34: Navarrenx à Aroue

Encore quelques canards pour la bonne bouche

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, nous quittons assez rapidement le Béarn pour le Pays Basque, direction St Jean-Pied-de-Port, le terme de la Via Podiensis. Le Pays Basque qui s’étend au sud de l’Adour inclut trois grandes régions: le Labour vers la côte autour de Bayonne, Biarritz et Hendaye; la Soule, près des montagnes pyrénéennes; enfin la Basse Navarre, au centre de la région, là où le parcours nous emmène. Nous allons aujourd’hui découvrir une autre rivière du pays, le Saison.

Comme en Béarn, le climat est doux et tempéré, avec une grande pluviométrie au printemps, mais avec des étés et des hivers sympathiques. La pluviométrie engendre un paysage verdoyant tout au cours de l’année. Vous allez souvent traverser des paysages presque vierges, des vallons calmes, au milieu des pâturages et des forêts, dans un pays, où plus on avance vers les montagnes pyrénéennes, plus le mouton prend le dessus sur les Blondes d’Aquitaine.

Les Basques, peuple fier, ont traversé les siècles, le front haut et indépendant. Après s’être réfugiés dans les montagnes à l’époque romaine, au départ de ces derniers, ils investirent le pays, luttant pour leur autonomie. Au Moyen- Âge, ils disposent même d’une autonomie politique et administrative. C’est la grande époque du Royaume de Navarre. Mais avant la révolution, on va leur supprimer les privilèges, quand le roi de France et de Navarre devient le roi de tous les français. En 1792, on les rattache brutalement au Béarn voisin, en créant le département des Pyrénées Atlantiques. C’est de cette époque que va s’affirmer encore plus le sentiment d’autonomie, le combat pour la langue basque et une forte expansion d’un nationalisme basque. Et ceci, des deux côtés de la frontière, française et espagnole. La suite de l’histoire est bien connue. Si c’est surtout en Espagne que la lutte ouverte et les mouvements extrémistes (ETA et autres), les Français ont toujours applaudi des deux mains à ces mouvements de libération, même s’ils ont peu participé activement. Lorsque vous voyagerez dans cette région, interrogez les gens. Une grande majorité réclame en langue sourde l’autonomie, comme le font les corses.


Il faut le dire, à partir de Navarrenx les possibilités de logement sont plus rares. Les étapes sont donc très conditionnées par le fait de trouver un logement. Il y a quelques possibilités près d’Aroue, mais plus loin, il faut marcher des kilomètres pour trouver de quoi passer la nuit. Aussi l‘étape du jour est très courte, mais il n’est guère autre possibilité pour un marcheur raisonnable.

Les dénivelés du jour (+270 mètres/-266 mètres) sont très faibles. Après une courte montée sans difficulté sur Castetnau-Camblong, le parcours se promène dans des vallonnements, d’une colline à l’autre, d’un ruisseau à l’autre, surtout en en sous-bois. Seule une montée un peu plus prononcée (mais si peu) conduit au sommet de la crête de Lacorne. La route descend alors dans la plaine de Lichos où coule le Saison. C’est ici que fleurissent les maïs et les éternels élevages de canards. La route remonte alors constamment sur la crête pour redescendre sur le Château de Joantho et Aroue.

Aujourd’hui, c’est un peu plus sur le goudron que sur les chemins, une proportion assez constante sur le Chemin de Compostelle:

Goudron: 11.5 km

Chemins: 8.5 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-navarrenx-a-aroue-par-le-gr65-31159889

 

Section 1: Dans la périphérie de Navarrenx avant les sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté, si ce n’est une petite montée vers Castenau-Camblong.

