44: Estella à Los Arcos

Dans les derniers soubresauts de la Navarre

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

La Navarre est un pays assez composite, du moins là où passe le chemin. Après avoir sillonné les belles forêts de hêtres et de pins du début du chemin dans des vallons et de hautes collines, le paysage a changé depuis quelques jours. Nous sommes maintenant très éloignés des Pyrénées et la Navarre s’étend dans la Meseta, cet énorme haut plateau qui couvre plus de la moitié de l’Espagne. C’est évidemment moins stimulant pour la grande majorité des pèlerins, qui voient ce changement d’un mauvais œil. L’étape du jour est un peu la petite sœur de la précédente, mais les étapes du chemin ne se ressemblent pas toutes. Cela dépend de la hauteur des collines et de l’étendue des forêts, quand il y en a. Pour le reste, c’est une monotonie qui va devenir habituelle, des champs de céréales sans fin, une absence totale de vie en dehors des villages. Quand on traverse les villages, on a le sentiment qu’ils sont là uniquement pour les pèlerins, les locaux étant on ne sait où, sans doute calfeutrés dans leurs demeures, car durant ce printemps froid et pluvieux, nous n’avons rencontré aucun paysan dans les champs pendant trois semaines.

Aujourd’hui, on boit gratis aux caves d’Irache. Tous les pèlerins en ont abondamment parlé dans les “albergue” le soir. La vie des pèlerins est souvent faite de petits riens. Puis après une journée dans la Meseta, en arrivant à Los Arcos, il faudra tout de même meubler son temps. Il n’y a rien à faire, sinon siroter un verre sur la place, ou se dépêcher de trouver l’unique épicerie du village, pour faire le plein avant les autres. Quand on vous dit que la vie des pèlerins est parfois faite de petit riens.

 


Les dénivelés du jour (+387 mètres/-366 mètres) sont légers. Il n’y a que deux passages où on vous demandera un léger effort, d’abord au départ la montée progressive vers le monastère d’Irache, puis surtout le passage à Villamayor de Montjardin, ou la pente est sévère, autant en montée qu’en descente. Tout le reste n’est que de la balade sur de larges chemins qui ressemblent souvent à des autoroutes.

Dans cette étape, le trajet est presque intégralement sur les chemins. Les passages sur la route ne sont que dans les villages et la ville. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés. Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins:

Goudron: 2.9 km

Chemins: 18.4 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-estella-lizarra-a-los-arcos-par-le-camino-frances-33669770

 

Section 1: A votre bonne santé!

 

Aperçu général des difficultés du parcours: en montée presque continue avec des pentes raisonnables, si ce n’est une descente sèche après Ayegi.

 

Pour quitter Estella depuis le centre-ville, le mieux est de passer par la gare, de franchir le fleuve et de se retrouver près de l’Office du tourisme, près du Palace des Rois de Navarre.
Le Camino remonte la Calle San Nicolás et passe sous la Porte San Nicolás ou Porte de de Castilla, une porte du XVIème siècle, dont on pense qu’elle fut mise en place lors de la visite du roi Philippe II de Castille au XVIème siècle. C’est tout ce qui reste des murailles de la cité.
Le Camino traverse alors une partie de la ville neuve, passe devant le couvent des Capucins, aujourd’hui transformé en auberge de pèlerins. L’auberge jouxte la Basílica de Nuestra Señora de Rocamador. Cette église, comme toutes les autres de la cité remonte au XIIème siècle. Puis, elle fut transformée pour devenir baroque au XVIème siècle. Comme à Rocamadour, en France, l’église abrite une vierge à l’enfant.
Puis, le Camino quitte la ville neuve pour la banlieue.
Il suit bientôt une route qui monte d’abord en pente douce vers le village d’Ayegi.
Il traverse un village tout en longueur. La pente se fait plus rude plus on monte dans le village. Ici, une pèlerine charrie son matériel sur un chariot à larges roues. Pas sûr que cette manière de faire soit plus facile que le sac sur le dos.

Il y a près d’un kilomètre de marche pour passer du bas au sommet du village.

Le Camino redescend en forte pente de la colline vers la nationale NA-1100. Devant soi se dresse le monastère d’Irache.
Après avoir traversé la nationale, un chemin de terre monte vers les caves d’Irache. Ici, ce n’est pas la publicité qui manque pour annoncer que l’on peut se rincer le gosier à la fontaine.

