en ruines de la ville, construits par les musulmans d’abord, puis par les rois de la région. Ce soir, il se contentera de fantasmer à ce propos depuis l’“albergue”.

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