28: Nogaro à Aire-sur-Adour

Vive le maïs!

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Encore une journée presque entière à sillonner les petites collines du Gers et ses grands champs de maïs qui descendent jusqu’à la grande plaine de l’Adour. Le parcours part aujourd’hui direction ouest, traversant l’extrémité du Gers, pour aller baigner ses pieds dans l’Adour, à l’orée du département des Landes, le département qui donne accès à l’Atlantique.

 

Au sortir des Pyrénées, l’Adour passe au cœur de la longue plaine de Bigorre, avant de pénétrer dans le Bas-Armagnac dans une vallée opulente. A Aire-sur-l’Adour, le fleuve entre dans le département des Landes. Les terres qu’il traverse sont fécondes. Le maïs est partout, côtoyant de plus rares vergers ou vignes. Vignes et maïs se disputent un pays où, les canards surtout (moins les oies) envahissent les laids tunnels d’élevage de plastique vert. Du maïs, vous en avez eu une petite idée en traversant le Gers. Ici, dans ce pays de transition ente le Gers et les Pyrénées Atlantiques en passant par les Landes, du maïs, vous allez en avaler, jusqu’à saturation. Cette région est le plus grand producteur de maïs de France. Dans les Landes, 69% de la surface agricole est plantée de maïs! Il en faut de ces beaux grains dorés pour nourrir les 11 millions de palmipèdes en élevage, dont 8 millions en gavage. Avec ces volumes, Les Landes sont le premier département producteur en France avec un quart des volumes nationaux.

La vigne reste aussi présente. On fabrique de l’armagnac jusqu’à Aire-sur-l’Adour. Vous allez traverser en particulier le vignoble de St Mont, un vignoble implanté dans un paysage de coteaux et de collines molassiques au milieu de cultures de maïs. Ici, les vins rouges sont issus surtout de tannat et de cabernet. Nous ne sommes pas très éloignés du Madiran et de son célèbre tannat. Pour les vins blancs on utilise des cépages ancestraux et autochtones, comme le petit curbu ou l’arrifiac. Le manseng, la célébrité du Jurançon, près de Pau, entre aussi dans l’élaboration des vins.

Le parcours aujourd’hui ne présente aucune difficulté, d’abord sur de légers vallonnements, puis à plat le long de l’ancienne voie ferrée. Les dénivelés sont à nouveau très faibles (+219mètres/-227 mètres).

Les passages sur la route goudronnée excèdent nettement les parcours sur les chemins de terre ou d’herbe:

Goudron: 16.8 km

Chemins: 10.8 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-nogaro-a-aire-sur-adour-par-le-gr65-30880843/

Section 1: Légères oscillations entre vignes, maïs et sous-bois.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Le GR65 quitte Nogaro en passant près de l’église en montant sur la petite départementale D143.
Il traverse la banlieue, passe devant un château d’eau.
Il continue sur la route jusqu’à trouver une petite bifurcation. Ici, un panneau indique le gîte de l’Arbladoise, plus loin sur la départementale. Autrefois, le Chemin de Compostelle historique suivait cet axe. Personne ne sait plus très bien où passaient précisément les chemins au Moyen-âge. Les nouvelles routes, les nouveaux lotissements ont changé tout cela. On a dessiné un itinéraire pour limiter au maximum les passages sur routes. Mais, à l’impossible nul n’est tenu! Plus de la moitié du Chemin de Compostelle emprunte le goudron. Certains esprits chagrins ont même proposé de transformer le “Chemin de Compostelle” en “Goudron de Compostelle”.
Alors, ici, le GR65 abandonne le goudron, pour nous permettre de jeter un coup d’œil plus attentif aux vignes et aux maïs.
Un sentier didactique raconte, mois par mois, la vie de la vigne. Certains marcheurs apprendront peut-être quelque chose de nouveau pour eux. Mais, pas sûr. Ces bouts de chemin didactiques, rares sur le chemin, permettent du moins à certains marcheurs de lever les yeux de leurs semelles, de plus en plus pesantes à mesure que s’alignent les étapes.
Le chemin part ensuite dans le sous-bois de chênes pendant de longues minutes.