Puis, un attroupement se forme en amont. Et pour cause. Ici, c’est la célèbre Fuente del Vino, la fontaine à vin. Alors, on voit les pèlerins extraire de leur sac un gobelet ou une gourde, pour goûter au précieux nectar offert par les viticulteurs locaux. Ces derniers offrent le vin, non les verres, il ne faut tout de même pas exagérer. Ici, le vin coule à la fontaine depuis 1991, une tradition reprise des bénédictins qui occupaient le lieu. Certains trempent les lèvres, d’autres remplissent leur gourde. Même les pèlerins coréens s’y arrêtent. A 8 heures du matin, ce n’est pas vraiment l’heure pour une dégustation prolongée.

Le monastère bénédictin d’Irache et juste au-dessus. C’est un vaste quadrilatère flanqué d’une église romane à tour carrée, un édifice remontant au XIème siècle. L’édifice mélange les styles roman et gothique. Le cloître fut édifié au XVIème siècle. La façade et le couvent ont été reconstruits au XVème siècle. Si les caves sont ouvertes à 7 heures, l’église ne s’ouvre qu’à 10 heures, quand tous les pèlerins auront passé. Quand on vous dit que le Camino frances est fait pour les pèlerins!
Pas plus que le monastère et le cloître, les pèlerins ne visiteront les caves.
Un chemin de terre s’en va alors pour aller traverser la route nationale et se retrouver sur une petite route qui va vers un camping.

Section 2: Dans la douce nature.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: quelques oscillations parfois un peu plus marquées, sans problème.

La route longe alors les lotissements neufs d’Irache, passe devant le camping.
Le passage sur route s’achève quand un chemin prend le relais pour passer sous la NA-1238.
Le chemin de terre alors traverse les champs de céréales. La nature est douce ici, sereine. Puis, le chemin se dirige vers la forêt.
Le chemin va onduler dans la forêt de la Purisima, une magnifique forêt où dominent les petits chênes verts, les encinas des espagnols.
Ici, c’est le monde la sérénité, de la beauté et de la paix intérieure. Et le jeu se perpétue ainsi jusqu’à croiser une petite route forestière.

A la sortie du bois, le chemin longe les chênes verts et les champs de céréales. La région ici est faite de douces collines qui se perdent d’un vallon à l’autre, et qui changent de couleur au gré des cultures ou des grands bosquets qui émaillent le pays.
Au bout de la clairière, le chemin change de registre et descend dans un petit vallon. De l’autre côté, on aperçoit Azqueta.
Le chemin descend dans la terre sablonneuse le long des chênes verts et dans les genêts. Au fond du vallon apparaissent les traditionnels peupliers noirs.
Au fond du vallon, le chemin passe le ruisseau de Relleno dissimulé sous les herbes folles, et monte en pente douce de l’autre côté du vallon dans la garrigue sur la terre lourde.
La montée se fait un peu plus rude à l’approche du village d’Azqueta, mais, à aucun endroit de cette étape, le marcheur est appelé à affronter des pentes excessives. Quoique!
A Azqueta, il y a foule de pèlerins à la pause. Les américains, en moyenne, sont toujours aussi arrogants, prétentieux. Chez les coréens, on commence à donner de moins en moins du “Buen camino”. Dame! Cela va bientôt faire une semaine qu’ils sont sur le chemin.
Puis, le chemin va faire un petit tour dans les jardins potagers en dessous du village.

Section 3: Un effort tout de même près du remarquable site de Villamayor de Montjardin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: le seul vrai coup de reins de la journée, entre 10% et 15% de pente, en montée comme en descente.

A partir d’Azqueta, on va demander un petit effort aux pèlerins, qui se sont promenés jusqu’ici, il faut bien le dire. Le chemin va monter jusqu’à Villamayor pendant un bon kilomètre, oscillant entre 10% et 15% de pente. Cela débute dans les champs de colza.
Aucune ombre, pour ainsi dire, cela doit être une joie sans borne de passer ici sous la canicule. Plus haut, les blés prennent le relais du colza, le long de petits murets.
Alors apparaît Villamayor de Montjardin au sommet de la colline. Le chemin passe devant La Fuente de los Moros, la fontaine des Maures, une fontaine gothique du XIIème siècle, construite à l’époque pour les ablutions des pèlerins. C’est un bassin profond où l’on descend par des marches. L’eau y est fraîche, même en été. Il y a peu de doute que dans les périodes de canicule, certains pèlerins n’hésiteront pas à y plonger. Mais, cette année au printemps, la température est en dessous de 10 degrés. Aucun pèlerin ne tentera l’exploit.
Au-dessus de la piscine médiévale, le chemin arrive au village. Le château de Monjardín fut construit au XIème siècle, après l’expulsion des maures. Il ne reste de ce château médiéval que quelques ruines sur la colline.

