32: Pomps à Maslacq

En passant par le Gave de Pau

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Aujourd’hui, nous nous avançons en peu plus dans le Béarn. Le maïs est encore la culture dominante, mais les prairies se font plus nombreuses. Nous sommes dans le pays des deux plus grands gaves, les rivières, telles qu’on les nomme dans les Pyrénées: aujourd’hui le Gave de Pau , demain le Gave d’Oléron. Ce ne sont plus ici ces torrents encaissés qui bondissent sur les lits de pierre dans les Pyrénées. Les fleuves ont grossi, se sont assagis et traversent de vastes plaines fertiles.

Le parcours aujourd’hui descend un peu plus vers le sud. C’est notre deuxième parcours en Béarn, dans le découpage que nous avons choisi.


Les dénivelés du jour (+167 mètres/-233 mètres) parlent pour une étape facile. Mais, ce n’est pas tout plat. Il y a deux belles bosses pour monter à Castillon et à l’église de Caubin, mais ce n’est pas long. Il y a aussi deux descentes casse-pattes, une pour redescendre dans la plaine depuis Castillon, l’autre qui mène à Argagnon, dans la plaine du Gave de Pau.

Voilà encore une journée sur le goudron!:

Goudron: 8.8 km

Chemins: 11.2 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-pomps-a-maslacq-sur-le-gr65-59175609

 

Section 1: Des maïs, encore des maïs.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté, si ce n’est la montée vers Castillon.

Le GR65 quitte les lotissements récents de Pomps. Ici, même la croix a presque le même âge.

Un petit filet d’eau court par ici, peut-être généreux pour les maïs alentour.
Du goudron et du maïs, voilà le beau programme qu’on vous offre ici.

Chemin faisant, deux fermes devant vous. Votre œil avisé détectera aisément la différence.

Des maïs, encore des maïs, de rares prairies parfois aussi. On s’était dit plus avant que le Béarn fût surtout fait de prairies où gambade le bétail. Mais, on marchait dans les collines. Ici, c’est la plaine sévère, un endroit de rêve pour le maïs.

Puis, la traversée de la départementale D945 pour apporter un peu de rêverie, non?
Las de filer sur le goudron, le GR65 retrouve un chemin de terre et d’herbe qui va se faufiler entre les hautes haies de maïs. Encore et toujours. Et pourtant, on n’a pas croisé un seul canard de la journée. Les éleveurs ont dû les éloigner des yeux des pèlerins. Le Béarn n’est pas connu pour ses élevages de canards. A moins qu’ici, le maïs ne serve à nourrir le gros bétail. Qui sait?
Le long de ces hautes haies, de rares chênes, de toutes les variétés, ou même parfois des charmes, viennent apporter une autre couleur à ces paysages sans âme.
L’alchimiste a toutefois placé ici un message d’espoir, peut-être pour faire passer une pilule plutôt amère.
Plus loin, le chemin va descendre doucement pour traverser le gros ruisseau du Lech, là où il retrouve la route goudronnée.
La route passe près du hameau de Lamothe, où l’eau coule avec discrétion.
Alors, on repart de plus belle dans le maïs. Devant vous se dresse la colline de Castillon, où on voit pointer le clocher de l’église.

Rares sont ici sur le chemin les signes du patrimoine de jadis. Heureusement,il y a parfois de belles exceptions.

A l’approche de Castillon, la pente se fait plus rude. Vous constaterez sans doute, au cours des étapes, que c’est dans ce genre de raidillons, que s’affirment les baroudeurs du chemin de Compostelle. Vous sentez leur souffle dans le dos ou le bruit de leurs bâtons sur le macadam. Ils vous dépassent en disant simplement bonjour, puis filent comme le vent. Ultreia! Vous n’avez pas si tôt pris votre photo, qu’ils ont déjà disparu.

Essayez de les rattraper….

Section 2: En passant par la belle église de Caubin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: quelques pentes un peu plus marquées.

Au sommet de la côte, la route gagne le village de Castillon.
La route traverse un village paysan aux maisons peu opulentes, en grande simplicité.

Ici, le GR65 quitte la route départementale pour s’engager dans une petite route qui descend au bas du village jusqu’à trouver un chemin de terre.