Le GR65 quitte le bourg de Navarrenx sous les arcades de la grande et magnifique place des Casernes. Il longe en descendant les remparts pour traverser le Gave d’Oléron. Autrefois, on voyait passer ici les barques chargées de bois qui descendaient à Bayonne pour fabriquer les navires. Fini tout cela! Il n’y a plus que de l’élevage et du maïs dans la région.
Autrefois, sous les remparts, il y avait un hôpital et une chapelle pour l’accueil des pèlerins. Les jacquets traversaient en barque la rivière. A leurs risques et périls. Fini aussi tout cela! Les pèlerins d’aujourd’hui empruntent, au milieu des voitures, le grand et magnifique pont de pierre du XIIIème siècle.

De l’autre côté du pont, le GR65 emprunte la départementale qui va vers Castetnau-Camblong. Il croise une très belle fontaine au bord de la route. On ne peut boire de son eau. Qu’importe! Le pèlerin a bu à satiété avant de repartir.

La route arrive alors rapidement dans les faubourgs de Castetnau-Camblong Gare. Vous rêvez bien évidemment, il n’y a plus de train ici. Ce n’est en fait que la zone commerciale de Navarrenx.
Voici la zone industrielle et commerciale, ces poux de la civilisation moderne. Même les petites villas n’ajoutent rien à la banalité et au manque d’humanité de ces endroits. Un peu plus loin, les tournesols et les maïs remplacent les villas.
Plus loin, le GR65 quitte la départementale pour monter le long des villas des bas du village.
Il n’y a pas que des gens qui dorment ici et travaillent à Navarrenx. La petite chèvre déguste sans doute gratuitement l’herbe de la commune. Si on la laissait gambader à son aise, elle irait sans doute se réfugier un peu plus haut, dans le bosquet, où court un petit chemin qui marque l’entrée du village.
Le village propret et tranquille de Castetnau-Camblong est un carrefour de routes, autour de sa petite église, reconstruite récemment, dont le clocher carré sert de porche.
Le GR65 sort du village sur la route. Ici, il n’y a pas de vraie campagne. C’est plutôt une région de petites villas.
Les gens sont toujours en quête d’identité pour arriver à qualifier de hameaux ou de villages une poignée de maisons au bord de la route. Allez! Une grande harmonie naît de la dernière maison rencontrée juste avant la forêt.
La route goudronnée s’achève à Débantès.
Puis, après les inévitables champs de maïs, le chemin va pénétrer dans la forêt de Castetnau-Camblong et y rester longtemps. Vous aurez tout loisir de goûter au charme des vallonnements, d’une colline à l’autre, d’un ruisseau à l’autre.
C’est un large chemin de terre qui passe à l’ombre des chênes, des châtaigniers et des frênes.

Section 2: Une longue traversée des bois et des petits ruisseaux.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Le chemin suit le bord de la forêt puis s’enfonce dans un sous-bois touffu. Le chemin de terre est large, agréable, en pente douce, jusqu’à atteindre le gros ruisseau de Lausset, si plat qu’il avance en dessinant de nombreux méandres dans les herbes folles.
Puis, on abandonne en contrebas le ruisseau et son discret murmure musical pour monter un peu, par larges lacets, dans une forêt qui se fait plus dense, plus sombre jusqu’au ruisseau de Lescuncette. Ces vallons ont une grande profusion d’eau, de rus consommés parfois à l’irrigation des cultures, des maïs en particulier.

Rassurez-vous, la forêt n’est pas si sombre que cela, ce n’est qu’un petit ennui momentané de caméra.

Le chemin redescend alors un peu dans les chênes et les broussailles vers un fond de vallon. Ici, on exploite le chêne, événement assez rare pour être signalé. Vous aurez traversé le centre de la France au milieu des chênes, sans avoir, pour ainsi dire, presque jamais croisé ces tas de fûts au bord du chemin, résultat du labeur des hommes.

Un peu plus loin, le chemin assez caillouteux rejoint une petite route goudronnée de campagne.

