GR651 Etape 2 – texte compact

Dans les merveilleux villages troglodytes de la Vallée du Célé

 

Didier Heumann

Milena della Piazza

Le Célé est le plus gros affluent du Lot après la Truyère. Il naît dans le Massif central pour se jeter dans le Lot près de St Cirq-Lapopie. Le bassin du Célé comprend plusieurs régions fort distinctes au niveau des territoires traversés par la rivière. En amont se trouvent la Châtaignerie et le Ségala, autrefois pays de la châtaigne et du seigle, dont il demeure encore quelques traces. Dans ce pays de granite et de gneiss, où l’élevage bovin domine les autres activités agricoles, le chemin de Compostelle ne passe pas. Au Ségala succède le Limargue. Enserré entre les causses et le Ségala, le Limargue est une étroite bande de terre fertile, dépassant rarement dix kilomètres qui va du Lot au Sud à la Dordogne au Nord. Ici, les marnes, les grès et l’argile ont droit de domaine. Sur le GR65, c’est le pays qui va de Figeac à Béduer. Cette région, plus douce et plus peuplée, contraste autant avec la sécheresse pierreuse du causse qu’avec les sombres élévations du Ségala. C’est aussi près de Figeac que le Célé entre dans la vallée basse, creusée dans les causses calcaires.

Source : Syndicat du bassin de la Rance et du Célé, le SAGE

Nous sommes maintenant dans les causses, dans la basse vallée du Célé. Ici, ce sont les landes, les forêts et les prairies qui dominent le paysage.  Les landes et les bosquets couvrent 60% du pays, les prairies environ 25%. Cela laisse peu de place pour les paysans, qui oeuvrent dans la vallée, ou alors au sommet des causses. Le fond de la vallée, essentiellement agricole, est riche de terres alluviales assez fertiles, où poussent le maïs, les céréales, le tabac et la luzerne.

Mais, les terres cultivées sont restreintes. Cette situation particulière a incité les gens à construire les villages au pied des falaises. Le bâti s’étire donc en longueur sous les parois rocheuses, avec de nombreuses maisons troglodytes qui vont jusqu’à ronger la roche, comme à Saint-Sulpice ou aux Cabrerets.

Situons l’étape du jour sur la carte. Le chemin suit la rive droite du Célé, le plus souvent à distance de la rivière,  direction sud-ouest.

Depuis Brengues, il faudra à nouveau affronter les causses, les pech et son sentier casse-pattes. Avec un tel profil, il ne faudra pas s’étonner de monter et descendre toute la journée ! Dans cette étape, la plus exigeante du GR651, on devra monter au sommet des causses  presque une dizaine de fois, à des degrés de pénibilité divers. Attention ! Si vous vouez faire des haltes entre deux, les possibilités ne sont pas nombreuses.

Le GR651 quitte Brengues, à plat, par un chemin herbeux qui gagne rapidement les sous-bois.

Assez rapidement, le paysage change, devient plus sauvage, rude, presque désolé. Les landes stériles succèdent à la campagne verdoyante.  La présence des hommes disparaît. La pente s’annonce, les cailloux dans la forêt de chênes aussi. A mesure que l’on gagne le sous-bois, la trace se faufile entre les broussailles, les rocs et les chênes. Le chemin remonte nettement sur le causse. C’est assez pentu. Le sommet est à 305 m, soit 150 mètres de dénivelé positif.
A mi- pente, c’est presque une loi sur le causse, la forêt s’ouvre un peu sur des clairières où les prés clairs ondulent sous le vent. Une maison de pierre, abandonné ou non, on ne saurait le dire, cache sous les arbres les lauzes de son toit pentu.

Au sommet du causse, le chemin caillouteux devient un large chemin de terre qui laisse le sous-bois pour la lande ouverte. Quelques épicéas montrent leur tête, observation assez rare dans la vallée du Célé. Les chênes ne leur donnent usuellement pas la permission d’exister.