C’est un large chemin qui descend entre cultures de maïs et de tournesol, le long du sous-bois où dominent les chênes. La descente est brève, mais à près de 20% de pente.

Au bas de la colline, le GR65 retrouve le goudron de la départementale et va traverser d’abord un affluent de l’Aubin.

Un peu plus loin il traverse les eaux troubles de la petite rivière elle-même, que l’on devine à peine derrière les fougères et les feuillages.

Et la route défile toujours, implacable, d’un champ de maïs à un champ de tournesols. Devant vous apparaissent les premières maisons de Arthez-de-Béarn, au sommet de la colline.

Plus loin, la route monte sur la crête vers Carrère. Ici, la pente se fait progressive, et s’amplifie à mesure que l’on monte. C’est ce genre d’épreuve que les pèlerins harassés affectionnent tant en fin de journée, surtout ceux qui ont fait l’étape d’Arzaq-Arraziguet à Arthez-de-Béarn en une fois.

Ici, les maïs ont fondu et les belles Blanches d’Aquitaine se prélassent dans les prés.

A Carrère, la route rejoint une sorte de court petit plateau. Mais la montée n’est pas terminée, jusqu’à apercevoir au-dessus la chapelle de Caubin. Alors, le GR65 rejoint une plus grande route qui passe près de la chapelle.

La Chapelle de Caubin, avec son mur fronton, appartenait à un hôpital de la Commanderie très prospère des Hospitaliers de St Jean de Jérusalem. Il n’en restait qu’une chapelle délabrée qui fut restaurée en 1966. On sauva du Moyen-Âge un gisant représentant un chevalier en côte de mailles. La chapelle, sobre et lumineuse, est cependant inscrite au registre des Monuments Historiques.

Face à la chapelle, de l’autre côté de la route, le curé d’Arthez fit ériger un oratoire pour remercier la Vierge d’avoir épargné les prisonniers de la commune durant la guerre 39-45. Le monument est fait de galets du gave reliés par du mortier.

La route monte encore un peu depuis la chapelle pour vous trouver à l’entrée de Arthez-de-Béarn.

Section 3: Sur le haut plateau de Arthez-de-Béarn.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Vous croyez être arrivé, détrompez-vous. Il vous faudra marcher nettement plus d’un kilomètre pour arriver au centre du bourg. Si vous devez aller faire vos emplettes à pied à l’autre extrémité de la cité, imaginez le plaisir journalier!

La route traverse le village de part en part pour arriver au centre du bourg.

Perchée comme une citadelle (il ne reste que des lambeaux de remparts) au-dessus de la plaine du gave de Pau, la cité compte moins de 2’000 habitants. On dit ici que c’est une cité dortoir pour les gens qui travaillent à Pau ou à Orthez. On trouve à se restaurer et à se loger, même si les logements se comptent sur les doigts d’une seule main.

Pour sortir du village, c’est encore plus long que pour y arriver. Comptez bien deux kilomètres le long des villas des deux côtés de la route.

Nous nous excusons de la piètre qualité des images, ayant marché ici contre le soleil. On en fournira sans doute un jour d’autres, mais cela ne change guère à la description du parcours.

A la sortie du bourg interminable, on trouve les lotissements récents. Puis, la route part le long du sous-bois. La forêt paraît peu compacte avec surtout des chênes verts et des châtaigniers.

Plus loin, un large chemin de terre graveleux prend le relais de la route. Au bord du chemin, une halte pour les pèlerins.

Le chemin est comme une large avenue de gravier qui se balade entre le bois et les prés. Il n’y a plus de maïs ici. C’est si large qu’on l’appelle “la route Impériale”.

Section 4: En descente vers le Gave de Pau.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté, si ce n’est une descente raide après Lasserre.

Plus loin, il y a moins de petits cailloux sur le chemin, et quand le chemin passe près du sous-bois, on y rencontre surtout des chênes. Les Français ne manqueront jamais de chênes, même s’ils les utilisent qu’avec parcimonie. Nous n’avons jamais croisé sur le Chemin de Compostelle de grandes exploitations de bois.

Profitez de la terre battue, car vous avez passé une grande partie de la journée sur le goudron, et cela va bientôt continuer. Le chemin va continuer à onduler, en pente très légère, alternativement dans le sous-bois de feuillus ou dans les clairières.