Un nouveau vallonnement se pointe devant vous et le chemin vous invite rapidement à reprendre de l’altitude, mais la pente est douce. Il va prestement abandonner la clarté de la clairière, où se plaît le bétail, pour retrouver l’obscurité d’une forêt plus dense. Les grands chênes font le vide autour d’eux, oublient les arbrisseaux qu’ils furent un jour et le temps qu’ils ont mis à étouffer les autres espèces. Les chênes sont de beaux arbres, mais des scélérats.

Le chemin s’enfonce de plus en plus dans une exubérance de chlorophylle, dans une nature de plus en plus sauvage. La forêt, oui, la vraie forêt, qui est belle ici. Il n’y a pas que des chênes, on rencontre aussi des châtaigniers, des hêtres et des érables. Parfois, des sureaux ou des sorbiers bordent le sentier. L’air parfois embaume la résine. Les rayons du soleil répandent à peine leur lumière à travers les branches obscures.

Un peu plus loin, le GR65 retrouve la terre battue. Ici, malgré la présence de nombreux petits ruisseaux, le sol peut être particulièrement sec, parfois craquelé. Le sentier est balisé dans les fougères, parfois quelques rares genêts ou de la bruyère. Le chemin de terre débouche alors dans des clairières plus étendues, où les belles Blanches d’Aquitaine prennent le frais à l’ombre des grands chênes.

Pendant plus d’un bon kilomètre, le chemin va onduler dans le vallon où coule en contre-bas l’Harcellane. Il gambade alternativement dans les prairies ou le sous-bois, avec ci et là de très rares cultures.

Le chemin est des plus agréables ici et la campagne reposante à souhait.

Section 3: En passant par le ravitaillement de Lacorne.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Progressivement, le chemin se rapproche du ruisseau de Gassou. Entre herbes hautes et feuillages, le chemin vous emmène dans une nature où le temps semble s’être arrêté, dans un labyrinthe de dégradés de vert où la terre et le silence ne font qu‘un. Ici, on voit quelques érables et quelques frênes. Lorsque vous arrivez au bord du ruisseau de Gassou, il est fort probable que vous emporterez un peu de la boue du pays basque sous vos semelles.

Mais vous n’en serez pas l’unique bénéficiaire. Les maïs aiment aussi se tremper les pieds dans l’eau.

Le chemin sort bientôt de la grande et belle forêt de Castetnau-Camblong. A l’orée du bois, vous ne serez guère surpris de voir qu’ici on adore chasser les palombes.

Pour les amoureux de ce sport sanguinaire, reportez-vous à l’étape de La Romieu, sur ce site.

Mais voici que le chemin monte maintenant un peu plus dans les prairies. Alors, c’est inévitable, les groupes de pèlerins se resserrent. Vous aurez souvent le sentiment de voyager en solitaire quand le chemin se promène à plat dans les sous-bois. Mettez-y un peu de pente, et tout change. Les rapides rattrapent les lents et tout ce gentil petit monde se retrouve uni au sommet de la crête.

Et parfois, lorsque l’effort a été un peu plus sévère, la récompense arrive sous la forme d’une pause méritée et réconfortante. Même si la pente n’est pas très sévère ici, deux buvettes proposent leurs services aux pèlerins de passage. A Lacome, tout y est, le charme, le cadre, pour vous inviter à faire halte. Ici, même les ânes semblent apprécier la pause.

Et pourtant, toute bonne chose ayant une fin, il faut bien redescendre sur le goudron de la crête.

Une bande d’herbe longe la route, mais il n’y a aucune circulation par ici. Et toujours ces champs de maïs qui ne vous lâcheront jamais.

Plus bas, le pays alors s’ouvre vraiment plus, avec parfois des vaches dans les prairies.

Ici, il y a de rares passages en sous-bois, mais le plus souvent vous marchez en pleine campagne. Mais si votre œil est lassé du maïs, concentrez-vous sur les champs de soja ou les plantations de betteraves, tout un monde presque aussi attrayant. On en vient à regretter le blé et les tournesols du Gers. Promenez-vous dans le pays et vous constaterez que la France est avant tout une immense campagne.

