27: De Eauze à Nogaro

Un petit coup de floc ou d’Armagnac pour aller faire “vroum-vroum”

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Nous marchons aujourd’hui en Bas Armagnac et le parcours file toujours sud-ouest.

Mais qui dit Bas-Armagnac dit aussi Armagnac, donc liqueur. En 2011, sur les 12 000 hectares consacrés à l’élaboration d’armagnac, la plus grande partie venait du Gers, le reste des Landes ou du Lot-et-Garonne. Ces surfaces sont très inférieures aux 80 000 hectares servant à la production du cognac. Une partie importante de ces surfaces viticoles fournit une production vendue directement sous forme de vin de pays ou de table, les Côtes de Gascogne en particulier. Vous croiserez sur le parcours un certain nombre de ces appellations régionales, notamment le domaine de St Mont ou les Côtes-de-Gascogne.

Évidemment, la flaveur et la subtilité des Armagnac a beaucoup à faire avec le terroir de leur provenance. Du moins, le croit-on. Le plus subtil des armagnacs est celui du Bas-Armagnac ou Armagnac noir. Il est assez boisé, produit à cheval sur l’ouest du Gers (autour de Nogaro et d’Eauze) et le sud-est des Landes (Villeneuve-de-Marsan). Le terroir est fait de coteaux aux pentes faibles, découpés par les vallées de la Douze et du Midour, qui coulent vers le nord-ouest pour se jeter dans l’Adour. Le sous-sol est composé d’une épaisse couche de glaise, de sables argileux et ferrugineux, ce qu’on appelle ici des boulbènes. Les terrasses et les fonds de vallées, formées de molasses, ne sont pas cultivés pour la vigne. Vive l’argile qui donne des eaux-de-vie fines, fruitées et complexes!

Dans le Ténarèze et le Condomois, on fabrique aussi des armagnacs, à cheval sur le nord du Gers (autour de Condom) et le sud du Lot-et-Garonne. Ici, le paysage est découpé par les vallées de la Gélise, de l’Auzoue, de l’Osse et de la Baïse, toutes rivières qui coulent vers le nord pour se jeter dans la Garonne. Ici, le calcaire domine nettement sur l’argile. Ce sous-sol est moins profond qu’en bas Armagnac et les Armagnacs sont plus corsés, plus aptes au vieillissent. Ne concluez rien de ce galimatias. La vigne c’est beaucoup plus subtil que tout cela. Certes, le grand Pétrus baigne ses pieds dans l’argile, mais les grands Bourgogne sont tous produits sur le calcaire. Parker reconnaîtra ses petits, et il préfèrera peut-être les armagnacs du Ténarèze à ceux de Aire-sur-l’Adour!

Dans le Haut Armagnac, à l’est de l’appellation, l’armagnac est dit Armagnac blanc à cause des collines composées de marnes, de molasses et de galets. Pourquoi l’armagnac est-il moins célèbre ici? Allez comprendre, mystère. Mais avant de déguster un peu d’armagnac, si l’envie vous prend, vous mangerez sans doute du canard, et rien que du canard sous toutes ses formes, dans les gîtes, les chambres d’hôtes et les restaurants. Et pourtant, sur le chemin, vous n’en rencontrerez peut-être aucun. Et pourtant, ils sont là, enfermés à l’intérieur. Un silo près d’une ferme signale la présence des volatiles. Et pour nourrir ses oiseaux, il faut beaucoup de maïs. Le maïs, ici ce n’est pas ce qui manque. Il a pris la place du blé.

Au bout de l’étape, vous arriverez alors à Nogaro, une petite cité qui fait “vroum-vroum” au bout du Gers.

Les dénivelés aujourd’hui sont dérisoires (+226 mètres/-285 mètres). L’étape n’est pas longue, sans aucune difficulté. Les pentes sont parfois un peu plus prononcées quand on descend et remonte d’un ruisseau à l’autre.

