Etape 39: De Pamplona à Puente La Reina

Sous les gigantesques éoliennes

 

Didier Heumann et Milena della Piazza

 

On vous a raconté brièvement les débuts de l’histoire de la Navarre dans l’étape précédente, en arrivant à Pamplona. Alors, revenons avec un peu plus de détails, après Charlemagne dans une région où se sont affrontées de nombreuses puissances, dont la France.

Au IXème siècle, Louis I Le Pieux ou le Débonnaire, fils de Charlemagne, est empereur d’Occident. Il entre en conflit avec les gens de la Navarre, mais il est battu encore une fois à Roncevaux. Pamplona devient un royaume, qui connaît son apogée avec Sanche III le Grand au début du XIème siècle. A cette période, le royaume de Navarre inclut presque tout le nord-est de l’Espagne, et ses concurrents sont la Castille et l’Aragon. Suivent alors des années de conflit entre la Navarre et l’Aragon pour le contrôle du pays. Plus tard, la France aussi entre en jeu. Tout ceci n’est pas qu’une histoire de guerres, mais aussi de mariages, où les régions passent d’un souverain à l’autre. A la fin du XIIIème siècle, le mariage de Jeanne I de Navarre avec Philipe IV unit momentanément la couronne de Navarre et celle de France. Mais cela ne dure pas longtemps. Pendant deux siècles les guerres civiles vont se succéder ici entre la Navarre, l’Aragon et la France. Mais, il ne faut pas oublier la Castille dans toute cette affaire. Au début du XVIème siècle, Ferdinand le Catholique, roi d’Aragon et de Castille, s’empare de la Haute Navarre, le pays où Pamplona et Estella, où passe le chemin, sont les têtes de liste. Il s’empare aussi d’une partie de la Basse Navarre, où St Jean-Pied-de-Port est un fief important à cette époque. Ce qui unit les deux Navarre, en fait, c’est le basque. Arrive alors Henri II, roi de Navarre, qui avec l’aide des français reprend la Navarre aux castillans. Il installe sa capitale en France, à St Palais, à deux pas de St Jean-Pied-de-Port.

C’est sur ces entrefaites qu’entre en jeu un personnage considérable, Charles Quint. Car l’Espagne n’a pas toujours été l’Espagne. Charles-Quint (1500-1558) contrôle de nombreux territoires. Voulez-vous les titres de ce potentat? Charles de Habsbourg, prince hollandais, était prince des Pays-Bas, archiduc d’Autriche, roi de Castille, d’Aragon et de Naples, roi d’Espagne, empereur du saint Empire germanique, plus une autre bonne dizaine de possessions. A cette période, l’Espagne est alors divisée en deux royaumes appartenant à Charles-Quint, le royaume de Castille et le royaume d’Aragon. La Navarre essaie de faire son nid entre elle et la France. L’ennemi Numéro un de Charles-Quint est François Ier, le roi de France. Alors, Charles-Quint envoie ses troupes pour la conquête de la Basse Navarre. Henri II et François Ier sont fait prisonniers à Pavie. Après ces épisodes, tout se résume à une histoire de lits et de mariages. Henri II s’évade et épouse la sœur de François Ier, puis reprend St Jean-Pied-de-Port. Pour faire bonne figure, François Ier épouse la sœur de Charles-Quint. Qu’elle est belle l’histoire des rois quand tout se passe dans les alcôves! Alors, le sort de la Navarre est momentanément réglé. Charles-Quint abandonne l’idée de reconquérir la Basse-Navarre. Henri II se contente désormais de la Basse Navarre. La Haute-Navarre et Pampelune restent espagnoles.

Mais, ne croyez surtout pas qu’on va en rester là. Jean d’Albret, la fille de Henri II épouse Antoine de Bourbon, un prince français, créant à nouveau un risque pour la Navarre. Alors Charles-Quint fait proclamer son fils Philipe, roi de Navarre. C’est à ce dernier, devenu roi par la suite qu’on doit les forteresses de Pampelune. Du côté français, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret donneront naissance à Henri III de Navarre, qui deviendra Henri IV, le fondateur de la dynastie des Bourbons. Henri IV, qui se dit roi de France et de Navarre, déclare la guerre à l’Espagne en 1595. Il la perd et doit signer la paix, perdant définitivement la Navarre espagnole, ne conservant que la Basse Navarre et le Béarn. Toutefois, Louis XIII, fils de Henri IV et ses successeurs ajouteront toujours le titre de roi de Navarre à celui de roi de France. La Navarre est maintenant séparée en deux entités. Il y a d’une part la Haute Navarre, avec un vice-roi qui représente l’Espagne, et d’autre part, la Basse Navarre, française, un ensemble de petites vallées sans grande importance. Suivent alors de continuels conflits entre les deux pays, qui dureront pendant près de deux siècles. En 1700, Charles II, roi d’Espagne, et donc aussi de Haute-Navarre, meurt sans enfants. Le dauphin Louis de France, fils de Louis XIV et de Marie Thérèse, soeur de Charles II, est donc, par filiation, susceptible de réunir sur sa personne les royaumes de France et d’Espagne et aussi de réunifier le royaume de Navarre. Mais le dauphin ne veut pas de l’Espagne, se réservant pour le trône de France, qu’il n’aura jamais, mourant avant son père Louis XIV. Le dauphin cède ses droits à son fils qui deviendra Philippe V d’Espagne, après une guerre de succession en Espagne. La Haute-Navarre demeure un soutien fidèle de Philippe V tout le temps du conflit. Pour récompenser cette fidélité Philippe V leur fait des faveurs supplémentaires, en confirmant les “fueros”, les privilèges locaux. On comprend mieux encore aujourd’hui les différents privilèges et l’autonomie relative de certaines régions d’Espagne. À la mort de Louis XIV en 1715, la division du royaume de Navarre est définitive. Il y aura désormais deux royaumes de Navarre: le royaume espagnol de Haute-Navarre, et le royaume de Navarre en Basse-Navarre. Et c’est tout de même un paradoxe. Les souverains français et espagnols, sont de la même famille tous issus de Louis XIV. On vous racontera la suite plus tard dans notre voyage, les querelles entre la Navarre et la Castille voisine.