Quand il ressort du bois, c’est pour retrouver les champs de maïs. Nous sommes fin juin, le moment où va démarrer la floraison du maïs que l’on a planté au début de mai. Le maïs est une espèce qui possède fleurs mâles et femelles sur le même pied. Les fleurs mâles sont tout au somment de la plante, constituées d’une panicule ramifiée portant une multitude de fleurs mâles porteuses de pollen. Les fleurs femelles sont situées plus bas, à l’aisselle d’une feuille, et capteront le pollen grâce à de spectaculaires styles, que l’on appelle soies. Les fleurs femelles peuvent être pollinisées par du pollen de la même plante ou de plantes différentes. Comme le pollen est dispersé par le vent, la pollinisation croisée se réalise dans la majorité des cas. De deux à quatre épis peuvent engager un développement mais généralement un seul arrive à maturité. La nature sait limiter les naissances.

Mais enfin, peu importe la nature des enfants fécondés, car ils ne survivront pas. Ils finiront ici dans les silos pour les canards. Et on replantera de nouveaux plants sélectionnés par les firmes agroalimentaires l’année suivante.

Peu après, le GR65 croise le ruisseau de la Juranne, juste un petit filet d’eau dans les broussailles.
Depuis le ruisseau, un large chemin de terre monte dans les champs de maïs vers le sous-bois. On y voit aussi un peu de blé.
Le chemin est large à souhait, le long des bouquets de chênes, sous la ligne à haute tension.
Le GR65 rejoint alors une petite route goudronnée à la hauteur du hameau de Claverie, avec ses quelques maisons éparses dans la verdure au bord de la route. Depuis le hameau, une route redescend de la colline.

Section 2: Le GR retrouve la plaine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Le GR65 quitte le hameau sur une route goudronnée qui ressemble plutôt à un large chemin de terre, descendant de la crête vers la plaine au milieu des chênes, des frênes et des châtaigniers.
Plus bas, le pseudo goudron est remplacé par la terre battue. D’usage, la nature dispose tout ce qu’elle offre sans gêne dans un paysage. Peu de symétrie, la nature ne plante pas comme un jardinier. C’est ce qu’elle fait encore ici, au fond des vallons, près des ruisseaux. Mais voilà, l’homme lui possède sa propre vision du monde et du paysage. Il analyse les sols, plante en fonction. Alors, la symétrie et l’organisation deviennent la règle. On plantera les maïs qui ont besoin d’eau près du ruisseau ou de la rivière. Les vignes, on les réservera pour les sommets plus arides des collines. Et le blé, on le cultivera là où sont les meilleures terres, souvent à mi pente.
Bientôt, le chemin rejoint la départementale D143. Là, il traverse l’Izeute, une rivière, pour ne pas dire un gros ruisseau, mais dont l’eau ne sera pas perdue pour tout le monde.

Arrive alors un petit tronçon dont raffolent les pèlerins. Le chemin longe assez longtemps la départementale sur une bande d’herbe étroite. Alors, le pèlerin, qui aurait pu croire pouvoir quitter le monde moderne sur de petits sentiers perdus, retrouve avec délectation le ronronnement des camions et des voitures qui filent sur la ligne droite. Et le petit jeu dure jusqu’à gagner une petite zone industrielle, à Despons. Ici, pour changer, on pourrait presque prendre la direction de l’autoroute pour Pau, non?

Derrière la zone industrielle, une route de terre s’en va, entre terre cultivée et jachère, dans le royaume des maïs. Les jachères ne sont là sans doute que pour replanter du maïs l’année suivante. Ainsi va l’alternance des champs.

De robustes chênes bordent la route. Celui-ci a retrouvé une raison d’être plus conviviale et commerciale.
Des deux côtés de la route poussent les maïs, à perte de vue, jusqu’à s’en saturer la rétine à jamais, piqués parfois de la tache sombre que fait un petit bosquet ou un majestueux chêne perdu là par hasard.
Plus loin, l’univers change, et on imagine naïvement que les maïs vont s’effacer au profit du sous-bois.
Mais, ils reviennent en force, comme une armée de petits soldats défilant à la parade.
Pourtant, à l’approche de la commune de Lanne Soubiran, le chemin de terre avance plus dans les sous-bois verdoyants.
Le chemin arrive alors au hameau de Labarbe, avec ses maisons aux croisillons de bois.
Ici, un gîte d’étape sait accueillir le pèlerin avec des fleurs. A partir d’ici, c’est la route goudronnée qui vous accompagne.
Au détour du chemin, d’une basse-cour à l’autre, vous pourriez apercevoir ou entendre cacarder des oies en semi-liberté. Ces oies dodues vous dédaigneront ou alors se mettront à criailler de manière insoutenable lorsque vous vous rapprocherez de l’enclos. Sont-elles silencieuses la nuit? Personne n’était là pour le dire.