Sur le causse, les chênes se font plus discrets. Les genévriers, le thym et le romarin sortent de la terre ocre, font des taches feutrées sur le fond verdoyant des buis. Car, il faut bien le dire, le buis, voilà l’arbuste qui domine. Et majoritairement. Les buis, au feuillage vert doré,  poussent inexorablement, d’une manière si luxuriante qu’ils forment de vraies futaies. Ils ne font pas le dos rond comme dans les jardins. Ici, ils sont hirsutes, ont comme un air de fête, réfléchissant la lumière sur leurs feuilles cireuses.

Un peu plus haut, c’est au goudron le tour de remplacer la terre ocre. Nous arrivons à un carrefour, là où la civilisation reprend un peu ses droits, là où le terrain est plus plat, plus favorable, là où quelques rares paysans vivotent entre la lande et la campagne.

Nous sommes à 2 kilomètres de St Sulpice. Le GR651 va descendre d’abord doucement entre les buis et les murets de pierre. Le grisé des pierres, l’épaisse mousse qui calfeutre les pierres et s’insinue partout, les chênes qui ont une tête de plus, et puis ces grands buis qui se tortillent sont comme des haies d’honneur et de beauté simple que la nature fait au passant.

Lorsqu’on se rapproche d’un village ou d’un hameau, la règle est simple: les tracteurs et les automobiles préfèrent le goudron à tout autre revêtement. Le GR651 se plie aussi à la règle. Une route en  lacets descend sur St Sulpice. De là-haut, on aperçoit en contrebas le village troglodyte de St Sulpice niché sous la haute falaise, et plus loin encore, la vallée du Célé, toute petite au milieu des forêts qui disparaissent dans un horizon sans fin.

Mais parfois le GR651 se rebiffe. Alors, il prend la clef des champs, coupe les sous-bois pour couper quelques lacets superflus. Dans le sous-bois, un artiste naïf nous fait signe. Et le pied roule sur les pierres du raide sentier, avant de se stabiliser à l’avenue qui marque l’entrée du village. Même les humbles ont le droit d’avoir leur héros !

A cet endroit, la vallée du Célé se resserre. St Sulpice accroche ses maisons sous un encorbellement de hautes falaises. Le village compte moins de 150 habitants, mais tout y est: grottes, dolmens,  maisons troglodytes, église romane, pour faire repenser au Moyen-âge.

Saint-Sulpice ne côtoie pas la rivière, ce qui est aussi le cas des  Cabrerets ou de Sauliac-sur-Célé, un peu plus bas sur le trajet. A grand renfort de publicité, un panneau annonce le bonheur sur le chemin.

Ne négligez pas ces avis, qui peuvent être cruciaux pour vous. Rares sont les  possibilités de se restaurer sur le parcours, et encore, souvent elles ne sont pas disponibles hors saison estivale, ou présentent des horaires chaotiques. Renseignez-vous le soir dans les lieux de gîte des  possibilités et des horaires sur le chemin. Il en ira ainsi de votre tranquillité.

St Sulpice est encastrée au milieu des anciennes fortifications du château des Hébrard, une très grande et ancienne famille de la région. Le GR651 passe au sommet des rues escarpées du village, par le  chemin de randonnée, là où la vie troglodyte s’exprime autour des ruines de l’ancien château. Du château, il n’en reste pas grand chose. Seules subsistent quelques murailles esseulées, des arches de pierre qui relient des escaliers qui ne vont plus nulle part, des mâchicoulis qui ne font plus peur à personne. Et pourtant on y habite encore. La preuve, une terrasse fleurie a peut-être remplacé le donjon. Le GR651 va même jusqu’à franchir une porte du château entre deux maisons, dont l’une est sensiblement hors d’usage.

Sur le chemin de ronde, comment ne pas rester bouche bée devant ces maisons tours éparpillées, ces maisons troglodytes saisissantes et dépaysantes, taillées au plus secret du coeur de la montagne, qui débordent joyeusement de la falaise, témoins d’un passé chargé d’histoire et de vies à jamais évanouies ? C’est un peu comme si l’insolite et féérique Walt Disney se permettait de revisiter le passé.