L’église San Andrés est une église romane du XIIème siècle, avec une tour baroque du XVIème siècle. Fermée, bien entendu.

A partir d’ici, il n’y a plus rien jusqu’à Los Arcos, rien que l’infinité des champs de la Meseta. Le chemin redescend alors en pente soutenue sur près d’un kilomètre, dans les champs et les vignes. L’horizon est dégagé sur la vallée en dessous où passe l’autoroute. Les vignes grandissent en nombre. On se rapproche de la Rioja, et certains Rioja sont aussi produits en Navarre.
Plus bas, la pente s’adoucit sur la terre rouge. Les vignes disparaissent quand reviennent les peupliers noirs.
Le chemin passe devant un abri psychédélique avec une statue romaine comme cheminée. Il y a peu de doute que ce genre d’établissement est souvent utilisé de nuit par les pèlerins désargentés.
Le chemin arrive alors dans la plaine et ses cultures, à deux pas de l’autoroute, traverse une petite route locale.
Commencent alors de longs bouts droits qui ondulent dans les céréales, pas très loin de l’autoroute. La circulation n’est pas sévère sur cet axe, du moins en cette saison printanière, ce qui ne dérange en aucune manière le pèlerin enfoncé dans ses pensées, car ici il y a du temps pour cela.

Section 4: Un avant-goût de ce que l’on nomme ici “Meseta”.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

Les chemins en Espagne sont en moyenne larges, nettement plus larges que sur les autres chemins de Compostelle. Dame! Quand on appelle le chemin espagnol The Way, il y a raison à cela. Le chemin traverse alors les champs sur de douces collines, non loin de l’autoroute.
Plus loin, il abandonne l’axe routier, se rapproche d’une petite colline boisée. Ici, le paysage change un peu avec quelques maigres oliviers au bord du chemin.
Puis, reviennent les longueurs dans les grands champs de céréales, avec quelques rares autres cultures, comme ici des asperges. On pressent, car on l’a lu dans les guides, que ce type de paysage va devenir le lot quotidien pour les 15 prochains jours.
Parfois, quelques ceps de vigne, car on se rapproche de la Rioja, que l’on atteindra demain. Sur le chemin, il y a les solitaires, les couples mariés ou d’amis et les groupes. Certains pèlerins préfèrent la solitude. Alors, ils peuvent se laisser bercer dans leur monde intérieur. D’autres détestent la solitude. Alors ils s’organisent au départ ou pendant le voyage. A deux ou à plusieurs, la marche paraît moins longue. Ils passent ainsi des heures et des jours à se raconter leur vie ou les étapes du chemin.

Et c’est dans ces endroits, comme ici au bar en plein air de la Flecha Amarilla que se cristallise l’esprit du chemin. Presque tous les pèlerins font halte dans ces endroits, où se raconte le chemin. C’est une vraie tour de Babel, dans un espagnol insuffisant ou dans un anglais souvent élémentaire. Les américains parlent toujours aussi fort, les coréens restent entre eux, comme les espagnols. Les autres nations se débrouillent comme elles peuvent.

Les pauses ne sont jamais éternelles. Il faut respecter son horaire. Mais pourquoi, en fait? Dans cette première partie du chemin, les étapes sont de l’ordre de 20 kilomètres, un peu plus parfois. Comme les pèlerins, en grande majorité, avancent à peu près à la même vitesse, entre 4 et 5 kilomètres par heure, ils seront arrivés à la fin de l’étape aux environ de midi, les plus lents un peu plus tard. L’après-midi et la soirée seront longs, lancinants même, dans les “albergue” et leurs dortoirs à étages! Mais, les pèlerins n’en ont cure, demain sera un autre jour. Alors, la file s’égrène à nouveau sur les douces collines.

Le chemin passe bientôt au lieudit Capanaldea. Pour les paysans locaux, ces lieudits représentent sans doute beaucoup. Eux, ils connaissent pouce par pouce le territoire. Pour les pèlerins, ce n’est qu’un lieudit au milieu de nulle part. Pas une maison à l’horizon. Mais, ces signes sur le chemin permettent de mesurer ce qui reste à faire. Ici, nous sommes à 5.7 kilomètres de la fin de l‘étape, à Los Arcos.