Encore une étape, c’est devenu une habitude, où on marche autant sur le goudron que sur les chemins de terre ou d’herbe:

Goudron: 10.2 km

Chemins: 10.5 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qui mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées sur des profils cartographiés. Il existe peu de sites sur Internet pouvant être utilisés pour estimer les pentes (trois au maximum). Étant donné que ces programmes sont basés sur une approximation et une moyenne autour du point souhaité, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en raison de la variation entre deux points (par exemple une dépression suivie d’une bosse très proche). Un exemple? Sur le GR36, le long de la côte bretonne, l’altitude est rarement supérieure à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais l’itinéraire continue de monter et descendre toute la journée. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel donnera 800 mètres d’altitude, un autre 300 mètres. Qui dit la vérité? Pour avoir fait le parcours plusieurs fois, les jambes disent que la différence d’altitude est plus proche de 800 mètres! Alors, comment procédons-nous? Nous pouvons compter sur le logiciel, mais nous devons être prudents, faire des moyennes, ignorer les pentes données, mais ne considérer que les altitudes. De là, ce n’est que des mathématiques élémentaires pour en déduire les pentes, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont l’altitude est connue. C’est cette façon de faire qui a été utilisée sur ce site. De plus, rétrospectivement, lorsque vous estimez l’itinéraire estimé sur la cartographie, vous remarquez que cette façon de faire est assez proche de la vérité du terrain. Lorsque vous marchez souvent, vous avez assez rapidement le degré d’inclinaison dans les yeux.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct. Pour ce chemin, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-eauze-a-nogaro-par-le-gr65-30854621/

Section 1: En route pour les premiers canards du Chemin de Compostelle.

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Changeons aujourd’hui de période et décrivons le parcours effectué par une belle journée de mi juin. Le GR65 quitte Eauze en montant sur la route nationale, le long de l’Avenue des Pyrénées, dans la banlieue sud.
Puis, il quitte la grande route pour une plus petite route au milieu des villas éparses.
Assez rapidement, derrière les dernières maisons du village, on se retrouve en campagne.
La route se termine en impasse et alors un chemin prend le relais et monte en pente douce dans le sous-bois au milieu des hautes herbes et des buissons. Ici encore, les chênes font toujours la loi.
Plus haut, le tracé retrouve une route goudronnée, à la hauteur du vignoble, du côté du lieudit Monplaisir.
Ici, on vous annonce que vous entrez dans les domaines des côtes de Gascogne. Mais vous y étiez déjà dans les étapes précédentes. Certes, les frontières de la Gascogne ont évolué au cours des siècles, mais cette entité culturelle se retrouve aujourd’hui dans les départements du Gers, des Landes et des Hautes Pyrénées. Si dans le sud-ouest, on produit d’abord du vin rouge, les Côtes de Gascogne préfèrent les vins blancs, secs ou moelleux. Le vignoble est situé majoritairement dans le Gers, nettement moins dans les Landes. Ce sont des vins qui vont en grande partie à l’exportation. Une quantité non négligeable est réservée à la production des Armagnac.

Le GR65 ne s’attarde pas sur la route. Il la franchit pour pénétrer aussitôt dans le vignoble.

Des vignes, il y en a, mais bientôt elles vont disparaître au profit d’autres cultures, du maïs surtout, mais aussi du soja ou des betteraves qui pointent à peine.
Le chemin monte en pente douce dans ce beau coteau où les cultures sont très diversifiées et les maisons, peut-être de paysans, assez abondantes. Plus haut, le chemin rejoint une route goudronnée.
La route monte alors dans la campagne en direction du hameau de Pénebert, au milieu des chênes et des frênes.
Les silos ne sont pas là pour stocker les vendanges! Vous êtes ici devant le premier silo rencontré sur le chemin. Mais, vous en verrez d’autres. Ils sont partie intégrante de l’arsenal des éleveurs de volaille, des canards en particulier.

