36: St Palais à Larceveau

Les statues de bois dressées contre la montée lunaire de Soyarze

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Dans l’étape précédente, nous sommes allés à St Palais, en dehors du GR65, pour avoir le plaisir de remonter le magnifique chemin de Xibaltre, sur le GR654. Le GR 654 relie, sur environ 1 700 kilomètres, la Belgique au sud de la France. C’est aussi un chemin de Compostelle, étant largement lié à la voie de Vézelay. Ne prenez pas notre parti pris de passer à St Palais pour du mépris pour la voie normale du GR65 qui vient d’Aroue et qui réjouira de nombreux marcheurs, la très grande majorité sans doute. En fait, c’est assez simple le Chemin de Compostelle. Les gens achètent des livres et croient mordicus qu’ils ne peuvent dévier un pouce du chemin qui, croient-ils, a été celui suivi par leurs ancêtres. Mais, il n’y a pas de Chemin de Compostelle, en fait, un vrai, un seul. Notre choix tient beaucoup au charme inouï du Mont Sauveur, aux statues de Christian Lapie dressées contre le chemin de Soyarze. Ce miracle justifie sans problème le fait d’être resté un jour de plus sur le chemin vers l’Espagne.

Le chemin de Xibaltre (Gibraltar, en basque) mène au sommet du Mont Sauveur. Là-haut, du haut de la colline, on ne se lassera pas d’admirer les merveilleuses statues contemporaines de Christian Lapie, dressées contre les Pyrénées. Le site est exceptionnel, avec une vue plongeante sur Beneditenea et sa montée lunaire vers la Chapelle de Soyarce. A, Beneditenia, on rejoint le GR65.


Il faut le dire, cette étape est une des plus belles du chemin de Compostelle, du moins jusqu’à Ostabat. Si la croix de Gibraltar, à Beneditenia, là où la variante de St Palais et le GR65 venant de Benta se rejoignent, a été classée par l’UNESCO, on ne comprend pas vraiment pourquoi elle mérite un tel honneur. De nombreuses stèles caractérisent le pays et il y en a vraiment d’aussi belles ailleurs. La montée sur la chapelle de Soyarce sur le calcaire et les schistes lustrés de l’ancienne draille vaut à elle seule le déplacement. Et en dessous, le chemin redescend sur Haranbeltz et sa chapelle, aussi classée au Patrimoine de l’UNESCO. L’intérêt de cette chapelle est aussi qu’elle est encore la propriété de quatre familles descendantes des communautés de “donats”, des frères et sœurs hospitaliers du Moyen-âge, qui, au pays basque, ont subsisté jusqu’à nos jours, bien que sécularisés aujourd’hui. Ce sont eux qui restaurent la chapelle. Et puis Ostabat, bien moins glorieux aujourd’hui que dans le passé, reste incontournable pour son ancien hôpital des pauvres, qui est devenu aujourd’hui le gîte Ospitalia, aussi classé par l’UNESCO.

Depuis Ostabat, le voyage est moins passionnant, bien qu’il traverse les paysages charmants de la Basse Navarre, car une grande partie du parcours s’effectue sur le goudron. Les courageux iront jusqu’à Saint-Jean Pied de Port. Mais, si on y va, l’étape mesure près de 35 kilomètres. On peut donc couper la poire en deux et s’arrêter près de Larceveau, ou même avant, à Ostobat. C’est là que logent souvent les pèlerins venant directement d’Aroue.

Même si on s’arrête à Larceveau, l’étape présente des dénivelés importants (+495 mètres/-386 mètres) pour une étape courte et nerveuse, avec des pentes parfois supérieures à 15%. Les difficultés sont en début de parcours. Sitôt à la sortie de St Palais, le parcours monte raide sur le Mont Saint Sauveur et ses sculptures. La descente est assez sévère pour faire suite à la montée assez difficile, mais si belle, sur la chapelle de Soyarce. A partir de là, après la descente raide sur Haranbeltz, le trajet suit de légers vallonnements.

Ici, les passages sur routes et chemins s’égalisent:

Goudron: 8.3 km

Chemins: 7.3 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-st-palais-a-larceveau-par-le-gr654-puis-par-le-gr65-31309067

 

Section 1: Là-haut, au Mont Sauveur en face de Soyarze.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours très sévère.