Au fond du vallon, la route traverse la petite rivière de l’Apeure. Rivière? Disons ruisseau, près d’une place de pique-nique sous les arbres.

Alors, la route s’en va dans la plaine au milieu du maïs et du soja. Bien, oui! Encore et toujours.

Section 4: En passant par le Saison, pour pêcher la truite.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Peu après, la route traverse un joli petit bois très aéré. On a même planté des platanes ici au milieu des chênes.

A la sortie du bois, on voit pointer l’église de Charre derrière les maïs. Le chemin de Compostelle va bientôt retrouver les canards.

A la longue, le cerveau se fatigue d’être pendant des semaines en proie au même spectacle de la nature. Il veut du nouveau, de l’inédit. Et l’inédit se présente parfois alors sous la forme d’un troupeau. Ah, les belles vaches qui mangent de la bonne herbe, de la vraie! On en mangerait aussi pour nous changer des graines dorées du maïs.

Le GR65 arrive bientôt à Cherbeys, petit village de paysans, presque au bord du Saison. Mais, il n’y a pas de pont ici pour traverser la rivière.

Ici, nous sommes à un peu plus d’une heure de la fin de l’étape à Aroue. Alors, le GR65 doit faire un petit crochet jusqu’au village de Charre.

Mais, il ne va pas jusqu’au village. Peu avant, il bifurque vers la rivière.

C’est ici qu’on découvre la secte des 12 tribus qui hante la région de Navarrenx. La communauté entend mener une vie entièrement conforme à la Bible et vivre comme les chrétiens primitifs. La communauté nommée Tabitha’s Place s’inspire du mouvement Les 12 Tribus, née chez les protestants aux Etats-Unis en 1972. Pour se rapprocher de la volonté de Dieu, selon ses instigateurs, il faut reconstruire les douze tribus d’Israël. En France, la communauté s’est installée à Sus, au Château Laroque, à deux pas de Navarrenx. Une centaine d’adeptes vivent dans la région, dont de nombreux enfants. La secte vit des produits qu’elle écoule sur les marchés de la région. Cette secte a moult fois défrayé la chronique, à cause des châtiments infligés aux enfants. La secte est connue pour offrir le gîte et le couvert aux pèlerins désorientés. Lisez, en passant, les prospectus sur la petite table pour vous faire une idée du programme alléchant qui vous attend.

Ici, le GR65 passe alors sous un pont pour retourner vers Cherbeys, dans les maïs, à côté de la départementale D244, d’abord sur le goudron, puis sur un sentier d’herbe étroit au bord de la route.

Bientôt, au bout de la longue rectiligne, le chemin va traverser le Saison, l’affluent principal du Gave d’Oléron.

Le Saison, où il fait bon pêcher à la mouche les truites zébrées ou le saumon, fait partie de ces rivières des Pyrénées qui peuvent être terrifiantes quand les crues balayent tout sur le passage, charriant les troncs déchiquetés des arbres. Aujourd’hui, tout est calme et sérénité. Les eaux dessinent des arabesques. C’est une magnifique rivière où les bleus et les verts s’entraînent, se confondent.

Le GR65 gagne alors la large et vaste plaine arrosée par le Saison. Ici pousse le maïs et fleurissent les élevages de canards. Dans un horizon qui se fait de plus en plus proche se dessinent les montagnes pyrénéennes, si attendues par les pèlerins de Compostelle.

Bientôt, le GR65 quitte la plaine pour monter très légèrement vers Lichos, sur la colline et sa petite église, entourée du cimetière. L’église a subi les ravages des protestants avant d’être remaniée au cours du temps. Ici, il n’y a pas d’eau pour arroser les gosiers.

La route traverse un village assez étendu, sans vrai centre, traverse aussi la jolie petite rivière du Bordaas, qui sautille sur les pierres.