Le poulet fermier du Gers Label rouge est né en 1975. Aujourd’hui, la filière compte 300 aviculteurs, qui sont aussi le plus souvent agriculteurs. Ces poulets à croissance lente sont élevés 81 jours au lieu de 40 pour les poulets industriels. Nourris à 75 % de céréales, moins serrés dans les bâtiments, ils vivent en plein air pendant les six dernières semaines. Les conditions d’élevage expliquent la qualité gustative. En contrepartie, ils sont vendus deux fois plus cher. Cet élevage prend de l’essor, mais quantitativement, il est loin derrière ses concurrents directs de poulets fermiers que sont Loué, là-haut dans la Sarthe du Nord et ceux des Landes.

Ici, vous ne verrez pas ces poulets fermiers si vantés. Il faudra vous contenter de canards, même si vous ne verrez que très rarement les volatiles à l’air libre.

Derrière le silo à maïs, un chemin de terre et d’herbe quitte la campagne pour descendre dans l’aridité du sous-bois.
Il virevolte alors en pente douce entre le sous-bois et les prairies dans les frênes et dans les chênes.
Plus bas, vous marchez dans les maïs. Le maïs aime l’eau et vous le verrez s’épanouir surtout dans le fond des vallons où l’humidité s’installe près des ruisseaux.

Section 2: Les premiers sérieux champs de maïs du Chemin de Compostelle.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Plus loin, le chemin arrive au bout de la petite cuvette pour traverser le Bergon, où l’eau ne coule pas à grand niveau.

On abandonne alors en contrebas le ruisseau pour grimper sur la crête dans l’exubérance d’énormes champs de maïs. D’habitude, les champs de maïs sont d’une insignifiante banalité, mais ici, pour une fois, ils sont magnifiques, car la colline est vaste et belle. Même si l’eau ne coule pas en abondance dans ces petits ruisseaux, elle doit être présente dans les nappes phréatiques, car le maïs a besoin d’eau. Pour 1 kilo de maïs, il faut tout de même près de 500 litres d’eau. Mais pour le blé, encore plus. Si le maïs manque d’eau, il est en stress hydrique et la récolte est médiocre.

La pente est assez conséquente ici, jusqu’à ce que le chemin abandonne les maïs pour le sous-bois.

Puis un chemin très étroit s’enfonce entre les chênes, les érables et les charmes dans un sous-bois touffu. Les arbres font un brin de causette, les branches nous touchent presque. Les broussailles, les viornes et les lourdes fougères bordent le sentier.

Le chemin traverse encore une petite route agricole et continue à monter en pente douce vers le sommet de la crête, le long des sous-bois.

A la sortie du sous-bois, le chemin retrouve l’air et les vignes sur les hauteurs. Ici, ce n’est plus le Gers du début. Nous avons quitté depuis longtemps maintenant les grandes étendues de céréales et les tournesols. Au fait, la différence est maintenant qu’il y a en plus des alternances de maïs, de sous-bois et de vignes qui se succèdent, avec des ruisseaux au fond de petits vallons.

Alors les vignes défilent à nouveau, les unes rangées derrière les autres, comme des bataillions de soldats, avec, ici aussi, des champs de blé qui osent pointer son nez, qui dérangent presque.

Du sommet de la crête, le GR65 retrouve la route goudronnée et descend gentiment dans la campagne vers le Riguet. N’allez pas croire que les paysans jouent à la roulette pour savoir quoi planter. Certes, ils ont souvent tendance à faire comme les voisins, mais ils ont sans doute tout essayé. Pourquoi, ici, le blé pousse mieux? Ils n’ont sans doute pas fait appel aux pédologues pour le savoir, mais ils le savent. Alors, ils plantent le blé ici, et les vignes plus loin.

La route traverse alors la crête entre vignes, cultures et prairies.

Quelques centaines de mètres à plat sur la route avant de bifurquer sur un chemin, à nouveau dans les vignes. Ici, entre les ceps, les pèlerins partagent leur vie avec les tracteurs des viticulteurs.

Un peu plus loin, après les vignes, voici à nouveau les maïs. Ce n’est pas une surprise. Le chemin va redescendre pour tremper ses pieds dans un petit ruisseau au fond d’un nouveau petit vallon.

Alors, c’est à nouveau la danse au milieu des hautes herbes sous les chênes, les charmes, les frênes, les érables champêtres et les châtaigniers sauvages.