Section 5: Dans les champs de céréales le long de la colline boisée.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

Le nez plongé sur la terre battue, certains pèlerins se sentent un peu perdus dans ces infiniment grands qui leur échappent, dans ce cadre où souvent le calme et le silence sont au rendez-vous. Mais parfois, la réalité les rattrape. Des pas crissent sur les gravillons. Alors, la réalité du chemin revient. Les gros bras passent presque toujours sans vous dire bonjour. Ils n’ont pas le temps.
Dans cette infinité où l’extrémité rejoint le ciel au-delà des collines, la mer de blés vibre sous le vent, comme une houle capricieuse. On y sent comme un parfum de terre qui se dégage des blés qui lèvent à peine, à cause d’un printemps pluvieux.
Dunes et bosquets servent de repères dans cette immensité qui flotte, qui défie et stimule la pensée. Le chemin longe longtemps une colline boisée.
Il n’y a jamais une maison ou une ferme qui pourraient vous servir de point de repère. Les seuls repères dont vous disposez sont des pèlerins devant vous, repères fluctuants au possible, ou alors une rivière, comme ici le petit ruisseau Cardiel où passe le chemin.
Puis, un peu de jaune, du colza, qui apporte un peu de couleur et tranche d’avec tout ce vert des blés et le brunâtre de la colline pelée devant vous.

Un panneau vous annonce que la fin de l’étape n’est pas loin, à moins de 3 kilomètres.

Le chemin quitte alors momentanément les céréales pour les pins. Ici, on retrouve un des bras du Rio Cardiel. Il est fort à parier qu’ici, par temps de canicule, les pèlerins prendront un peu de frais sous les arbres.

Section 6: Légères ondulations dans la campagne vers Los Arcos.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

Le chemin contourne la forêt de pins, croise une dernière fois le ruisseau Cardiel. Ici, on rattrape, comme on rattrape tous les jours une dame américaine qui avance lentement sur le chemin. Les langues se délient vite sur le chemin. Au bout d’une semaine, les pèlerins se connaissant presque tous sur le chemin, du moins de vue, car les étapes sont presque obligatoires à cause des logements. Alors, tout le monde sait que cette dame part avant les autres et arrive après les autres. Le Camino francés a beau être universel, c’est un petit monde, comme beaucoup d’autres.
Puis, c’est le retour aux affaires courantes, un large chemin qui ondule dans les blés, avec des genêts et du colza qui repoussent sur les talus de la colline pelée. Le Camino francés est un éternel recommencement.
Plus loin, un long bout droit dont on se demande s’il possède une fin, et qui s’achèvera tout de même au sommet de la douce colline dans les oliviers.
De la colline, le chemin redescend au milieu de quelques amandiers vers Los Arcos, que l’on aperçoit dans la plaine.
A l’approche du village, disons un gros village, le goudron remplace la terre battue.
Comme toutes les cités du nord de l’Espagne, ou du moins une grande partie, Los Arcos est construite en longueur le long de la rue centrale. Les maisons paraissent assez anciennes, virant sur l’ocre, certaines même avec balcon et moulures, d’autres armoriées.

Comme dans de nombreux gros villages de la région, il y avait autrefois un château ici, dans une cité qui prit un essor au XIème-XIIème siècle, après que les Navarrais chassèrent les musulmans. Comme pour toutes les cités de la région, les Castillans ont aussi lorgné du côté de cette ville de Navarre. Elle passera aux mains des Castillans au début du XVIème siècle, et Philippe II, le roi d’Espagne et de Castille leur accorda aussi les traditionnels privilèges, les fueros, qu’il supprima par la suite. C’est, à cette période castillane, que la ville connut son apogée, et que l’on transforma tout en baroque dans la cité. A la fin du XVIIIème siècle, la cité passa aux mains de la Navarre et perdit ses privilèges castillans, notamment son marché à demeure ou sa possibilité d’exporter le blé en Castille.

L’âme aujourd’hui du village (1’100 habitants) semble être la Plaza de Santa Maria près de l’église du même nom. Ici, les pèlerins, sitôt arrivés, s’agglutinent au bar de la place pour deviser sur leurs états d’âme et sur leurs exploits sur le chemin.

L’église est d’origine romane, mais remodelée à l’intérieur, comme à l’extérieur en baroque au XVIème siècle. On ne saurait dire comment est l’intérieur ou le cloître, l’édifice étant fermé lors de notre passage. Cela commence vraiment à être une attitude détestable que de fermer les églises.

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