Près de la rivière, un élevage de chevaux donne une note de couleur, de fraîcheur et de quiétude.

Mais, tout n’est pas que quiétude ici. Aux abords du village, à l’écart des regards des pèlerins, se niche un couvoir de petits canetons mulards. On ne pénètre jamais dans ces lieux-là. Les canards à gaver sont presque tous des mulards, des hybrides entre le canard de Barbarie et le canard commun. Les femelles ne sont plus utilisées pour la production de foie gras, par décret récent. Il faut donc produire les petits avec des mâles et des femelles d’espèce différente, puis sexer les petits canetons, éliminer les femelles pour ne garder que les mâles. Tout ce procédé se passe dans les couvoirs, à l’écart des curieux. Certaines images de canetons femelles mutilés et broyés, vues sur Internet, sont impitoyables, de quoi donner un arrière-goût amer aux fêtes de fin d’année. Les écologistes crient au scandale. Les éleveurs dénoncent l’acharnement de la presse sur leur profession. Personne ne peut et ne sait chiffrer les dérapages dans les élevages de canards, mais le consensus est de dire qu’ils sont mineurs.

On peut se loger dans le village, mais il faut bien ouvrir les yeux pour dénicher les logements. Comme le village est dispersé, une route conduit à la sortie du village près de ce qui a dû être il y a bien longtemps une école communale, et qui est maintenant la mairie.

Le GR65 quitte alors le village de Lichos. Il traverse une longue plaine cultivée où poussent le soja et le maïs. Il y a aussi parfois quelques arbres fruitiers.

Si on trouve un couvoir dans la région, c’est aussi que les usines d’élevage et de gavage ne manquent pas. Vous pourriez fermer les yeux que vous les dénicheriez tout de même. Ce ne sont pas les cancanements intempestifs des volatiles qui attireront votre attention. D’ailleurs, des canards en liberté dans les prés, nous n’en avons pas rencontrés ici. Votre oreille est alertée rapidement par le ronronnement sourd et sinistre des pâles des ventilateurs et des moteurs propres à extraire l’air vicié des salles de gavage.

La route tourne légèrement et devant vous s’étale alors la panoplie complète du dispositif. Il y a d’abord ces horribles tunnels peints en vert, pour faire plus nature. Les écologistes n’hésitent pas à assimiler ces tunnels de gavage à de véritables camps de concentration et d’extermination totale pour volatiles. Les silos à grain n’apportent guère une note d’harmonie dans ces lieux, bardés de panneaux d’interdiction de passage et d’entrée.

Nous nous excusons pour nos coups de gueule, mais les organisateurs des chemins auraient eu une riche idée en détournant le chemin de ces lieux si peu accueillants. Tout le monde sait bien qu’il faut tuer les animaux pour les manger, mais le parcours ne passe jamais devant les abattoirs de gros bétail. Alors pourquoi faire une exception pour les canards?

Section 5: Par monts et par vaux jusqu’à Aroue.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Alors, la route se met à monter sur le flanc de la colline au milieu des usines à canards. Par bonheur, les portes restent closes. Impossible de savoir si les canards sont confinés ou non dans leurs cages individuelles, à recevoir leur lot impensable de maïs à travers le tube qu’un système mécanique enfile dans le gosier, deux fois par jour. Rares doivent être les éleveurs qui prennent encore les volatiles sur leurs genoux, comme on prend les petits enfants, et caressent l’œsophage pour masser le bol alimentaire. On dit que les canards ne souffrent pas. Soit, c’est vrai. Mais à force de croiser ces mouroirs sur les chemins, on en prend une sévère indigestion.