Et le cycle se répète. Là, le chemin va traverser le ruisseau de Hittère, et comme il en a pris l’habitude, il va remonter en petits lacets dans les pousses de maïs.

Ici, la remontée du vallon est moins pentue et plus brève que dans le vallon du Bergon.

Au sommet de la crête, le GR65 arrive au carrefour de La Hague. Là, à deux pas hors du chemin, on peut se loger et se restaurer.

Une charmante et hétéroclite halte vous attend au Chalet du Bonheur. Dans cette atmosphère surréaliste, vous aurez sans doute plaisir à vous arrêter un instant.

Depuis le carrefour de La Hague, le chemin de terre monte encore un peu dans les champs de maïs vers le sous-bois. Ici, nous avons quitté les vignes et le sol n’est que sable.

Il n’y a guère de doute ici. Les Mousquetaires vous guettent peut-être dans le sous-bois. Oui, nous sommes toujours en Gascogne.

De la crête, le GR65 redescend, en pente assez soutenue, dans une terre blanche comme du sable, pour retrouver à nouveau les vignes.

Section 3: En passant par le bel étang du Pouy.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Sur la terre blanche, le GR65 traverse alors les vignes pour se retrouver rapidement vers les étangs du Pouy, où les feuillus trempent leurs pieds.

Les étangs sont nombreux ici, et parfois, le chemin s’en écarte dans les champs.

C’est magique et splendide ici.

Les étangs du Pouy, disposés en cascade, sont alimentés par le ruisseau du Pouy, un affluent de la Douze. Ce sont de vieux et beaux étangs hérités du Moyen Âge et des bassins piscicoles. Ici, l’habitat naturel humide est assez exceptionnel, avec sa végétation flottante dans l’eau verte stagnante, au milieu des marécages, des joncs, des roseaux et des aulnes. Les grands chênes qui longent les berges accueillent selon les époques une foule d’oiseaux migrateurs qui se nichent ici.

Les étangs contiennent beaucoup de vase, car le bassin versant de Manciet au-dessus des étangs est très cultivé. Certains étangs sont en déshérence, mais apparemment la majorité d’entre eux sert à la pisciculture. On y a introduit des poissons. Ne passez pas ici avec votre canne à pêche. Ce n’est pas conseillé! Par contre les cormorans et les écrevisses qui transitent par ici se régalent gratis de la largesse des associations patrimoniales des étangs.

Pour votre plaisir…

Le GR65 rejoint alors une route goudronnée qui contourne les étangs.

Puis, il passe au lieudit Le Moulin du Puy, qui domine les étangs.

D’ici, vous pouvez jeter un dernier regard à ces spectaculaires étendues d’eau. Puissiez-vous en souvenir quand vous traverserez les insipides haies de maïs.

Alors, ici le GR65 retourne à la dure réalité et monte en pente douce sur le goudron. La route passe dans la campagne au Pouy.

Plus loin, la route transite sur un petit plateau. Alors, ce sont à nouveau de larges vignobles qui meublent le flanc de la colline.

De rares et belles maisons de pierre se cachent parfois sous les arbres, à la limite des vignes.

Nous nous rapprochons de Manciet. Ici, la nature est bucolique à souhait, sereine. On doit vivre en paix sur une colline où s’égrènent de petites maisons perchées sur les hauteurs, trempant presque leurs pieds dans les nénuphars, où les sifflements des chiens rivalisent avec le beuglement des vaches.

Manciet est un gros bourg dans la campagne. Ici, passait autrefois la ligne ferroviaire qui sillonnait le Gers, celle-là même que nous avons suivie avant d’arriver à Eauze, et qui allait, entre autres, de Condom à Aire-sur-L’Adour.

