Etape 40: De Puente la Reina à Estella

Sur le “Chemin des étoiles” mais aussi de l’Autoroute des Pèlerins

 

Didier Heumann et Milena della Piazza

 

Estella existait déjà au temps des romains sous le nom romain de Gebalda. La légende prétend que dans les années 1000, des bergers virent une pluie d’étoiles par ici et découvrirent la statue dite Notre-Dame-du-Puy. Alors, on donna au village le nom basque de Lizarra qui signifie “étoile”, puis le nom castillan de “estella” qui veut dire la même chose.

Au XIème siècle, s’établit ici une colonie de francs, les “francos”, ce peuple germanique à l’origine de la France, d’une partie de l’Allemagne, des Pays-Bas, mais aussi de colonies en Espagne. Le roi de Navarre et d’Aragon leur accorda des “fueros”, des privilèges. L’idée était d’amener ici des commerçants, des bourgeois. Ce sont ces derniers qui développèrent ici le Chemin de Compostelle, dont de nombreux “francos” venant du Puy-en-Velay ou de Tours, bâtissant de nombreux hospices. On vit apparaître bientôt d’autres communautés ici, dont les navarrais. A partir du XIIème siècle, la cité connut un grand essor, et on construisit de nombreuses églises, faisant de la cité le joyau roman de la Navarre. La ville devint rapidement l’escale phare du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, avec l’église de San Pedro de la Rúa, l’église de San Juan et plusieurs hôpitaux, assistés par des confréries.

La cité connut son apogée au XIIIème siècle. La ville s’enrichit en construisant plusieurs couvents et de nombreux hôpitaux et auberges pour accueillir les pèlerins. Un château et une forteresse furent ajoutés pour contenir les velléités de la Castille voisine. Puis, la cité tomba progressivement en décadence, suite aux nombreux conflits où se sont affrontés la France qui possédait la Basse Navarre, la Navarre et la Castille, au cours des XIVème et XVème siècles. La ville tomba aux mains de la Castille au début du XVIème siècle et on démolit alors le château et la forteresse. Puis, lors des guerres carlistes pour la succession du trône de Castille, le prétendant Carlos, avec l’appui des navarrais qui le soutenaient, installa sa cour à Estella et régna “en Navarre”, la ville devenant la capitale de l‘état carliste. Mais, la victoire finale des libéraux centralisateurs de Madrid, partisans légitimes du roi, va entraîner l’abolition du régime des “fueros”, à savoir des privilèges, et la Haute Navarre devint alors une simple province espagnole en 1841.

Aujourd’hui, c’est une belle balade, une des plus belles du Camino francés en Navarre. Les villages sont agréables, certains médiévaux, le chemin est large, peu caillouteux, ondulant sur de petites collines. Certes, mais les fâcheux diront que le chemin est bien près de l’autoroute. C’est vrai, mais elle ne dérange guère. D’abord, on n’est pas juste à côté, comme ce sera le cas plus tard sur le chemin. Ensuite, la circulation est faible, car nous ne traversons pas une région dense du pays. Et puis, on arrive dans une ville assez incroyable. Quel pèlerin qui n’est pas né en Espagne a déjà entendu parler d’Estella? Aucun, en toute vraisemblance. Estella est une cité mineure, mais c’est une ancienne capitale de Navarre, avec une richesse de monuments étourdissante. Il y a plus de monuments ici que dans de nombreuses grandes villes d’Espagne. Vous dire que c’est une ville importante, le train passe ici, alors qu’à Burgos, il faut sortir de la ville pour prendre le train.

Les dénivelés du jour (+388 mètres/-305 mètres) sont assez insignifiants. Il n’y a que deux passages où on vous demandera un léger effort, d’abord la montée vers l’autoroute peu après Puente la Reina, puis la montée vers le village d’Orca. Tout le reste n’est que du plaisir à marcher.

Dans cette étape, la grande partie du trajet se passe sur les chemins. Les passages sur la route ne sont que dans les villages et la ville. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés. Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins:

 

Goudron: 5.8 km

Chemins: 15.9 km

Nous ne sommes allés qu’une seule fois sur le Camino francés. C’était lors d’un début de printemps très froid et fort pluvieux. La boue était souvent la règle. Alors, nous espérons pour vous que vous feriez ce chemin dans de meilleures conditions.

Pour vous aider à reconnaître les arbres, reportez-vous au petit résumé de botanique en introduction générale du chemin (dans le menu sous Articles récents).

Il est très délicat de préciser avec sécurité l’inclinaison des pentes, quelle que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qu’elles mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées à partir des profils cartographiés. Il existe sur Internet très peu de sites qui permettent d’estimer des pentes à partir de cartes (3 au plus). Comme ces logiciels reposent sur une approximation et une moyenne autour du point recherché, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en fonction de l’état des lieux ou de la variation entre deux points (par exemple un trou suivi d’une bosse très proche). En voulez-vous un exemple? Sur le GR36 qui longe la côte bretonne, l’altitude n’est que rarement supérieure à 50 mètres au-dessus de la mer. Mais, le chemin ne fait que monter et descendre. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel vous donnera 800 mètres de dénivelé positif, un autre 300 mètres. Qui dit vrai? Pour avoir fait plusieurs fois le parcours, les jambes disent que le dénivelé est plus proche de 800 mètres! Alors comment procéder? On peut s’appuyer sur les logiciels, mais, il faut être prudent, faire des moyennes, ne pas tenir compte des pentes données, mais seulement des altitudes. A partir de là, ce n’est que de la mathématique élémentaire pour déduire les inclinaisons, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont on sait l’altitude. C’est cette manière de faire qui a été utilisée dans ce site. D’ailleurs, rétrospectivement, quand on fait en vrai le parcours estimé sur cartographie, on constate que cette manière de faire est assez proche de la vérité du terrain. Quand on marche souvent, on a assez rapidement le degré de pente dans l’œil.

Nous avons divisé le parcours en tronçons, pour en faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent le parcours, les pentes trouvées sur le chemin et l’état des chemins. Les parcours ont été dessinés sur la plateforme Wikilocs. Aujourd’hui, il n’est même plus nécessaire de se balader avec des plans détaillés dans la poche ou dans le sac. Si vous êtes équipé d’un téléphone mobile ou d’une tablette, vous pouvez aisément suivre les trajets en direct. Pour ce parcours, voici le lien:

 

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-puente-de-la-reina-a-estella-lizarra-par-le-camino-frances-33648399

Cliquez ici pour commencer l’étape sur le premier tronçon. Avant

Si le parcours ne vous intéresse pas, mais que vous voulez trouver le détail des logements présents sur le parcours, Vous pouvez le faire ici.

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