Section 3: Entre sous-bois et cultures.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Un peu plus haut sur la colline, le petit village coquet et silencieux de Lanne Soubiran se regroupe et se recueille autour d’une petite église. Lanne Soubiran signifie “lande de dessus”, ce qui qualifie assez bien la région. L’église, dédiée à St Pierre et St Paul, d’origine romane (du moins le porche), a profondément été remaniée au cours des époques. Le clocher quadrangulaire est assez curieux. A côté de l’église, se trouve le charmant ancien presbytère, reconverti en maison d’hôtes.
La route sillonne un village fort étendu, avec des lotissements dispersés dans la campagne, le village principal n’étant pas ici, mais sur la route départementale.
A l’orée du bois, une maison offre des possibilités de grimper aux arbres ou de se restaurer à l’ombre des chênes. Dans la région, de nombreuses maisons sont ornées de croisillons de bois.
A partir de la halte, une petite route goudronnée s’en va dans la campagne, où il n’y a que des maïs irrigués par de gros tentacules articulés.
Nous ne marchons pas ici en rase campagne. Il y a une certaine activité ici, comme le témoignent les maisons, pas très loin de la route.
Plus loin, la route quitte les maïs, pour pénétrer dans la forêt de la Lande du Bois.

Là se cache un beau petit lac, perdu au milieu de nulle part, où les chênes et les autres feuillus trempent leur feuillage dans les eaux brunes et dormantes.

Depuis le lac, la route continue encore un peu. Sans grande surprise, nous retrouvons le maïs, qui doit trouver le bonheur ici. L’eau est toute proche.
Plus loin, la route goudronnée va faire bientôt place à un chemin de terre, presque du sable, qui longe les haies.
Le chemin pénètre alors dans un plus grand bois, le bois de la Rigade. Le chemin de terre devient plus étroit, sillonnant dans les hautes herbes. Cela sent l’humidité ici. Ici, les chênes ne sont plus les rois de la forêt. Ils n’ont trouvé pas que des amis pour la vie ici, supplantés qu’ils sont par les charmes, les frênes, les érables et les châtaigniers sauvages.
Voulez-vous une preuve de l’humidité ambiante? Mais oui, vous devez passer par ici. Dans le bois, le chemin est parfois embourbé, même ici par temps très sec. Cela doit être une grande jouissance de ne pas pouvoir décoller ses semelles de la boue poisseuse en temps de pluie. Dans les endroits à tel risque, on voit souvent se dessiner des axes secondaires parallèles au chemin principal. Ils ne servent pas qu’aux sangliers, non?
Autant la vie peut paraître organisée pour la vie des plantes et la vie des hommes sur les plateaux et les collines, autant elle devient plus touffue, presque exubérante à mesure que l’on progresse vers les ruisseaux. Le chemin croise bientôt le ruisseau de la Daubade, guère plus défini que les marécages alentour, puis remonte un peu, on dira ici “au sec”, au milieu des fougères et des buissons, qui font comme un tapis vert tendre. Les gammes de vert ne rivalisent entre elles que pour le plaisir des yeux.
La traversée du bois est assez lancinante. Aucun pèlerin ne trouvera à redire de sortir de cette forêt, parfois difficile, mais pas très belle, et de retrouver la lumière, sous les majestueux érables et les somptueux frênes.
Même si c’est pour retrouver à nouveau le maïs, mais aussi ici le tournesol, le long du chemin de terre qui se prend une allure seigneuriale que l’on trouve dans les grands parcs des châteaux. On a devant soi une mer de cultures, marquée de temps à autre par la présence de la tache sombre d’un bosquet.