Mais toutes ces maisons (elles ne sont pas très nombreuses) vivent, collant leurs murs, pour n’en faire plus qu’un, à la falaise. Et les moribondes, on les retape. Oui, il n’y a guère de doute à ce propos, St Sulpice fait partie des joyaux de la vallée du Célé.

Dans la  vallée du Célé, il n’y a pas de grandes  bourgades, ce qui peut poser des problèmes de logement. La vallée, qui est très touristique en été, comprend de nombreux gîtes ou maisons de vacances. Mais elles ne sont pas disponibles pour des séjours d’une journée, ce que pratique le pèlerin. De plus, de nombreux logements disponibles pour le marcheur sont souvent éloignés quelque peu des bourgades. Soyez donc très précautionneux en réservant à l’avance vos logements.

Au bout du chemin de ronde, le chemin tourne la colline. St Sulpice et ses merveilles s’évanouissent dans le proche lointain.

Une croix sobre et une place de repos marquent la fin du hameau. Et le chemin file à nouveau à plat dans les prés verdoyants.

Serez-vous surpris en apprenant que la prochaine ondulation notoire est à l’entrée de la forêt ? Ici, vous qui êtes amateurs d’effort un peu soutenu, vous allez vous régaler, sur des cailloux  qui ont toutes les peines à ne pas dévaler, sur des pentes qui peuvent dépasser par endroits les 30%. Voilà ce que demande le sportif !  Ici, il est servi grandeur nature.

A mi-pente, et on le devine après être monté plusieurs fois sur les bosses des  causses, la pente se fait moins sévère, le chemin s’élargit et la forêt s’ouvre un peu sur une clairière gardée des deux côtés par des murets alignés comme des fantassins.

Ici, presque au sommet du causse, du moins à ce que laisse deviner la limite des arbres dans un proche horizon, la terre brune et ocre l’emporte de toute part. Nous passons près de Pech Merlu, qui n’a pas grand chose à offrir de plus qu’une maison perdue dans un archipel de verdure.

Pech, voici un nom très répandu dans les noms de lieux. Les panneaux indicateurs des routes du Lot en sont couverts. C’est un mot occitan, qui vient du latin « podium » et qui signifie « hauteur, colline ».
Selon les régions occitanes, il peut se prononcer de diverses manières : « pouèy, pouy, pouèch, puèch, puèg, pèch, pètch, pèt, pè, pioch ». Tout cela pour vous dire que dans la vallée du Célé, le chemin aime monter sur la colline et y redescendre.

Habite-t-on à Pech Merlu ? Ici, il y a une maison, tiens ! Cela signe souvent le retour du goudron ou d’un macadam fort tassé qui lui ressemble, la présence toujours mal venue des poteaux électriques. Par bonheur, des deux côtés de la route, les buis font du touche-touche, des saute-moutons avec les clôtures. Ils jouent aussi à chat perché, à être celui qui atteindra le faîte des chênes, bien au-dessus des murets de pierre grise.

Une colline à la pente douce, un vallon presque insensible se succèdent alors  tour à tour, pour arriver dans un amphithéâtre immense que seule la nature sait produire. Sur le pâturage, des  moutons broutent paisiblement l’herbe rase alentour.

Dans le Lot, les brebis sont plus nombreuses que les hommes. On ne compte pas loin de 250’000 têtes. Ce sont les grandes ouvrières du causse qu’elles entretiennent de manière séculaire. La race dominante est la « causse du Lot », la « caussenarde », une robuste bête enfermée dans sa toison beige, arborant fièrement une tête blanche d’où émergent  des lunettes noires autour des yeux et des taches noires sur les oreilles. Ces animaux, qui se contentent de la végétation fruste des causses, de bois au besoin, passent le plus clair de leur temps dehors, ne rentrant que l’hiver.