Dans le Gers et dans les Landes, l’arène appelée aussi “plazza” fait la fierté des gros bourgs. La course landaise appartient au patrimoine culturel gascon. Elle est pratiquée surtout dans les Landes et le Gers, un peu dans les Pyrénées. Ce n’est pas de la corrida. Les animaux sont tous des femelles, en fait les femelles des taureaux de corrida, appelées “coursières”. Ces vaches sont élevées par des “ganaderos”, surtout dans les Landes, entre Dax et Aire-sur-L’Adour. Chaque élevage possède ses couleurs, ses toréros. Il n’y a pas de mise à mort des vaches, ni pendant ni après la course. Tout est dans l’art du saut et des écarts. Le jeu se déroule avec plusieurs équipes. A la fin de la course, le jury annonce les résultats individuels de chaque acteur. Il désigne les trois meilleurs écarteurs de la course qui auront le privilège de monter à l’“escalot” pour obtenir leur récompense.

Une Vierge, à son habitude, veille sur le village, sur une petite place à côté des arènes. Le gros du village est situé de l’autre côté de la route départementale D931, une route assez fréquentée. On trouve à se restaurer et à loger ici.

Manciet (770 habitants) possède une longue histoire, même si aujourd’hui, elle n’est plus qu’un lieu de passage sur le Chemin de Compostelle. Station romaine dans l’Antiquité, elle fut investie par les Templiers au XIIème siècle et leur domaine transformé en hôpital pour les pèlerins un peu plus tard. Appartenant aux souverains du Béarn, le château fut détruit dans les guerres incessantes qui opposèrent catholiques et protestants.

Le village est traversé de part en part par une rue assez étroite, avec quelques vieilles maisons à colombages qui ornent la rue. L’église Notre Dame de la Pitié fut construite vers 1545, puis endommagée par les protestants. Par la suite, l’église fut agrandie et restaurée. Le clocher de cette église de forme massive fut détruit par la foudre à la fin du XIXème siècle.

A la sortie du bourg, le GR65 suit la départementale D931, là où devait se nicher l’ancien hôtel des pèlerins du Moyen-Âge, avant de traverser la Douze, boueuse comme toutes les rivières du Gers. Les pèlerins de l’époque étaient dispensés de payer le péage pour traverser la rivière. Nous aussi!

Assez rapidement, le GR65 quitte la grande départementale pour la petite départementale D153.

C’est une petite route qui musarde entre les haies de feuillus et les gigantesques champs de maïs.

Section 4: En passant par l’Église de l’Hôpital.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

Sur la route, au hameau de Las Barthes, les oies et les canards barbotent. Ces heureux-là ne passeront pas à la casserole dans les jours suivants.

Un peu plus loin, la route passe au hameau de Haussecame, près d’un petit lac. Le pèlerin ne s’arrête guère sur le chemin pour déguster les Armagnacs et boire un petit coup de floc. Né d’une recette gasconne au XVIème siècle, le floc de Gascogne, (“Lou Floc”, le bouquet de fleurs en occitan) est le mariage entre du jus de raisin frais et la vigueur de jeunes Armagnacs. On le consomme ici à toute occasion, de l’apéritif au dessert, en blanc ou en rouge. Il a ses défenseurs acharnés. D’autres le trouvent assez commun. A vous de vous en faire une idée.

Après Haussecame, un petit chemin étroit monte dans les hautes herbes le long des vignes.

Ici, étrangement, on a inversé les cultures, car plus haut ce sont des maïs que l’on rencontre, lorsque le chemin rejoint une petite route goudronnée sous les chênes.

Le GR65 suit alors un moment la route avant de retourner sur un petit chemin de terre, toujours au milieu des vignes et des maïs.

Plus haut, mais cela ne monte guère, le petit jeu d’alternance entre les cultures dure jusqu’à débarquer sur un très grand plateau, au milieu des champs, où trône le gigantesque et beau domaine du Haguet. On peut aussi y séjourner.

Peu après la ferme, un chemin de terre conduit dans le sous-bois à la Chapelle de l’Hôpital.