Il va bientôt quitter “la route Impériale”.

Près de Lasserre, le chemin de terre devient route graveleuse et descend vers Mirabel dans la plaine. Le regard plonge avec délice sur une large plaine où coule le gave du Pau. Aujourd’hui, les maïs et les tournesols fatigués se perdent dans les brumes d’un automne naissant. Dans l’horizon lointain se découpent les Pyrénées.

 

La pente est raide, très raide, mais c’est si beau ici qu’on ne prête pas attention à ses genoux qui craquent.

Plus bas, du côté de Mirabel, l’énorme champ de tournesols, dont on sait mesurer le nombre de dizaines d’hectares, cède sa place au maïs, qui fait de véritables haies d’honneur au bord de la route.

C’est une région relativement peuplée ici, ce qui nous change de l’ordinaire. Du côté de Marquittou, les petites villas et les anciennes demeures, sans doute habitées en grande partie par les paysans, s’échelonnent tout au long de la route.

Section 5: Sur la plaine du Gave de Pau.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans aucune difficulté.

Ici quelques canards, heureusement non confinés, barbotent à qui mieux mieux. Encore quelques petites poignées de maisons au bord de la route, et le GR65 descend doucement vers Argagnon sur la route, sur de longues rectilignes. Vive le maïs, presque beau, du moins plus élégant, au soleil levant! Ici, une route de traverse va vers Argagnon, car le GR65 n’y va pas. Pourtant, de nombreux pèlerins y vont, car il y a même une boulangerie, le bonheur, quoi.

Le GR56 continue à plat sur la route.

Qu’elles sont belles ces Blanches d’Aquitaine perdues dans la brume automnale, tout aussi belles que les Aubrac.

 

Plus loin, la route passe devant l’église Saint-Pierre rebâtie au XIXème siècle sur des vestiges remontant au XIème siècle. La route arrive alors devant un carrefour fort complexe. Alors, le GR65 se gare dans l’herbe au bord de la route.

Le GR65 contourne et traverse la départementale pour s’engager vers Maslacq. Dans ces grands carrefours où les marques de la circulation se croisent sans s’adresser un mot, il est toujours très particulier de constater que sur l’entier du Chemin de Compostelle, ils sont portion congrue et le plus souvent presque déserts. Le Chemin de Compostelle passe très loin des villes.

Puis, on traverse le pont de chemin de fer de la ligne Bayonne-Toulouse. Alors vous vous dites naïvement que vous allez vous arrêter ici et peut-être reprendre le train pour rentrer chez vous. Vous rêvez, aucun train ne s’arrête ici. Vous rentrerez à pied ou par la navette. Pauvre France! La route se dirige alors vers le gave de Pau.

La route traverse alors le Gave de Pau.

Gave signifie cours d’eau dans les Pyrénées. Le Gave de Pau, qui naît dans les Hautes Pyrénées, se joint plus loin au Gave d’Oléron. Les deux gaves se joignent pour se jeter dans l’Adour, qui rejoint la mer à Bayonne. L’eau verte a des reflets bleutés. C’est depuis belle lurette la première rivière qui ne se trempe pas dans la boue épaisse. Seuls quelques bruits de moteurs, mais discrets, de l’autoroute voisine viennent parfois troubler la sérénité des lieux.

 

Mais, ce n’est pas tout dans ce grand carrefour où s’affrontent à la fois tous les avantages et les misères de la civilisation humaine. En effet, peu après, la route passe au-dessus de l’autoroute A64, la Pyrénéenne, qui relie Toulouse à Bayonne. Le tour est bouclé, et le pèlerin chemine comme un étranger au milieu de ce bazar.

Il faut marcher longtemps au bord de la route pour atteindre le centre du bourg de Maslacq, le long de maisons fort conventionnelles. Rares sont les demeures qui attirent l’œil.

Au bout de la route, vous atteignez Maslacq, où pas grand chose se passe. Jadis, il y avait ici un hôtel, qui a fermé ces portes. Mais, on trouve à se loger et à se restaurer dans le bourg (1’000 habitants). Souvent, les pèlerins, qui vont en un jour de Arthez-de-Béarn à Navarrenx font ici leur première pause.

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