La route qui vient de Pech Merlu débouche sur un carrefour où se croisent deux petites départementales, la D14 et la D17. Un logement, la ferme de Cazals, sise dans une immense ferme est disponible, à 200 m du carrefour. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

Ici, autrefois dans les fermes, un bâtiment sommaire, fait de pierre sèches, recouvert d’un toit de lauzes, monté sur trois pans et ouvert sur le devant, jouxtait le corps de ferme. On le nommait le « cazal » et on y entreposait charrettes et outils.

A Cazals, la montée sur le sommet du causse n’est pas achevée pour autant. Encore un petit effort dans un chemin de terre caillouteux entre les buis et les chênes.

Au sommet du causse, le chemin s’élargit à son habitude,  et la descente s’amorce sur une petite route descend vers le Suquet, à deux pas de Marcilhac-sur-Célé.

Sur le GR651, les descentes du causse se ressemblent étrangement. Route goudronnée en lacets, petits raccourcis en pente raide sur les cailloux dans les sous-bois. On arrive ainsi à Pailhès, le deuxième hameau avec le même nom sur le chemin. De là-haut, on aperçoit Marcilhac-sur Célé, niché au pied des falaises, au bord de la rivière.

Le chemin arrive à Marcilhac-sur-Célé, sur les hauts du village. La vie ne paraît pas très intense.

Et pourtant, il régnait ici au Moyen-Âge une activité incroyable, autour de l’abbaye. L’abbaye est blottie au pied d’une haute falaise. Elle fut fondée au IXème siècle par des moines venus de Cahors. Elle passa du roman au gothique à travers les siècles, connaissant son apogée entre le XIIème et le XIVème siècles. A cette période,  une cinquantaine de prieurés, dont Rocamadour, en dépendaient, ce qui est peu dire de son importance. Marcilhac était une étape clef des pèlerinages. Pour protéger les pèlerins, on fortifia l’abbaye, qui était plus grande que Conques et tout aussi célèbre. Il n’en reste pas grand chose, si ce n’est la mystérieuse solitude et la nudité de quelques murailles vides, qui s’élancent dans le ciel au-dessus des toits.

Hélas, l’édifice fut détruit à de multiples épisodes depuis la guerre de Cent ans. L’abbaye fut vendue à la révolution. On démolit alors les remparts pour construire, à leur place, des maisons, où les toits s’enchevêtrent au-dessus des ruelles étroites, maisons qui heureusement gardent le charme du passé. Les colombages sont l’honneur de la petite partie médiévale du bourg. C’est plus particulièrement les cas de la maison du Roi, que la légende attribue au fait que le roi Louis XI y aurait logé. Il n’en est certainement rien. Plus vraisemblablement, cette appellation viendrait du nom de son propriétaire: Rey (Roi ou Leroy). Un musée d’art sacré occupe le premier étage.

Le Célé sombre se prélasse sous les branches, au bord d’un petit parc où les canards s’ébrouent et cancanent.

Deux restaurants se font face dans la grand rue du village.  Passez ici en été ou alors renseignez-vous auparavant chez vos hôtes d’étape sur les horaires d’ouverture, sinon vous trouverez porte close. Il en est de même de la petite épicerie du village, de l’office du tourisme et du petit musée.

Les logements ne sont pas plus nombreux qu’ailleurs dans la vallée. Si vous aimez passer la nuit en roulotte ou caravane, vous pouvez contacter le Camping du Pré de Monsieur** (tél : 05 65 40 77 88 ; site web : http://www.camping-marcilhac.com/)

Pour les plus frileux, voici les autres possibilités.  Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

A la sortie de Marcilhac-sur-Célé, il faut choisir le bon chemin ! De nombreux circuits passent ici, dont le très fréquenté circuit des caselles. Tous partent, dont le GR651, du sommet du village, près de l’école.

Ici, pas de répit, pas de petit plat qui se traîne dans la campagne, vous avez droit tout de suite au petit chemin rocailleux qui grimpe sur le causse. C’est le troisième de la journée qui joue avec vos articulations, mais ce dernier est très supportable. La bosse ici ne dépassera pas les 260 mètres de hauteur. Une bagatelle, non ? Sur un replat, on aperçoit Marcilhac-sur-Célé dans la vallée.