Selon les sondages, les français, les plus gros producteurs et consommateurs du monde, seraient favorables à plus de 50% à l’interdiction du gavage, mais, en même temps, ils trouvent le foie gras incontournable des fêtes de fin d’année. Si tous les sondés passaient à pied dans le sud-ouest, il est fort à parier que le pourcentage d’interdiction d’opposants augmenterait encore. De nombreux pèlerins de Compostelle ont définitivement supprimé le foie gras de leur menu. Pour notre part, on en limite nettement la consommation. Ainsi va la vie des canards.

La pente se fait progressive, entre 10% et 15% pour gagner le lieudit La Place des Basques.

Ici, on vous fait un plan détaillé des possibilités de logements dans la région. On peut rejoindre le Gîte Bellevue à travers la forêt, ou alors suivre le GR65 sur la route jusqu’à Aroue. Si vous allez sur Bellevue, vous pouvez aussi rejoindre le GR65 près de la ferme de Bohoteguia. Ici, on quitte le Béarn pour le Pays Basque.

Si vous n’avez pas réservé votre gîte pour la journée, c’est le dernier moment pour le faire. On peut même ici griffonner ses pensées les plus secrètes dans le grand livre.

 

La route redescend de la Place des Basques dans la campagne verdoyante, où se dessinent au loin les collines du pays basque.

La pente est douce dans un pays très peu peuplé.

Sur la route, on croise une belle demeure de pierre sous les grands chênes. Ne dira-t’on jamais assez le charme et la sérénité qui émanant de ces maisons faites de moellons de pierre?

Le GR65 descend encore un peu sur le goudron jusqu’à croiser un autre logement possible dans cette région dépeuplée.

Sitôt après, le GR65 quitte la route pour descendre dans un chemin forestier dans le sous-bois.

La pente est soutenue ici, à près de 15%, sous les chênes, les châtaigniers, les frênes et les rejets de charmes.

Le passage en chemin n’est pas très long, et le GR65 rejoint à nouveau la petite départementale D11.

Une bande herbeuse longe la route qui rejoint rapidement la petite plaine en-dessous. C’est aussi ici que vous arriverez si vous avez passé la nuit au gîte Bellevue.

La ferme de Bohoteguia est une grande ferme, au bord de la route. C’est un peu le cœur d’Aroue. De nombreux pèlerins y passent la nuit. Les autres vont au gîte Bellevue ou au gîte communal d’Aroue.

Encore une petite merveille de maison de pierre, dont on ne saurait dire si elle est occupée ou désertée.

 

Le GR65 continue après Bohoteguia sur la route, croise le ruisseau de Lafaure. C’est un ruisseau qui court avec de nombreux affluents dans la région.

Très rapidement, la route arrive au Château de Johanto. Enfin, château! Cela ressemble plus à une grande ferme sise à côté d’une maison seigneuriale.

Ici, pour nous, c’est le carrefour de toute cette région, car le GR65 ne va pas à Aroue. Il part directement à gauche du château.

 

Aroue est à deux pas, devant vous. Depuis 1973, le village d’Aroue est regroupé avec les villages de Ithorots et Olhaïby, formant une seule commune, dont la mairie est à Aroue. Ce sont de petits villages.

Il n’y a guère de raison d’aller à Aroue, à moins que vous n’alliez pour y loger au gîte communal ou jeter un coup d’œil au magnifique château, siège d’un conseil de développement et de formation qui trône sur une petite colline à la sortie du village. Il y avait autrefois une pizzeria dans le village. Sans doute fermée à jamais. Mais qui sait? Il y a toutefois une petite épicerie, avec des horaires difficiles, mais vous trouvez la même chose à la Ferme de Bohoteguia.

Comme l’étape est courte et les possibilités de logement restreintes ici, mais également sur l’étape suivante, certains pèlerins gagnaient jadis une des variantes du GR65 pour aller loger au Gîte de l’Escargot-bar à Uhart-Mixe. Cela permettait de gagner une étape vers St Jean-Pied-de-Port. Mais c’était tout de même une quinzaine de kilomètres pour y aller. A l’heure actuelle, oubliez cette possibilité, le gîte semble fermé.

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