Après un sous-bois sombre, la chapelle éclate de sa belle lumière. Mais à l’intérieur, tout est sombre, à se croire dans un tunnel. Là, on y trouve aussi un point d’eau. Avec les étapes, tous les pèlerins savent que près des églises, des chapelles et des cimetières, il faut de l’eau fraîche pour les fleurs. Cette chapelle a aussi une longue histoire. C’est là que se trouvait une des nombreuses commanderies de l’Ordre de Malte, celle de l’Hôpital Ste Christine. Le pèlerin pouvait s’y reposer, manger, se faire soigner. La commanderie fut détruite aussi durant les Guerres de Religion. Les protestants ont été de redoutables iconoclastes à ces époques. Il n’en reste que cette élégante chapelle de briques, tout en hauteur, égarée dans la nature, dédiée aujourd’hui à Ste Claire.

Derrière la chapelle, le chemin retourne dans le sous-bois.

Le chemin de terre continue sa course en zigzags dans un sous-bois parfois dense, parfois plus clairsemé. Sous nos chaussures de la terre battue, de la vraie. La lumière ici donne dans le clair-obscur jouant sur les verts tendres des chênes, des frênes, des érables et des châtaigniers.

Comme le loup sort du bois, le Chemin de Compostelle sort aussi, abordant une légère montée pour y retrouver les vignes.

Le GR65 se rapproche alors de la départementale D522 qu’il longe sur quelques centaines de mètres, en se dirigeant vers le hameau de Pehour.

Section 5: Vous arriverez à Nogaro, hélas, sans votre Ferrari.

 

Aperçu général des difficultés du parcours: parcours sans difficulté.

De Péhour, le paysage devant vous s’annonce alors un peu plus vallonné. Un large chemin, assez graveleux, monte encore un peu au sommet de la crête, avant de redescende dans les vignes.

Le chemin va redescendre au fond d’un vallon, c’est quasi couru d’avance. Vous salivez par anticipation. Chic, vous avez gagné! Alors, les maïs vous font des haies d’honneur pour vous accompagner jusqu’au bas de la descente.

Ici, vous pouvez, à loisir, faire trempette dans les eaux du Midouzon. Vous ne risquerez pas la noyade ici. Mais, par mauvais temps, qui sait?

Ici, nous marchons à nouveau dans les maïs. Les canards ne doivent pas être éloignés, comme le signale la présence des silos.

Un ruisseau coule presque toujours au fond d’un vallon. C’est son sort. Alors, le nôtre est de remonter le flanc du vallon, de l’autre côté. Et, dans la région, quand on remonte le flanc des collines, ce sont toujours les inévitables maïs et les sous-bois. Ici, la pente est assez marquée, à plus de 10%.

Plus haut, le chemin franchit le méridien de Greenwich, où machinalement on contrôle l’heure à sa montre.

Le méridien est-il une frontière naturelle? Qui sait? Toujours est-il que le chemin repart à la quête d’un nouveau petit ruisseau. Le chemin redescend alors dans le sous-bois, sur une pente très raide, mais brève, pour retrouver rapidement une petite route goudronnée et longer les champs de maïs. Ici, la pente est soutenue, mais non sévère.

Au bas de la descente, dans le sous-bois, la route traverse le ruisseau de St Aubin, que l’on devine à peine, dissimulé qu’il est par d’épais feuillages, avant de remonter en douce pente vers le hameau de Villeneuve.

La route passe le long des maisons dispersées du hameau au milieu des maïs.

Ici, nous sommes presque à une portée de fusil de Nogaro, que l’on aperçoit à l’horizon. Derrière les tournesols naissants, la cité paraît bien compacte et homogène, dans ses couleurs rose et ocre, et ses toits aux tuiles rouges.

La route qui se termine en cul-de-sac fait place alors à un chemin qui va descendre en rude pente dans les vignes.

Au bas de la descente, le chemin retraverse les maïs et les tournesols dans une petite plaine.

Nous arrivons alors au lieudit Pouy de Bouit, dans la banlieue de Nogaro, où le GR65 rejoint la départementale D522, sous les grands platanes.

Le long de large allée qui mène à Nogaro, on traverse Le Midour, et ses eaux peu appétissantes, aujourd’hui du moins. Le calcaire de la région se délecte à merveille de ses eaux.