Le chemin suit la crête, à la limite des arbres,  sur le causse. Pour une fois, la vue porte un peu plus au loin, mais l’horizon se limite au prochain sous-bois et au prochain causse. Mais la loi des causses est impitoyable: après la montée et un instant de répit sur le sommet, il faut redescendre.

On se rapproche du Picarel, hameau où on ne passe pas, mais la route goudronnée y va. Alors, le GR651 normalement prend un peu d’asphalte, qu’il abandonne assez rapidement pour les pierres d’un chemin qui serpente en descendant en sous-bois vers Picarel. Un logement est présent ici, signalé par une magnifique caselle qui guigne dans le sous-bois. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

Ici, le GR651 se décide à retourner dans le vallon, aux Combes Basses, quasi en dehors de la civilisation, loin du Célé. Attention à vos genoux ! Parfois c’est si raide que vous aurez le sentiment de rouler sur les cailloux  et la terre ocre au fond du vallon. L’attention nécessaire que vous allez y porter vous laissera peut-être peu de loisir à admirer les buis et les autres arbustes au bord du chemin. Dans le causse, les corniches qui surplombent les adrets rocheux sont exposés au sud, ce qui permet à de nombreuses plantes du sud de prospérer, comme les buis, mais aussi les filaires ou de rares pistachiers que l’on peut observer dans les maquis corse ou sarde. Parfois, de rares feuillus ou des bouleaux font la nique aux chênes prétentieux.
Au bas du chemin, vous resterez peut-être quelques minutes  à admirer la petite mare dans le lierre sous la falaise.

Aux Combes Basses, des paysans doivent y vivre et travailler les maigres lopins de terre que leur abandonnent les bois. Un peu de goudron, une voiture et un tracteur, cela signe de toute manière la présence des humains, mais cela ne dit pas leur nombre. Les volets sont souvent fermés et certaines  maisons n’ont ni porte ni fenêtre.

Et partout, ces sobres et magnifiques croix qui jalonnent et agrémentent le chemin.

Aux Combes Basses, nous sommes redescendus au niveau de la plaine, à 170 mètres d’altitude. Nul est besoin de faire un dessin, il faudra remonter sur le causse pour la quatrième fois aujourd’hui, à plus de 300 mètres d’altitude.  Et tout ceci se pratique cette fois sur un très large chemin de terre caillouteux. La largeur du chemin est telle qu’elle donne l’illusion que la pente est moins sévère. Ce n’est bien sûr qu’une illusion.

Ici, des chênes, encore des chênes, toujours des chênes, et le chemin qui n’en finit pas de grimper. A mi-hauteur, c’est presque la délivrance. Comme à son habitude, la forêt s’ouvre sur les prés, laisse apparaître une grande maison de pierre, vraisemblablement abandonnée, au bord du chemin.

De là, la pente s’atténue jusqu’à atteindre une route goudronnée au sommet du causse.  La descente s’amorce direction Montagnac, sur le goudron, en suivant la combe. Ici la lande ajoute au mystère et donne un prolongement infini de solitude.  Il y a comme une grande harmonie dans cet entassement de branches, d’arbres morts, de buissons, de buis et d’herbes folles qui s’enchevêtrent, bouleversent les lignes d’horizon.

Une route goudronnée, vous pouvez avoir le sentiment que le chemin va regagner le monde des humains, descendre des hauteurs vers la plaine. Détrompez-vous. Quelques kilomètres plus bas, c’est reparti pour la montée, en sous-bois. Nous ne sommes pas encore au sommet  du causse. Et loin de là ! Nous sommes revenus à 200 mètres d’altitude et le sommet du causse est là-haut, à 320 mètres, au bout de cette éternelle route goudronnée, qui monte en gros lacets.

Par bonheur, il y a toujours un bouquet d’arbres part ci par là. Quelques grands chênes font un peu d’ombre au bord de la route. Les prés, sans doute les plus vastes des causses, n’ont pas grand chose à offrir si ce n’est quelques chevaux qui piaffent en liberté dans l’herbe fleurie, des bocages dont s’élancent de rares arbres. Au sommet, l’herbe est pelée. Les moutons ont dû y prendre leur déjeuner.