Section 4: Du maïs, des vignes, du blé, et sans doute des canards.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

A partir d’ici, c’est un peu comme si on changeait de pays. Mais momentanément. Au bout de la longue allée de sable, le GR65 retrouve le goudron et va reprendre un peu de hauteur. Et qui dit hauteur ici, dit vignes.

On va pénétrer dans une partie du grand vignoble de St Mont, un des fleurons des vins de la région. On salue même sur le panneau publicitaire le courage des pèlerins qui s’aventurent ici.

La route monte alors dans les vignes presque jusqu’au sommet de la colline, ou alors les blés prennent le relais. On comprend, quand on le traverse, comme fait le Chemin de Compostelle, que le Gers est un département très grand et très varié. Ici, les céréales ont presque fondu au profit du maïs et des vignes, mais pas totalement.
Du sommet de la colline, la route descend le long des sous-bois, longeant de gigantesques champs de blé tendre. Nous sommes vers la fin juin et le blé de printemps n’a pas encore été récolté.
Plus bas, le maïs prend le relais et la route arrive dans une sorte de grand plateau.
La route passe alors à Castin, à 14 kilomètres de Aire-sur-l’Adour. Nous sommes à mi-parcours. Mais la route ne s’attarde pas sur la plaine, aussitôt elle remonte un peu vers le hameau de La Grange pour se transformer bientôt en chemin.
A la hauteur des maisons isolées du hameau, le GR65 redescend dans l’herbe des champs.
A partir de là, le GR65 descend au milieu des rampes frontales, ces énormes bras articulés qui, comme les tentacules des pieuvres, plongent avec souplesse sur les maïs et les blés pour mieux les irriguer.
Vous vous étonnez peut-être. On vous a annoncé que le pays regorgeait de palmipèdes et que l’on n’a pas pu s’en mettre sous la pupille jusqu’ici. Est-ce que les architectes du Chemin de Compostelle ont voulu protéger les pèlerins pour ne pas trop les gaver de foie gras? Sans doute pas, car des canards, on en verra plus bas dans les Pyrénées Atlantiques. Ici, ils doivent être juste un peu plus éloignés du chemin. Il n’y a aucune raison de la présence de cette orgie de maïs pour rien. Tout ce maïs, ce n’est pas quand même pour nourrir les moineaux. Puis pointent des champs de maïs à perte de vue, alors les canards ne sont pas très éloignés du chemin. Et c’est vrai. Ils doivent être confinés là-haut dans le hangar, derrière le silo. C’est leur vie courte, leur tragique destin. Et les poulets du Gers, où les élève-t-on? Nous n’en avons jamais rencontré un seul sur le chemin.
Puis, le chemin remonte très légèrement dans les hautes herbes jusqu’à une bifurcation qui permet de gagner la ferme de Dubarry où on peut loger.
De la bifurcation, le chemin herbeux descend en pente douce à la limite des sous-bois dans le vignoble.

Chemin faisant, au hameau de Brana, un propriétaire a bardé son jardin de signes tangibles que le pèlerin connaît bien. Les cairns, ces amoncellements de pierres, qui peuvent varier de simples amas branlants à de savantes prouesses architecturales défiant l’équilibre, on en trouve tout le long du chemin. Le cairn, dit aussi montjoie, est placé à dessein pour marquer un lieu particulier ou une intention. Il possède une vielle origine celtique. En Ecosse, la coutume est encore de transporter une pierre jusqu’en haut de la colline pour la déposer sur un cairn. Les pèlerins se plaisent souvent à compléter ces sculptures temporelles fragiles.

Depuis le hameau, une petite route goudronnée descend encore en pente douce dans le vignoble. Selon les saisons, quand vous passerez par ici, votre nez sera peut-être alerté par les miasmes des produits chimiques que l’on balance sur les ceps.
Encore quelques vignes, quelques tournesols, et la route atteint le bas du village de Lelin-Lapujolle.
Une pente un peu soutenue mène alors à l’église du village et son curieux clocher en porte-à-faux, dont une moitié est suspendue sur le vide. L’église est une chapelle du XVIème siècle construite sur un tumulus datant de l’âge du bronze, en lieu et place d’une ancienne chapelle romane. Si vous aimez le baroque, pénétrez pour y voir un retable en bois d’acacia doré et polychromé, inscrit aux monuments Historiques. Ici, même la mairie fait partie de l’église. Un point d’eau et une halte pour se restaurer ont présents sur la place de l’église.
Au bas du village, le GR65 descend légèrement et rejoint la petite départementale D169.