Section 6: A Nogaro.

 

Nous arrivons à Nogaro (2’000 habitants). Vous aurez peut-être la chance d’y arriver un jour de plénitude, dans le gazouillis des oiseaux.

Mais voilà, à Nogaro, un immense parc, où certains week-ends les gens s’amoncellent, jouxte le circuit automobile Paul Armagnac. Une année où nous sommes passés par ici se tenait une manche du Championnat européen des poids lourds.

Alors la petite cité. d’habitude calme, se meuble de milliers d’afficionados des moteurs, bardés de cuir. Motards, automobilistes, et même des collectionneurs de véhicules anciens se pressent pour assister à leur messe. L’immense parc et tous les faubourgs de la ville sont couverts de roulottes et de caravanes. Les spectateurs y viennent passer le week-end et ce n’est pas le nombre restreint de logements ici qui saura les accueillir. Cela saucissonne à qui mieux mieux dans le parc et près des caravanes. Cela bourdonne sourdement de partout, cela klaxonne avec trépignement et jubilation. Parfois, le vacarme est si intense qu’on a le sentiment d’être sur un champ de bataille.

Pourtant, il est des jours et des nuits plus calmes, plus humaines sur et autour du circuit. Alors, Monsieur tout le monde prend sa petite auto et joue à se faire peur en faisant crisser un peu ses pneus dans les virages du circuit. Du moins, il en était ainsi, lors de notre dernier passage ici.

Au bas du bourg, on y trouve l’arène des courses landaises, là où le monde s’active près d’un grand carrefour avec un hôtel et un restaurant.

Une rue en pente conduit au centre du bourg, où une autre petite place, plus charmante, héberge des restaurants sous les arbres.

Plus haut, à la sortie du bourg, se trouve la collégiale St Nicolas. Église romane consacrée en 1060, elle était une des plus anciennes églises fortifiées de la région avec son contrefort en pierre de taille, ses meurtrières, Hélas, elle a subi de nombreux dégâts et remaniements, étant même à une période devenue un entrepôt à charbon. Puis, l’église fut allongée et rehaussée. Elle n’en est pas moins classée au registre des Monuments Historiques pour quelques fresques et vestiges de l’époque romane.

Gastronomie locale

 

L’appellation AOC Armagnac est produite sur trois départements: le Gers, les Landes, et le Lot-et-Garonne. On trouve des Armagnacs de différents âges. Le vieillissement est au minimum de 2 ans. Plusieurs mentions existent. Elles se réfèrent à l’âge du plus jeune cépage entrant dans l’assemblage. Ainsi :

  • Un Armagnac XXX ou VS réunit différents armagnacs dont le plus jeune a au moins 2 ans de vieillissement sous bois.
  • Un Armagnac VSOP aura un vieillissement de 5 ans au moins
  • Pour l’Armagnac XO, le vieillissement est de 6 ans au moins.

Pour découvrir une palette aromatique encore plus riche et complexe, il faut alors s’orienter vers des 15 et 20 ans d’âge, voire même des produits encore plus vieux. On trouve également des Armagnac millésimés. Il s’agit dans ce cas là d’Armagnac provenant de la seule récolte mentionnée sur l’étiquette. Hors d’Âge, Vieille Réserve, ou des abréviations anglaises comme VS pour Very Special, VSOP, etc. s’expliquent par la prééminence historique du marché britannique pour les cognacs. Attention ! Tous les Armagnac n’utilisent pas les étiquettes susnommées. Certains se contentent de l’appellation régionale, comme Bas Armagnac AOC. Ils n’en sont pas moins bons pour autant ! Mais tous les sérieux Armagnac vous préciseront leur âge.