Aujourd’hui, nous empruntons au départ de l’étape le GR654, la Voie de Vézelay, avant de rejoindre pus loin le GR65, qui vient de Benta.

Il faut toujours traverser les banlieues pour sortir des cités. La route s’en va dans les petites rues souvent désertes au petit matin.

Un panneau vous détaille le chemin de Xibaltre que vous allez suivre plus loin.

La route traverse les quartiers de petites villas récentes à la sortie de la cité. Certaines maisons cachent plus de secrets que d’autres.

Chemin faisant, nous passons devant un bijou de petite fontaine.

Encore quelques maïs, pour vous rappeler des souvenirs, le long du sous-bois, et vous vous trouvez au début du Chemin de Xibaltare.
Le 4 octobre 2014, la mairie de Saint-Palais a inauguré le chemin de Xibaltare, une variante du GR654 qui va du gîte de l’ancien couvent des Franciscains jusqu’à la stèle de Gibraltar, à Beneditenia, pour rejoindre le GR65.C’est un extraordinaire chemin qui va monter dans la forêt, un vrai parc botanique en fait. Quand on s’y balade, on ne sait pas dire ce qui relève de la nature sauvage ou de l’aménagement de hommes. Car, des paysagistes, des architectes et des artistes ont largement contribué à améliorer, voire à créer, ce chemin qui conduit au sommet du Mont Sauveur vers les exubérantes statues de Christian Lapie.
Au départ, la montée est droite, aménagée en béton. La pente est très escarpée, à près de 20% d’inclinaison. St Palais s’évanouit derrière les feuillages.

En avant marche…

Des bornes informent sur les essences, parfois importées, qui jalonnent l’itinéraire. Au début, on voit de grands chênes pédonculés. Le Quercus Robur ou chêne pédonculé, au tronc cylindrique et droit, au houppier irrégulier, clairsemé et tourmenté, nul doute qu’on en trouve aussi dans la région, même, si d’ordinaire, on rencontre plutôt des chênes sessiles, avec leur houppier en éventail et des chênes pubescents, au tronc souvent court et tortueux, comme ceux que l’on a trouvés en abondance dans les causses, au pied des truffes. Dans la région, on trouve aussi de nombreux chênes tauzins et les chênes verts ont presque disparu. Quoi qu’il en soit, il faut souvent considérer de près l’écorce des troncs pour les distinguer. Il en existe en fait 500 espèces de chênes dans le monde.

Nettement plus rare est l’alisier torminal (torminal vient de torcere, se tordre, car cet arbre a des vertus médicinales contre les coliques). Cet arbre, souvent de taille moyenne, qui vit en clairière près des chênes, possède des feuilles très tourmentées, qui ressemblent à celles des platanes ou des érables.

Puis le chemin devient de terre, de pierre et d’herbe. La pente s’adoucit progressivement. On a sans doute planté cette haie d’alisiers des bois, des sorbiers en fait, dressés comme des soldats à la parade, car ces arbres poussent rarement en groupes compacts et peuvent atteindre l’âge respectable de 300 ans. Il fut un temps où l’alisier et l’homme étaient proches l’un de l’autre. Du bois, on en faisait des outils ou des instruments de musique. Des fruits, on fabriquait des jus, des confitures et de l’eau de vie. Aujourd’hui, ce tableau a presque disparu.
Le chemin, où apparaissent des barrières de bois, passe le long des haies touffues, à l’ombre des alisiers, des trembles et des châtaigniers. Les trembles, avec leurs feuilles qui tremblent dans le vent, et qui sont des peupliers, ne sont pas très représentés sur le Chemin de Compostelle en France. Ce sont les aspens des montagnes rocheuses, qui poussent en foule compacte au Colorado.

C’est alors qu’apparaissent au regard ces immenses et majestueux robiniers. On doit ces arbres à Jan Robin, un botaniste français qui introduisit d’Amérique ces arbres sous le règne d’Henri IV. Ces faux acacias ont depuis été plantés généreusement en Europe, car ils sont de pousse rapide. Les plus vieux robiniers ont l’âge d’Henri IV, mais oui. Ces arbres, vous ne les verrez guère dans les forêts. Ils ont été plantés le plus souvent près des agglomérations, ou le long des rivières.