Ici, la vue porte loin. La montagne est silencieuse. Au-delà de l’immense pâturage, la crête ferme l’horizon. Nous sommes à Mas del Rey, à 2.5 km de Sauliac-sur-Célé, à 13.5 km des Cabrerets, terme de l’étape.

La descente sur Sauliac-sur-Célé alterne les larges chemins de terre et les petits sentiers en sous-bois. Parfois c’est une très grande partie de plaisir. A plus de 30% de pente, il faut savoir retenir ses pieds. Malheureux les gens qui passent ici par temps de pluie !

Au bas de la descente qui s’achève sur le goudron, Sauliac-sur-Célé est accrochée à une falaise de calcaires ocre et gris. La falaise est truffée de vieux murs, trouée de grottes, qui ont servi de refuge pendant les guerres. On hissait ici les malades et les animaux dans de grands paniers. Les gens valides empruntaient des échelles.

Le GR651 ne passe pas dans le village. Il longe la falaise, bien au-dessus de la rivière. A Sauliac, il y a depuis récemment une possibilité de logement, ce qui permet au moins sportifs de diminuer la longueur e l’étape.  Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

Juste à côté du village, de l’autre côté de la rivière, se trouve le très beau château de Geniès. Un beau pigeonnier du XIVème siècle, restauré et couvert de lauzes, se trouve à l’entrée du château, classé monument historique, au bord de la rivière. Ce pigeonnier est un logement de vacances à la semaine. Par bonheur, pour la beauté du site, les propriétaires offrent aussi une possibilité d’y dormir à quelques randonneurs chanceux (Tél :05 65 30 27 39).

On devine ici que les maisons troglodytes ont existé auparavant.  Sur les anciennes gravures, on voit encore nettement la présence des maisons accrochées à la falaise.

Il ne reste guère que quelques soubassements de l’ancien Château des Anglais. Pauvres anglais, qui n’en étaient pas ! Ah, la perfide Albion des français !

Le château de Geniès, le randonneur ne se lasse pas l’admirer. Le chemin du Vieux Sauliac, où passe le GR651, le surplombe, le contourne sous toutes ses coutures.

Le château sort de la vue au premier détour de la falaise.  Derrière la majestueuse croix, le château paraît bien minuscule devant l’immense amphithéâtre des falaises et des forêts de chênes qui se perdent au loin.

Le chemin quitte Sauliac par la falaise, mais il n’y a aucun danger ici. Aucune partie du chemin de la Vallée du Célé ne présente de problème. Dans la falaise, la lumière joue avec l’ocre, le gris et le bleu des calcaires.

Le chemin caillouteux remonte sur le causse pour la sixième fois, mais ici il ménage le marcheur. Les buis ont fondu, mais non les chênes qui se penchent jusqu’à terre, enlaçant les murets sur lesquels glisse la lumière. En d’autres endroits, les chênes font comme des arcades, jetant une ombre épaisse. Ils ont toutes les formes que peuvent avoir ces arbres.  Vous ne voyez rien d’aligné, de nivelé. La nature ne joue pas au géomètre.  Parfois, comme ici, les chênes généreux font un peu de place aux bouleaux et aux pins. Mais oui, quelques pives jonchent le chemin !

A Combe Cave, le chemin atteint le sommet du causse. La vie a apparemment disparu d’ici. Pas de grandes prairies, ni de moutons qui broutent l’herbe rare.

Mais, quelques kilomètres plus loin, c’est à nouveau presque la civilisation. Alors, le goudron refait surface. Dans un paysage de petites combes, la route file vers le parking du Musée de Cazals.

Cuzals est un musée à ciel ouvert qui offre la possibilité de découvrir l’histoire agricole et rurale des causses. Depuis la bifurcation de Cazals, le GR651 continue un peu à descendre sur la route goudronnée, puis lui fait faux bond pour rejoindre la terre en sous-bois.