L’armagnac est obtenu par distillation de cépages blancs produits sur l’aire d’appellation. Ce n’est pas comme la grappa italienne qui est obtenue par distillation des peaux de raisin après pressurage. Pour l’Armagnac, il faut d’abord faire du vin, appelé “vino da caldaia”. On ne vinifie que des cépages blancs. Les raisins sont éraflés, foulés, puis pressés. Le moût est alors mis en fermentation, sans addition de sucre ni de soufre (interdiction). En fin de fermentation, on élimine les lies grossières, et on garde le vin sur lies fines, ce qui ajoute des arômes. Le vin reste trouble. Il n’y ni débourbage ni collage pour rendre le vin limpide. Le vin obtenu est de faible degré d’alcool (7.5-12%), avec une acidité élevée. La distillation de ce vin pour en faire un Armagnac tient lieu de traditions et de haute technologie.

Le vieillissement en barrique de chêne est essentiel et obligatoire. Il transforme l’aspect translucide de l’armagnac blanc, tel qu’il sort de l’alambic en brun rouge, couleur issue de la dissolution de composants du chêne de la barrique. C’est le même processus qui opère pour les cognacs ou les whiskys. En plus de la couleur, le vieillissement en fût permet l’apparition de nouveaux composés aromatiques venant du bois de chêne qui augmente la puissance aromatique de l’eau-de-vie. Tout le monde connaît l’importance fondamentale de la vanilline et des tannins dans le vieillissement des vins en barrique. De plus, le même vieillissement favorise la diminution du degré d’alcool de l’armagnac par évaporation. C’est ce qu’on appelle la “part des anges”. La vente d’Armagnac n’est autorisée que lorsque l’eau-de-vie titre un peu plus de 40 % vol. Celle-ci peut aussi s’obtenir par coupage, c’est-à-dire de petits ajouts de “petites eaux”, constitués par un mélange d’eau et d’armagnac. Arrivée naturellement ou par coupage entre 40 et 48 % vol. d’alcool, l’eau-de-vie est alors conservée en cuve métallique. On peut aussi le conserver dans un vieux fût ayant perdu tous ses tannins ou en bonbonne en verre (dame-jeanne). À partir de ce moment-là, l’armagnac ne vieillit plus, mais il va très lentement s’oxyder et continuer à perdre de l’alcool. Il peut être mis en bouteille l’année de la vente (l’année de mise en bouteille est parfois indiquée).

L’armagnac est le plus souvent un assemblage de différents cépages, mais aussi de différentes années. Dans les grandes années, des millésimes sont issus, avec des vins de la même année. L’Armagnac est alors plus cher, comme pour les Champagne. Une fois ouverte, une bouteille d’armagnac peut se conserver plusieurs années, mais il faut éviter l’oxydation induite par la lumière ou la haute température.

L’ugni blanc, appelé localement le “St Emilion”, est le plus répandu des cépages utilisés dans l’assemblage d’Armagnac (près de 60%). Cépage originaire d’Italie, c’est aussi le roi des Cognacs. Peu aromatique, acide, avec un rendement élevé, c’est un excellent cépage pour les eaux-de-vie.

Le colombard donne des arômes fruités très prononcés et épicés. C’est le cépage le plus cultivé dans le Gers. Mais ici, on l’utilise plus pour les vins blancs de pays, les Côtes-de-Gascogne, que pour les assemblages d’Armagnac.

La folle blanche (“folle” car très vigoureuse) donne de gros volumes de vins acides et peu alcoolisés, ce qui en fait un bon cépage pour les eaux-de-vie. Ce cépage représentait la base de l’encépagement avant la crise du phylloxéra. La difficulté de la greffer et la sensibilité aux maladies l’ont rendue plus rare. Sa qualité lui vaut cependant de rester présente dans le vignoble (2% des assemblages d’Armagnac).

Le baco blanc, un hybride de la folle blanche et d’un plan américain (donnant des raisins foxés) est un gros producteur, donnant un arôme fruité mais foxé (raison sauvage des renards), un peu rude (35% dans les assemblages).

L’Armagnac est donc fait surtout à partir d’ugni blanc et de baco blanc. Les autres cépages, reliques de la multitude de cépages du Sud-Ouest distillés jadis, ne sont aujourd’hui plus qu’anecdotiques. Mais, les grands connaisseurs d’armagnac se battent pour avoir de vielles bouteilles de la Folle Blanche, dont nul ne sait les secrets.

 

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