Plus communs sont les frênes, qui poussent aussi souvent comme des géants, et dont on ne vous fera pas l’injure de les présenter à nouveau, tant on en a rencontré sur le chemin. Ici, abondent aussi les cornouillers, qui sont ici presque des arbres, mais que l’on retrouve le plus souvent dans les haies de buissons.
Peu après, le chemin sort dans des clairières, franchit des barrières de bois, comme on franchit des ponts-levis, sous l’œil lointain des belles Blondes d’Aquitaine.

La pente est presque toujours soutenue, avec parfois de brefs replats. Le chemin longe alors de denses haies de prunelliers, d’aubépines et d’églantiers, de cornouillers et de bruyères.

D’ici, le regard plonge avec bonheur sur la lande fruste, les petits chênes rabougris, les genévriers, les genêts, les buissons et les herbes folles du pays basque. On devine déjà en bas Beneditenia et en face la majestueuse colline pelée de Soyarce.

Puis reviennent les barrières de sécurité, aménagées pour empêcher le bétail, qui doit vivre en liberté sur la colline, de passer sur le chemin.
Mais la montée n’est pas achevée pour autant. Le chemin se poursuit à l’ombre des merisiers, des cerisiers sauvages, les cerisiers des oiseaux que les Romains importèrent jadis de Turquie.

Plus haut, de magnifiques pins noirs, droits comme des mâts de navire, dressent leurs dômes de verdure éternelle très haut dans l’azur. Les jardiniers ont déversé ici des copeaux de bois, sans doute pour prévenir les glissades par mauvais temps.

Le chemin sort progressivement du jardin botanique. En-dessous St Palais brille dans la plaine.
On a cru bon de mentionner aussi, et avec raison, que les roches qui affleurent dans la région sont avant tout des calcaires plissés qui ont été soulevés des fonds marins lorsque se sont formées les Pyrénées, le résultat de 500 millions d’années de formation sur le socle granitique de base et qui se sont achevées, il y a environ 50 millions d’années à la suite de la collision de deux plaques terrestres, l’espagnole et l’européenne.

A la sortie du bois, au sommet de la colline Saint-Sauveur, la surprise est de taille, pour qui n’est pas averti (mais vous l’êtes). Trois statues se dressent face à l’horizon. Ce sont les statues de Christian Lapie, intitulées Les Reflets du Ciel, dressées contre les Pyrénées et la montée de Soyarce. Ici, on est baigné dans une sorte de carrefour de l’humanité à contempler à l’infini ces masses de chêne fendu, signées par le génial sculpteur de Champagne, offertes par un généreux avocat californien et son épouse.

Christian Lapie, un artiste de réputation mondiale qui œuvre aux quatre coins de la planète, sculpte dans le bois des formes carbonisées, symboles d’un homme à l’aspect spectral. Ce sont des  “arbres hommes” ou des “hommes arbres”, selon le sens qu’on veut bien leur donner. L’artiste part d’imposants troncs d’arbres qu’il taille à la tronçonneuse. Il en résulte alors la brutalité noire d’une masse muette.

D’admirer ces créatures face à la montée de Soyarce, et à l’horizon les Pyrénées, vous fait parcourir des frissons de plénitude et d’émotion contenue dans le dos.

Non moins prenante est la vue sur la colline pelée et lunaire de Soyarce, lorsque le chemin descend entre deux haies du Mont Saint-Sauveur. C’est un chemin qui dessine une tranchée, droite et raide, dans la lande.

Section 2: Vers la chapelle de Soyarze, un des sites de grandeur du Chemin de Compostelle.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: montée souvent pénible et longue vers la chapelle, puis descente très raide vers Haranbeltz.

Puis, le chemin rejoint une petite route au-dessus du hameau de Chabatenia.
La route traverse alors la campagne et de petits hameaux aux maisons coquettes sous leurs volets rouges, fleurant bon l’architecture basque et navarraise. On annonce la stèle de Gibraltar à grand renfort de publicité.