Le GR65 suit un peu la départementale, en remontant en pente légère vers la crête, au milieu d’habitations dispersées…
… avant de bifurquer sur une plus petite route.

Section 5: Départ pour l’immense plaine de l’Adour.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

La route transite alors sur la crête, d’abord au milieu des prés, puis dans les vignes que l’on retrouve ici. Le domaine de St Mont développe ses vignobles dans toute la région que l’on traverse, et même plus loin. Peut-être ne l’a-t-on jamais quitté, qui sait ? On ne rencontre pour ainsi dire aucun bétail dans les prés, depuis plusieurs jours. Curieux, non?
Plus loin, la route passe le long des rares maisons paysannes du hameau de Crabé.
Puis la route redescend vers le hameau de Houaré, ses tuiles brunes et ses quelques fermes de pierre alignées le long de la route. Ce sont ici les derniers relents des collines du Gers.
Encore une petite descente et voici l’immense plaine de l’Adour, lorsque le chemin passe à côté du hameau de Manet.
Une route goudronnée va alors traverser l’immense plaine de l’Adour. Au début, il y a encore quelques chênes qui se demandent ce qu’ils ont à faire ici, mais bientôt, il n’y aura plus que du maïs et des oléagineux. Par endroits, les rampes frontales étendent leur bras si loin qu’on se demande si elles n’iront pas jusqu’à toucher de leurs doigts les Pyrénées.
Au-delà des maïs et des tournesols, dans le lointain horizon se dressent des usines, là-bas où coule l’Adour.
La route passe près des maisons isolées de Cachébot dans un paysage qui ne varie guère, sans fin. Quand vous passerez par ici, vous aurez peut-être une idée de ce que l’on nomme l’infini.Pour la France, du moins.
Un train ici, vous rêvez! Ce n’est que l’ancienne voie de chemin de fer aujourd’hui fermée à jamais. Quatré, tout le monde descend! A-t-on gardé ici les rails pour réhabiliter un jour la ligne? Vous pouvez toujours rêver.
Alors, départ pour une balade interminable et inoubliable dans les maïs à côté de l’ancienne voie de chemin de fer. Maintenant, la terre battue et l’herbe ont remplacé le goudron. La nature généreuse a parfois laissé ici quelques bouquets de chênes pour que les pèlerins puissent déposer leur sac quelques instants à l’ombre.

Section 6: Dans l’infini de la morne plaine.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Victor Hugo, s’il était passé par ici, aurait sans doute composé un quatrain, lui le grand connaisseur des mornes plaines. Il y a même une halte fantôme où on vous promettait le bonheur. Des chaises éventrées au bord du chemin, mais pas une goutte de sirop à se mettre derrière les lèvres.
Et toujours ces insipides champs de maïs, sans âme. Le maïs est partout, d’autres champs sont attentes de cultures, peut-être du soja. Ne croyez pas que nous portons attaque aux paysans du coin. Mais, il est vrai que parfois le parcours doit traverser des régions où rien ne se passe. Et, si comme nous, vous passez par ces chemins plusieurs fois, il vous faudra emprunter la même route, à moins de choisir le taxi, car, bien évidemment, il n’y a aucun transport public sur ces axes.
Les rails sont rouillés, certes, mais les voies sont nettes, et les panneaux de signalisation intacts. Le chemin de fer va revenir ici, non?
Des kilomètres durant le paysage n’évolue pas, dans une morne plaine sans relief, sans mystère, mais avec des terres fertiles. Puis, on ne sait pourquoi, le chemin devient goudron.
Puis, le GR65 se décide à traverser la voie ferrée à Costefort, sans doute une ancienne gare où le monde ne devait pas se presser au portillon, mais où un embryon de présence humaine se déploie.
A Costefort, le GR65 va croiser la départementale D169 et continuer de l’autre côté sur d’interminables bouts droits. 3 minutes pour aller chez Leclerc. En voiture, oui, à pied non, sur une GR qui est redevenu chemin de terre battue.
Encore 5 kilomètres de calvaire pour gagner la fin de l’étape. Nos coups de gueule ne sont liés qu’à la fatigue de la marche et à la monotonie des lieux. Mais, sans doute que les gens qui travaillent ici sont sans doute fort satisfaits de la générosité et de la bienveillance qu’offre la nature ici.
Le paysage ne change guère, avec un peu plus de landes qu’auparavant. Mais les maïs restent éternels, omniprésents. Cependant, on s’approche progressivement des zones industrielles de Barcelone-du-Gers et de Aire-sur-L’Adour.
Un peu plus loin, le petit ruisseau du Turré coupe le chemin. De l’eau pas perdue pour tout le monde, en tout cas pour les fougères et les maïs.
Sur des kilomètres, la monotonie alors s’installe, s’insinue, génère une certaine lassitude dans un décor que de nombreux pèlerins diront insipide.
Seuls parfois une route transversale, comme ici, ou bouquet d’arbre viennent couper cette route de terre sans fin, où défilent les pèlerins, devant ou derrière vous.
A l’approche de Barcelone-du-Gers, la lande remplace les maïs. Le chemin se rétrécit mais file toujours tout droit.