Chemin faisant, un choix s’impose à vous : soit remonter vers le causse, direction Espinières, soit continuer la descente vers le gîte d’étape de la Flèche Bleue.

Vous vous dites peut-être que vous ne connaissez pas encore suffisamment la beauté des causses et qu’il serait bienvenu d’en goûter encore une fois les charmes. Alors, de combe en combe, il vous faudra apprivoiser à nouveau les Pech et les combes, pour gagner Le Bout du Lieu, à quelques encablures de Cabrerets. Mais vous vous dites peut-être aussi qu’ajouter aujourd’hui encore un causse à votre collection peut paraître superflu. Alors vous choisirez de descendre le chemin jusqu’à la Flèche Bleue. De plus, si vous optez pour cette solution, vous aurez le loisir de suivre quelques instants la rivière. Venir dans la vallée du Célé pour n’entrevoir la rivière que quelques instants furtifs derrière les chênes, du haut des causses, est-ce bien raisonnable ? On vous décrira par la suite cette variante. Mais pour le moment, restons des « pèlerins disciplinés » et suivons le GR651.

Depuis la bifurcation, le GR651 remonte sur un beau chemin de terre, parfois assez caillouteux, dans la lande. On va vous rassurer ici. Après les épreuves des causses précédents, ce dernier causse est sans difficulté. Presque une vraie promenade. Le chemin est large à souhait. L’horizon souvent dégagé.

Le GR651 passe par le petit hameau de Espinières, entre chemin et goudron.

A la sortie du hameau, le GR651 retrouve le causse et les chênes sur un large chemin de terre. Il monte en pente très douce, vers le Pech de Fomot, le sommet du causse.

Puis, après un court passage dans les buis et les herbes hautes, le GR651 passe à plat dans les prés au sommet du causse. Comme il est curieux de marcher enfin sur un plateau de prairies, dégagé jusqu’à l’horizon. Une vraie révolution, aujourd’hui.

Mais, le repos ne dure jamais longtemps dans les causses. Au bout du plateau, un petit chemin rocailleux amorce une descente sévère dans les sous-bois du causse vers Cabrerets.

Et puis, soudain, quel ravissement ! Le regard plonge sur Cabrerets au fond du vallon. Hélas, il n’y a pas que le regard qui plonge, les genoux et les mollets aussi.

En dessous, se niche la magnifique chambre d’hôtes dite « Maison atypique », qui paraît comme suspendue près des falaises creusées par la rivière.

Au bout de la descente, le chemin arrive au Bout du Lieu, à deux pas de Cabrerets. Vous arriverez aussi ici si vous choisissez la variante du Célé qui passe par les Granges. Alors, retournons un peu en arrière sur le chemin.

Alors, en voici les modalités. Un petit sentier descend franchement dans les herbes folles et les sous-bois, jusqu’à gagner le hameau des Granges et son pigeonnier.

Avantage non négligeable du choix de cette variante, il y a possibilité de se restaurer et de loger à la Flèche Bleue. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

Aux Granges, nous sommes à 200 mètres de la D41 qui va aux Cabrerets. C’est environ 3 kilomètres et la circulation n’est pas contraignante. Vous verrez alors un autre aspect de la vallée, la rivière en particulier.  Le Célé, c’est une symphonie de verts profonds qui contrastent avec les vers plus tendres des feuillages. L’eau coule paisible, avec parfois quelques petits ressauts, souvent imperceptibles. Le ciel se jette aussi parfois avec volupté sur le miroir de l’eau.

La D41 suit la rivière et atteint le musée de l’Insolite. Ici, vous n’aurez pas droit de poser sur la pellicule les merveilles exubérantes du charmant et truculent  personnage qui les crée. Les photos, lui, il les déteste !

La route fait de nombreux lacets, joue à se perdre. Au détour de la route, sous la falaise, se dresse le moulin enchanteur de la Pescalerie,  dans un écrin de vert surprenant, où les mousses jouent avec le lierre. L’eau descend en cascade. C’est une résurgence d’une rivière souterraine du causse,  la résidence de pêche des anciens seigneurs du lieu. Sous la résurgence, un magnifique moulin à moitié troglodyte utilisait l’énergie du ruisseau.

