Section 1: Un départ en fanfare.

Aperçu général des difficultés du parcours: le début est pénible pour des gens non entraînés. Mais, après le premier kilomètre, le parcours devient nettement plus calme.

Au Moyen-Âge, c’est du parvis de Notre-Dame que les pèlerins s’élançaient vers la lointaine Galice, à la première des 102 marches qui relient les rues basses à la haute ville. C’est encore aujourd’hui, au petit matin, à 7 heures précises, que les pèlerins, en très grande majorité, assistent à la messe et à la bénédiction. A ces heures-là, la ville est vide.

Aujourd’hui, il y a une bonne centaine de pèlerins présents à la messe, en face de la Vierge noire. C’est une messe traditionnelle, avec aussi de nombreuses recommandations et conseils, livrés en de nombreuses langues, sur le pèlerinage. On délivre aussi le “credencial”,  le passeport à tamponner du chemin de Compostelle, pour les pèlerins qui n’en ont pas encore.

Pour l’occasion, on ouvre le grand escalier de l’église, fermé pour les visites, et les pèlerins sortent un à un de l’église. Ils se dirigent, en descendant la rue des Tables vers l’intersection de la rue St Jacques et du grand boulevard St Louis.

En face, c’est la rue des Capucins, le vrai départ de la Via Podiensis. Le gîte des Capucins est un peu le cœur du dispositif au Puy. De très nombreux pèlerins partent d’ici, ayant passé la nuit soit à l’hôtel, soit dans le gîte proprement dit. Chacun selon sa bourse!

Dans la rue de Capucins, le pèlerin non averti va vite s’apercevoir que le chemin de Compostelle n’est pas une sinécure. Pour un hors d’œuvre, c’en est un, et plus tôt sec. Le chemin grimpe comme il peut grimper dans les Alpes, sur un trottoir étroit.

Partout, les signes rappellent au pèlerin qu’il n’est pas parti pour une balade du dimanche. 1521 kilomètres, cela marque les esprits, et les mollets aussi!

Puis, le chemin gagne la Rue de Compostelle, mais le chemin n’en demeure pas moins raide pour autant. La rue de Compostelle se tord et se perd dans les hauteurs de la banlieue. La route sort alors de la ville pour la banlieue de Espaly St Marcel. Et la pente est de plus en plus forte.

Sur la route s’égrènent les pèlerins, comme autant de grains de rosaire. Comme sur tous les sentiers de longue marche, les marcheurs sont très nombreux au début, mais le plus souvent, leur nombre diminue comme peau de chagrin avec les kilomètres. Il y a ceux qui partent vite, les trop sûrs d’eux, qui forcent leur talent. Ils se font un point d’honneur à être les premiers au sommet de la colline. Il y a les inquiets, les rêveurs, ceux qui cherchent à retarder le moment où ils seront vraiment partis. D’autres découvrent les premières pentes du chemin. On leur a bien raconté et ils savent que d’autres pentes suivront qui seront sans doute moins aimables. Alors, ils marquent un temps d’arrêt, musardent à prendre des photos des hauts de la ville. Puis, ils se remettent en route, assurent le pas. La jeunesse n’est pas l’apanage des pèlerins. Des retraités pour la plupart, qui marchent seuls, en couples ou en groupes plus consistants. Certains portent la coquille symbolique autour du cou ou accrochée au sac. La coquille n’est pas qu’un simple symbole. C’est un pont avec l’invisible, une compagne protectrice pour aller au bout du voyage. On rencontre aussi des pèlerins accompagnés d’un chien, relié parfois à eux par un harnais. Plus rares, sont les ânes ou les chevaux.

En se retournant, on peut jeter encore un coup d’œil à la cathédrale et à Notre-Dame-de-France perchée sur le rocher Corneille. D’ci, on ne voit pas St Michel d’Aiguilhe.

La pente est raide, parfois à plus de 15% sur le premier kilomètre. Après un passage sur de petits escaliers, la route continue son ascension dans les lotissements récents.