On vous dira à Pampelune que le Chemin de Compostelle c’est l’affaire de Sanche III le Grand, roi de Pampelune au début du XIème siècle. Des rues, des places et des “alberghe” portent son nom. Avant lui, le chemin passait de Roncevaux à Pampelune, puis plus au nord vers Burgos. Mais, pour mieux contrôler son royaume, il dévia un peu le chemin vers le sud, profitant d’anciennes voies d’origine romaine, le faisant passer par Puente la Reina, Estella, Logroño, Nájera, Santo Domingo de la Calzada et Burgos. L’itinéraire était plus court et évitait les passages étroits ou les gorges, facilitant ainsi le passage des pèlerins, des marchands, et accessoirement de ses armées. Vous aurez sans doute un peu de doute à ce sujet, après avoir affronté la montagne de l’Alto del Perdón, la montagne du Pardon. Sans doute que le chemin romain préférait la plaine à la haute colline et à ses éoliennes. Peu importe pour nous! Le chemin vers les éoliennes est grandiose. En fin de journée, vous rejoindrez le pont le plus célèbre du chemin, le pont roman de Puente la Reina, qui selon les historiens ou la légende, aurait été commandité par Mayor, l’épouse du grand roi.

Les dénivelés (+433 mètres/-522 mètres) sont assez importants pour une étape en Espagne, qui sont la plupart du temps, peu élevés. En fait, il n’y a qu’une difficulté, c’est l’Alto del Perdón, une longue montée vers les éoliennes, mais surtout une descente casse-pattes au possible dans le pierrier.  Tout le reste est presque de la balade.

Dans cette étape, l’avantage est aux chemins sur les routes, comme c’est l’usage en Espagne. S’il y a de la route, c’est surtout pour sortir de Pamplona. En Espagne, en dehors des villages et des villes, les routes goudronnées, pour la grande majorité, comportent des bandes herbeuses ou de terre sur les bas-côtés.  Ainsi, le Camino francés est avant tout un vrai chemin, si on le compare aux autres chemins de Compostelle en Europe, où les parcours ne sont qu’à moitié sur les chemins.:

 

Goudron: 9.2 km

Chemins: 15.8 km

Nous ne sommes allés qu’une seule fois sur le Camino francés. C’était lors d’un début de printemps très froid et fort pluvieux. La boue était souvent la règle. Alors, nous espérons pour vous que vous feriez ce chemin dans de meilleures conditions.

Pour vous aider à reconnaître les arbres, reportez-vous au petit résumé de botanique en introduction générale du chemin (dans le menu sous Articles récents).

Il est très délicat de préciser avec sécurité l’inclinaison des pentes, quelle que soit le système que vous utilisez. Les montres GPS, qu’elles mesurent la pression barométrique ou l’altimétrie, ne sont guère plus convaincantes que les estimations basées à partir des profils cartographiés. Il existe sur Internet très peu de sites qui permettent d’estimer des pentes à partir de cartes (3 au plus). Comme ces logiciels reposent sur une approximation et une moyenne autour du point recherché, il peut y avoir de grandes variations d’un logiciel à l’autre, en fonction de l’état des lieux ou de la variation entre deux points (par exemple un trou suivi d’une bosse très proche). En voulez-vous un exemple? Sur le GR36 qui longe la côte bretonne, l’altitude n’est que rarement supérieure à 50 mètres au-dessus de la mer. Mais, le chemin ne fait que monter et descendre. Pour un parcours d’une vingtaine de kilomètres, un logiciel vous donnera 800 mètres de dénivelé positif, un autre 300 mètres. Qui dit vrai? Pour avoir fait plusieurs fois le parcours, les jambes disent que le dénivelé est plus proche de 800 mètres! Alors comment procéder? On peut s’appuyer sur les logiciels, mais, il faut être prudent, faire des moyennes, ne pas tenir compte des pentes données, mais seulement des altitudes. A partir de là, ce n’est que de la mathématique élémentaire pour déduire les inclinaisons, en tenant compte de l’altitude et de la distance parcourue entre deux points dont on sait l’altitude. C’est cette manière de faire qui a été utilisée dans ce site. D’ailleurs, rétrospectivement, quand on fait en vrai le parcours estimé sur cartographie, on constate que cette manière de faire est assez proche de la vérité du terrain. Quand on marche souvent, on a assez rapidement le degré de pente dans l’œil.

Nous avons divisé le parcours en tronçons, pour en faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent le parcours, les pentes trouvées sur le chemin et l’état des chemins. Les parcours ont été dessinés sur la plateforme Wikilocs. Aujourd’hui, il n’est même plus nécessaire de se balader avec des plans détaillés dans la poche ou dans le sac. Si vous êtes équipé d’un téléphone mobile ou d’une tablette, vous pouvez aisément suivre les trajets en direct. Pour ce parcours, voici le lien:

 

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-pamplona-a-puente-la-reina-gares-par-le-camino-frances-33640432

Cliquez ici pour commencer l’étape sur le premier tronçon. Avant

Si le parcours ne vous intéresse pas, mais que vous voulez trouver le détail des logements présents sur le parcours, Vous pouvez le faire ici.

Cliquez ici pour le détail des logements. Avant