La campagne est bucolique à souhait. Mais qui a prétendu que le pays basque était avant tout un pays de moutons pour fabriquer l’Ossau-Iraty ? Pour l’instant, nous n’avons croisé essentiellement que les belles et fières Blanches d’Aquitaine. On voit se rapprocher à vue d’œil la montée vers Soyarze, qui fait peur à de nombreux pèlerins.

La route descend maintenant en pente douce vers Beneditenia.
Elle arrive alors à la stèle de Gibraltar, à Beneditenia. C’est aussi ici qu’arrive le GR65 d’Aroue et que débute la montée vers Soyarce. Alors, les deux GR principaux qui traversent la France sont enfin réunis.

La Stèle de Gibraltar, on la célèbre dans tous les guides de Compostelle qu’on s’attend à se trouver en face du Taj Mahal! Vous serez déçus, vous aussi. C’est un bien modeste monument, dans un carrefour où l’intérêt majeur est qu’il offre une belle vue sur la montée de Soyarce. Au fait, c’est une ancienne stèle non datée, que le bon docteur Urrutibehety, celui qui voulait classer St Palais dans les chemins de L’UNESCO, réinstalla en 1964, pour matérialiser, selon lui, le carrefour des trois chemins de Saint-Jacques, à savoir Vézelay, Le Puy et Tours.

Gibraltar n’a rien à voir, bien entendu, avec le célèbre rocher surplombant la Méditerranée. Certains experts pensent que ce mot viendrait de Chibaltarem, un sanctuaire voisin, qui en basque a donné Xibaltare, donc Gibraltar.

Ici, un chien compte patiemment les pèlerins qui passent, qui boivent une rasade d’eau avant d’affronter la pénible montée, un des hauts lieux mythiques du Chemin de Compostelle. Le panneau annonce deux kilomètres d’intense bonheur ou de souffrance, c’est selon.
Au départ, voilà du goudron sur une pente moyenne, dans la campagne. Tiens, c’est bien une des rares fois que nous croisons autant de moutons dans le Pays Basque.
Puis, un vrai chemin de pierre se détache de la route. La pente se fait alors rude. Quand vous passerez par ici, vous aurez peut-être le sentiment que des millions de pèlerins sont passés, tant les schistes et le calcaire sont lustrés sur le chemin.

Mettez vos pas sur ceux des millions de pèlerins qui ont peut-être transité par ici…

A mi-côte, la pente s’assagit. Les pierres éclatent encore plus dans la lumière au milieu d’un univers plus proche d’un désert que d’un pâturage. C’est d’une beauté unique, surprenante, radieuse.

En vous retournant, vous allez deviner, en écarquillant les yeux, les statues de Christian Lapie, tout là-haut sur le Mont St Sauveur.

L’herbe est rase à cette période de l‘année. Les moutons sont peut-être passés par là, ne laissant que les maigres genévriers.

C’est toujours aussi magique….

Puis, la pente s’adoucit en arrivant au sommet de la colline, au milieu des fougères séchées par le soleil. Bientôt, le vert de la prairie gagne un peu en intensité face aux magnifiques Pyrénées qui se détachent dans le ciel.
Le souffle se fait plus court, pour certains. Allez! Encore quelques mètres avant de joindre la chapelle de Soyarce et son petit bouquet d’arbres protecteur.
La Chapelle de Soyarce est un des lieux mythiques du Chemin de Compostelle, de par sa position. Autrefois, il y avait ici un sanctuaire des Prémontrés au XIIème siècle, qui devint plus tard un ermitage. Puis, au départ du dernier ermite, le bâtiment devint un abri pour le bétail et le fourrage sur une colline ouverte à tous les vents et intempéries. Un incendie anéantit alors l’édifice à la fin du XIXème siècle. On retira des cendres une statue de la Vierge demeurée intacte. On construisit alors à la Vierge Marie une chapelle en son honneur en 1845. Plus récemment, on installa même un panneau solaire pour illuminer tous les soirs la croix du clocheton. Les pèlerins perdus peuvent passer la nuit ici, à la bonne étoile, sous les yeux protecteurs de Marie.
De là-haut, un planisphère permet de mettre un nom sur les montagnes en face. Ce ne sont pas les plus hautes montagnes pyrénéennes, mais le Pic du Midi d’Ossau culmine tout de même à 2884 mètres. En dessous, le Pays Basque s’étend en prairies et petits bosquets verdoyants.