Plus haut, la pente se calme quand la route passe au lieudit Sejalat, près d’une grande usine où on fabrique de la dentelle.

Le G565 abandonne alors la route pour un large chemin graveleux, qui part à plat, en pleine campagne. C’est l’ancienne route de Saugues. Ici, il reste encore des traces marquées des pluies récentes. Et aujourd’hui, la météo n’est pas encourageante, non plus.

Le chemin passe près d’anciens “sucs”, des cônes qu’on appelle aussi dans le pays “gardes”, autrement dit de petits volcans remaniés par l’érosion, aux formes nettement émoussées, constitués de pierres rouges, meubles, exploitées sous le joli nom de pouzzolanes. Le Puy s’enfuit au loin, au milieu de la rondeur des petits volcans qui sont le charme du Velay.

Chemin faisant, on trouve la croix de Pouvignac. Détruite en 1940 par la foudre, le socle datant du XIIème siècle, elle n’était plus qu’une colonne étêtée. Elle a été restaurée récemment. Les sceptres dominent le monde, mais les croix sont les clefs du Ciel. Personne ne sait plus bien dire de quelle époque datent les milliers de croix que l’on rencontre sur le Chemin de Compostelle, une coutume qui remonte bien loin, aux premiers temps de l’évangélisation. Initiative des paroisses, acte de piété individuel, commémoration d’un événement, elles ont servi et servent encore à marquer le chemin, le village, la paroisse, à fournir de halte pour les processions qui se font de plus en plus rares.

Le chemin s’éternise alors sur de longs faux plats, à travers champs. Le chemin se teinte de poussière brune et rouge, reflétant un peu l’origine volcanique de la région. Ici, le ciel est si bas qu’il semble plonger sur la terre, les prés et les rares cultures. Ici, c’est une terre ondulante, de l’agriculture, avec peu de cultures et parfois du bétail. Si vous passez par ici un jour venteux, vous constaterez que le plateau peut être siphonné par le vent. De rares feuillus, dont des charmes, des frênes et des érables campent parfois près des murets de pierres désordonnées, des cynorrhodons et des ronces.

Dans la vallée du Dolaison, en-dessous du chemin, de nombreuses “chibottes” sont présentes. Un sentier y est dévolu. Peu de “chibottes” sont présentes ici sur le GR65.

Lorsqu’on distribua aux citoyens des terres à cultiver, souvent on délaissa les ornements, s’attachant d’abord à l’utile. De modestes cabanes pour les bergers et les laboureurs virent ainsi le jour. Il fallait débarrasser les futurs champs des pierres. On avait compris comment joindre l’utile à la commodité, non à l’agréable. Les “chibottes” ou “tsabonnes”, des cabanes en pierre sèche, sont donc encore visibles en Haute-Loire, particulièrement dans la vallée de la Dolaison. On ramassait les pierres volcaniques dans les labours pour construire ces cabanes, tels des igloos. C’étaient, alors, des habitations temporaires, saisonnières pour les travaux des champs et des vignes, qu’on occupait durant l’été. Certaines possédaient même le chauffage. On abandonna ces masures mal commodes dans les années 1920-1930. Elles ne sont plus aujourd’hui que des attractions touristiques.

Un peu plus loin, le chemin devient mois graveleux, vire sur l’ocre, monte en pente plus soutenue près d’une ferme isolée au lieudit Conflans, juste en-dessous de la “garde” de Croustet.

Puis, le chemin défile à nouveau, en pente très légère, presque rectiligne, le long des haies de petits feuillus et des herbes folles.

Dans ce paysage uniforme, on traverse des prairies en abondance. Au moment où nous décrivons l’étape, le bétail est rare, mais vous pouvez passer ici à d’autres saisons et voir de nombreuses vaches ou montons gambader dans les prés. Ici, les cultures sont assez rares, avec un peu de mais et peu de blé.

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