Section 7: Par bonheur, il y a Aire-sur-Adour au bout du chemin.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Puis, petite révolution dans l’architecture du paysage, le chemin tourne.
Délivrance enfin! Le GR65 arrive bientôt dans les faubourgs de Barcelone-du-Gers en longeant la petite rivière du Jarras.
A l’entrée de Barcelone-du-Gers, il y a un magnifique lavoir, construit à la fin du XIXème siècle et qui fut utilisé presque jusqu’au milieu du siècle dernier.
Le GR65 traverse le bourg, sans grand caractère. Barcelone-du-Gers et Aire-sur-l’Adour sont presque contigus. Barcelone est aux confins du Gers, Aire-sur-l’Adour dans le département des Landes.
Mais, à la sortie de la banlieue du bourg, le GR65, dans sa grande générosité, va vous offrir encore le plaisir de goûter un peu plus à la production du maïs local…
…avant de revenir vers la banlieue de à Aire-sur-l’Adour, sur la route départementale.
A l’entrée de la ville, c’est le pont qui enjambe l’Adour. Le pont de pierre à cinq arches sur l’Adour date de 1852.
Les rives de l’Adour ont été aménagées en une promenade qui mène jusqu’aux arènes modernes, sans grand caractère. Enfin, il y a tout de même une différence notoire par rapport aux arènes que l’on a rencontrées jusqu’alors. Ici, ce ne sont plus les petites vachettes, on pratique de la vraie corrida, avec mise à mort des taureaux, comme en Espagne.
Les landais et les basques aiment la fête. Aussi, vous ne serez pas surpris si vous débarquez ici pendant des ferias qui durent plusieurs jours. Alors, les places et les abords du fleuve se couvrent de boutiques et de restaurants ambulants.
Aire-sur-l’Adour (6’000 habitants) est articulée sur la rivière, avec ses petites rues et ruelles commerçantes, avec parfois des endroits plus pittoresques.
La Halle aux Grains, avec ses arches de pierre et son très beau plafond, datant de 1860, est inscrite aux Monuments Historiques.

Il en est de même de la cathédrale St Jean Baptiste, siège d’un ancien évêché.
Mais les deux petites merveilles de la cité sont situées sur les hauteurs. Il y a surtout l’Église Ste Quitterie. Si vous trouvez porte close ici, renseignez-vous à l’Office du tourisme. Le gardien du gîte des Ursulines à côté peut vous ouvrir l’édifice. L’église en elle-même est sobre, mais parfois un peu chargée.
Mais, la crypte est incroyable, avec le sarcophage de la sainte, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Vous trouverez ici aussi une extraordinaire table de pierre, un des premiers exemples d’amplification sonique.
Et puis, il y a une autre authentique merveille, juste en face de l’église, la Chapelle des Ursulines, un lieu désacralisé qui sert aujourd’hui de gîte.

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