Attention, à la chapelle, il faut repartir dans la bonne direction. Ne prenez surtout pas le chemin qui part vers la droite. Vous vous perdrez et aurez de la peine à retrouver Ostabat. Mais vous voyez Haranbeltz et ses toits rouges, en dessous, sous votre gauche. Il faut donc impérativement choisir le chemin caillouteux qui descend à votre gauche. Si on vous dit cela, c’est pour vous dire que nous nous sommes perdus pour la seule unique fois sur le Chemin de Compostelle. Nous avons pris à droite, le chemin nous semblant plus convenable! Après plusieurs kilomètres, sur chemins et routes, presque toujours en sous-bois, nous avons été sauvés par des ramasseurs de champignons, qui nous ont ramenés sur le chemin, à Haranbeltz. Ouf!

Dès lors, retrouvons-nous à Haranbeltz.

Section 3: Par monts et par vaux vers Ostabat, ancien haut lieu du Chemin de Compostelle.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: oscillations régulières, parfois un peu plus marquées.

La chapelle Saint-Nicolas est encore aujourd’hui la propriété de quatre familles descendantes des communautés de donats, des frères et sœurs hospitaliers du Moyen-âge et qui, au pays basque, ont survécu au-delà de la Révolution. Bien sûr, les descendants sont aujourd’hui sécularisés et ont racheté les biens. Si vous avez de la chance (nous pas), et passez ici à la bonne heure, on dit que la visite en vaut la peine. A ce que l’on sait, si vous aimez le baroque, les dorures et les plafonds peints, vous serez dans l’extase.

Vous verrez aussi dans la région et au cimetière les traditionnelles stèles, ces monuments funéraires que l’on croise dans les pays du Sud. Vous avez déjà passé près de la stèle de Gibraltar, mais il y en a aussi sur le chemin.Au Pays basque, on les nomme hilarri (hil signifiant mort), des monuments composés d’un disque de pierre circulaire avec de nombreux symboles chrétiens ou païens, qui surmonte un socle de forme trapézoïdale. Il en existe de très anciens, mais aussi des plus récents, telle la stèle près du village.

A Haranbeltz, le chemin repart sous les grands chênes, puis traverse le ruisseau de Haranbeltzeko. Il ondule assez longtemps entre prairies et petits sous-bois.
Ici, ce sont les grands chênes qui dominent nettement un paysage doux et agréable.
Devant soi se dessine Ostabat et une route, parfois goudronnée, parfois de terre descend vers le petit vallon où coule l’Ithurriberiko. Sur les hauteurs, en dessus des arbres, vous voyez poindre les silos à grains, signe que les canards ne sont pas loin.
Le chemin arrive dans le sous-bois vers une petite place de pique-nique, dans la fraîcheur des arbres, à un carrefour de routes, qui sont plus de terre battue que de goudron.
Sitôt après le ruisseau, dissimulé sous les herbes folles, le GR65 remonte sur le goudron.
Le GR65 retrouve un peu la civilisation dans les maïs. Enfin, civilisation, le mot est-il bien adéquat? Ah, les beaux canards qui goûtent ici quelques jours de liberté au plein air, ce qui est rare sur le chemin, programmés qu’ils sont à un avenir qu’on dira incertain.
Ils sont à l’air libre, mais c’est plutôt un régime de semi-liberté.
La route file alors, assez droite, vers le ruisseau de Bersaitsko. Rapidement, on aperçoit devant soi le bourg d’Ostobat-Asme.
Le GR65 ne gagne pas Ostabat par la route. Il va descendre sous le village par un mauvais petit chemin qui serpente, au milieu des moutons, dans les buissons et la rocaille.
Le long des haies touffues, il atteint les premières maisons du village.
Le chemin arrive au bas du village près du gîte Ospitalia. Ostabat est une ancienne bastide fondée au XIIème siècle. Ce fut pendant des siècles, et encore aujourd’hui, un grand carrefour des voies de Compostelle. Mais ce fut aussi un grand centre hospitalier du pays basque. L’hôpital Saint Antoine était un point névralgique du pèlerinage. Avec le temps il a subi des transformations, mais il subsiste encore sous la forme de la maison Ospitalia, à côté de laquelle demeurent les restes d’une chapelle romane. De nombreux pèlerins veulent séjourner encore aujourd’hui au gîte Ospitalia, au bas du village, là où passe le chemin.