Près de la rivière, on trouve à se loger à Trédède. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

La route gagne alors le Bout du Lieu, juste avant les Cabrerets. C’est aussi ici que descend le GR651 depuis le causse. On aperçoit les premières maisons troglodytes qui sortent de la haute falaise grise. Prêtez une attention particulière à celle qui présente des volets ouverts, signe de vie. Mais oui, vous devinez, là-haut, sur la gauche au-dessus d’elle, derrière la touffe d’herbe qui se tient en équilibre sur la falaise, les restes d’un château! Il faut avoir de bons yeux, n’est-ce pas ? Pour voir quelques bouts de murailles décrépies, il faut traverser la rivière. Beaucoup d’encre a coulé à propos de ce château mythique, le Château du Diable, qui hante encore ici tous les esprits.

Le Bout du Lieu  est magique. La belle promenade le long du Célé aux eaux tranquilles, les maisons troglodytes plantées dans la  falaise, ces ocres et ces gris magnifiques en arrière-plan, tout cela fait, comme à plaisir, un paysage enchanteur.

Peut-on vraiment se lasser de contempler  ces magnifiques maisons de pierre qui soit vivent soit dorment dans le rocher ?

On trouve à se loger au Bout du Lieu, dans deux demeures d’un charme incroyable et étonnant. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

Nous arrivons aux Cabrerets, où la vallée s’ouvre un peu. La Sagne est la seule petite rivière qui se jette dans le Célé au niveau des causses.

Cabrerets (228 habitants) se niche au pied de la falaise de Rochecourbe, une immense paroi en surplomb, à laquelle sont accrochées sur une corniche les modestes ruines du Château du Diable. Cabrerets vient de « chèvre ». Il y a raison à cela. Les causses sont vraiment un pays de chèvres et de chevriers. Les calcaires fissurés des causses ne permettent guère les rétentions d’eau et le développement d’une agriculture conséquente.

 

Deux châteaux ornent le site. Le premier, encore debout, est  le  château de Biron. Dominant la route, il fut construit au XIIIème siècle, puis reconstruit au XIVème siècle par le Duc de Biron. Jamais vraiment terminé, il est flanqué d’une grosse tour d’angle.

 

L’autre château, le château du Diable ou château des Anglais fut érigé au XIIème siècle par les seigneurs de Barasc. A l’origine, le château faisait 90 mètres de long, 30 mètres de haut et 5 mètres de large. Il était dominé par une tour ronde qui subsiste encore partiellement aujourd’hui. Pendant la guerre de Centr Ans, il fut pris par les « Anglais », d’où son nom. Pendant la Guerre de Cent ans, les Anglais étaient des diables d’envahisseurs, bien que la plupart d’entre eux ne fussent pas anglais, mais de fieffés bandits. Dix ans plus tard, les seigneurs de St Sulpice chassèrent les brigands et démolirent le château. Accroché à la falaise, ce château semble imprenable. Est-ce la raison de sa non-visite ?

La légende de la chèvre blanche reste liée au château. Voici l’histoire. A Noël, seigneur du lieu mange ici avec ses convives. Un archer emmène alors une jeune bergère, qui cherche à manger pour sa grand-mère mourante. Le duc est subjugué par la beauté de la fille et lui propose tout si elle accepte de lui offrir ses charmes. La fille veut fuir, mais la porte se referme sur elle. Apeurée, elle se jette par la fenêtre et meurt dans les eaux glacées du Célé.
Depuis, on peut apercevoir, les soirs de pleine lune, une petite chèvre blanche se balader dans les ruines du château. C’est l’âme de Mariette, la jeune bergère. Des larmes de la pauvre fille, il n’en reste qu’une discrète fontaine au bord de la route.

On peut se loger au village. Comme on est très proche de St Cirq-Lapopie et de Pech Merle, le logement est plus présent. Informations supplémentaires sur le site à Etapes (Etape 2: logements, restauration).

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