La ville basse “hors les murs” était un quartier modeste, réservé aux jacquets et aux malades. Les soins étaient gratuits. Aujourd’hui encore, le bas du village apparaît toujours très modeste. On prétend que du temps de sa grandeur, à partir du XIIème siècle, Ostabat pouvait recevoir 5’000 pèlerins et qu’on comptait une dizaine d’hôtelleries. On ne dit pas combien par jour mais on ne devait pas s’ennuyer sur le chemin. Alors, les armées de Castille on détruit ce bijou, pour en faire un lieu assez banal, en somme.

Une route en pente monte de la ville basse à la ville haute, si on peut le dire ainsi, pour un si petit village.
Il reste encore quelques traces disséminées de l’opulence d’autrefois. La bastide fut construite selon le plan classique des bastides du pays basque sur une place rectangulaire avec une rue centrale, des rues parallèles et des rues se coupant à angle droit, Les remparts ont fondu avec le temps. Autrefois, pour pénétrer dans la bastide de la ville haute, il fallait payer un péage, pèlerin riche ou non. La bastide avait de nombreux privilèges attribués par les rois de Navarre. C’était un marché célèbre, une ville de notaires et de marchands fortunés. Au XIVème siècle, on y vit fleurir les premiers hôtels pour gens fortunés. L’Ange, la Clef, le St Georges, la Huche, et de nombreux autres…Les écus devaient circuler à la pelle.

Le village a perdu son luxe d’antan. Les possibilités de logement ne sont pas nombreuses ici. Ostabat est le village étape de la majorité des pèlerins venant de Aroue. De nombreux pèlerins choisiront en priorité le gîte Ospitalia, mais il y a peu de places.

Aujourd’hui, Ostabat ne compte pas plus de 200 habitants, groupés autour de sa petite église rebâtie au XIXème siècle et sa mairie édifiée sur l’ancien marché couvert.
Si les maisons du village ont surtout un aspect basque traditionnel, avec leurs toits de tuile et leurs volets rouges, certaines ont gardé un style encore plus d’époque, quand les écritures fleurissaient sur les linteaux des portes. Mais aucune de ces maisons ne remonte au haut Moyen-âge célébré ici.

Section 4: Dans la campagne basque.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans problème.

A la sortie d’Ostabat, une route prend la direction de la plaine de la Bidouze.
La route passe rapidement au hameau de Conchounia. Tous les hameaux de la région sont proprets, remarquables d’uniformité dans leurs habits basques faits de blanc et de rouge foncé.
Puis, la route traverse à plat le hameau de Meheyria…
…avant de monter assez sèchement vers un gîte à Gaineko-Etxea. Ce gîte est très fréquenté. C’est le logement qui propose le plus de lits de la région, et il est à proximité d’Ostabat, qui manque de logements.
Du gîte, un chemin parfois herbeux, parfois caillouteux, s’en va entre campagne et sous-bois. La campagne est douce ici, sous les arbres, au milieu des prairies. Les arbres sont avant tout des grands chênes et des frênes, avec quelques rares peupliers blancs.
Alors reviennent les maïs près du hameau de Béthano. Mais, ils sont d’une plus grande discrétion ici. Il y a longtemps que nous avons quitté le Gers, les Landes et le nord des Pyrénées Atlantiques. Le pays basque leur préfère les prairies. Avec raison, pour le promeneur.
Dans la région, les moutons ont pris l’avantage sur les Blanches d’Aquitaine.
Peu après, le GR65 retrouve le goudron jusqu’à joindre la route départementale D933 à Etxeleta, juste avant Larceveau.
Ici, il faut suivre la départementale sur une petite bande herbeuse avant de rejoindre l’entrée de Larceveau.
Officiellement, le GR65 ne va pas à Larceveau. Il oblique juste avant le village vers la droite. Cependant, de nombreux pèlerins s’arrêtent à l’auberge-hôtel. On peut aussi y loger, il y a 20 chambres. Les logements sont portion congrue dans la région. Miam Miam Dodo répertorie les logements disponibles à peu de distance d’ici.

Logements